Chapitre 32
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss monstre du donjon ◈
Chapitre 32 : Sanjiba, dans le Royaume démoniaque
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Le Royaume démoniaque Helldream était divisé en sept Grands-Duchés.
Comme l’Empire humaniste, il était organisé de telle sorte que des Grands-Ducs de haut rang gouvernaient chacun leur propre Grand-Duché.
À première vue, les Sept Grands-Ducs semblaient occuper le sommet de la hiérarchie, mais ce n’était qu’à moitié vrai.
Officiellement, les 72 Seigneurs régnaient sur tous les peuples non humains.
Les 72 Donjons étaient à l’origine du Royaume démoniaque non humain. Leur histoire remontait à plus de mille ans ; on les tenait donc aussi pour sacrés et inviolables.
Bien sûr, ce n’était vrai qu’en théorie. Depuis la fondation de l’Empire, leur prestige s’était érodé.
De nos jours, les Sept Grands-Ducs pouvaient même répondre aux Seigneurs de rang inférieur : « Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? »
Ça ne me concernera pas, en tout cas.
L’autorité des Grands-Ducs ne s’exerçait que sur les boss classés au-delà, grosso modo, du vingtième rang.
Elle n’avait aucune prise sur moi, maintenant que j’étais devenu boss de l’un des Sept Palais des Abysses.
Enfin, tout ça n’avait pas d’importance.
L’Assemblée des 72 Donjons était sacrée en soi, et l’accueillir représentait un immense honneur symbolique pour le Grand-Duché chargé de l’organiser.
C’est pourquoi l’Assemblée passait à tour de rôle dans chacun des sept Grands-Duchés, avant d’être suspendue pour une durée indéterminée.
« Kirik. L’air est différent, ici. Mais ça va. Plus je le respire, plus je l’aime. »
La huitième Assemblée des 72 Donjons reprenait après cent ans d’interruption.
À un jour de son ouverture, nous arrivâmes dans le Royaume démoniaque par un portail de l’Association marchande.
Sanjiba, une ville assez vaste pour être considérée comme une capitale, était le Grand-Duché qui accueillait l’Assemblée cette fois-ci.
Nous étions venus en avance pour repérer les lieux et nous reposer avant l’Assemblée du lendemain.
« Charlotte, tu respires bien ? »
« Oui. Je crois que ça va, parce que je suis un Humain magique. »
L’oxygène du Royaume démoniaque était fondamentalement différent de celui que les humains ordinaires considéraient comme de l’oxygène.
Au lieu de permettre aux humains de respirer, il s’apparentait plutôt à un gaz toxique qui les tuait.
Mais cela ne concernait que les humains. Balutak était un Insecte, alors il n’avait aucun problème.
Heureusement, son évolution en Humain magique lui avait permis de développer des organes respiratoires capables d’utiliser le mana à la place de l’oxygène. Grâce à eux, Charlotte pouvait respirer en puisant dans le mana stocké dans son corps, même en l’absence d’oxygène.
Et même si elle venait à manquer de mana, le sac à dos de Balutak était rempli de potions de mana ; il n’y avait donc pas lieu de trop s’inquiéter.
Le mana lui permettait de respirer, mais l’oxygène continuait d’avoir des effets néfastes.
Pour s’en protéger, Charlotte portait un masque à gaz sans lunettes, qui ne couvrait que son nez et sa bouche et la coupait complètement de l’air extérieur.
« Ça te va bien. »
« … Merci. »
Avec son masque à gaz et la capuche de sa robe, elle ressemblait à l’héroïne d’un récit postapocalyptique.
« Je m’inquiète quand même. L’Association marchande va vraiment protéger le donjon comme il faut ? »
« Ne t’en fais pas. Nous sommes venus nous reposer, après tout. »
Si l’Association marchande avait été seule, j’aurais peut-être eu des doutes. Mais le Grand-Duché lui prêtait aussi main-forte ; inutile de s’inquiéter outre mesure.
Leurs forces allaient du niveau cinquante au plus bas au niveau soixante-dix au plus haut. On pouvait compter sur eux.
Les villes du Royaume démoniaque mêlaient généralement le violet pâle et le noir.
En tant que mort-vivant, enfant des ténèbres, je m’y sentais comme chez moi, presque comme dans un donjon.
« Kirik. Les couleurs du Royaume démoniaque sont sombres. On dirait un donjon. »
Balutak avait vécu dans une forêt aux mille couleurs ; le paysage semblait donc le déranger davantage que l’air.
Seule la palette générale était sombre. La structure et l’organisation de la ville ressemblaient à celles de l’Empire.
Je le savais déjà pour l’avoir vue d’innombrables fois dans le jeu.
Les rues étaient bordées de restaurants, de forges et de magasins de vêtements. Sur la place, une fontaine et une horloge haute comme un gratte-ciel étalaient leur majesté.
On avait beau appeler ça le Royaume démoniaque infernal des non-humains, la ville ne méritait guère ce nom.
Elle était loin d’être barbare : c’était une ville aux couleurs simplement plus sombres. Elle rappelait un peu une cité d’après l’apocalypse, mais avait son charme propre.
Les peuples non humains étaient aussi intelligents que les humains ; ils avaient donc atteint ce niveau de développement.
« Snif, snif. Hein ? Ce ne serait pas une humaine, là-bas ? »
« Hein ? Quoi ? On dirait bien. Qu’est-ce qu’une humaine fait à Sanjiba ? »
Contrairement à ce que j’avais espéré, impossible de se détendre.
La place était déjà bondée, et tous les regards se tournèrent vers Charlotte.
Nous avions réussi à dissimuler son apparence, mais nous ne pouvions pas tromper l’odorat des peuples non humains, si finement développé.
En plein cœur du Royaume démoniaque, notre déguisement ne servait à rien.
Sans doute consciente des regards posés sur elle, Charlotte rentra les épaules.
Elle ne pouvait de toute façon pas se cacher, mais la voir agripper sa capuche pour la rabattre au maximum me fit de la peine.
« Tu n’as rien fait de mal. Tiens-toi droite. »
Je lui tapotai l’épaule pour l’encourager.
« Tu n’es pas venue ici en simple humaine. Tu es l’adjointe du Tombeau de la Foi. Marche la tête haute. »
« … Merci. »
« Et toi, Balutak. »
« Kirik ? »
« Fais la tête la plus terrifiante possible en marchant. Qu’ils aient trop peur pour seulement nous regarder. »
« Kirik. Compris. Kiieeek ! »
Balutak poussa un cri et déforma son visage en une grimace effrayante.
Comme on pouvait s’y attendre du rejeton du Roi des Insectes et boss d’un contenu téléchargeable : même un démon aurait eu peur en le voyant.
« Gloups. »
« C’est quoi, cet Insecte ? Qu’est-il arrivé à sa tête ? »
« Hé, ne regarde pas. Ils vont chercher des noises. »
Plus de la moitié des regards braqués sur nous disparurent.
Balutak en tira peut-être une certaine fierté, car il renifla et déforma encore davantage son visage.
« Kiieeek ! »
« Ça suffit. N’en fais pas trop. »
« Kirik… »
Balutak avait beau avoir été terrifiant comme boss de contenu téléchargeable, je ne pouvais maintenant m’empêcher de me demander comment gérer ce sale gosse.
Je jetai un coup d’œil à Charlotte.
Son masque à gaz m’empêchait de discerner le moindre changement d’expression, mais elle semblait bel et bien aller mieux.
« Merci, Boss. Merci à toi aussi, Balutak. »
Après cela, Charlotte marcha d’un pas plus assuré.
C’est ça. Nous étions venus nous reposer ; elle ne devait pas se sentir mal à l’aise.
« Kirik. Balutak n’aime pas le Royaume démoniaque. Balutak veut rentrer. Balutak veut voir Buraltak. »
« … C’est Kelotak. »
« Kirik ? C’est vrai. Le nom de Buraltak est devenu Kelotak. Le Grand Chef lui a donné ce nom. »
Apparemment, Kelotak était une femelle, et Balutak et elle(?) entretenaient ce genre de relation.
« Balutak est un cerf. Buraltak est une rivière limpide. Buraltak étanche la soif de Balutak. Alors Balutak chérit Buraltak. »
Balutak avait passé toute sa vie dans la forêt.
C’était sans doute pour cela que le livre de lore contenait tant de phrases faisant appel à des métaphores forestières.
Non, arrête de l’appeler Buraltak.
À ce stade, je me demandais si c’était vraiment une question d’intelligence ou s’il le faisait exprès.
En y réfléchissant, c’était étrange. Pourquoi Buraltak était-elle une femelle ? Balutak était-il gay ?
Il était difficile de distinguer les Insectes mâles des femelles à leur apparence.
Qui sait ? Peut-être que Balutak était vraiment gay et qu’il aimait une Buraltak femelle.
Alors que je marchais, perdu dans ces pensées inutiles, Charlotte désigna un imposant bâtiment.
« Boss. Je crois que c’est une boutique aux Bêtes. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est une boutique où les boss de donjon ont l’habitude de se fournir. Ils vendent des Bêtes que l’Association marchande ne propose pas ; ça vaut sans doute le coup d’y jeter un œil. »
Une lueur d’attente brillait dans les yeux de Charlotte.
Les défenses de notre donjon étaient encore plutôt faibles.
Même si Rose Sha nous envoyait des renforts, ils ne resteraient que des renforts. Nous devions renforcer nos propres troupes.
Je pouvais aussi voir les niveaux grâce à mon système.
S’il y avait une Bête de haut niveau, bon marché et facile à gérer, j’étais tout à fait prêt à l’acheter.
« Il nous reste combien d’argent pour le voyage ? »
« Nous avons 2 023 000 Cells en tout. »
Je le savais déjà, mais notre donjon était vraiment fauché.
On n’y pouvait rien. C’était un donjon tout neuf qui commençait à peine à s’installer.
Quand les monstres de haut rang coûtaient près de dix millions de Cells, deux millions ne suffisaient pas du tout.
Je pouvais toujours regarder sans acheter. Si je trouvais une créature bon marché avec un fort potentiel, je pourrais la prendre.
Ding !
La clochette m’accueillit dès que j’ouvris la porte.
« Bienvenue. »
Le propriétaire de la boutique aux Bêtes était un Homme-bête au visage de chat, qui portait un monocle.
Malgré son apparence, sa voix était plutôt rude.
Le propriétaire nous jeta un rapide coup d’œil et s’apprêtait à retourner à son travail lorsque son regard s’arrêta sur Charlotte.
« Une personne moitié humaine, moitié démoniaque ? Ou humaine ? »
« Je suis un Humain magique. »
« Donc humaine, au bout du compte. Désolé, mais les humains ne sont pas admis ici. Veuillez sortir. »
On nous avait mis à la porte avant même que trois secondes se soient écoulées.
J’aurais pu révéler que j’étais boss de l’un des Sept Palais des Abysses et régler la situation d’une manière ou d’une autre, mais je ne voulais pas provoquer une scène inutile. Ce n’était pas si important.
Avant que nous ayons tous le temps de partir, Charlotte sortit seule.
« Prenez votre temps pour regarder. Je vous attends ici. »
J’hésitai un instant.
Rien que regarder des Bêtes suffisait à embraser le cœur d’un homme.
Je ne l’avais pas montré, mais j’étais moi aussi tout excité.
Quand je regardai Charlotte, elle semblait sincèrement ne pas s’en formaliser.
« D’accord. Balutak, reste auprès de Charlotte. Une humaine seule dans le Royaume démoniaque serait en danger. »
« Kirik. Compris. »
J’allais donc regarder les Bêtes tout seul.
Un peu de temps en solitaire. Encore mieux.
* * *
« Kirik. Royaume démoniaque déteste humains. Pourquoi ? »
« Il y a des raisons. Même si je t’expliquais, tu ne comprendrais pas. »
« Kirik. Balutak est intelligent. Mais Adjointe est plus intelligente. Balutak va se taire. »
Charlotte poussa un profond soupir.
Elle s’y était attendue, mais la discrimination contre les humains était donc bel et bien répandue ici.
Vu les rapports tumultueux entre les deux peuples, elle ne pouvait pas dire que c’était injuste. Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher d’en être contrariée.
Inquiétude et angoisse s’entortillaient dans un recoin du cœur de Charlotte.
Si la place était déjà comme ça, l’idée de l’Assemblée lui paraissait désespérante.
Et si je ne faisais que causer des ennuis au Boss ?
Elle était venue parce que le Boss l’avait décidé, mais cela ne dissipait pas ses inquiétudes.
Continuer à y penser ne ferait qu’aggraver son humeur.
Charlotte décida de se vider l’esprit et de patienter jusqu’au retour du Boss.
« Kirik. Adjointe veut entrer, mais Adjointe ne peut pas entrer. Alors pourquoi on est là ? On ne peut pas aller ailleurs ? »
« C’est une boutique aux Bêtes. Le Boss n’a qu’à entrer. »
Charlotte avait compris certaines des capacités du Boss.
Le Boss pouvait discerner le potentiel d’une Bête et la faire évoluer.
Balutak, juste à côté d’elle, suffisait à prouver ses capacités.
Balutak était un peu stupide, mais ses aptitudes étaient remarquables.
« Le Boss va peut-être juste regarder et ressortir. Malgré tout, j’ai une confiance absolue dans sa clairvoyance. »
« Kirik. Balutak espère que ce sera un Insecte femelle. »
« Ça n’arrivera pas. Et tu as déjà une femelle qui s’appelle Kelotak… »
Charlotte se raidit et s’interrompit.
Pour une raison quelconque, un Loup-garou qui passait par là s’approcha d’elle.
Balutak promena sur eux un regard interrogateur. Il sentait une étrange tension entre les deux.
Charlotte leva les yeux vers le Loup-garou un instant, puis prit difficilement la parole.
« Comment vas-tu ? »
Le Loup-garou cracha.
Au lieu de répondre, il lui cracha dessus.
Sa salive gluante s’accrocha au sourcil de Charlotte, qui ferma les yeux par réflexe.
Avant qu’elle ait pu l’essuyer, une main rude lui arracha sa capuche.
Le visage de Charlotte apparut au grand jour, tandis qu’une face hideuse se penchait sur elle.
« Tu as toujours une sale tête insolente. »
« … »
« Qu’est-ce que tu viens faire dans le Royaume démoniaque, espèce de garce ? Tu tiens tellement à mourir que tu es venue ici, sale humaine ? »
« Kiieeek ! »
« Reste tranquille, s’il te plaît. C’est quelqu’un à qui nous ne devons pas toucher. »
Charlotte retint à la hâte Balutak, qui s’apprêtait à se jeter sur lui.
Un seul geste de travers et quelqu’un mourrait. Plus exactement, cet homme était capable de provoquer une telle issue.
« C’est le boss Gergoer, classé vingt et unième. »
Charlotte connaissait Gergoer.
Le souvenir était si désagréable qu’elle hésita à l’évoquer.
« … Il a été mon boss, autrefois. »
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