Chapitre 20
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 20 : Le Grand Chef est gentil !
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Comme les Insectes n’étaient pas particulièrement attachés à leur terre natale, ils se préparèrent aussitôt à quitter la forêt.
En quelque sorte, ils avaient été libérés de l’esclavage et avaient rejoint les Sept Palais des Abysses grâce à un coup de chance, non ? C’était de l’imposture, certes, mais tout de même.
Un Insecte qui en savait long sur les Sept Palais des Abysses, contrairement à Balutak, fit tout un tapage.
« Kirik. Sept Palais des Abysses. Kelotak connaît bien. Grand Chef, être d’une puissance intouchable. Kelotak suivre Grand Chef toute sa vie. »
« Les Sept Palais des Abysses ? Qu’est-ce que c’est ? »
« Ça existe. Toi, pas savoir, parce que idiot. Seuls les malins comme Kelotak connaissent les Sept Palais des Abysses. »
Ce petit bâtard avait un complexe de supériorité ou quoi ?
J’avais trouvé quelque chose de louche dès que j’avais appris que leur nom d’origine était Buraltak.
Au moins, je n’aurais aucun mal à me souvenir de Kelotak comme de l’Insecte qui se croyait supérieur aux autres.
« Je vais invoquer Golgoli. »
Nous rentrâmes sur le cheval squelettique Golgoli, en reprenant le chemin par lequel nous étions venus.
Les Insectes devaient être rapides dans une forêt ; je comptais donc sur eux pour suivre. S’ils prenaient du retard, je pourrais ralentir.
Hiiii !
Le cheval squelettique se cabra, puis partit au grand galop.
Mes attentes étaient peut-être trop élevées : les Insectes nous suivirent un moment avant de rapidement se faire distancer.
Leurs cris assourdissants nous parvenaient de loin, derrière nous, mais ce n’était pas de quoi s’inquiéter.
« Kiiik ! Grand Chef ! Ne nous abandonnez pas ! »
« Veux aller avec Grand Chef ! »
Flap !
Seul Balutak, qui avait des ailes, parvint tant bien que mal à suivre.
À voir Balutak nous talonner sans même avoir l’air fatigué, on comprenait que le statut de boss de DLC n’était pas juste un titre.
« Kirik ! Chef ! Chef essaie aussi de nous abandonner ! »
« Chef ! Faut aller ensemble ! Ensemble, plus forts ! »
« Kirik. Forts vont devant. Faibles doivent rester derrière… »
Quelle connerie.
Pendant un instant, je fus tenté d’ignorer ces petits bruyants couleur or et de m’enfuir.
« Boss, ne pourrait-on pas les abandonner ? »
« … »
« Je me suis permis de parler. Veuillez m’excuser. »
Non, je venais de penser exactement la même chose.
* * *
« Vous m’avez manqué, Boss ! »
Flap flap flap…
Isabella accourut vers moi comme un chiot qui retrouve son maître.
Vu comme elle semblait heureuse de me revoir, elle avait dû passer un sale moment pendant l’attaque de la Partie d’Extermination.
Pourtant, malgré ses yeux au bord des larmes, elle n’avait pas une égratignure.
« Félicitations pour votre retour sain et sauf. »
Derrière la Succube qui se tenait en tête, les servantes de la Nuit s’inclinèrent toutes à l’unisson.
Après les avoir écoutées, j’appris que la Partie d’Extermination n’avait pas attaqué.
Alors pourquoi a-t-elle l’air si bouleversée ?
Les servantes de la Nuit l’avaient-elles maltraitée ? Elles n’étaient tout de même pas assez folles pour faire ça chez quelqu’un d’autre.
En les observant, je me demandai tout naturellement si je n’avais pas demandé l’aide de Rose Sha pour rien.
Bien sûr, je ne pouvais pas laisser le donjon sans défense, mais maintenant que je savais ce qui s’était passé, je le regrettais. C’était humain, après tout.
Je détachai Isabella, qui s’accrochait sans cesse à moi, puis croisai le regard de la Succube.
« À votre retour, dites à Rose Sha que je lui suis redevable et que je la rembourserai bientôt. »
« Je lui transmettrai vos paroles dès notre retour. »
Les servantes de la Nuit repartirent vers leur donjon par le même portail.
Une fois qu’elles furent parties, les Insectes entrèrent, comme pour combler le vide qu’elles avaient laissé.
« Balutak, présente-toi. Voici Isabella, la Vampire, et ses subordonnés. »
En voyant un Insecte pour la première fois, Isabella eut l’air déconcertée, puis lui sourit maladroitement en lui tendant la main.
« Euh… Je m’appelle Isabella. Tu es Balutak, c’est ça ? Enchantée. J’espère qu’on s’entendra bien. »
« Kiririk. Vampire a l’air faible. Balutak pense Balutak plus fort. Balutak devient plus fort en mangeant les faibles. Si Balutak mange Vampire, Balutak peut évoluer. »
« … Pardon ? »
Quand Isabella comprit ce que Balutak voulait dire, son visage blêmit.
Je me doutais que ça arriverait.
« Balutak. Dans ce donjon, il n’y a ni faibles ni forts. Nous sommes tous des compagnons qui vivent ensemble et s’entraident. »
« Kirik. Balutak ne comprend pas. Faible se fait manger par fort. Fort prend faible et devient encore plus fort. »
« Et si je te tuais sur-le-champ, tu l’accepterais ? »
« Kirik… Balutak ne ferait pas ça. Balutak ne mangera pas Vampire. »
Forcer Balutak à obéir en lui inspirant de la peur avait ses limites, c’était évident.
Dans l’idéal, je devais lui donner une bonne raison de s’entendre avec les Vampires.
Balutak n’acceptait pas la simple vérité : ils étaient tous des monstres du même donjon.
Après y avoir réfléchi, je me rappelai ce que Balutak m’avait dit lors de notre première rencontre.
« Essaie de voir les choses sous un autre angle. Tu ne disais pas que tu prenais les faibles sous ton aile et que tu en assumais la responsabilité ? Essaie de t’entendre avec les Vampires en gardant ça à l’esprit. »
« C’est vrai. Balutak mange parfois les faibles, mais Balutak en prend aussi la responsabilité. Grand Chef a raison. Vampire est faible. Balutak protège Vampire. »
« Bonne réflexion. Maintenant, je vais te faire visiter les étages pour que tu t’adaptes plus facilement au donjon. »
« Kirik. Balutak s’adapte. Balutak évolue. Balutak change. S’adapter facile pour Balutak. »
« Je vais m’en charger, Boss. »
Charlotte s’avança, mais je secouai la tête.
Contrairement à moi, elle était humaine. Le voyage avait forcément dû l’épuiser.
« Je m’en occupe. Repose-toi. »
Un boss qui s’en chargeait personnellement tout en garantissant à ses subordonnés le droit de se reposer ? Impossible que ça ne leur inspire pas de la loyauté.
« Puis-je vous accompagner ? Ils n’ont pas encore appris les bonnes manières. Ils pourraient vous montrer les crocs, Boss. »
… Maintenant qu’elle le disait comme ça, je n’étais plus très rassuré.
Sans rien en laisser paraître, je la laissai venir, comme si je n’avais de toute façon pas pu l’en empêcher.
Heureusement, aucun des problèmes que Charlotte redoutait ne se produisit.
Nous visitâmes les sept étages ; Balutak et les Insectes ne firent que regarder partout, les yeux brillants d’émerveillement.
La Base minière, que nous visitâmes en dernier, serait le lieu de travail des Insectes. Il fallait donc leur fournir de nombreuses explications.
Il fallait leur présenter la Base minière, l’aire de repos, les postes de garde, les charrettes à deux roues, les provisions et les points d’eau. Quelques Insectes semblaient avoir plus ou moins compris à quoi servait l’endroit.
« Balutak, qui peut combattre la Partie d’Extermination, deviendra provisoirement le Gardien du cinquième étage. Mais vous autres êtes toujours faibles. Vous ne feriez que mourir pour rien face à une Partie d’Extermination. »
« Kirik… »
« Pour les faibles, le seul moyen de survivre dans ce donjon, c’est de travailler. Travaillez ici pour le moment et faites vos preuves. »
Ils avaient tous été réduits en esclavage contre leur gré ; ils savaient donc parfaitement ce que signifiait le travail.
C’est pourquoi ils avaient tous l’air abattus.
Ils pensaient avoir été libérés de l’esclavage, et voilà qu’ils allaient devoir travailler de nouveau ? Le désespoir se lisait sur leurs visages.
Mais je n’y peux rien.
Je n’étais qu’un être humain.
J’avais beau avoir pitié d’eux, j’avais déboursé dix millions de Cell pour les faire venir ici.
Les frais initiaux s’élevaient à eux seuls à dix millions, et leur entretien coûterait sûrement une somme considérable.
Chaque Insecte était seulement de niveau vingt à trente. Si je ne trouvais pas une raison de dépenser autant pour eux, il faudrait que j’en invente une et que j’équilibre les comptes d’une façon ou d’une autre.
À quoi pouvais-je bien employer ces Insectes si faibles ?
Au moins, les Insectes étaient aussi doués que les Kobolds pour travailler dans un donjon labyrinthique.
Je comptais les employer à extraire les filons de minerai et à réparer ou agrandir le donjon.
Ils étaient plus forts et plus endurants que les humains. Je pourrais donc les faire travailler sans trop m’inquiéter.
« Kirik… Aime pas travail… »
« Travail dur. Effrayant. Douloureux. »
« C’est un ordre du Boss. Ceux qui ont quelque chose à redire peuvent quitter ce donjon immédiatement. Aucun donjon n’a besoin de monstres inutiles. »
À ces mots de Charlotte, les murmures s’éteignirent.
Ça me faisait mal aussi, mais je n’y pouvais rien. Il n’y avait pas d’autres ouvriers, et je les avais amenés ici précisément pour les faire travailler.
« Votre priorité sera d’extraire les filons de minerai. Dans certaines circonstances, vous participerez à la construction du donjon. »
Les Insectes se regardèrent, puis baissèrent faiblement la tête.
Ils avaient l’air complètement anéantis.
« Kirik… Construction donjon ? »
« Kelotak connaît construction donjon. On faisait ça jusqu’à en avoir marre. Dur, faim, douleur. »
« J’ai même perdu un bras. Je veux pas revivre ça. Ça fait mal… »
« Kiririk… »
Malgré tout, je ne pouvais pas les laisser ne rien faire et se contenter de manger, ni leur demander de travailler à peine quelques heures.
Je les avais fait venir à perte à cause de Balutak ; je devais donc tirer le maximum de leur travail.
Puisque j’avais décidé de faire de ce donjon un lieu comparable aux Sept Palais des Abysses, je devais endurcir mon cœur et rechercher des gains concrets.
Je savais que les Hommes-bêtes les avaient traités comme des esclaves, mais ça, c’était une chose, et ceci en était une autre.
Faisant fi de leurs yeux larmoyants, je poursuivis :
« Vous travaillerez douze heures par jour. Chaque service durera trois heures, soit quatre services par jour. Si vous êtes fatigués ou avez faim pendant le travail et que vous avez besoin de nourriture ou d’un endroit où dormir, utilisez cette aire de repos. En dehors des heures de travail, vous êtes libres de faire ce que vous voulez ; reposez-vous comme bon vous semble. Et Charlotte… »
« Oui. »
« Demain, nous déciderons ensemble de la répartition du personnel et de l’ordre des rotations. Dès que le planning sera prêt, affecte les ouvriers à leurs postes. »
« J’exécuterai vos ordres. »
Quand j’eus fini de parler, les Insectes me fixèrent d’un air ébahi.
Je le savais, moi aussi. Douze heures par jour, c’était une quantité de travail absurde.
Et contrairement à un travail de bureau, les Insectes passeraient la moitié de la journée à extraire des filons de minerai.
Ce serait un labeur exténuant, même pour des Insectes, mais je n’y pouvais rien.
Comme disait le vieux proverbe, qui ne travaille pas ne mange pas.
« Pour l’instant, ce sera douze heures par jour. On verra comment ça se passe ; on réduira peut-être plus tard. »
C’était le plus petit compromis que je pouvais faire par compassion. Aller plus loin, c’était trop, même pour moi.
Je sentis le regard des Insectes, mais je fis comme si je ne le remarquais pas et me détournai.
De peur que ma résolution ne flanche sans raison, je partis précipitamment.
* * *
« J’ai mal entendu ? »
« Kirik. Douze heures, moitié journée. Grand Chef a dit temps de travail douze heures. Ça n’a aucun sens. »
Après le départ du Boss, les Insectes se mirent à chuchoter entre eux.
Tout en discutant, ils contemplaient avec stupeur la silhouette du Boss qui s’éloignait.
« Cet endroit… paradis ! Repos moitié journée ! »
« Kirik ! Contents d’être venus ! Beaucoup repos ! Heureux ! »
« Survie assurée ici aussi ! Peut vivre sans évoluer ! Peut vivre si travail seulement moitié journée ! »
Les Insectes poussèrent tous ensemble des cris de joie.
Quand ils étaient au service des Hommes-bêtes, il était normal de travailler au moins vingt heures par jour.
Ils avaient travaillé ainsi pendant un mois, sans pouvoir dormir correctement ni même boire à leur soif.
Ils s’étaient échappés et avaient trouvé un endroit où s’installer, mais avaient désespéré à l’idée de devoir y travailler autant.
Or, ce n’était pas le cas. Ils travailleraient, certes, mais presque deux fois moins longtemps qu’avant.
« Kiriririk ! Tout le monde, venez voir ! Il y a aussi de la nourriture ! »
Un Insecte qui était déjà entré dans l’aire de repos les héla.
Bientôt, les Insectes virent la nourriture et l’eau préparées dans l’aire de repos et n’en crurent pas leurs yeux.
« Kirik ! C’est quoi, tout ça ? »
« Ouvre ! Nourriture sort ! Mange ! Bon ! »
« Kiririk ! Très bon ! Et il y a encore beaucoup, beaucoup de nourriture ! »
« Beaucoup d’eau aussi ! Peut manger et boire pendant travail ! »
« Cet endroit, paradis terrestre ! Vive Grand Chef ! »
« Grand Chef gentil ! Nous suivrons Grand Chef pour toujours ! »
Charlotte, qui les observait, tourna le regard vers l’endroit où le Boss était parti.
Elle était tout aussi surprise.
« … Le Boss est vraiment différent. »
Dans la plupart des donjons, les ouvriers étaient exploités jusqu’à l’épuisement.
Ils appartenaient à la classe la plus basse du donjon, tout en bas de la hiérarchie.
Quand on construisait une Base minière souterraine, il allait de soi qu’on ne prévoyait pas d’aire de repos et qu’on ne garantissait aucun droit aux ouvriers.
Bien sûr, la productivité augmentait si l’on organisait les périodes de repos et qu’on construisait une base convenable.
Mais le mépris et la discrimination envers les faibles, profondément enracinés dans les donjons, avaient perduré jusqu’à aujourd’hui.
Par nature, les bêtes et les monstres de donjon ne différaient pas. Les uns comme les autres exploitaient les faibles au lieu de les protéger.
Depuis des centaines d’années, cette manière de survivre était considérée comme la norme dans les donjons.
Tous les boss ne voyaient dans les ouvriers que des esclaves à exploiter et ne leur garantissaient jamais aucun droit.
Les ouvriers embauchés par l’intermédiaire de l’Association marchande étaient naturellement traités comme tels, mais ceux liés à un donjon étaient censés être considérés comme des esclaves.
Quel genre de boss est le Boss ?
Pourtant, le Boss de ce donjon était différent.
Que sa décision soit motivée par l’efficacité ou par l’altruisme, le Boss ne ressemblait pas aux autres.
Charlotte, qui accordait beaucoup d’importance à l’efficacité, avait voulu conseiller au Boss de garantir les droits fondamentaux des ouvriers.
Elle avait gardé cette idée pour elle, sachant que ce serait déplacé, mais le Boss avait étonnamment pris cette décision de son propre chef.
« … Sans le Boss, ce donjon s’effondrerait du jour au lendemain. »
Depuis le début, c’était un Donjon à entité unique. Que dire de plus ?
Non seulement le Boss avait la force de tuer un Héros en un instant, mais il avait aussi un point de vue qui privilégiait l’efficacité.
À côté de lui, ses subordonnés étaient une adjointe qui faisait des erreurs, des Vampires inutiles et des insectes idiots…
« … J’ai beaucoup de choses à méditer. »
Si l’on faisait abstraction du Boss, personne ne penserait qu’il s’agissait de l’un des Sept Palais des Abysses.
Charlotte en était sincèrement convaincue, et le respect qu’elle éprouvait pour le Boss ne cessait de grandir.
Notes :
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