Chapitre 29
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 29 : Lucas
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Palais des Abysses de rang 7, Tombeau de la Foi.
Un nom qui faisait grincer des dents à l’Église de Solari et la mettait hors d’elle.
Comme si l’Épée sacrée n’avait pas suffi, voilà que le nom même du donjon reniait la foi. Que dire de plus ?
Marqué au fer rouge par l’Église de Solari, j’attendais avec impatience le soutien du Vieux Château, mais même après deux jours, je n’avais reçu aucune nouvelle.
C’était logique. Deux jours n’étaient qu’une estimation approximative. En réalité, cela prendrait probablement plus longtemps.
J’ignorais à quelles difficultés ils faisaient face là-bas ; je ne pouvais donc que patienter tranquillement au lieu de les presser.
Bien sûr, le fait que je n’aie pas envie de revoir Rose Sha jouait aussi. L’idée qu’elle puisse me dévorer me mettait mal à l’aise.
Je n’avais pas non plus reçu de convocation des 72 Donjons.
À ce stade, les chances que le Commandement d’Extermination ou l’Église de Solari nous envahissent frôlaient probablement les dix pour cent.
Ils avaient perdu deux Héros, leurs armes ultimes, en si peu de temps. Étaient-ils vraiment assez fous pour attaquer ? Et même s’ils le faisaient, ils viendraient parfaitement préparés.
Je n’avais donc pas grand-chose à faire pour le moment.
« Kirik ! C’est le Grand Chef ! »
« Vive le Grand Chef ! »
« Mm. Continuez comme ça. »
« Salutations au Boss suprême. Vous faites votre ronde ? »
« Oui. Continuez comme ça. »
Je parcourus les étages pour vérifier l’état actuel du donjon.
Les ouvriers insectes réparaient les huitième et neuvième étages.
Les Vampires montaient la garde avec diligence au premier étage.
« Balutak. »
« Kiek ! »
Je pensais que Balutak remplissait ses fonctions de Gardien, mais je le surpris plutôt en train de paresser.
C’était étrange de ne pas voir Isabella à ses côtés pour une fois. Enfin, elle devait aller bien quelque part.
Pour finir, j’ouvris sans bruit la porte de la salle de l’adjoint et entrai.
Charlotte était assise à son bureau, plongée dans l’étude du Nécronomicon.
La salle de l’adjoint était garnie d’étagères remplies de livres de magie, d’une boule de cristal de la taille d’un visage, de plumes soigneusement rangées et de journaux et documents tachés d’encre çà et là.
Il y avait aussi une chose que je n’avais encore jamais vue.
[Charlotte, adjointe du Tombeau de la Foi de rang 7]
Une plaque en obsidienne noire, gravée de lettres anciennes.
Quand avait-elle fabriqué un truc pareil ?
Son expression était toujours aussi impassible, mais au fond, elle semblait plus enthousiaste que quiconque.
« Tu travailles dur. »
« … Ah. Vous êtes là, Boss. »
Charlotte était tellement absorbée par ses recherches qu’elle ne m’avait même pas entendu entrer.
À ce rythme, elle pourrait bientôt atteindre le niveau 90.
Ce n’était pas qu’un vœu pieux. C’était tout à fait plausible.
[Niv. 81]
Deux jours seulement s’étaient écoulés, et pourtant Charlotte avait gagné un niveau.
Dans la tranche des niveaux 80, gagner un seul niveau représentait une progression phénoménale.
Une fois encore, je me félicitai de lui avoir donné le Nécronomicon.
À titre indicatif, le Nécronomicon comptait trois volumes en tout.
Ils étaient consacrés à la Mort, à la Décomposition et à l’Inversion. Celui que Charlotte avait entre les mains était l’Inversion, qui traitait de la transformation des êtres en morts-vivants.
« Tu progresses vite. Tu as eu une révélation ? »
Les pupilles en forme de cercles magiques de Charlotte s’agrandirent de surprise.
Elle inspira brusquement, puis baissa la tête.
« Je suis honorée que vous l’ayez remarqué. Comme on pouvait s’y attendre, rien ne vous échappe, Boss. »
Les cercles magiques de ses yeux scintillèrent.
C’était l’éclat d’une admiration sincère.
« Je pense que notre priorité absolue est de transformer Wilhelm en mort-vivant. C’est pourquoi j’étudie actuellement les Dullahans. »
Un Dullahan était une forme supérieure de Chevalier de la Mort.
Ils commençaient au niveau 70 et, si leur cible avait été un Héros, dépasser le niveau 80 ne posait aucun problème.
Le Dullahan qui avait servi de mini-boss au Vieux Château avait lui aussi été un Héros de son vivant, et il était de niveau 88.
Pour devenir un Dullahan, trois conditions devaient être réunies. La première était que la cible ait dépassé le niveau 70 de son vivant.
La deuxième était que son cadavre ait été décapité ; la troisième, qu’il ne présente aucune blessure grave, hormis la tête manquante. Les critères étaient stricts.
Le corps de Wilhelm remplissait les trois conditions, et Charlotte l’avait entièrement gelé grâce à sa magie de glace.
« Je tirerai les leçons de mon erreur avec le Moine du Baume et je veillerai à réussir cette fois. »
Un Dullahan était comparable à une Liche de haut rang ; tenter une telle transformation avec une Nécromancie mal maîtrisée était déjà difficile en soi.
Même si les conditions étaient remplies, tout dépendait des capacités du lanceur de sort.
La transformation de Wilhelm en Dullahan reposait entièrement sur les efforts de Charlotte.
Charlotte, un Humain magique qui avait étudié le Nécronomicon, méritait qu’on lui fasse confiance.
« J’ai hâte de voir ça. »
« Je ne vous décevrai pas. »
Ne voulant pas la déranger davantage, je quittai la salle de l’adjoint après notre conversation.
Bon, qu’est-ce que je fais maintenant ?
J’allais profiter d’un peu de tranquillité, mais ce corps était mort-vivant.
Un corps maudit, incapable de manger ou de dormir.
Hmm.
Je pourrais peut-être étudier la magie comme Charlotte, tant que j’y étais. Apprendre l’escrime ne serait pas une mauvaise idée non plus.
Sans compter Maîtrise avancée de l’épée, mon objet lié de rang EX était lui aussi une épée.
* * *
Solariyon, la ville gouvernée par le Saint-Siège dans le sud de l’Empire.
Elle se trouvait officiellement sur le territoire de l’Empire, mais le pape y détenait une autorité gouvernementale indépendante.
La ville elle-même était divisée en archidiocèses et en diocèses, chacun administré par un cardinal ou un archevêque, à la manière d’un seigneur. On pouvait donc tout aussi bien la considérer comme un État indépendant.
Si l’Empire avait sa capitale, Solariyon avait sa Terre sainte.
Au Saint-Siège de la Terre sainte, quartier général de l’Église de Solari, les cardinaux et les archevêques responsables de chaque diocèse s’étaient réunis.
La réunion avait une seule raison d’être : la mort de Wilhelm.
« Votre Sainteté. C’est une occasion à saisir. »
Un cardinal dévoila ouvertement ses véritables intentions.
Une occasion. Oui, d’une certaine manière, c’en était une.
Wilhelm appartenait à l’Empire, mais à y regarder de plus près, c’était un Héros directement rattaché à l’Église de Solari.
Il était mort sur ordre du Commandement d’Extermination, et son Épée sacrée éveillée avait même été dérobée.
En tirant parti de cet échec, le Saint-Siège pouvait demander des comptes au Commandement et à la famille impériale, et réclamer des réparations.
Et ce n’était que la partie émergée de l’iceberg.
Pour ceux qui souhaitaient que Solariyon devienne une cité-État indépendante, c’était une occasion en or.
« Pas un État indépendant de nom, comme aujourd’hui. N’est-ce pas l’occasion idéale pour que notre cité-État soit officiellement reconnue ? »
L’attitude de l’Empire envers le Saint-Siège avait toujours été hésitante.
En temps normal, il reconnaissait son autonomie, mais intervenait dès qu’il en avait envie.
L’envoi de Wilhelm avait lui aussi été plus ou moins imposé sous la pression de la famille impériale.
Depuis des années, les dirigeants du Saint-Siège grinçaient des dents face à cette attitude. Ils aspiraient depuis longtemps à devenir une cité-État.
Le moment était venu.
Le Commandement d’Extermination était l’une des institutions centrales de l’Empire. Cette ancienne force militaire, célèbre depuis la guerre d’unification, était encore soutenue activement par la famille impériale.
Si un tel Commandement avait subi un revers majeur et causé en plus une perte irréparable au Saint-Siège, nul besoin d’en dire davantage.
« Votre Éminence, c’est impossible. »
Le cardinal fronça les sourcils aux paroles de l’archevêque.
« Comment ça ? Si ce n’est pas maintenant, quand sommes-nous censés devenir indépendants, exactement ? »
« Dans les circonstances actuelles, cela ne ferait qu’engendrer des divisions, pas l’indépendance. Votre Sainteté, puis-je prendre la parole ? »
Le pape, qui était resté silencieux à la tête de la salle, acquiesça.
« L’Empire est en plein vacillement. Comme chacun le sait, les Nouveaux Sept Palais des Abysses en sont la cause. Tous les habitants de l’Empire tremblent comme des moutons sans défense. Que se passera-t-il si nous déclarons notre indépendance face à une telle calamité ? »
Il était évident qu’en pleine crise, l’indépendance serait perçue comme une division de l’humanité.
« Nous devrions plutôt nous unir à l’Empire. Nous pourrions profiter de leur erreur pour réclamer l’indépendance dès maintenant, mais la famille impériale pourrait aussi nous reconnaître officiellement après avoir admis la contribution de l’Église de Solari. »
« C’est exact. »
Le pape était déjà parvenu à la même conclusion.
« Mes amis. Nous agissons tous pour l’humanité. Notre indépendance doit donc, elle aussi, servir l’humanité. »
Sur ces mots, le pape trancha la question.
« L’Épée sacrée du regretté sir Wilhelm. La récupérer doit être notre priorité absolue, pour l’instant. »
Le Tombeau de la Foi était l’un des Nouveaux Sept Palais des Abysses.
Les forces de l’Église de Solari ne suffisaient pas, loin de là.
« Nous devons nous allier à l’Empire et mettre fin à cette affaire. »
Le silence retomba sur la salle. Un silence qui valait approbation.
De toute façon, aucun apostat n’aurait osé contester les convictions du pape.
La réunion semblait devoir s’achever sur cette conclusion.
« Mais une épée sacrée maniée par un mort-vivant… »
Un archevêque exprima tout haut ce que chacun pensait.
L’Épée sacrée était passée des mains de Wilhelm à celles d’un mort-vivant.
Ce mort-vivant était le Boss de l’un des Nouveaux Sept Palais des Abysses.
Des dizaines de membres de l’Ordre des chevaliers sacrés, qui servait directement l’Église de Solari, avaient affirmé la même chose. Comment pouvait-on croire qu’ils mentaient ?
« Ce mort-vivant est peut-être Lucas. »
Des soupirs s’élevèrent de toutes parts.
Lucas Diontri. L’ancien Héros de Solari, un homme qui avait porté en lui la lumière la plus éclatante.
Les paroles d’un chevalier revenu des Sept Palais des Abysses avaient été confirmées par les autres chevaliers.
« La puissance sacrée de l’Épée sacrée était encore plus éclatante que celle du capitaine ! Comme chez cet homme, il y a dix ans ! »
Dans toute l’histoire de l’Épée sacrée, son rayonnement le plus éblouissant n’avait jailli que de la main d’un seul homme.
Lucas. Son Épée sacrée éveillée avait brillé d’un éclat plus puissant que le soleil.
« Je le pense aussi. Ce n’était pas une simple Épée sacrée, mais une Épée sacrée éveillée. Seuls trois Héros dans l’histoire ont éveillé une Épée sacrée, n’est-ce pas ? »
D’après les chevaliers, l’Épée sacrée avait quitté la main de Wilhelm pour voler dans celle du Chevalier de la Mort.
Cela signifiait que l’autorité du Chevalier de la Mort sur l’Épée sacrée était encore plus grande.
« Malgré tout, comment un Héros pourrait-il… »
« N’est-ce pas l’explication la plus plausible ? Un simple Chevalier de la Mort est le Boss d’un Palais des Abysses. C’est incompréhensible, mais si c’était un Héros, tout s’expliquerait. »
Si ce Chevalier de la Mort était un Héros, le fait qu’il soit le Boss des Sept Palais des Abysses devenait tout de suite logique.
Pour qu’un être renaisse naturellement en mort-vivant, sans l’intervention d’un lanceur de sort, une condition devait être remplie.
Une haine profonde de l’humanité.
Même le Cœur de donjon d’un Palais des Abysses ne pouvait pas jouer le rôle d’un lanceur de sort. Par conséquent, une transformation en mort-vivant provoquée par un Cœur de donjon devait elle aussi être alimentée par la haine.
Un seul Héros était mort en haïssant l’humanité.
Lucas.
« C’est tragique. »
« Au bout du compte, le problème vient encore des Sorcières. Sans elles, Lucas ne serait jamais mort. »
« C’est vrai. Ces femmes maléfiques, tss ! »
Dès qu’on mentionna les Sorcières, chacun y alla de son petit commentaire.
Lucas avait été exécuté dix ans auparavant.
Le massacre des Sorcières qui avait balayé l’Empire avait également eu lieu dix ans auparavant.
À l’époque, un village de Sorcières se trouvait dans une forêt de la frontière nord.
C’était un petit village où les Sorcières s’étaient rassemblées pour vivre cachées.
Mais aucun secret ne le reste éternellement.
Dès que l’emplacement du village fut découvert, la famille impériale mobilisa un Héros et un ordre de chevaliers, puis ordonna l’extermination des Sorcières.
« Archevêque Kellen. N’avez-vous pas été envoyé là-bas avec Lucas, il y a dix ans ? »
« Si. J’étais également très proche de Lucas. »
L’archevêque Kellen ferma les yeux en se remémorant ce jour-là.
Une forêt en flammes, un ordre de chevaliers décidé à exterminer les Sorcières, et Lucas qui leur faisait face, les Sorcières derrière lui.
Debout devant les Sorcières, Lucas rengaina son épée et les protégea.
À l’arrivée des chevaliers, il saisit de nouveau son épée et leur tint tête.
Un Héros qui aurait dû massacrer les Sorcières pour l’Empire s’était dressé contre celui-ci afin de les protéger.
« Lucas… C’était un homme vraiment pitoyable. »
Un Héros ne perdait pas contre un ordre de chevaliers.
Si Lucas avait été en pleine possession de ses moyens, il aurait facilement pu maîtriser tous les chevaliers, évacuer les Sorcières en lieu sûr et s’enfuir.
Pourtant, le Héros avait été vaincu et capturé par les chevaliers.
« Je m’en souviens encore. La Furie de mana d’une jeune Sorcière sur les lieux avait transformé la forêt en désert. C’était si violent que même les chevaliers n’osaient pas s’approcher. Moi non plus. »
Lucas fut le seul à s’approcher de la jeune Sorcière.
Sans hésiter, il se jeta dans les flammes déchaînées.
Il finit par arrêter la Furie, mais le prix à payer pour sauver la jeune Sorcière fut la perte de ses deux yeux.
Cette ouverture permit aux chevaliers de se disperser, de poursuivre les Sorcières et de maîtriser le Héros aveugle.
« Sans cette jeune Sorcière, les choses auraient peut-être été différentes. Lucas aurait pu survivre et vivre caché jusqu’à aujourd’hui. »
« Quel imbécile. Il a sauvé une Sorcière, pour mourir à cause d’une Sorcière. Il paraît même qu’il a perdu ses yeux en protégeant une petite garce. Alors pourquoi a-t-il continué à défendre les Sorcières ? »
« Ce n’était même pas un sacrifice. C’était une mort inutile. »
Le massacre des Sorcières avait atteint son paroxysme.
L’exécution de Lucas était la conséquence inévitable de son crime : avoir défendu les Sorcières et tourné le dos à l’Empire.
L’archevêque Kellen ne comprenait pas Lucas, mais il le plaignait.
Même à présent, Kellen n’oubliait pas les dernières paroles de Lucas sur l’échafaud.
« Je croyais que les Sorcières étaient des monstres, mais ce n’était pas le cas. »
« Les Sorcières étaient des êtres humains, elles aussi. Des êtres humains qui avaient une famille, des êtres humains qui ressentaient la douleur. »
« Les humains ont-ils une raison de tuer d’autres humains ? Ont-ils une raison de ne pas protéger d’autres humains ? »
Furieux des paroles de Lucas, l’empereur ordonna : « Amenez les Sorcières ici, immédiatement. »
L’empereur ordonna que les Sorcières qu’il avait emprisonnées soient exécutées sous les yeux de Lucas.
Les cous graciles des femmes furent tranchés l’un après l’autre. Leurs têtes roulèrent au loin, puis furent exposées.
Les citoyens qui assistaient aux exécutions trempèrent leur pain dans le sang des Sorcières et le dévorèrent.
Hommes, femmes et enfants lancèrent des pierres sur les têtes exposées des Sorcières.
Le Héros aveugle ne pouvait rien voir, mais les cris de mort retentissants et l’odeur âcre du sang lui firent ressentir toute cette souffrance dans son corps. Des larmes de sang coulèrent des yeux de Lucas.
Les derniers mots qu’il prononça avant sa propre exécution ne furent ni un gémissement ni un cri, mais une malédiction.
« Vous n’êtes pas humains. Vous êtes les enfants des Abysses. Dieu vous punira, punira l’humanité. »
L’archevêque Kellen secoua la tête, essayant de chasser ce souvenir.
Penser que Lucas, qui avait prononcé ces mots, était revenu sous la forme d’un monstre d’un Palais des Abysses…
… C’était impossible.
L’Épée sacrée éveillée. Une révélation de Dieu. Elle était tombée entre les mains de Lucas, désormais mort-vivant.
Non. C’était impossible.
Le doute germa dans la foi de chacun, mais ne dura qu’un instant.
Dieu veillait toujours sur l’humanité.
Notes :
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