Chapitre 16
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 16 : Voyons au moins qui ils sont
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Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis qu’Isabella s’était installée dans le donjon pour rembourser sa dette.
Elle ne le montrait pas, mais Isabella avait le sentiment que le temps qu’elle avait passé ici dépassait largement ce qu’elle méritait.
« J’appartenais à une race faible, chassée de son territoire après un conflit, et voilà que je me réveille dans la peau d’une servante d’un Palais des Abysses ? »
N’était-ce pas comme passer du jour au lendemain du statut d’esclave à celui de domestique dans la demeure d’un duc ?
Au lieu de rembourser leur dette, Isabella et ses compagnons avaient l’impression que c’étaient eux qui recevaient toujours davantage.
Le Boss était incroyablement puissant, ce qui les rendait fiers. Ils étaient aussi bien traités, et leurs journées leur donnaient entière satisfaction.
On ne les faisait pas travailler jusqu’à l’épuisement. Comme il s’agissait d’un Palais des Abysses, ils étaient en sécurité. De temps à autre, ils pouvaient même boire du sang humain.
À part l’adjudante, qui était un peu effrayante, c’était le paradis.
Ce paradis, pourtant…
« Grrr… »
« Hii ! »
Dès qu’Isabella croisa le regard d’un Loup-garou, elle détourna les yeux par réflexe.
Ces yeux injectés de sang… Mais qu’est-ce que c’est que cette chose ? Elle est terrifiante.
Elle regarda autour d’elle et se demanda si c’était vraiment leur donjon.
Elle savait que des renforts étaient arrivés du Château de la Luxure. Elle comprenait aussi pourquoi ils en avaient eu besoin.
« N’empêche, c’est trop. »
Rien que partager l’espace avec eux lui coupait le souffle.
Ils avaient beau être considérés comme de simples monstres de remplissage dans leur propre donjon, si ce dernier était un Palais des Abysses de rang 6, tout changeait.
Le moindre d’entre eux était assez puissant pour réduire en miettes quelqu’un comme Isabella.
« Je suis un Vampire de sang pur, quand même. »
Un Vampire de sang pur était censé pouvoir se moquer de presque tout. Alors pourquoi avait-elle tant de mal à respirer, ici ?
Isabella rejoignit ses compagnons et se recroquevilla dans un coin.
Ils mangèrent en silence, de peur d’énerver qui que ce soit. Même leur repas était la carcasse d’un Minotaure mort.
La pitié s’accumulait sur la pitié, jusqu’à ce que les larmes lui brouillent la vue.
« Revenez vite, Boss… »
Il lui manquait tellement qu’elle aurait même voulu revoir l’adjudante terrifiante.
* * *
Le trajet en calèche prenait trois jours pour plusieurs raisons.
Une calèche était plus lente qu’un cheval seul. Il fallait aussi s’arrêter pour camper et se reposer en chemin.
La destination se trouvait au bout d’une longue route ; sauf imprévu, le trajet prenait donc trois jours.
Mais combien de temps faudrait-il à un seul cheval pour voyager sans repos, en prenant des raccourcis et en acceptant les risques ?
« Nous sommes arrivés très vite. »
En fait, le trajet avait pris moins d’une demi-journée.
Nous étions partis peu après le lever du soleil, mais il faisait déjà nuit à notre arrivée.
Le cheval squelettique était une monture exceptionnelle et, comme il était mort-vivant, il ne se fatiguait jamais. Il avait galopé à pleine vitesse pendant une demi-journée, et nous étions arrivés en six à huit heures.
Cette créature dépourvue de cœur aurait fait pleurer même Park Ji-sung, célèbre pour en avoir deux.
J’arrêtai le cheval squelettique devant la forêt tropicale où vivaient les Insectes.
Quand je caressai sa crinière blanche, il frotta sa tête contre moi, comme pour en redemander.
Pourquoi était-il si mignon ? Mon sens de la beauté était-il déjà devenu mort-vivant ?
« Tu peux me suivre ? »
En tant que mort-vivant, je pouvais entrer dans la forêt sans hésiter, même de nuit.
Le problème, c’était Charlotte.
Contrairement à moi, elle risquait d’être en danger dans une forêt nocturne, où elle ne pouvait pas voir à son aise.
« Je suis également habituée à l’obscurité. Cela ne posera aucun problème. »
À bien y réfléchir, on disait que les Sorcières s’activaient quand les humains allaient se coucher.
Si elle était vraiment nocturne, et pas seulement au sens figuré, elle devrait s’en sortir. D’ici là, ses yeux se seraient aussi pleinement adaptés à l’obscurité.
« Nous continuerons à pied à partir d’ici. »
À proprement parler, nous nous trouvions sur le territoire des Insectes.
La présence d’étrangers les rendrait forcément méfiants. Si nous nous mettions à cavaler partout en semant le désordre, ils auraient de bonnes raisons de nous prendre pour des ennemis.
« Je vais restaurer Golgoli. »
Je lui avais dit que ce n’était pas Golgoli, mais elle recommençait.
Charlotte tendit la main. Peu à peu, la silhouette du cheval squelettique se brouilla, puis s’enfonça dans les ombres.
Cette ombre se fondit lentement dans celle de Charlotte, comme attirée par elle.
« Allons-y. »
Charlotte alluma sa lanterne et prit la tête.
Je ne lui avais même rien demandé, et pourtant elle s’était mise en route de son propre chef. J’aimais ça.
« Elle a aussi une bonne attitude. »
Charlotte m’avait suivi jusqu’ici sans connaître notre objectif.
Elle aurait pu me demander ce que j’avais en tête, mais sa loyauté aveugle l’en avait empêchée.
Je m’y étais attendu. Son niveau était d’un vert profond, même s’il virait parfois au rose.
« Tu ne te demandes pas pourquoi nous sommes venus ici ? »
Je suivis Charlotte dans la forêt, en la laissant ouvrir la marche.
Le sous-bois et les arbres de cette immense forêt tropicale débordaient de verdure et de vie.
C’était le résultat d’une nature préservée, sans intrusion de la civilisation.
Sans se retourner, Charlotte répondit : « Si c’est la décision du Boss, douter serait irrespectueux. Je me contenterai d’obéir à ses ordres. »
« Et que penses-tu des Insectes ? »
Charlotte allait participer au plan. Elle devait donc aussi savoir à quoi s’en tenir à leur sujet.
Les Insectes étaient des monstres insectoïdes, à peu près de la taille d’un humain.
Le Roi des Insectes Balutak appartenait à la race des Insectes. Plus précisément, on pouvait distinguer les coléoptères des arthropodes, mais on les regroupait tous sous le nom d’Insectes.
« Je les trouve insignifiants et barbares. »
Je m’en doutais.
La forêt tropicale où vivaient les Insectes se trouvait à l’extrême sud de l’Empire. Au-delà de la mer qui s’étendait juste au sud, c’était le Royaume démoniaque du Continent méridional.
Dans le jeu, les Insectes étaient presque toujours des victimes.
Pris entre les deux seules grandes puissances, ils finissaient souvent écrasés entre deux belligérants.
Avant la sortie du DLC, les joueurs les considéraient comme une race de véritables souffre-douleur, au même titre que les Vampires.
« Tout a changé après que Balutak est devenu un Boss. »
Les Insectes avaient changé du tout au tout lorsque leur Grand Chef, le Roi des Insectes Balutak, était devenu le Boss d’un Palais des Abysses.
Leur puissance avait tellement grandi que la Ruche spirale de la Tromperie, pourtant l’un des Sept Palais des Abysses, était devenue une force indépendante, au lieu d’appartenir au Royaume démoniaque.
Elle disposait même de défenses dignes d’une forteresse de fer et n’avait cédé devant aucune des deux grandes puissances. Si je les recrutais, ils deviendraient un atout colossal.
« J’ai beaucoup d’estime pour les Insectes, qui évoluent sans fin. Si je suis venu ici, c’est pour les recruter comme alliés. »
« Je ne doute pas du jugement du Boss, mais les Insectes sont extrêmement barbares. Ils ne vivent pas en colonies et ne possèdent pas d’esprit de ruche comme les monstres des donjons. Ce sont les monstres les plus difficiles à gouverner. »
C’était vrai.
Le mode de vie des Insectes était à l’opposé de la vie en groupe sous l’autorité d’autrui.
« Les Insectes n’hésitent pas à tuer les leurs, ni même à les dévorer. Ils ne cherchent qu’à évoluer. Même si vous les recrutez, je pense qu’ils seront impossibles à maîtriser… »
Les Insectes survivaient grâce à la barbarie poussée à son paroxysme.
Ils poursuivaient une évolution sans fin, dans une lutte pour la survie où seuls les plus forts l’emportaient.
Introduire dans un donjon des Insectes capables de dévorer leurs semblables pour évoluer ? Beaucoup avaient essayé, et toutes les tentatives avaient échoué.
Si les Insectes étaient restés des monstres sauvages jusqu’à aujourd’hui, ce n’était pas pour rien.
« J’ai un plan. »
« Oui. Je vous suivrai. »
Malgré les conseils qu’elle venait de me donner, Charlotte accepta aussitôt ma décision.
Voilà qui était digne d’une fidèle servante. Elle me donnerait son avis, mais quelle que soit ma décision, elle me soutiendrait de tout son cœur.
« Comme tu le sais, chez les Insectes, seule compte la loi du plus fort. »
La loi de la force. Rien d’autre.
« Si un être d’une puissance écrasante les gouverne, que pourraient bien faire les Insectes ? »
« … »
Je compris le sens du silence de Charlotte.
La loi du plus fort n’était pas fausse, mais elle n’était pas tout à fait juste non plus. En réalité, c’était Charlotte qui les gouvernerait à ma place, mais quand même.
Une relation entre maître et subordonnés fondée uniquement sur la force ne durerait pas longtemps.
« Si je veux qu’ils deviennent des subordonnés fiables, je dois exaucer leur plus grand souhait. »
Cette relation ne durerait que si les deux camps y trouvaient leur compte.
Quelle ambition poussait les Insectes à risquer leur vie ? L’évolution.
« Heureusement, je peux exaucer ce souhait. »
La compétence Évolution que je possédais serait une bénédiction indescriptible pour les Insectes.
« Bien sûr, un grand nombre d’Insectes serait difficile à maîtriser. Leurs traits raciaux en font des créatures qui dévorent les leurs et manquent d’obéissance. Mais s’ils ne sont que quelques-uns, Charlotte, tu devrais pouvoir t’en occuper seule. Je ne choisirai que ceux qui seront utiles, alors ne t’inquiète pas. »
Désolé, mais tu devras vraiment t’en occuper seule.
À cette époque, Balutak devait probablement déjà être plus fort que moi.
Qui sait quelle catastrophe pourrait arriver si je gardais à mes côtés quelqu’un dont la pensée reposait sur la loi du plus fort ?
Si toutes mes faiblesses étaient révélées, ma vie de Chevalier de la Mort serait terminée.
« Je dois établir clairement la hiérarchie. »
Insectes : monstres de remplissage.
Charlotte : adjudante.
Moi : supérieur de l’adjudante et Boss intouchable.
Tant que cette hiérarchie serait bien établie, je n’aurais pas grand-chose à craindre.
« Comme toujours, le Boss voit juste. Je vous suivrai avec une loyauté absolue. »
Charlotte hocha la tête, apparemment convaincue par mon intention.
Ensuite, nous marchâmes sans parler.
Il n’y avait aucune raison de faire du bruit, et nous restions aux aguets, prêts à parer à une embuscade.
Une trentaine de minutes plus tard, je remarquai des traces qui semblaient appartenir à des Insectes.
À proximité, je trouvai aussi ce qui ressemblait à des déjections d’Insectes.
Charlotte s’approcha soudain des excréments et s’accroupit. Je fronçai les sourcils sans m’en rendre compte en la voyant les toucher du bout des doigts.
Elle ne se contenta pas d’une seule crotte. Elle toucha toutes celles qui jonchaient le sol, s’en mit sur les doigts et les frotta les uns contre les autres.
« Pour des déjections d’Insectes, elles sont excessivement petites. Malgré leur forte teneur en eau, elles s’effritent facilement au toucher… On ne distingue aucun reste de nourriture dans les excréments. S’ils avaient chassé des animaux sauvages, il devrait rester au moins des poils. »
« Hum. »
« Les traces que nous avons vues en venant étaient si discrètes qu’il était difficile de les distinguer. Cela m’y a fait penser. J’ai vérifié par précaution, et il semble que j’aie vu juste. Des Insectes affamés ou malades doivent se trouver dans les environs. Ils sont distancés dans la course à l’évolution et vont bientôt mourir. »
« Kiiiik ! »
C’est alors que nous entendîmes un cri.
Je connaissais ce son grâce au jeu. C’était un Insecte.
Charlotte et moi échangeâmes un regard et hochâmes la tête en même temps.
Sans avoir besoin d’ajouter quoi que ce soit, nous nous dirigeâmes vers la source du cri.
Pour trouver Balutak, nous n’avions pas le choix : il nous fallait capturer un Insecte et le faire parler.
« … ? »
En écartant les fourrés épais, nous découvrîmes un spectacle inattendu.
Une vaste clairière avait été creusée dans la forêt. Des Insectes en nombre incalculable transportaient toutes sortes de choses.
Des briques, du minerai, du bois d’œuvre, des sacs de sable, des pierres… Tout était lourd et utile pour la construction.
Crac !
Des Hommes-bêtes fouettaient aussi les Insectes pendant qu’ils accomplissaient des travaux forcés.
« Espèces de sales vermines ! Ne vous arrêtez pas ! »
« Pas de pause ! Tout doit être terminé demain ! Si vous échouez, pas d’eau ! »
Je n’aurais jamais imaginé assister à une telle scène.
À première vue, les Hommes-bêtes réduisaient les Insectes en esclavage.
Je m’étais attendu à trouver une jungle d’Insectes régie par la loi du plus fort. Au lieu de ça, le chantier était rempli d’Insectes esclaves que l’on faisait travailler jusqu’à l’épuisement.
« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Ils construisaient quelque chose au milieu de la jungle.
À en juger par sa forme, on aurait dit une pyramide. À quoi comptaient-ils s’en servir ?
« … Pourquoi les Insectes… ? »
J’étais tout à fait d’accord avec la remarque de Charlotte.
Elle venait de dire à quel point ils étaient difficiles à maîtriser, et voilà que nous les trouvions réduits en esclavage.
Les Insectes avaient beau être les souffre-douleur de tout le monde à cette époque, là, ça allait trop loin.
« Hum ? »
Parmi les Insectes qui peinaient à porter des pierres, j’en remarquai un qui m’était familier.
Son visage ressemblait à celui d’une fourmi. Il avait des crocs d’araignée et des yeux de fourmi, mais, de près, ses yeux composés rappelaient ceux d’une libellule.
La structure de base était comme dans mon souvenir, mais il était minuscule et il lui manquait des parties du corps qu’il aurait dû avoir.
Normalement, il aurait dû avoir une carapace de lucane cerf-volant, une paire de pattes avant de mante religieuse, un dard de frelon à l’arrière et des ailes de libellule.
Peut-être était-il normal qu’il ait l’air si misérable. Comme il s’agissait du passé, il n’avait sans doute pas encore beaucoup évolué.
Patatras.
L’Insecte qui semblait être Balutak chancela et s’effondra, inerte.
La pierre qu’il transportait lui tomba dessus, naturellement.
« Kirik… Balutak est fatigué. Balutak a soif… »
Sa voix était faible, mais je l’entendis distinctement.
À l’instant où il se nomma Balutak, mon hypothèse devint une certitude.
Mais il n’avait rien à voir avec le Balutak que je connaissais.
[Niv. 38]
Son niveau n’était que de 38, inférieur au mien.
Était-ce vraiment le Roi des Insectes, le cauchemar du DLC dont les joueurs maudissaient la difficulté ?
Il était radicalement différent de celui dont je me souvenais, comme si son envergure écrasante avait été inventée.
À le voir ainsi, on aurait dit un esclave que je pouvais ramasser et élever. Pourtant, son potentiel était indéniable.
« Donne-moi l’outre. »
« Auriez-vous l’intention de faire preuve de bonté envers cet Insecte ? »
« Oui. Il a dit qu’il avait soif, alors autant lui donner de l’eau. »
« Le Boss… Malgré votre statut de Boss d’un Palais des Abysses, vous êtes si prévenant. C’est une autre qualité que j’admire chez vous. »
Pourquoi le fait de lui donner de l’eau était-il si important ?
À quel point les autres Boss étaient-ils terribles pour qu’on me félicite pour une chose pareille ?
Je pris l’outre que Charlotte me tendait et m’approchai de Balutak. Puis je la portai à sa bouche et la penchai.
Balutak avala l’eau à grandes gorgées, comme si elle tombait du ciel après une sécheresse, tandis qu’elle ruisselait sur son visage.
« D-De l’eau. Balutak va vivre… ! »
« Des humains ! Des humains ont envahi les lieux ! »
Les Hommes-bêtes armés de fouets interrompirent le filet d’eau.
Fiiii !
Au coup de sifflet d’un Homme-bête qui nous désignait, tous les autres se tournèrent vers nous.
[Niv. 32]
[Niv. 36]
Je m’étais attendu à ce que les Hommes-bêtes interviennent.
Mais qu’allaient-ils faire ? Ils n’étaient même pas niveau 40. Que pouvaient-ils tenter face à Charlotte, qui était niveau 72 et se tenait à mes côtés ?
« Charlotte. Occupe-t’en. »
« Oui. »
Charlotte s’avança devant moi. Je comptai dix secondes dans ma tête.
Durant ce laps de temps, les déflagrations magiques, les cris des Hommes-bêtes et le bruit des corps qui s’effondraient se mêlèrent.
Quand tout redevint silencieux, les Hommes-bêtes gisaient au sol, comme prévu. Eh bien, s’ils dormaient à même le sol, ils allaient finir avec la bouche de travers.
Boum !
Quelqu’un jaillit d’une dépendance qui semblait servir de salle de repos.
« Qu’est-ce que c’est que tout ce vacarme ?! »
L’Homme-bête loup qui venait d’apparaître avait un niveau ahurissant de 62.
Sans Charlotte, j’aurais été tendu, mais elle se tenait juste à côté de moi.
« … Des humains ? C’est vous qui avez fait ça ?! »
L’Homme-bête loup découvrit les crocs et gronda.
Charlotte avait beau être de loin la plus forte, mieux valait éviter un combat inutile.
Rien ne servait de les laisser nous prendre pour des humains et de les rendre ouvertement hostiles.
Je me sentais aussi à l’étroit, alors j’enlevai nonchalamment mon casque.
Le regard hostile de l’Homme-bête loup se troubla.
« Un Chevalier de la Mort ? Que fait un mort-vivant ici ? »
« C’est moi qui pose les questions. Pourquoi utilisez-vous les Insectes ? »
« Ha ! Tu oses parler sans connaître ta place ?! »
Avec un niveau de 62, je comprenais qu’il ne voie qu’un rien du tout dans un Chevalier de la Mort.
Aouuu !
Un hurlement de loup résonna dans la nuit.
Des Hommes-bêtes surgirent un à un des fourrés, comme s’ils s’y étaient cachés.
Sa meute étant là pour le soutenir, l’Homme-bête loup reprit peut-être confiance. Il renifla et gronda.
« Ne faites pas de bêtises ! Faites encore un pas et je vous arrache les membres ! »
À peine eut-il prononcé ces mots que Charlotte fit un pas en avant.
Un seul pas, aussi agaçant que possible.
Puis, comme pour les narguer, elle agita légèrement les deux bras.
« Mes membres sont toujours en place. »
À leur place, moi aussi, j’aurais été furieux.
Comme prévu, l’Homme-bête loup la fixa en grinçant des dents, comme s’il voulait la mettre en pièces.
« Je vais te tuer !! »
D’un seul bond, l’Homme-bête loup franchit la distance et se rua sur nous. Presque au même instant, les autres Hommes-bêtes chargèrent à leur tour.
Charlotte se contenta d’abaisser légèrement les doigts.
J’avais vu cette incantation pour le sort de gravité emblématique de Charlotte un nombre incalculable de fois dans le jeu. Et je l’avais aussi subie à maintes reprises.
« Guh… ! »
Les Hommes-bêtes, loup compris, furent incapables de résister et restèrent plaqués au sol comme des chewing-gums.
Même dix niveaux d’écart devenaient considérables quand on atteignait les classes supérieures.
L’Homme-bête loup n’aurait même pas pu divertir Charlotte.
« Sale garce, tu n’es pas une humaine ordinaire… ! »
« Je suis une Sorcière. »
« Ha ! Une Sorcière ? Ça ne m’étonne pas que tu sois devenue arrogante, grisée par un pouvoir aussi minable ! Tu sais au moins ce que tu as fait ? »
Il fanfaronnait parce qu’il avait peur.
Je m’accroupis devant l’Homme-bête loup et croisai son regard.
« J’en ai besoin ? »
« … Chevalier de la Mort. Vous pourriez bien tous les deux y laisser la vie. »
« Tu mourras avant moi. »
Je posai la main sur la tête de l’Homme-bête loup.
Même si mon niveau était bien inférieur au sien, écraser le crâne d’un Homme-bête sans défense serait un jeu d’enfant.
« Hé… Si tu n’as pas peur des conséquences, vas-y. Dès que le Boss arrivera, vous serez morts tous les deux. »
« Le Boss ? »
« Oui ! Tu vois cette tour ? Bien sûr que tu la vois si tu as des yeux. Comment pourrais-tu passer à côté d’un spectacle aussi majestueux ? C’est l’un des 72 Donjons qu’un simple Chevalier de la Mort n’oserait même pas regarder ! »
L’Homme-bête loup se tourna soudain vers Charlotte.
« C’est l’un des 72 Donjons que les humains comme vous redoutent tant. Vous avez osé attaquer l’un des 72 Donjons sans la moindre crainte. Il est déjà trop tard pour regretter. Quand cette personne arrivera, elle vous dévorera vivants. »
« Quel est le rang de votre Boss ? »
À la question de Charlotte, l’Homme-bête loup éclata de rire.
« Kuhuhu… Alors, vous avez peur ? C’est le donjon de Lionheart, le roi Lionheart, classé quatorzième et réputé jusque dans le Royaume démoniaque. Si vous tenez à la vie, fuyez tant qu’il en est encore temps ! Même si ça ne fera que prolonger un peu votre existence ! »
« S’il s’agit de Lionheart, le roi Lionheart, classé quatorzième, son donjon devrait se trouver dans le Royaume démoniaque. À en juger par son inachèvement, Lionheart compte apparemment le déplacer ici. »
Les yeux de l’Homme-bête loup s’écarquillèrent.
Son expression demandait clairement comment elle pouvait bien le savoir.
« Et pourtant, vous avez traité mon Boss de simple Chevalier de la Mort. Vous l’avez même menacé de mort, puis vous avez tenté de mettre votre menace à exécution. Dans ces conditions, il sera difficile de tenir compte de votre situation. »
« Quoi ? De quoi parlez-vous… ? »
« En tant qu’adjudante d’un autre des 72 Donjons, j’ai été témoin de cette insulte. Votre Boss aura de quoi craindre les conséquences quand il l’apprendra. »
« Un autre des 72 Donjons… ? »
« Permettez-moi de me présenter, bien que tardivement. Je suis l’adjudante des Nouveaux Sept Palais des Abysses. Et… »
Charlotte se tourna vers moi et me désigna respectueusement d’un geste de la main.
« Cette personne est le Boss des Nouveaux Sept Palais des Abysses. Mon maître. »
« … Quoi ? »
C’était du bluff, mais… Ah, merde. Tant pis.
Dans ce genre de situation, il fallait tenir son rôle jusqu’au bout.
Je relevai le menton d’un air arrogant et pris la parole.
« Conduis-nous auprès de ton Boss. »
Voyons au moins qui ils sont.
Notes :
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