Chapitre 15
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 15 : J’ai obtenu un cheval squelettique de rang SSS
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Valentia Rose Sha, la Reine de la Nuit. Elle était à la fois Reine des Succubes et spécialiste de l’art des poupées.
Les poupées à l’image de créatures vivantes devenaient les servantes de Rose Sha.
On les appelait des poupées, mais elles parlaient et agissaient avec une telle personnalité qu’on aurait dit qu’elles avaient leur propre ego. Elles étaient également redoutables au combat.
Rose Sha se servait de ces poupées comme de servantes, mais elle pouvait aussi prendre possession de leur corps quand bon lui semblait. Comme à cet instant.
La succube qui se tenait devant moi avait l’apparence d’une poupée, mais il ne faisait aucun doute que Rose Sha se trouvait à l’intérieur.
« Hmm. Mon chou, tu as l’œil, pas vrai ? »
Sa voix était si envoûtante qu’elle me chatouillait les oreilles. Et depuis tout à l’heure, elle effleurait ma nuque du bout des doigts.
Si j’en avais encore eu une, elle aurait probablement réagi toute seule.
« Dis-moi. Comment l’as-tu deviné ? »
« … »
« Même l’ancien ne s’en rend pas compte, tu sais ? Hmm ? Tu ne veux pas me le dire ? »
L’ancien dont parlait Rose Sha était le boss de l’Abîme Décuple, le deuxième donjon au classement.
Autrement dit, j’avais percé à jour une supercherie que même le boss classé deuxième n’avait pas détectée.
Le boss classé septième avait une perspicacité dont celui classé deuxième était dépourvu ? De quoi piquer la curiosité de Rose Sha. Et à en juger par sa réaction, ma déduction était tombée juste.
… J’aurais dû faire semblant de n’avoir rien remarqué ?
J’avais inutilement laissé entendre que je savais quelque chose, et je m’étais attiré des ennuis.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
Je changeai de sujet sans détour.
Rose Sha me fixa un instant, puis sourit des yeux.
« Si tu me le dis d’abord ? »
À ce rythme, j’allais me laisser entraîner dans son jeu.
Je me contentai de la regarder sans rien dire. Elle soutint mon regard, toujours avec le même sourire.
Comme je n’avais pas le choix, je pris la parole le premier.
« Ça ne devait pas être bien compliqué. Tu as appris que les Sept Palais des Abysses avaient un nouveau boss classé septième, pendant ces journées ennuyeuses. Rien que ça a dû éveiller ton intérêt. »
« … Hmm. »
« Ensuite, ce boss classé septième a demandé du soutien pour son donjon. Comme tu étais curieuse et que tu voulais entretenir de bonnes relations avec lui, il était naturel de lui proposer ton aide. Tu t’intéressais peut-être à moi personnellement, mais si tu avais pris ce soutien comme prétexte pour venir me voir en personne, tu aurais craint de donner une mauvaise image du boss classé sixième aux yeux d’un cadet. »
Je vis la couleur du niveau de Rose Sha virer au vert pâle.
« Tu veux préserver la dignité du boss classé sixième tout en satisfaisant ta curiosité. C’est pour ça que tu as choisi cette méthode, pas vrai ? Si tu peux observer sans être vue, le problème est réglé. »
« Tu as tout compris. »
Rose Sha joignit les mains dans son dos et se pencha en avant.
Elle se rapprocha, un sourire malicieux aux lèvres, et je faillis détourner le regard sans m’en rendre compte. À ce rythme, j’allais vraiment me laisser charmer.
« Je n’ai pas d’intentions sournoises, contrairement à certains squelettes. Je suis simplement venue parce que je voulais te voir. Par curiosité ? Disons plutôt que tu m’intéressais. Je voulais savoir quel genre d’homme tu es. »
« Je vois. »
« Oh, j’avais aussi quelques attentes. J’avais peur d’aller voir le boss classé septième et d’être déçue. »
Un instant, son niveau redevint normal, sans point d’interrogation.
Je cherchai le point d’interrogation du regard, puis me dirigeai vers le Vampire qui se tenait à quelque distance.
« Alors, qu’as-tu pensé de moi après m’avoir vu en personne ? »
« … Mon chou, tu as le don de rendre les femmes en chaleur, pas vrai ? »
Je le savais déjà, mais recevoir une remarque aussi crue en pleine face me laissa étrangement perplexe.
« Tu as dépassé mes attentes. Quand tu reviendras, il faudra que tu me consacres un peu de temps. Rien que tous les deux. »
« Une rencontre entre les boss des Palais des Abysses. J’imagine que tu souhaites mener des négociations secrètes. »
« Des négociations ? Mmm, c’est presque ça. En vérité, j’ai surtout envie de coucher avec toi. »
… Qu’est-ce que cette femme venait de dire ?
« Si j’en faisais à ma tête, on serait déjà en train de s’envoyer en l’air, mais ce n’est pas mon vrai corps, tu sais ? Ce ne serait pas mieux que notre première fois soit pour de vrai ? »
« Mais je suis mort-vivant. »
« Voyons, ce n’est pas très galant pour une première rencontre. Je suis la Reine des Succubes. Tu ne crois pas que j’ai des moyens de contourner ça ? »
Je n’avais rien là-dessous, et je ne pouvais même pas dormir. De quelle méthode parlait-elle ?
Je n’avais vu aucune capacité de ce genre, même dans le guide détaillé des paramètres.
Je m’empêchai d’y réfléchir davantage. Plus j’y pensais, plus j’avais l’impression de tomber dans son piège.
« Je suis occupé pour le moment. Je demanderai officiellement une audience plus tard. Nous nous reverrons à ce moment-là. »
« Très bien. J’ai hâte. Alors à bientôt ? »
Dès qu’elle eut fini de parler, le point d’interrogation disparut de son niveau.
Je regardai autour de moi, mais il n’était nulle part. Elle avait dû regagner son véritable corps.
J’avais déjà rencontré beaucoup de gens qui me pompaient toute mon énergie en discutant, mais c’était la première fois que j’avais l’impression qu’on pouvait me drainer jusqu’à ma force vitale.
Je laissai échapper quelque chose qui ressemblait à un soupir d’air froid, puis me retournai.
« Charlotte. Les préparatifs sont terminés ? »
« … »
Pour une raison qui m’échappait, Charlotte fusillait le Vampire du regard. La poupée Vampire dont Rose Sha avait pris possession jusqu’à l’instant d’avant.
« Charlotte. »
« … Oui. »
« Les préparatifs ? »
« Ah, je m’en occupe tout de suite. »
La voir s’agiter ainsi, si peu à son habitude, me mit mal à l’aise.
Quand ces deux-là seront parties, tu devras tout gérer. Qu’est-ce qui arrivera si tu ne reprends pas tes esprits ?
« Cela dit, je ne vaux pas mieux. »
Depuis cette première rencontre pour le moins déroutante, je n’arrivais pas non plus à retrouver mes esprits.
Cette première rencontre avait été intense, mais dans un tout autre sens que celle avec Kalandas.
* * *
« Il est déjà arrivé qu’un chevalier retire son casque et se révèle être un Chevalier de la Mort. Cela signifie qu’il a l’air humain tant qu’on ne voit pas ce qu’il y a dessous. Si un Chevalier de la Mort parle aussi bien que vous, Boss, personne ne se doutera de rien. »
« Et si on nous découvre ? »
« Nous les tuerons tous. »
« … »
« Je vous en prie, ne vous inquiétez pas. Je ne peux pas vous laisser vous salir les mains, Boss. Je m’en chargerai moi-même. »
Ce voyage commençait à prendre une tournure inquiétante.
Je touchai le sommet désormais nu de mon crâne.
À l’endroit où auraient dû se trouver mes bois de cerf, je ne sentis que mes cheveux blancs, sans vie.
Je devais porter un casque, mais mes bois me gênaient. Je m’en remis donc à ma Régénération naturelle et les cassai net.
Je n’avais utilisé que mes traits Évolution et Amélioration, mais je possédais aussi les traits passifs Maîtrise avancée de l’épée et Régénération naturelle.
Ils repousseraient bientôt, et comme j’étais mort-vivant, je ne ressentais aucune douleur, mais… j’avais quand même l’impression d’avoir perdu quelque chose de précieux.
« Vous avez bien lancé le sort de protection ? »
« Oui. »
Grâce à la magie de Charlotte, je pouvais me déplacer sans problème, même en plein jour.
Pour un nécromancien, les morts-vivants étaient des armes ; il fallait donc naturellement pouvoir les utiliser le jour aussi. Bien sûr, il existait un sort pour ça.
Pour la nourriture et la literie de camping, nous n’avions besoin d’emporter que ce qu’il fallait pour Charlotte.
À part ça, je n’avais rien à préparer. Ce n’était pas comme si je dormais ou mangeais.
Je vérifiai une dernière fois que tout allait bien.
J’avais entièrement dissimulé mon corps sous une armure pour avoir l’air d’un chevalier.
Le sort de protection avait aussi été lancé à la perfection, puisque la lumière du soleil ne me faisait rien.
« Pardonnez mon inquiétude, mais avez-vous pris le Cœur de donjon ? »
« Je l’ai caché en lieu sûr, dans ma onzième côte. »
Pour être précis, je lui avais dit que je possédais le Cœur de donjon.
Comme il n’existait pas, je ne pouvais pas le lui montrer. Elle aurait pu douter de son existence.
Mais beaucoup de boss cachaient leur Cœur de donjon dans leur propre corps. Puisque je prétendais en être un, Charlotte me crut sans poser de questions.
Si un Cœur de donjon était détruit, le boss disparaissait et le donjon s’effondrait.
Je me souvenais avoir lu dans le guide des paramètres qu’il était difficile pour un boss de révéler à ses subordonnés l’emplacement et l’apparence de son Cœur de donjon, car il s’agissait de sa bouée de sauvetage.
Charlotte semblait le savoir elle aussi, car elle ne posa pas d’autres questions.
Nous nous dirigions vers une forêt tropicale habitée par les Insectes.
Charlotte estima qu’il nous faudrait environ trois jours en calèche.
« Si nous utilisons les portails des marchands, nous devrions arriver rapidement. »
« En principe, seuls les marchands affiliés à l’Association marchande peuvent les utiliser. Cette règle n’a jamais été enfreinte. Même un Palais des Abysses ne pourrait pas négocier d’exception. »
« Les boss classés sixième et cinquième ne les ont-ils pas utilisés sans problème ? »
« Ces portails appartenaient à leurs donjons. »
En fait, ils leur appartenaient tous.
Pas étonnant que chaque portail ait eu une couleur et une forme légèrement différentes.
Je lui demandai aussi comment on créait des portails, et elle me répondit qu’il fallait maîtriser la magie spatiale à un niveau exceptionnel.
Charlotte était elle-même très douée en magie. Je lui lançai un regard plein d’espoir.
« Je suis désolée. »
Apparemment, elle n’en était pas capable. Enfin, c’était bien pour ça que nous devions prendre une calèche.
Je n’avais pas à être déçu. Même la Sorcière Charlotte ne pouvait naturellement pas rivaliser avec les boss des Palais des Abysses.
« Comme je vous l’ai dit, Boss, vous vous ferez passer pour un chevalier errant à la recherche de son seigneur. Je jouerai le rôle de votre suivante. »
Charlotte avait troqué sa robe de mage contre une tenue de suivante.
Une tunique de lin, un manteau de laine et une cape de voyage.
Tant que nous ne commettions pas d’impair et que nous jouions bien nos rôles, nous devrions passer pour un chevalier et sa suivante.
« Comme vous le savez, Boss, vous ne pouvez pas monter à cheval puisque vous êtes mort-vivant. Il nous faut donc trouver une calèche. Le plus simple serait de nous arrêter dans un village voisin pour chercher une caravane marchande. Sinon, nous pourrions suivre la route et demander à monter dans une calèche qui va dans la même direction. »
Je n’avais pas envie d’aller dans un village. J’en gardais de mauvais souvenirs.
« Le problème, c’est qu’on est au début de l’hiver. Il risque d’y avoir peu de caravanes commerciales. Et même s’il y en a, elles transporteront probablement du coton ou des peaux d’animaux, et la plupart se dirigeront vers le nord. »
Ce serait exactement l’inverse de notre direction, puisque nous allions vers le sud.
Je ne m’en rendis compte qu’après notre départ. Je ne pensais pas que des problèmes aussi insignifiants s’accumuleraient au point de rendre notre départ si difficile.
« Il y a une solution. »
« Laquelle ? »
« Un cheval squelettique. Je peux en invoquer un tout de suite, et ils sont faciles à maîtriser. Mais il attirerait énormément l’attention. Si nous chevauchons ouvertement un cheval squelettique, une Partie d’Extermination pourrait nous prendre en chasse. »
« On ne peut pas emprunter des chemins déserts ? »
« Pardonnez-moi, mais il n’y a qu’une seule route. Les forêts qui s’étendent de chaque côté ne sont pas habitées par des humains, mais elles regorgent de monstres sauvages. Bien sûr, ni les escouades d’extermination ni les monstres ne seraient plus qu’un divertissement pour vous, Boss. Mais nous perdrions du temps inutilement. »
Il était vrai que les risques étaient trop nombreux pour tenter le coup.
« Pour le moment, suivons la route. »
« C’est une sage décision. »
Mes souvenirs de la poursuite du Moine du Baume m’avaient rendu méfiant à l’égard des villages.
Si nous ne trouvions pas de calèche en chemin, nous pourrions traverser la forêt à cheval. Charlotte s’occuperait des monstres sauvages.
* * *
« Vous allez vers le sud, tous les deux ? Pourquoi ne pas voyager avec nous ? »
Moins d’une heure après notre départ, nous tombâmes par chance sur une caravane marchande qui se dirigeait dans la même direction.
Elle était imposante, en plus.
À l’avant, des chariots à marchandises tirés par des mules transportaient de précieuses fourrures, des outils agricoles en fer et des objets en verre.
Derrière eux se trouvaient des calèches tirées par de beaux chevaux, accompagnées de ce qui semblait être des dizaines de mercenaires.
« Voyez ça comme un voyage confortable et montez à bord. Nous nous sentirons bien plus en sécurité avec un chevalier comme vous parmi nous. »
Le gros individu moustachu qui semblait être le chef de la caravane me suppliait presque de les accompagner.
Il ajouta qu’avec un chevalier à leurs côtés, ils n’auraient rien à craindre, même si des bandits ou des monstres sortaient de la forêt. Voilà donc pourquoi il insistait.
Avant de monter dans la calèche, je vérifiai l’expression de Charlotte.
Je m’attendais naturellement à ce qu’elle acquiesce, mais elle secouait la tête, le regard étrangement inquiet.
« Il y a quelque chose que j’ignore ? »
Elle avait peut-être décelé un quelconque motif caché que je n’avais pas remarqué.
J’inclinai la tête vers Charlotte pour lui faire signe de répondre à ma place.
« Merci pour votre proposition, mais nous devons décliner. Dans le cadre de son entraînement, le chevalier a l’intention de marcher pendant un mois sans utiliser aucun moyen de transport. »
« Oh, mais si vous acceptiez simplement de voyager avec nous… »
« Nous devons décliner. »
Charlotte refusa fermement, comme s’il y avait vraiment un problème.
Le marchand claqua la langue, déçu, puis remit la caravane en marche.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? »
Je posai la question d’un ton désinvolte, quand les calèches ne furent plus que de petits points à l’horizon.
Charlotte baissa la tête et hésita un moment avant de répondre.
« L’emblème gravé sur les calèches appartenait à la caravane Berks. »
« Et alors ? »
« … »
Pour une raison qui m’échappait, elle continuait à hésiter.
Ce ne fut qu’après que je l’eus pressée du regard qu’elle se décida enfin à parler.
« Il y a environ trois ans, la fille du chef de la caravane Berks a disparu. Fou d’inquiétude, le chef a engagé des mercenaires et des intermédiaires. Il promettait une somme colossale à quiconque retrouverait sa fille. J’étais là, moi aussi. »
Malgré moi, je penchai la tête devant cette histoire inattendue tirée de son passé.
« Le chef de la caravane a dit qu’il paierait vingt pièces d’or pour le corps de sa fille. Il en offrirait deux cents si je la ramenais vivante. Et par chance, je l’ai retrouvée la première. »
« Tu veux dire sa fille ? »
« Ce qu’il restait de sa fille. Plus précisément, son corps. »
Eh ben.
« Si je lui avais rapporté le corps tel quel, j’aurais reçu vingt pièces d’or. Mais en pensant aux deux cents pièces, je suis devenue cupide. Au bout du compte, j’ai ressuscité sa fille en morte-vivante et je l’ai entièrement maquillée en blanc. Je l’ai rendue aussi semblable que possible à une humaine vivante. »
Tu n’as pas fait ça.
« J’ai montré la fille au chef de la caravane et reçu deux cents pièces d’or. Puis je me suis enfuie au plus vite. Une prime a été mise sur ma tête ensuite, et je suis devenue une fugitive. »
« … »
« Même si j’avais été humaine, je n’aurais pas éprouvé de remords. Je n’ai gardé que la satisfaction d’avoir dupé des humains. Si l’occasion se présente, je recommencerai. »
Je restai sans voix.
Même Satan en aurait été horrifié.
« Les recherches se sont calmées cette année, mais si nous montons dans leur calèche, nous pourrions avoir de sérieux ennuis. Vous avez subi un désagrément à cause de moi, Boss. J’en ai honte. »
« … Ce n’est pas grave. »
Nous avions raté la caravane marchande à cause du passé de Charlotte.
Comme aucune autre caravane allant dans notre direction ne se présentait, nous nous dirigeâmes vers la forêt.
Une fois à la lisière des bois, nous nous enfonçâmes plus profondément dans la forêt. Pour éviter d’être vus par des humains, il nous fallait aller plus loin.
Au milieu de la forêt dense, Charlotte invoqua un cheval squelettique.
Plus exactement, elle essaya.
« … Ça… »
« … »
Une légère odeur de sang se répandit dans l’air. Nous nous frayâmes un chemin dans les broussailles jusqu’à sa source et découvrîmes un tas de cadavres.
Vingt-trois cadavres de gobelins. Un chevalier humain et un cheval de guerre.
À en juger par les circonstances, le chevalier avait combattu seul une horde de gobelins avant de mourir avec eux.
Pour accomplir un tel exploit en solitaire, ce devait être un chevalier assez puissant.
Son niveau devait être d’au moins quarante.
Charlotte semblait avoir eu la même idée, car le chevalier avait attiré son attention.
Naturellement, ramener à la vie un chevalier de ce calibre en tant que mort-vivant le rendrait utile.
« … Quelque chose cloche. »
Charlotte examina le chevalier de près.
« Il n’y a pas la moindre trace de sang sur sa lame. »
Comme le disait Charlotte, l’épée du chevalier ne portait pas une seule goutte de sang.
« L’arrière de sa tête est couvert de sang. Il n’a aucune autre blessure, et son armure comme son équipement sont intacts. Les gobelins semblent l’avoir tué sur le coup en lui lançant des pierres depuis les broussailles. »
Charlotte contourna ensuite les gobelins et le cheval de guerre pour les examiner.
« Les gobelins sont tous morts de blessures qui semblent avoir été causées par des coups puissants ou des morsures. Et si l’on regarde le cheval de guerre… »
Son corps entier était meurtri, et tout indiquait qu’il s’était battu pour sa vie.
« Il a dû essayer de protéger son maître, qui était déjà mort. »
« C’est ce qui semble s’être passé. Il n’y a peut-être aucun doute là-dessus. »
Cela restait étrange, même en s’en tenant à cette explication.
Normalement, un cheval abandonnait son maître dès sa mort et s’enfuyait sans hésiter.
Il était difficile de croire qu’un cheval de guerre avait affronté des dizaines de gobelins pour protéger son maître.
Sa détermination était admirable, mais je fus encore plus étonné de découvrir qu’il les avait tous tués.
« Dire que c’est un excellent destrier serait encore en deçà de la vérité. Ce cheval squelettique vous sera utile, Boss. »
Tout en parlant, Charlotte libéra une puissance magique inquiétante.
Le corps du cheval de guerre se mit à tressaillir à plusieurs reprises, puis sa peau et sa chair disparurent peu à peu.
Quand le dernier lambeau de chair s’effaça, le cheval squelettique se redressa sur ses quatre jambes.
— Hiiiii !
[Niv. 51]
Je sursautai en voyant son niveau.
Ce n’était même pas une unité de combat. Une simple monture était au niveau cinquante et un.
Il y avait vraiment une raison pour laquelle elle avait tué des dizaines de gobelins.
« Je suis désolée. Mes capacités sont insuffisantes, je ne peux pas faire mieux… »
Charlotte s’inclina, incapable de relever la tête.
Si c’était insuffisant, quel niveau aurait-il atteint si elle avait fait du bon travail ?
« À bien y réfléchir, celui-ci s’est sacrifié pour son maître, non ? »
Quelles étaient les conditions de mon Évolution ?
Le potentiel, la menace de mort. Enfin, si cette menace de mort se concrétisait par un sacrifice, toutes les conditions seraient réunies.
Je m’approchai du cheval squelettique et lui tendis la main.
[Évolution du cheval squelettique.]
[Toutes les conditions sont réunies. La réussite est garantie à 100 %.]
[Évolution terminée !! Le cheval squelettique a évolué avec succès !]
Le cheval squelettique grandit un peu et se mit à porter des bois de cerf, comme les miens.
Des bois exactement comme les miens. C’était pratiquement une édition limitée, non ?
[Niv. 63]
En voyant son niveau, j’acquiesçai, satisfait malgré moi.
Je jetai un regard en coin à Charlotte, qui avait l’air un peu abasourdie, puis haussai les épaules.
« Boss… Vous faites toujours de moi quelqu’un de parfait. »
Pourquoi fallait-il qu’elle dise quelque chose d’aussi romantique ? Ça me faisait plaisir sans raison.
« Je vais t’accorder le privilège de lui trouver un nom. »
« Au cheval squelettique ? »
« Oui. »
Charlotte posa un doigt sur son menton et réfléchit.
Elle mit bien trois minutes.
Quelle idée incroyable pouvait bien lui venir avec un sens du nom pareil ?
« Et si on l’appelait Golgoli ? C’est un squelette, et il n’arrête pas de râler depuis qu’il est mort. »
« C’est moi qui lui donnerai un nom. »
« Oui, monsieur. »
Je trouverais un nom plus tard.
Je bondis sur le dos du cheval squelettique et tapotai la place derrière moi.
« Monte. »
« … Oui. »
J’avais appris à monter à cheval dans la vraie vie, mais ça ne m’empêchait pas d’être nerveux.
Il était toutefois excellent. Il devait être facile à monter, non ?
J’entendis Charlotte murmurer « Golgoli… » en lui tapotant l’arrière-train, derrière moi, mais je fis comme si de rien n’était.
Elle croyait vraiment que j’allais donner un nom aussi maladif à mon cheval squelettique en édition limitée ?
« Au fait, on laisse ce chevalier ici ? »
« Nous n’avons que faire d’un mort-vivant incapable de tuer ne serait-ce qu’un seul gobelin. »
Pas faux.
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