Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 18 : Pas l’héroïne, mais enfin, c’est une histoire de salut
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Le boss des Sept Palais des Abysses ?
Ce Chevalier de la Mort ?
Pour Lionheart, les Sept Palais des Abysses possédaient une dignité incompatible avec l’existence même d’un Chevalier de la Mort.
Pourtant, la situation qui se présentait à lui le forçait à regarder la réalité en face, malgré ses préjugés étroits.
Le Chevalier de la Mort se tenait les bras croisés, le menton relevé avec arrogance.
L’angoisse remonta le long de l’échine de Lionheart, tandis qu’une sueur froide coulait à flots.
« Roi Lionheart. Pouvez-vous assumer les conséquences de vos paroles ? »
Le Chevalier de la Mort rompit le silence étouffant.
La lueur dans ses yeux, d’ordinaire si méprisable, emplissait à présent la pièce d’une pression insoutenable.
Les Nouveaux Sept Palais des Abysses avaient été rétablis après la conquête de l’Ombre de Pangu.
Et leur maître n’était autre que le Chevalier de la Mort qui se tenait devant eux.
Pan !
Lionheart plaqua son front contre la table.
« J’ai commis un péché digne de mort. Dans ma stupidité, je n’ai pas reconnu le maître du Palais des Abysses. »
…
Seul le silence lui répondit.
Quand Lionheart releva prudemment les yeux, il croisa le regard du Chevalier de la Mort, qui semblait l’étrangler.
« Un péché digne de mort ? Si cela mérite la mort, qu’en est-il de votre subordonné ? Celui qui a dit qu’il me tuerait, puis a essayé de le faire. »
… Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Les paroles et les actes de Lionheart, quand il avait congédié le Chevalier de la Mort, lui revinrent soudain en mémoire.
Espérer que ses subordonnés aient remarqué le Chevalier de la Mort et l’aient bien traité relevait évidemment du vœu pieux. À tout prendre, ils avaient probablement commis une faute encore plus grave.
Son esprit s’emballa et sa vision s’assombrit.
Se faire chasser de son ancien donjon n’avait pas suffi. Le boss des Nouveaux Sept Palais des Abysses s’était rendu dans le donjon où ils s’étaient installés. Pourquoi ce cauchemar était-il réel ?
Lionheart voulait seulement croire qu’il rêvait.
« Roi Lionheart. Ce que vous m’avez fait subir aujourd’hui m’a profondément humilié. Je m’en souviendrai longtemps. »
« J-je suis désolé… »
« Marchand. Dites-moi : un donjon de rang inférieur s’est permis de proférer des insultes grossières et même des menaces contre les Sept Palais des Abysses. Comment régler cette affaire ? »
« Vous pouvez les exécuter à votre guise, ou régler la question par un accord. Le choix vous appartient entièrement, Boss. »
Le visage de Lionheart blêmit au mot « exécution ».
Ce à quoi Lionheart s’était attendu n’avait rien à voir avec la réalité qui s’abattait à présent sur lui.
« Lionheart. Tu veux vivre ? »
« Seigneur très illustre, veuillez épargner cette humble vie… »
« D’abord, donne-moi ça. »
Le Chevalier de la Mort désigna le pendentif en or pur de Lionheart.
Lionheart frissonna. C’était un trésor sans pareil.
Le boss des Sept Palais des Abysses avait peut-être l’œil, car le Chevalier de la Mort l’avait reconnu sur-le-champ.
Malgré tout, aucun trésor n’était plus précieux que la vie.
« L-le voici. »
Le Chevalier de la Mort prit le pendentif, puis se leva.
C’est… fini ?
Lionheart poussa un soupir de soulagement intérieur.
Abandonner le pendentif lui faisait mal, mais c’était un prix dérisoire à payer pour sauver sa peau.
« Ça ne suffit pas. Charlotte, maintenant. En tant qu’adjointe, dis à notre ami ce que tu en penses. »
« Merci, Boss. »
« … Pardon ? »
Cette humaine était son adjointe ?
Sans prêter attention à la confusion de Lionheart, Charlotte s’assit sur la chaise libre.
« Je n’aime pas perdre mon temps, alors allons droit au but. Premièrement, nous recevrons cent millions de Cells en dédommagement. C’est peu, mais grâce à la générosité du Boss, vous vous en sortez à bon compte. Et… »
Charlotte continua ensuite à plumer le donjon sans laisser la moindre ouverture.
Elle parla pendant une heure entière, et Lionheart resta devant elle, incapable de bouger d’un pouce, comme s’il était mort.
* * *
« Je trouve que l’affaire a été bien réglée, sans excès de sévérité ni de clémence. Quand la nouvelle se répandra, la réputation du Boss n’en sera que meilleure. »
Je ne sais pas. Moi, j’avais trouvé ça plutôt sévère.
Mais à voir le résultat, grâce à Lionheart, nous avions remboursé toutes les dettes du donjon et récupéré un objet utile en prime.
[Pendentif en or pur de Lionheart (A+)]
[Chances d’amélioration : 5 %]
[※ Attention ! En cas d’échec de l’amélioration, l’objet sera automatiquement détruit !]
[En cas d’échec de l’amélioration, le temps de recharge sera réinitialisé.]
[Voulez-vous améliorer le pendentif en or pur de Lionheart (A+) ?]
[OUI/NON]
Pourquoi est-ce que je serais assez fou pour améliorer un pendentif qui conférait une immunité à la plupart des affaiblissements rien qu’en le portant ?
Mon objectif principal avait été de recruter Balutak, mais j’avais fait un gain inattendu.
« Maintenant, nous pouvons emmener les Insectes utiles avec nous. »
Charlotte le disait comme si c’était simple, et ça l’était vraiment.
Tout ça, c’était grâce à Lionheart. Il avait traité les Insectes comme des esclaves, ce qui nous avait facilité la tâche sans même que nous nous en rendions compte.
Après tout, le recrutement de monstres du donjon s’était transformé en histoire de sauvetage d’esclaves.
Si Balutak connaissait la gratitude, il nous considérerait comme ses bienfaiteurs pour l’avoir sauvé.
Bien sûr, ce n’était qu’une supposition plausible. Les choses pouvaient se passer autrement une fois sur place.
Alors, quelle situation devais-je créer pour rallier Balutak à notre cause ?
J’avais déjà une idée.
Libérer tous les Insectes pour gagner les faveurs de Balutak, comme Lincoln avait émancipé les esclaves ? Même pas la peine d’y penser.
Ces Insectes dévoraient les leurs. Même si je les libérais, ils penseraient probablement : « Et alors ? »
« Aucune raison de se faire un ennemi de rang quatorze pour rien. »
Nous nous étions contentés d’extorquer une indemnité à Lionheart. Aller plus loin aurait dépassé les bornes.
Si nous nous mêlions du sort de tous les Insectes employés comme main-d’œuvre, nous entraverions la construction du donjon.
Alors, voici la méthode que j’avais trouvée.
« Au fait, Boss. Y a-t-il une raison particulière pour que vous fassiez travailler cet Insecte jusqu’à ce qu’il soit à l’article de la mort ? »
Comme Charlotte l’avait dit, j’avais déjà ordonné à Lionheart de faire travailler un Insecte jusqu’à ce qu’il soit presque mort.
Cet Insecte, c’était Balutak.
« Si je devais deviner les intentions du Boss, vous avez vu le potentiel de cet Insecte. C’est pourquoi vous l’avez délibérément poussé au bord de la mort. Être sauvé dans la pire situation possible atténue toutes les privations et incite à dépendre de son sauveur. Mon interprétation limitée est-elle juste ? »
… Est-ce que je pense vraiment comme elle ? Une Sorcière dont le passe-temps est d’écorcher les humains ?
Il y avait une autre raison, l’évolution, mais Charlotte ne pouvait évidemment pas la connaître.
« Ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas tout à fait juste non plus. »
Pour une raison ou une autre, je voulais désespérément nier que je partageais la façon de penser de Charlotte.
« Tu as raison de dire que j’estime le potentiel de cet Insecte. Tu as aussi raison : j’ai créé cette situation de toutes pièces. Mais tu as oublié une chose. »
« Une chose… Laquelle ? »
« Tous les êtres vivants ne progressent que lorsqu’ils ont l’impression d’être sur le point de mourir. Le seuil de la mort est aussi la limite d’un être vivant. Je compte observer attentivement ce bref instant pour découvrir les limites de cette créature et son potentiel de croissance. »
Même moi, je trouvais que c’était un beau tas de sottises.
J’avais juste tourné ça de manière à ce que ça sonne bien, mais c’était pratiquement du baratin.
« Je vois… Quelqu’un d’aussi insignifiante que moi ne saurait jamais comprendre les grandes intentions du Boss. En tant qu’adjointe indigne de vous, j’ai encore beaucoup à apprendre. »
Mm-hm, bien sûr. Je suis content que tu aies gobé ça.
Observer un Insecte à l’article de la mort pour découvrir ses limites et son potentiel de croissance ? Je n’en avais pas la capacité, et même si je l’avais eue, je n’aurais pas voulu faire ça.
Je ne suis pas un psychopathe, ni un gamin qui aime regarder mourir des insectes.
Mais puisque je l’avais dit, il fallait que je donne le change.
« Si cet Insecte n’est pas à la hauteur des attentes du Boss, vous avez l’intention de le laisser mourir. »
« … On verra. »
Pourquoi est-ce que je le laisserais mourir ?
Balutak était précisément la raison de ma venue ici.
* * *
Les faibles se faisaient dévorer, tandis que les forts dévoraient les faibles et évoluaient.
La jungle des Insectes était un champ de bataille permanent où chacun tuait et se faisait tuer à chaque instant, dans une lutte pour l’évolution.
Dans cette jungle, les faibles n’avaient qu’un seul choix.
Se faire dévorer ou se soumettre aux forts.
Balutak, de la tribu des Crocs de Vipère, était le chef qui commandait le plus de subordonnés.
Alors que les autres Insectes vivaient seuls au lieu de former des groupes, Balutak avait soumis les faibles et fondé une colonie.
Car Balutak n’était pas seulement fort, il était aussi intelligent.
Balutak savait maîtriser ceux qui lui étaient inférieurs et les utiliser.
À mesure que ses forces grandissaient et qu’il évoluait encore et encore, une ambition avait pris forme en lui.
Soumettre tous les Insectes et devenir l’unique roi de la jungle.
Dévorer ceux qui résistaient à sa domination, évoluer sans cesse et devenir le plus fort.
Les Hommes-bêtes du Royaume démoniaque avaient anéanti cet objectif.
« Krrik… »
Un mois s’était écoulé depuis que les Hommes-bêtes avaient occupé la forêt.
Balutak avait été réduit en esclavage tout ce temps.
Les forts dévoraient ou soumettaient les faibles.
Les Hommes-bêtes étaient forts, et les Insectes étaient faibles.
Mais Balutak n’aurait jamais imaginé qu’on le traiterait ainsi.
Même s’il perdait, Balutak s’était attendu à être dévoré. Au lieu de cela, on l’avait condamné à des travaux pénibles toute la journée, en lui donnant trop peu à manger et à boire.
Naturellement, Balutak avait d’abord résisté et tenté de s’échapper.
Mais à présent, il ne pouvait plus bouger d’un pouce. Chaque fois qu’un Homme-bête levait son fouet, Balutak tressaillait de peur avant même qu’il ne s’abatte.
Au fil de ces jours d’exploitation, Balutak avait peu à peu régressé.
Ses six pattes n’étaient plus recourbées, et sa vision latérale était devenue instable.
N’importe qui voyait bien que Balutak était désormais faible.
Pourtant, on ne le dévorait pas. On le maintenait constamment affamé et on ne l’utilisait que pour travailler.
« Krrik. Je suis épuisé, dak… »
Pour une raison quelconque, la journée était particulièrement éprouvante.
Bien après le coucher du soleil, Balutak n’avait reçu ni nourriture ni une seule goutte d’eau.
On ne le laissait même pas se reposer une seconde, comme si l’on voulait lui arracher jusqu’à la dernière once d’énergie.
Crac !
À peine s’arrêtait-il une seconde qu’une rafale de coups de fouet s’abattait sur lui, comme si elle n’attendait que ça.
« Krrik… »
Balutak sentait sa vie en danger.
Ce n’était plus une simple régression. À ce rythme, il allait bientôt mourir.
Sa conscience qui s’éteignait en était la preuve.
Pendant un instant, une sensation se répandit dans tout son corps. Il avait l’impression d’être étendu dans l’herbe.
Balutak s’était effondré par terre sans même s’en rendre compte.
« Ki-rrik… »
Depuis qu’il vivait dans la jungle, tout ce que Balutak avait désiré, c’était survivre et évoluer.
Mais à l’approche de l’instant final, il avait tant d’autres désirs.
Des proies, de l’eau et la liberté.
Balutak ferma les yeux, espérant apercevoir la liberté qui ne tarderait pas à venir.
Fais tomber ta carapace.
Ces mots s’accompagnèrent d’une sensation diffuse.
Bientôt, sa conscience s’éclaircit peu à peu, et sa vision s’illumina.
Balutak écarquilla les yeux en sentant les changements parcourir son corps.
Ayant évolué à plusieurs reprises, Balutak reconnut instinctivement cette sensation.
Ce qui se répandait dans tout son corps était le signe d’une évolution.
Balutak crut que c’était forcément une erreur.
Il était impossible d’évoluer sans avoir rien mangé et alors qu’il frôlait la mort.
Pourtant, comme pour prouver que ce n’était pas un mensonge, le corps de Balutak se mit à se rétablir.
Balutak releva la tête.
Il aperçut la silhouette de celui qui lui avait versé un peu d’eau lorsqu’il s’était effondré, dans un brouillard de conscience.
Il avait cru rêver, mais ce n’était pas le cas.
« Krrik. Squelette… »
Même l’esprit embrumé, Balutak le comprit instinctivement.
Le squelette qui se tenait devant lui était celui qui l’avait fait évoluer alors qu’il était à l’article de la mort.
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