Chapitre 3
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 3 : Rassurez-vous, je suis un Chevalier de la Mort bienveillant
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[Niv. 5]
[Niv. 6]
[Niv. 5]
[Niv. 4]
À quoi servaient les niveaux ? À me dire si un enfoiré était plus fort ou plus faible que moi, pour que je puisse malmener les faibles et trembler devant les forts.
Pour un pauvre type qui ne donnait tout que contre des adversaires plus faibles, les niveaux étaient une mécanique de jeu indispensable.
Heureusement, je pouvais encore les voir, même si tout ça était devenu réalité.
Pour info, dans <Chronique stratégique des 72 Donjons>, les niveaux ne mesuraient pas seulement la force. Ils donnaient aussi un aperçu des sentiments de l’autre personne.
Les niveaux rouges indiquaient l’hostilité.
Le vert, la bienveillance.
L’orange, la méfiance.
Le rose, l’affection.
Le noir, la peur.
Tous les niveaux que je voyais à cet instant étaient noirs.
Pendant une seconde, nous nous dévisageâmes. Mon corps se figea tandis que mon esprit tournait à toute vitesse.
« Je suis foutu. »
Les niveaux trois à cinq correspondaient aux PNJ masculins adultes ordinaires. Pour un Chevalier de la Mort de niveau quarante-quatre, ils ne valaient pas mieux que des insectes.
Mais, peu importait leur niveau, le simple fait de rencontrer des humains constituait une crise majeure.
Ces humains avaient sûrement des pensées encore plus horribles que les miennes. Le noir de leurs niveaux le prouvait.
Je devrais d’abord dissiper le malentendu en leur parlant, non ?
Ah, rassurez-vous. Je suis un Chevalier de la Mort bienveillant.
« Je suis un type bienveill— »
« C’est un Chevalier de la Mort !! »
« Aaaah !! »
Mais putain, avec ce corps, impossible même d’essayer d’engager la conversation.
Je leur fis signe de se calmer, mais tout le monde se précipita pour fuir. Le passage étant étroit et rectiligne, ils se bousculèrent, trébuchèrent et semèrent un chaos total.
Même après être tombée, une personne continua de me regarder en reculant sur les fesses. Ils n’auraient pas réagi plus violemment s’ils avaient vu un fantôme.
« Courez ! Vite, courez ! »
« Ne pousse pas ! Dépêche-toi ! »
Ils étaient en train de fuir alors que je devais tirer ça au clair ? Je n’eus même pas le temps d’y réfléchir.
« Ne partez pas ! S’il vous plaît, écoutez-moi ! »
« Aaaahhh !! »
« Il arrive ! Il arrive, dépêchez-vous !! »
« Putain, maman ! »
Leurs cris se changèrent en sanglots. Ce ne fut qu’alors que je compris que je m’y prenais mal et que je m’arrêtai.
Quand tout le monde se fut éloigné, je restai seul, planté là.
Ça me rappela soudain la fois où j’étais entré par erreur dans les toilettes des filles, à l’école. Elles avaient réagi exactement de la même façon.
« Tout à coup, je me sens vraiment minable. »
Ça ne faisait même pas une heure que je m’étais caché pour éviter les humains, et on m’avait déjà découvert.
Plus d’une ou deux personnes m’avaient vu, et il y avait un village à proximité.
Les rumeurs du genre « Je te jure, ce Chevalier de la Mort est ici » n’allaient pas tarder à se répandre.
« Il fait encore jour, alors je ne peux pas partir non plus. Génial. »
Je voulais déguerpir tout de suite, mais le soleil brillait toujours.
Les humains étaient déjà un problème, mais l’exposition au soleil représentait une menace encore plus grande. Dès la nuit tombée, je devais filer au plus vite.
Une Partie d’Extermination n’allait quand même pas débarquer avant même qu’une journée se soit écoulée, si ?
* * *
Le monde extérieur à la grotte avait été englouti par une nuit d’encre.
J’avais eu tort de craindre qu’une Partie d’Extermination arrive avant la tombée de la nuit.
Un soupir de soulagement m’échappa naturellement. Il se transforma toutefois en un souffle glacial.
Froufrou.
Au moment où j’allais sortir par l’entrée, les buissons remuèrent.
Putain, encore ?
Quelqu’un se trouvait dans les parages, ce n’était donc pas le vent. Bientôt, quelque chose jaillit des buissons.
Les morts-vivants voyaient parfaitement dans le noir. Au premier coup d’œil, je compris qu’il s’agissait de personnes, pas de choses.
Je n’avais même pas eu une minute pour souffler que d’autres gens se pointaient déjà. Ça rimait à quoi ?
De peur qu’ils ne m’aperçoivent, je m’éloignai de l’entrée et m’enfonçai dans la grotte.
Pour une raison quelconque, leurs pas se rapprochèrent, puis ils entrèrent dans la grotte. À ce stade, ils avaient forcément entendu les rumeurs et étaient venus me chercher.
Ce ne pouvait pas être les gens de tout à l’heure. Après avoir été aussi terrifiés, ça n’aurait eu aucun sens qu’ils reviennent.
« Ressaisis-toi ! Je t’en prie, grande sœur… ! »
« Pardonnez-moi, tout le monde. Je crois que mon heure est venue. »
Une forte odeur de sang emplit l’air. Ironie du sort, les morts-vivants n’avaient pas d’odorat, mais détectaient le sang avec une précision étonnante. Moi aussi, je le pouvais.
Sentant que quelque chose clochait, je prêtai davantage attention à la scène. Dans l’obscurité, une personne se mourait, entourée de compagnons en larmes.
Au début, je crus qu’ils étaient humains. Si je n’avais pas vu leurs yeux rouges et leurs crocs, je les aurais pris pour des humains jusqu’au bout.
[Niv. 12]
[Niv. 10]
[Niv. 14]
À voir leurs niveaux, peut-être n’étaient-ils pas des Vampires, après tout.
Les Vampires adultes dépassaient généralement le niveau vingt.
Pourtant, tous les Vampires que je voyais étaient adultes, et aucun n’approchait même le niveau vingt.
C’étaient probablement une sous-espèce ou une race inférieure.
« Elle ne tiendra plus longtemps. »
La Vampire mourante était pâle, et même ses lèvres avaient perdu leur couleur. C’était d’autant plus étrange chez une Vampire, dont les lèvres rouge vif étaient l’un des traits distinctifs.
La situation était pitoyable, mais je ne pouvais rien y faire. Tout ce que je pouvais, c’était regarder ce mélodrame en cachette et attendre qu’ils s’en aillent.
[La cible a rempli les conditions d’évolution.]
[Souhaitez-vous faire évoluer Vampire Isabella ?]
Hein ?
Une notification de la fenêtre de statut apparut tandis que je regardais la Vampire.
« Alors, ça peut marcher comme ça ? »
L’évolution était conçue de sorte que la cible, et non l’incantateur, devait remplir les conditions pour qu’elle s’active.
Il y avait trois conditions.
Premièrement, la cible devait posséder un potentiel abondant.
Deuxièmement, elle devait être en danger de mort.
Troisièmement, ce danger de mort devait découler du fait qu’elle s’était retrouvée à se sacrifier pour quelqu’un d’autre.
Même sans la troisième condition, il était possible de tenter l’évolution si les deux premières étaient réunies.
Avec deux conditions, les chances de réussite étaient de cinquante pour cent. Avec les trois, elles atteignaient cent pour cent.
Si le sacrifice de soi faisait partie des conditions, c’était parce qu’il fallait que quelqu’un soit prêt à se sacrifier pour devenir le familier de l’incantateur.
Pas que l’évolution en fasse automatiquement un familier, mais quand même.
Cette femme semblait s’être sacrifiée pour les autres Vampires.
J’étais quelqu’un de sensible. Non, un Chevalier de la Mort sensible.
S’il existait un moyen de la sauver et que je restais là à regarder, je serais un mort-vivant sans cœur.
Mon corps avait beau ressembler à ça, mon cœur était encore celui d’un humain au sang chaud.
Sans que je m’en rende compte, mes pieds m’emportèrent vers les Vampires.
« Haletant. »
Quand je pris enfin mon courage à deux mains et me montrai, sept paires d’yeux rouges se braquèrent sur moi.
« Oh ? »
Les niveaux orange indiquaient la méfiance.
Peut-être n’étaient-ils pas immédiatement terrifiés parce que nous étions tous des monstres.
Si je m’expliquais correctement, je pourrais peut-être aussi gagner leur bienveillance.
J’avais entendu dire que les monstres éprouvaient une certaine solidarité entre eux, comme les humains.
« Un Chevalier de la Mort ? »
Le Vampire qui soutenait la femme Vampire se remit debout d’un bond.
Après avoir regardé la mourante, puis moi, le visage du Vampire blêmit.
« Que fait un Chevalier de la Mort ici ? Se pourrait-il que ce soit le donjon du Chevalier de la Mort ? »
Qu’est-ce qu’ils racontaient, putain ?
Ce n’était pas un donjon, mais ils étaient entrés dans mon antre. D’une certaine manière, on pouvait les considérer comme des intrus.
Je voulais les aider, mais ils ne pouvaient pas le savoir.
« Je vous demande pardon, maître de ce donjon. Si votre colère ne peut être apaisée, prenez mon âme. Je vous en prie, épargnez au moins les autres. »
« Non ! Jeune maître, vous ne pouvez pas ! Tuez-moi à sa place ! »
« Ô grand boss du donjon, ces gens sont à plaindre. Je vous en prie, apaisez votre colère en ne prenant que ma vie. »
Qu’est-ce que j’avais bien pu faire ?
C’était d’une tristesse insupportable, surtout que j’étais venu pour les aider.
Puis je me rappelai soudain mon reflet dans la source.
… Avec cette tête, je ressemblais sans doute moins à un prince sur un cheval blanc qu’à la Faucheuse sur un cheval noir.
* * *
Le village de Huber se trouvait près de la route reliant la cité commerciale à la cité libre.
Mercenaires, marchands et autres voyageurs y passaient souvent, tout comme les caravanes en route vers la cité commerciale.
C’était aussi l’endroit idéal pour les Parties d’Extermination qui se rendaient à la cité libre et voulaient se regrouper.
« Alors, il y aurait un donjon dans la montagne derrière le village ? »
« Je vous dis qu’il y en a un ! J’ai failli y laisser ma peau ! »
La taverne du village de Huber était particulièrement bruyante.
Les tavernes étaient toujours animées, mais aujourd’hui, c’était pire que d’habitude.
La faute au groupe d’exploration qui clamait haut et fort avoir survécu à un donjon.
Un groupe d’exploration qui avait survécu à un donjon, et non une Partie d’Extermination ? Au début, tout le monde avait pris ça pour une plaisanterie. Mais à mesure que les explorateurs racontaient les événements en détail, les clients se mirent peu à peu à les écouter.
« Vous êtes le chef du groupe d’exploration, pas vrai ? Ce que racontent vos hommes est vrai ? »
« Pourquoi est-ce que ce serait faux ? Pourquoi se donner tant de mal pour raconter un mensonge pareil ? »
« Racontez-nous la suite. »
À la voix qui l’interpella derrière lui, le chef du groupe d’exploration se retourna. Ses yeux tressaillirent aussitôt.
Les six hommes étaient armés, certains légèrement, d’autres lourdement. Nul besoin d’explications pour comprendre qu’ils appartenaient à une Partie d’Extermination officielle.
L’homme d’âge mûr qui semblait être leur capitaine avait clairement roulé sa bosse.
Il portait une cuirasse sur une armure matelassée. Un fourreau contenant une épée à deux mains pendait à droite de sa ceinture, tandis que des sacoches de médicaments se balançaient à gauche.
Une dague était attachée à sa cuisse, et l’arbalète qu’il portait dans le dos était impeccable. Il l’entretenait manifestement régulièrement.
« Qui êtes-vous ? »
« Je suis Sergey, capitaine de la Partie d’Extermination de la Pointe aux Milliards de Lances. »
« Ser… gey ? »
Après s’être présenté comme capitaine d’une Partie d’Extermination, Sergey s’installa sur le siège vide à côté d’eux. Il attrapa la bière que la serveuse venait d’apporter et la porta à ses lèvres.
Sergey but avec une vigueur stupéfiante, la tête de plus en plus renversée en arrière.
Bam ! En moins de trois secondes, il reposa la chope, complètement vide.
Sergey fit un signe du menton au chef du groupe d’exploration, qui le regardait bouche bée.
« Vous ne voudriez pas m’en dire davantage sur ce donjon ? »
« … »
Sans hésiter, le chef du groupe d’exploration raconta tout ce qui s’était passé.
Sergey resta silencieux, mais réagit légèrement lorsque les explorateurs évoquèrent le Chevalier de la Mort qu’ils avaient rencontré.
« Êtes-vous certain qu’il s’agit d’un donjon nouvellement formé ? »
« J’en suis certain. L’herboriste du village a dit qu’ils entraient et sortaient de cette grotte jusqu’avant-hier. »
« Un Chevalier de la Mort dans un donjon nouvellement formé… »
« Je ne mens pas. Si vous avez des doutes, demandez à chacun de mes hommes. »
Si une douzaine de personnes environ l’avaient vu, il aurait été encore plus étrange qu’elles se trompent. Cela dit, ce n’était pas facile à croire.
Les morts-vivants étaient des êtres qui défiaient l’ordre naturel en continuant de vivre après leur mort. Les Chevaliers de la Mort étaient des morts-vivants de rang intermédiaire supérieur.
Qu’un Chevalier de la Mort apparaisse dans un donjon nouvellement formé, en particulier juste à son entrée, n’avait rien d’anodin.
De plus, les Chevaliers de la Mort étaient des monstres affectés à la garde des donjons ou à des postes de boss intermédiaires.
Il était difficile d’en rencontrer ailleurs que dans les 72 Donjons…
« Ne me dites pas que… »
Une idée lui vint soudain, liée à la nouvelle qui avait récemment bouleversé le monde.
Les 72 Donjons étaient considérés comme les ennemis publics de l’humanité. Dans cette hiérarchie absolue qui les divisait, les sept premiers n’avaient jamais été conquis et demeuraient un territoire inconnu.
Le Commandement d’Extermination de l’Empire les appelait respectueusement les Sept Palais des Abysses.
Mais, exactement une semaine plus tôt, le dernier palais des Sept Palais des Abysses avait été entièrement conquis par une Partie d’Extermination de Héros.
La disparition du donjon de rang sept ne signifiait pas que le donjon de rang huit prenait sa place.
Avant longtemps, un nouveau donjon d’une puissance comparable à celle de l’ancien donjon de rang sept allait apparaître.
« Jayden. »
« Oui, capitaine. »
« Combien des 72 Donjons ont été conquis cette dernière semaine ? »
La Partie d’Extermination était bien renseignée sur les donjons. Ses membres connaissaient la réponse par cœur, tout comme Sergey. Il ne posait la question que pour vérifier les faits.
« Un seul. L’Ombre de Pangu. »
L’Ombre de Pangu était le dernier palais des Sept Palais des Abysses.
Aucun autre donjon n’avait été conquis. Une semaine suffisait pour qu’un donjon nouvellement formé apparaisse et hérite de cette place.
L’unique donjon conquis, le calendrier parfait et un donjon tout neuf avec un Chevalier de la Mort posté juste à l’entrée.
Il n’y avait qu’une seule réponse.
« … Les Sept Palais des Abysses ont été mis à jour. »
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