Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss monstre du donjon ◈
Chapitre 35 : La tanière du tigre, les mâchoires du crocodile
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Quand j’avais tué le Moine du Baume et Wilhelm, le remords que j’avais éprouvé n’avait pas été plus épais qu’un fil.
La vérité indéniable, c’était qu’ils avaient essayé de me tuer les premiers.
À présent, je ne ressentais même plus ce mince fil de culpabilité.
Était-ce parce que mon adversaire n’était pas humain ? Parce que je tenais davantage à Charlotte que je ne le pensais ? Ou parce que je l’avais jugé plus faible que moi ?
Quelle qu’en fût la raison, je ne regrettais pas mon choix. Et je n’avais pas l’intention de revenir dessus.
« Cette humaine est l’adjointe du Tombeau de la Foi, l’un des Sept Palais des Abysses. Même si vous lui avez fait du mal sans le savoir, c’est un crime qui mérite la mort. Je vais vous poser la question : ignoriez-vous vraiment qui elle était ? »
« J-Je ne le savais pas. »
« Vous prétendez donc que mon adjointe ne vous l’a pas dit. Charlotte. »
« Votre Altesse ! C-C’est… »
Gergoer s’interposa précipitamment.
La réponse que Gergoer avait tant bien que mal réussi à donner me laissa sans voix.
« J-Je le lui ai dit. »
« Alors pourquoi ? »
Gergoer savait donc, et il avait quand même osé faire ce coup-là ?
« Je vous prie de m’excuser. J’ai simplement cru que c’était un mensonge… »
« Je ne veux pas entendre vos excuses, Gergoer. Comment comptez-vous répondre de cet affront ? »
« J-J’ai commis un crime qui mérite la mort ! Je vous en prie, tuez-moi ! »
« Je vais faire ce que vous demandez. »
« … !? »
J’écrasai la tête de Gergoer sous mon pied et brandis l’Épée sacrée.
Gergoer trembla de tous ses membres et agrippa ma cheville de son unique bras restant.
À se tortiller comme un ver, il était pitoyable.
« V-Votre Altesse ! Épargnez-moi, je vous en prie ! »
Je n’accordai pas un regard aux supplications de Gergoer.
Les visages de la foule qui s’était rassemblée autour de nous étaient rouges d’excitation.
C’étaient des enfants du Royaume démoniaque. Ils prenaient plaisir à voir le sang gicler et la chair se déchirer.
Et quand l’une des victimes était un des Seigneurs des 72 Donjons, le spectacle était deux fois plus divertissant.
Avec autant de témoins, la nouvelle se répandrait en moins d’une journée.
La situation ne pouvait pas mieux se prêter à une démonstration de mon autorité.
Gergoer ferait un excellent sacrifice.
« Écoutez-moi. Gergoer, classé vingt et unième, a fait du mal à mon adjointe, celle d’un Palais des Abysses. Ce crime est assez grave pour mériter la mort. »
« Ah… ! Je vous en prie ! Aaah ! Pitié ! Votre Altesse ! Épargnez-moi la vie ! Je vous en supplie ! J-Je ne recommencerai jamais ! Plus jamais ! Alors, pitiééé ! »
« Je vais moi-même décapiter le criminel. »
Le sol était trempé des larmes, de la salive et du sang de Gergoer. Impossible de savoir si les sons qui sortaient de sa bouche étaient des supplications ou les hurlements d’une bête.
Je ne le trouvais pas particulièrement pitoyable.
Gergoer. Ta mort ne sera pas vaine, alors ne t’estime pas lésé.
La pointe de mon épée s’abattit.
Chlak.
La tête se détacha sans résistance, comme si je coupais du tofu.
Le hurlement bestial s’acheva sur un bref râle d’agonie.
Un silence grisé par l’excitation envahit les lieux.
Des centaines d’yeux qui ne clignaient pas étaient braqués sur moi, et moi seul.
Sur la place publique, un boss des Sept Palais des Abysses venait d’exécuter le boss classé vingt et unième.
D’une certaine manière, j’étais responsable de leur montée de dopamine.
Tenant la tête, je tournai lentement sur moi-même.
Le sang qui en dégoulinait me mettait mal à l’aise, mais je n’en laissai rien paraître.
« Le spectacle est terminé. Dégagez tous. »
J’abaissai la tête et levai l’Épée sacrée de l’autre main.
« P-Partons. Vite. »
« Il est déjà si tard… »
La foule, qui était restée clouée sur place, s’empressa de s’éloigner.
Nous ne fûmes plus que trois, et Balutak rompit le silence.
« Kirik. Grand Chef trop classe. Balutak se sent tout léger à l’intérieur. »
Balutak pouvait savourer la scène sans se soucier de rien parce qu’il ne se posait pas trop de questions.
Quand je jetai un coup d’œil à Charlotte, je vis des émotions contradictoires sur son visage.
Charlotte s’approcha de moi, hésitant avant de prendre la parole.
« … Ça n’aurait pas dû arriver. »
Je m’étais attendu à ce qu’elle dise ça.
« Je respecte et soutiens toutes les décisions du Boss. Mais celle-ci… je ne la comprends pas. »
« Alors je vais plutôt te poser une question. Pourquoi t’es-tu contentée d’encaisser les coups ? »
Le fait que l’adjointe d’un Palais des Abysses ait été battue par quelqu’un de classé vingt et unième portait un coup terrible, aussi bien sur le plan politique qu’en matière de prestige.
Si Charlotte s’était contentée d’encaisser sans rien faire, ma position à l’Assemblée aurait lourdement pâti.
Charlotte ne pouvait pas l’ignorer.
Je la réprimandai du regard autant que par mes paroles ; elle baissa la tête d’un air contrit.
« Je suis désolée. Je réfléchissais trop, parce que je voulais trouver la meilleure solution. À cause de ça, j’ai mal géré la situation. »
« Charlotte, tu es l’adjointe des Sept Palais des Abysses. Même si tu avais tué ce salaud, ça n’aurait pas provoqué autant de problèmes que tu le crois. »
« Le Boss aurait aussi été en droit de faire exécuter Gergoer lui-même, mais… »
Charlotte traîna sur le dernier mot, comme si elle guettait ma réaction.
« Gergoer appartenait à la faction dirigée par celui qui est classé huitième. Le Boss vient pratiquement de se faire de toute cette faction un ennemi. »
Je compris alors pourquoi Charlotte avait essayé de m’arrêter.
Comme elle l’avait dit, face à une faction, ni le rang ni l’autorité d’un Palais des Abysses n’avaient d’importance.
Aussi puissants que fussent les Sept Palais des Abysses, se mettre à dos un groupe entier comportait de grands risques.
Les manigances politiques des groupes finissaient par éliminer les individus en silence.
Jusqu’ici, je n’avais conclu qu’une alliance temporaire avec Rose Sha.
Ce serait présomptueux de croire que nous étions assez proches pour que je puisse compter sur son aide.
Si Rose Sha m’aidait en s’attirant les ennuis d’un conflit entre factions, elle se retrouverait dans une position délicate.
À sa place, je ferais semblant de ne pas connaître un emmerdeur pareil.
« Le moment était mal choisi, aussi. Cela pourrait devenir un point faible pour le Boss lors de l’Assemblée de demain. »
« Et si j’avais épargné ce salaud ? Qu’aurait-il été advenu de ma dignité ? »
« Il n’était pas nécessaire de tuer Gergoer. Lui trancher les quatre membres aurait suffi. »
Non seulement le boss que j’avais tué de mes propres mains appartenait à une faction, mais l’Assemblée devait se tenir le lendemain.
À première vue, on aurait dit qu’un malheur en entraînait un autre.
« Est-ce vraiment la pire situation possible ? »
L’attention était déjà braquée sur moi, et voilà que j’avais tué un boss classé vingt et unième.
Que les conséquences soient positives ou négatives, elles seraient énormes.
Pourtant, je ne regrettais rien. À mon avis, du moins, ce choix n’avait pas été mauvais.
« Non, ça s’est plutôt bien passé. »
Cet incident n’était pas un point faible. C’était une arme à double tranchant.
J’avais déjà décidé de prendre l’initiative.
En exécutant le boss classé vingt et unième, j’avais gravé dans l’esprit des autres boss l’image qu’ils se feraient de moi.
Que cet incident devienne une infamie ou un point faible à l’Assemblée dépendrait de ce que je ferais ensuite.
« Vous auriez dû infliger une punition sévère sans tuer Gergoer. Ainsi, personne n’aurait méprisé le Boss, et tous auraient admiré votre clémence. »
« La clémence ? Ça ne convient pas du tout aux Sept Palais des Abysses. »
La compassion, la pitié et la clémence ne feraient qu’éroder la redoutable réputation des Sept Palais des Abysses.
Pour l’Empire, le Royaume démoniaque et les Seigneurs des 72 Donjons, les Sept Palais des Abysses représentaient une terreur inconnue et écrasante.
« La clémence, ce n’est que de la faiblesse. Et si tu as le cœur faible, tu ne vaux pas mieux que les faibles. »
En tant que l’un des Sept Palais des Abysses, je n’avais pas besoin de faire preuve de clémence.
C’était pour cette raison que Kalandas avait plus de poids que ne le laissait supposer son rang.
Charlotte resta silencieuse un moment, à se triturer les doigts.
Je laissai échapper une bouffée d’air froid, comme un soupir.
« Je comprends tout ce que vous dites. Mais votre conduite m’a déçue. Vous n’avez pas assumé votre rôle d’adjointe comme il fallait. »
« Je suis désolée. »
Une tristesse contenue transparaissait sous son visage impassible.
Bien sûr. Charlotte avait probablement été plus bouleversée que quiconque. Je devais au moins lui remonter le moral.
« Si ça se reproduit, tu peux tuer l’autre. Je prendrai tout à ma charge. »
« … Merci. »
« Et Charlotte. Sois honnête. »
Je désignai du menton ce qu’il restait de Gergoer.
« Tu ne supportais pas de le voir, pas vrai ? »
Charlotte le fixa un instant, hébétée, puis regarda Gergoer.
Elle baissa alors la tête. Je vis le coin de ses lèvres se relever à peine.
« … Pour être honnête, ça m’a fait du bien. »
Je le savais.
« Alors, tout va bien. »
* * *
Nous passâmes la nuit dans une auberge de grand luxe gérée par l’Association marchande, puis le lendemain arriva.
À la tombée de la nuit, nous montâmes dans le carrosse que l’Association marchande avait mis à notre disposition.
Nous nous rendions à la salle de banquet du palais, au centre de Sañjīva.
C’était une salle de banquet, une salle de bal et une maison de vente aux enchères, mais surtout, c’était là que se tiendrait l’Assemblée.
« N-Nous partons, à présent. »
Le niveau affiché au-dessus du cocher était d’un noir profond, la couleur qui symbolisait la peur.
Le cocher avait dû entendre la rumeur de la veille ; il ne savait pas seulement que j’appartenais aux Sept Palais des Abysses.
Clip-clop, clip-clop.
Le carrosse roulait sans à-coups sur la route.
J’avais beau être assis depuis longtemps, je n’avais pas mal aux fesses et mon dos restait confortablement installé.
J’avais entendu dire que l’Association marchande réservait un traitement spécial aux Sept Palais des Abysses. Les sièges étaient effectivement très confortables, et le trajet lui-même était fluide.
Peut-être parce que j’étais un chevalier de la mort, les trois ou quatre chevaux étaient tous des chevaux squelettiques.
C’étaient tous des coursiers de belle race, comparables à Golgoli.
Penser à Golgoli me fit naturellement penser à Hellbok.
« Hellbok va bien, j’espère. »
J’avais laissé Hellbok à l’auberge où nous avions passé la nuit.
Quand j’avais dit à l’aubergiste qu’Hellbok était mon chien, il avait juré de le protéger au péril de sa vie. Hellbok ne risquait rien.
« Kirik. Le vent est frais. Balutak a l’impression d’être rentré chez lui. »
Balutak passa la tête par la fenêtre comme un enfant.
La veille, Charlotte lui avait dit de bien se tenir à l’Assemblée, mais je ne savais pas s’il l’écouterait.
« En fait, c’est plutôt pour moi que je m’inquiète. »
J’avais épuisé mon esprit à force de réfléchir sans arrêt toute la journée.
J’avais imaginé les pires scénarios et simulé d’innombrables réponses possibles.
Comme j’étais mort-vivant et que je ne dormais pas, mon esprit débordait de plans improvisés.
Évidemment, il était presque impossible de surmonter toutes les épreuves qui m’attendaient avec de simples plans.
Mais je ne pouvais pas non plus rester les bras croisés.
Ma façon d’agir désormais déciderait de ma survie.
Je soufflai un nuage d’air froid et raffermis ma résolution.
« Ouf. Je suis nerveuse… »
Charlotte semblait ressentir la même chose.
Elle était humaine et pourtant adjointe des Sept Palais des Abysses. La pression qu’elle subissait devait être immense.
Mais elle ne pouvait pas être aussi forte que celle que je ressentais. C’était ma vie qui était en jeu.
« Boss. »
Au lieu de répondre, je croisai son regard.
Charlotte ouvrit et referma la bouche comme un poisson rouge, puis finit par parler.
« Pardonnez-moi de vous demander ça, Boss, mais puis-je compter sur vous ? Je veux dire, j’ai toujours compté sur vous, mais je crois que cette fois, je vais m’appuyer sur vous plus que jamais. »
En vérité, c’était plutôt moi qui devais davantage compter sur elle.
« Fais comme tu veux. »
« Merci. »
J’étais moi aussi surtout nerveux, mais une partie de moi avait hâte d’y être.
À l’Assemblée, j’allais pouvoir voir en personne les boss des Sept Palais des Abysses.
Parmi eux se trouvait l’Ancien, classé premier des Sept Palais des Abysses.
Même moi, je n’avais jamais vu l’Ancien, pas même dans les graphismes du jeu.
Le DLC où apparaissait le Roi des Insectes Balutak ajoutait six nouveaux boss des Sept Palais des Abysses.
En effet, personne n’avait jamais réussi à conquérir l’Ancien, classé premier.
Le système du jeu empêchait les joueurs de tenter de conquérir l’Ancien, et même de découvrir à quoi il ressemblait.
Plus de dix ans s’étaient écoulés depuis la sortie de la Chronique stratégique des 72 Donjons, mais les développeurs n’avaient semé que quelques indices sur l’Ancien.
L’Ancien n’existait pas vraiment.
Non, il allait bientôt sortir dans un DLC.
Les joueurs ne l’avaient simplement pas encore trouvé. Il était possible de le conquérir à condition de remplir certains critères.
Les développeurs gardaient le silence sur la question.
Jusqu’à mon transmigration, l’Ancien n’avait fait l’objet que de spéculations sans fin. Il n’était jamais apparu.
« Pourtant, on dirait bien qu’il existe. »
À en juger par les dialogues des autres boss des Sept Palais des Abysses, il ne semblait pas s’agir d’un boss imaginaire.
Seuls le boss de l’Abîme Décuple et Kalandas avaient vu l’Ancien.
Le boss de l’Abîme Décuple n’avait qu’une seule réplique à son sujet : il ne voulait pas s’en souvenir.
Et il me semblait me rappeler que Kalandas avait dit que tout son corps avait tremblé de peur, une sensation qu’il n’avait jamais connue de toute son existence de Liche.
… Ça ne faisait que m’inquiéter davantage.
Si Kalandas avait réagi comme ça, est-ce que je n’allais pas m’évanouir en voyant l’Ancien ?
J’étais mort-vivant, alors ça n’arriverait probablement pas, mais je me couvrirais à coup sûr de ridicule.
Je retirai ce que j’avais dit sur mon impatience. J’espérais que l’Ancien ne remarquerait pas ma présence.
« … À bien y réfléchir, l’Ancien ne viendra probablement pas. »
Seuls deux maîtres des Palais des Abysses l’avaient vu.
Autrement dit, l’Ancien n’avait jamais assisté à une Assemblée des 72 Donjons.
S’il venait à celle-ci, ce serait parfaitement injuste.
Clac.
À cet instant, le carrosse s’arrêta.
« Très illustre seigneur, nous sommes arrivés. »
Avant même que le cocher ait le temps de bouger, Charlotte ouvrit rapidement la portière et descendit.
Puis, comme une secrétaire chargée d’escorter quelqu’un, elle m’indiqua soigneusement la sortie.
Je descendis sans rien laisser paraître, puis Balutak me suivit.
Dès que je mis pied à terre, la taille du palais qui se dressait devant moi m’écrasa.
Il était plus grand que le palais impérial, non ?
Tandis que je l’admirais, quelqu’un s’approcha.
« Je salue le maître du Palais des Abysses classé septième. »
« Qui êtes-vous ? »
« Je suis Brion, cadre du troisième siège de l’Association des Donjons. Avec votre permission, j’ai été chargé de guider Votre Seigneurie. »
[Niv. 71]
Un simple orc de niveau soixante et onze. Brion avait beau être un cadre de l’Association marchande et non un membre d’un donjon, son niveau était démesuré.
Rien qu’à regarder son costume ajusté, je me sentais à l’étroit.
« Lui aussi voit noir. »
Brion ne le montrait pas, mais il avait peur de moi.
L’incident de la veille semblait s’être propagé comme un tsunami. À ce rythme, même les boss présents dans la salle de banquet devaient être au courant.
Nous suivîmes Brion dans l’escalier central du palais.
Un tapis pourpre foncé, large et interminable, s’étendait devant nous.
Des flammes bleues fantomatiques vacillaient dans les supports à torches alignés en rangs réguliers de chaque côté.
Au lieu d’éclairer les alentours, elles assombrissaient davantage l’atmosphère.
Des Chevaliers de la Mort se tenaient en rang entre ces flammes bleues.
Quand nous passâmes devant eux…
Fchh !
Les Chevaliers de la Mort levèrent leurs épées d’un même mouvement et nous saluèrent.
Je ne savais pas si le fait d’être des Chevaliers de la Mort comme eux me faisait ressentir une quelconque solidarité.
Pour l’instant, je n’avais même pas une seconde à consacrer à ce qui m’entourait.
« Le Boss est trop classe. Il n’y a personne à votre hauteur. »
Les paroles de Charlotte ne me parvinrent pas.
J’avais l’impression que mon cœur inexistant battait à tout rompre sous l’effet de la tension.
Au sommet de l’escalier central, d’immenses portes de pierre s’étendaient devant moi.
Je dus renverser la tête pour en embrasser toute la hauteur du regard.
Une fois ces portes franchies, je devrais garder contenance sans rien laisser paraître, sous les yeux de soixante-douze monstres.
J’avais plutôt bien préparé le terrain.
La façon dont j’agirais à partir de là changerait l’opinion qu’ils se feraient de moi.
« Houp ! »
Brion posa les deux mains sur les portes de pierre et poussa de toutes ses forces.
Grrr…
Les portes commencèrent à s’ouvrir dans un grondement solennel.
Lorsqu’elles furent complètement ouvertes, Brion posa une main contre sa poitrine et s’inclina profondément.
Ayant fini de me préparer, je m’avançai le premier, suivi de Charlotte et de Balutak.
« Le maître du Tombeau de la Foi, classé septième ! Le Chevalier de la Mort Vargoer est arrivé ! »
Une voix venue d’une source inconnue retentit à l’intérieur.
Comme si c’était le signal, tous les regards se tournèrent vers moi.
Dans l’obscurité, des yeux rouges, orange, bleus et verts brillaient de toutes parts.
Leurs yeux ne différaient pas seulement par leur couleur.
Noir profond : peur indéniable.
Orange sombre : méfiance évidente.
De temps à autre, un rouge pâle : hostilité.
Pas un seul niveau vert parmi eux.
Contrairement à ce que je pensais, je feignis le calme et fis un pas en avant.
Notes :
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