Chapitre 33
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 33 : Ouais, je fais ce que je veux
──────
Le Magasin des bêtes était si grand pour une bonne raison.
À l’intérieur, des cages en fer grosses comme des maisons s’entassaient.
Des ogres à deux têtes, des Dueoksini, des gargouilles, des jackalopes, des Eoduksini, des chupacabras, des wyvernes.
Un immense aquarium abritait même des monstres marins : un Léviathan et un kraken.
Ces deux-là étaient sans doute des sous-espèces créées artificiellement, puisqu’ils étaient plus petits que prévu.
S’ils avaient été authentiques, impossible de les garder à l’intérieur. Même les sous-espèces mesuraient facilement plus de dix mètres de long.
Il y avait des monstres de toutes sortes, mais pas un seul cheval cornu. C’était une blague ?
« Appelez-moi si vous avez besoin d’explications. »
Le marchand polit un monocle avec un chiffon.
À vrai dire, ça m’arrangeait qu’on ne fasse pas du tout attention à moi.
Depuis que je m’étais fait avoir par un vendeur à Dongdaemun, l’attention des employés de magasin m’était devenue traumatisante.
Qu’il s’agisse de techniques de vente agressives ou d’explications trop amicales, je préférais qu’on me laisse tranquille.
Détendu, je me promenai entre les cages et les examinai une à une.
— Couic !
[Niv. 51]
Un jackalope, un lapin à cornes.
Il n’avait que des cornes, mais pour le reste, c’était juste un adorable lapin. Son niveau, en revanche, était absurde. On aurait pu dire que c’était un lapin de niveau maximal.
Ce n’était pas un monstre assez puissant pour convenir à un donjon, mais j’en voulais un comme animal de compagnie.
Il était mignon, et j’aimais bien qu’il soit faible. Au niveau cinquante et un, je pourrais le maîtriser sans problème.
« Marchand. Combien pour le jackalope ? »
« Exactement 1,1 million de Cells. »
Je me demandai si le prix était abusif.
Même en négociant, le prix le plus bas serait probablement d’un million. Payer un million pour un animal de compagnie ? Pas question.
[Niv. 56]
La créature que je vis ensuite ressemblait un peu à Slender Man.
C’était un Eoduksini, un monstre particulièrement efficace dans l’obscurité.
Il convenait bien à l’environnement d’un donjon labyrinthique.
« Combien pour l’Eoduksini ? »
« Celui-là coûte huit cent mille. Il est difficile à maîtriser. »
Un Eoduksini à huit cent mille, ça valait la peine d’y réfléchir.
Mais puisqu’on disait qu’il était difficile à maîtriser, je le laissai de côté pour l’instant.
Après avoir fini mon lèche-vitrines, je les examinai un par un et tentai une évolution.
[Seules 0/3 des conditions de la cible sont remplies.]
[Seules 0/3 des conditions de la cible sont remplies.]
[Seules 0/3 des conditions de la cible sont remplies.]
Comme ils étaient bien entretenus, pas une seule Bête n’était proche de la mort.
Quand la notification indiquait 1/3, cela signifiait généralement que la cible avait un potentiel considérable.
Contrairement à ce que j’espérais, pas une seule Bête n’avait de potentiel.
Quelle déception.
Plus les attentes étaient grandes, plus la déception était forte.
C’était sans doute normal, mais j’avais dû espérer beaucoup trop pour rien.
« Au fait, Marchand. Comment se passe le transport si j’achète une Bête ? »
« Vous la destinez à un donjon ? Ou à un manoir ? »
« Pourquoi vous parlez d’un manoir ? »
« Les nobles achètent aussi des Bêtes pour leur plaisir. Bref, pour un donjon, il y a un portail de l’Association marchande, alors nous pouvons la transporter immédiatement. Pour une propriété privée, comme un manoir, vous devrez vous en charger vous-même. »
Maintenant que j’y pensais, ce Magasin des bêtes était un sous-traitant de l’Association marchande.
Fidèle à sa réputation, l’Association des Donjons offrait un avantage — si l’on pouvait appeler ça ainsi — aux donjons, ses principaux clients.
Ils s’occuperaient aussi du transport, et juste au moment où j’envisageais sérieusement d’acheter un Dueoksini…
« C’est quoi, cette pièce ? »
Une grande salle attira mon regard à la périphérie de mon champ de vision.
Pour une raison ou une autre, elle ne ressemblait pas à un entrepôt.
Le marchand renifla et haussa les épaules.
« Qu’est-ce que vous en feriez ? Ça ne vous avancera à rien de le savoir. »
« J’aimerais quand même savoir. »
« C’est un abattoir. La plupart des bêtes invendues qu’on s’apprête à jeter finissent là-bas. Les carcasses de Bêtes valent de l’argent, après tout. Celles qui tuent leur propriétaire ou le blessent gravement sont aussi abattues. »
Pas d’euthanasie, mais un abattage.
Après y avoir réfléchi un instant, ce n’était pas si surprenant.
Oublions le Royaume démoniaque : même dans l’Empire médiéval, l’euthanasie n’existait probablement pas.
Ça me met un peu mal à l’aise, mais… est-ce que je devrais acheter quelques carcasses ?
J’étais humain, moi aussi. Je n’avais pas pour hobby d’acheter des cadavres et je n’avais pas envie d’en voir.
La seule raison pour laquelle j’y songeais, c’était que si Charlotte les ressuscitait en morts-vivants, ça pourrait être rentable, non ? Sans compter que les carcasses ne coûteraient pas cher ; on pourrait même me les donner gratuitement.
Les carcasses de Bêtes puissantes et robustes pourraient être utiles.
… Est-ce que je commençais à devenir un vrai Chevalier de la Mort ?
Non. Mon cœur était humain.
Le fait que j’en aie conscience prouvait que j’étais toujours humain, pensais-je.
« Je peux entrer ? »
« Dans l’abattoir ? C’est parce que vous êtes mort-vivant et que les cadavres ne vous dérangent pas ? Ou vous êtes Nécromancien, ou quelque chose comme ça ? »
« Et si j’étais les deux ? »
« Ah, ça m’arrange. Je me demandais déjà quoi en faire. »
Le marchand accepta volontiers après avoir compris ce que je voulais.
Visiblement ravi, il se mit enfin en mouvement, après être resté planté là comme une statue de pierre, et s’approcha.
« Je vous ferai un bon prix. Prenez votre temps pour regarder et réfléchissez bien. »
Dès que la porte s’ouvrit, une puanteur de sang et de chair pourrie envahit l’air.
Les morts-vivants n’avaient pas le goût, mais avoir l’odorat était un supplice.
Les cadavres n’affichaient pas leur niveau.
Je ne pouvais que faire le tour, identifier les espèces, écouter les explications du marchand et me décider.
Ah. Je crois que je suis en train de perdre la tête.
Le regret me submergea soudain.
La vue de ces cadavres de monstres me déprimait terriblement.
Mes yeux continuaient de les examiner un à un, mais je ne pensais qu’à partir.
Si je disais que je voulais partir maintenant, je mettrais le marchand dans l’embarras.
« Vous voyez celui-ci ? C’est un chupacabra, une Bête qui suce le sang… »
À un moment, je cessai d’entendre le marchand.
Ma vision s’était tellement aiguisée que mon ouïe s’était estompée.
[Niv. 58]
Une Bête était encore en vie. Et de niveau cinquante-huit, en plus.
Contrairement aux carcasses abandonnées çà et là, elle était enfermée dans une capsule transparente.
— Gémis…
Dans l’ensemble, elle ressemblait à un doberman à l’allure infernale.
Un chien des Enfers, une sous-espèce inférieure de Cerbère.
Il y avait un Cerbère parmi les Gardiens des Sept Palais des Abysses. Même s’il s’agissait d’une sous-espèce inférieure, son niveau était de cinquante-huit.
La capsule d’en face était remplie de sang accumulé, qui devait provenir du chien des Enfers.
« Pourquoi est-il dans cette capsule ? »
« Le chien des Enfers ? On lui prélève son sang. On va continuer à le vider jusqu’à ce qu’il meure d’hémorragie. »
« Pourquoi ? »
« Le sang des chiens des Enfers se vend cher aux Vampires, non ? Quand on peut gagner de l’argent, on le fait comme on peut. »
« Non. Pourquoi faut-il qu’il meure ? »
« Celui-là a été vendu au château du grand-duc de Sañjīva. Comme animal de compagnie. Mais il a mordu le jeune seigneur qui le possédait. J’ai entendu dire que le jeune seigneur était resté alité dix jours à cause de ça. »
J’avais eu pitié de lui, mais ces derniers mots effacèrent ce sentiment.
Dans mon ancien monde aussi, on euthanasiait les chiens qui mordaient les gens.
C’était cruel, mais qu’est-ce qu’on pouvait y faire ? Le laisser vivre risquait de faire d’autres victimes.
Je n’étais pas seulement sentimental. J’étais sentimental, mais aussi pragmatique.
« Vous voyez toutes ces blessures sur son corps ? À en juger par leur apparence, le jeune seigneur l’a maltraité à cœur joie, et il a fini par ne plus le supporter et l’a mordu… C’est triste, non ? »
« … »
En regardant de nouveau, je vis que le corps du chien des Enfers était couvert de blessures.
Il portait de nombreuses marques de coups, de fouet et de lames.
« Le jeune seigneur de Sañjīva est encore très jeune, vous savez. Les Démons n’hésitent pas à maltraiter et à tuer des Bêtes pendant leur enfance. Inutile d’en voir plus pour comprendre. »
— Kof ! Gémis…
Le corps du chien des Enfers s’affaissa.
Ses yeux larmoyants se tournèrent vers moi.
On aurait vraiment dit qu’ils me suppliaient de le sauver.
« Hé ! Qu’est-ce que vous faites ? »
Sans même y réfléchir, j’ouvris la capsule.
Je tendis prudemment la main et touchai le chien des Enfers.
[Évolution du chien des Enfers.]
[Deux conditions étant remplies, le succès ou l’échec sera déterminé par une chance de 50 %.]
J’étais surpris que ça marche. J’avais tenté ma chance, mais deux conditions étaient remplies.
L’une était évidente, puisqu’il était mourant. L’autre devait être le potentiel, car le sacrifice n’y était sûrement pour rien.
— Gémis…
Cinquante pour cent de chances. Le pile ou face.
[Évolution réussie ! Le chien des Enfers a évolué avec succès.]
Un souffle d’air froid s’échappa de ma bouche, comme un soupir de soulagement.
Comme prévu, un amas de lumière se rassembla autour du corps du chien des Enfers.
Ses petits yeux mi-clos s’agrandirent lentement et s’ouvrirent tout ronds.
Enfin revigoré, le chien des Enfers bondit sur ses pattes.
— Halète ! Ouaf !
Il frotta tout son corps contre ma main tendue, comme un chiot qui s’accroche à son maître après l’avoir enfin trouvé.
Il semblait savoir avec certitude que je l’avais sauvé.
[Niv. 65]
Naturellement, à en juger uniquement par son niveau, j’aurais du mal à le maîtriser.
Mais son niveau était affiché en vert foncé, alors je me dis que ça irait.
Comment résister à un chiot qui vous choisit ?
Quand je lui caressai doucement la nuque, il tira la langue et haleta. À mes yeux, il avait l’air heureux.
« Mais qu’est-ce que vous venez de… ? »
Le marchand se tenait près de moi, la bouche grande ouverte.
C’était normal d’être sous le choc. La créature qui se mourait venait de revenir à la vie.
« Je prends celui-là. »
« Quoi ? Qu’est-ce que vous racontez ? Vous ne pouvez pas l’emporter juste parce que vous en avez envie. Vous n’avez pas entendu qu’il avait mordu le jeune seigneur de Sañjīva ? Il pourrait vous mordre aussi ! »
« Je m’en occuperai. »
« Non, je vous dis que vous ne pouvez vraiment pas ! »
Sa voix tonitruante commençait à me faire mal aux oreilles.
Comme je n’avais pas le choix, je sortis de ma poche la convocation et la lui tendis.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Lisez. »
Le marchand la prit machinalement et parcourut la convocation du regard.
Ses yeux s’écarquillèrent peu à peu en lisant la première ligne.
« Maintenant que j’y pense, cette fois, les Sept Palais des Abysses… un Chevalier de la Mort… ? »
Ses pupilles tremblèrent comme si un séisme venait de frapper. Il me regarda et marmonna dans sa barbe.
Le marchand tomba à genoux avec une telle force qu’un bruit sourd résonna dans la pièce.
Je détestais les développements prévisibles, alors je l’interrompis avant qu’il puisse dire quoi que ce soit.
« Assez de formalités. Je peux prendre le chien des Enfers ? »
« Bien sûr ! Si vous avez besoin d’autre chose, je vous offrirai tout ce que vous voudrez ! »
« Je n’ai besoin de rien d’autre. Celui-là me suffit. »
— Ouaf !
Quel adorable petit chiot.
Je quittai l’abattoir avec le chien des Enfers.
Il trottinait à côté de moi en haletant joyeusement. On aurait dit qu’il m’avait choisi, moi aussi, comme maître.
« Comment est-ce que je vais t’appeler ? »
Je n’avais aucun talent pour trouver des noms.
J’étais quand même probablement bien meilleur que Charlotte.
Le souvenir du cauchemar qu’avait été Golgoli me donna confiance sans que je m’en rende compte.
« Hellbok. Ça te plaît ? »
Son sourire caractéristique, les yeux plissés, lui donnait l’air aussi heureux qu’un golden retriever ; je lui donnai donc un nom qui combinait l’enfer et le bonheur.
— Halète, halète.
Hellbok sourit de toutes ses dents.
Il suffisait de le regarder pour se sentir de bonne humeur.
Dans ma vie précédente, je ne pouvais assouvir mon envie d’avoir un chien qu’en regardant des vidéos sur MewTube. Qui aurait cru que je pourrais en élever un ici ? J’avais vécu assez longtemps pour mourir, devenir mort-vivant et voir ça arriver.
Grâce à Hellbok, je pensais pouvoir profiter du reste de la journée en toute tranquillité.
* * *
Claque !
Mon enthousiasme retomba d’un coup.
La scène qui me fit douter de mes yeux apparut dès que j’ouvris la porte.
Quelqu’un se trouvait au milieu de la rue, une personne lui tirant les cheveux et la giflant.
Charlotte était la seule humaine de Sañjīva, dans le Royaume démoniaque.
Claque ! Claque !
Un Loup-garou que je ne connaissais pas ne cessait de gifler Charlotte.
Elle vacilla, déséquilibrée, puis retrouva aussitôt son aplomb.
Sa lèvre était fendue et du sang en coulait, mais elle se contentait d’encaisser les coups sans riposter.
Pour qui se prend ce connard, à frapper mon adjointe ?
Est-ce que je tenais plus à Charlotte que je ne le pensais ?
Je n’avais même pas envie de demander ce qui avait pu conduire à cette situation.
Une seule pensée impulsive et tranchante tournoyait dans ma tête.
Ce salaud était mort.
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