Chapitre 12
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Mordor
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 12 : La vigilance est l’émotion qu’éprouvent les faibles envers les forts
──────
« Je ne te demande pas de te mettre à mon service. Nous sommes les seigneurs des Abysses. Ensemble, nous guiderons les plus faibles. »
Kalandas se mit à énumérer les donjons de sa faction.
Le donjon classé douzième, celui classé dix-huitième et bien d’autres encore. En tout, quinze donjons de rang inférieur étaient sous les ordres de Kalandas.
« Tous les boss de ces donjons sont des morts-vivants. Si tu te joins à nous, ce sera absolument parfait. Tu ne trouves pas, mon ami ? »
Je compris alors.
Pourquoi Kalandas m’avait appelé son ami et traité avec tant de chaleur dès notre première rencontre.
« Si les choses se passent bien entre toi et mon ami, je te laisserai lire un paragraphe du Nécronomicon. »
Voilà pourquoi il en avait parlé devant Charlotte.
Tout cela n’avait été qu’une manœuvre pour me rallier à sa faction.
En le regardant à nouveau, je me dis qu’il n’existait pas de squelette plus rusé que lui.
« Si seize boss sont des morts-vivants, les rejoindre aurait du sens. »
Il y avait une chose que la vie m’avait apprise : dans n’importe quel groupe, les relations comptaient plus que tout.
Refuser de nouer des liens avec les autres morts-vivants revenait à choisir volontairement de rester à l’écart.
Si j’acceptais, ce sentiment de fraternité nous rapprocherait facilement, et j’aurais des alliés sur qui compter.
Même si une escouade d’extermination de héros nous attaquait, Kalandas et les boss sous ses ordres pourraient nous aider à les repousser.
Pourtant, j’ignorais tout de l’équilibre des forces actuel entre les Sept Palais des Abysses.
Accepter sans rien savoir ? Ce n’était pas comme choisir son déjeuner au travail. Je ne pouvais pas prendre une décision aussi irréfléchie.
Et si j’acceptais trop facilement, on croirait que je me mettais au service de Kalandas.
Je voulais à tout prix éviter de devenir quelqu’un à qui Kalandas pouvait donner des ordres.
« Je vais me faire désirer pour l’instant. »
Je déclinerais poliment, tout en laissant la porte ouverte à une réponse favorable.
Ainsi, il ne chercherait pas à me convaincre davantage et partirait plus vite.
« Je vais y réfléchir sérieusement. »
« Sage décision. »
Kalandas semblait avoir espéré précisément cette réponse.
Si j’avais accepté ou refusé sur-le-champ, il aurait peut-être été déçu.
Accepter sans connaître la situation lui aurait révélé à quel point ma réflexion était creuse.
Autrement dit, Kalandas m’avait testé tout en prenant la température.
Un boss censé se tenir à ses côtés devait être à la hauteur.
J’étais content de m’être contenté de laisser la porte ouverte.
« Malgré tout, c’est remarquable, même après l’avoir vu tant de fois. Pas le moindre défaut pour un donjon tout juste né. »
Il ne pouvait pas simplement partir maintenant qu’il avait fini ce qu’il avait à faire ?
Sans se douter de ce que je ressentais, Kalandas promena tranquillement son regard dans la caverne.
« Tu as dit que c’était l’œuvre de ton adjointe. Je méprise les humains, et pourtant, je te trouve fort intéressant. »
« Vous me flattez. »
« Que dirais-tu de devenir une Liche ? »
« … »
Ce salaud de Kalandas continuait à nous sortir des propositions sans le moindre avertissement.
Les lèvres de Charlotte remuèrent un moment sans qu’aucun son n’en sorte, avant qu’elle ne parvienne à parler.
« Lorsque mon corps sera sur le point de périr, je vous servirai volontiers. »
« Voilà également une sage décision. Que cela prenne des années ou des décennies, viens me trouver quand tu seras prête. »
Kalandas n’était pas seulement désagréable par son apparence et son aura.
Il avait l’art de mettre tout le monde mal à l’aise à chacune de ses paroles. Pas étonnant que les morts-vivants soient ses seuls amis.
Je crus qu’il en avait enfin terminé, mais il poursuivit.
« Mon ami, j’ai tout entendu au sujet de la façon dont tu as tué le Héros de la Foi. On raconte que tu l’as abattu d’un seul coup, sans même lever la main. La méthode m’intrigue, mais où est le cadavre du héros ? »
Charlotte tressaillit.
« Je vais aller droit au but. Puis-je prendre le cadavre du héros ? »
« Le héros ? »
« En échange, je t’offrirai une horde de dizaines de milliers de morts-vivants. Tu es bien un Chevalier de la Mort irrégulier, n’est-ce pas ? Je te préparerai aussi un cheval squelettique à ta mesure. Et si cela ne suffisait pas, que dirais-tu d’un dragon d’os ? Il vient de l’Abîme Décuple, inutile de t’expliquer à quoi il peut servir. »
Son offre ne tenait pas debout.
Un dragon d’os était un monstre nommé, d’un niveau supérieur à celui du Héros de la Foi.
Kalandas était prêt à y perdre au change.
J’avais toutefois une petite idée de la raison de son insistance.
Une collection de héros morts-vivants. Pour Kalandas, qui haïssait l’humanité, transformer un héros — le plus grand espoir de celle-ci — en mort-vivant devait être un passe-temps délicieusement infâme.
Il comptait révéler au monde un héros mort-vivant et plonger l’humanité dans le désespoir.
« Pardonnez mon audace, Votre Majesté, mais il m’appartient. »
« Qu’entends-tu par là ? »
« Il est déjà lié à moi par le lien des âmes… »
Au lieu d’en dire davantage, Charlotte lui montra directement le Moine du Baume.
Kalandas fixa Charlotte en silence pendant un moment.
Un familier mort-vivant était lié à son invocateur par un lien des âmes.
L’invocateur pouvait lui donner des ordres comme à un subordonné absolu, et il était impossible de le transférer à quelqu’un d’autre.
« Peu importe. Il me suffit de rompre le lien des âmes avec mes pouvoirs. »
Ce n’était vrai que parce que celui qui allait le recevoir était le Roi Liche.
Kalandas était le seul à pouvoir, en pratique, rompre un lien des âmes.
Sans exagérer, Charlotte venait de faire un pas de l’autre côté du Jourdain.
Si Kalandas ne pouvait pas briser le lien des âmes, il aurait plutôt tranché l’âme de Charlotte.
« Il est en bon état. Remets-moi le héros. Je te promets de te donner une armée encore plus puissante. »
Pour une raison qui m’échappait, Charlotte me regarda comme si j’étais copropriétaire. Elle n’avait qu’à le lui remettre.
Je hochai la tête pour lui dire de donner vite le Moine du Baume.
Charlotte me fixa, puis hocha la tête à son tour.
Pourvu qu’elle comprenne ce que je voulais dire.
« Je suis désolée, mais je ne peux pas faire ça. »
« Quoi ? »
« Ce mort-vivant est un cadeau du Boss. Il a corrigé mon erreur et me l’a confié. Il a une valeur bien plus grande que celle d’un simple héros. C’est une demande impertinente, mais je souhaite le garder. »
J’étais foutu.
Complètement foutu.
Qu’est-ce qu’elle avait bien pu croire que mon regard signifiait, pour répondre ça ?
Alors que je m’apprêtais à intervenir, Kalandas baissa la tête.
« Hé… »
Un rire léger s’échappa d’entre ses dents.
Il enfla peu à peu, jusqu’à ce qu’un rire dément résonne dans la caverne.
Mes nerfs tendus et mes sens se concentrèrent sur Kalandas. C’était un instinct primaire, antérieur à toute réflexion.
Au moindre mouvement de Kalandas, nous mourrions comme des kobolds.
« Ma foi… Tu as gardé à tes côtés une adjointe des plus amusantes. Mon ami, ne t’inquiète pas. Je respecterai ta position et n’insisterai pas davantage. »
J’avalai mon soulagement devant cette réponse inattendue.
Ce n’était pas le genre de tension qui me faisait perdre quelques années de vie. J’avais failli perdre toute mon espérance de vie.
Par pitié, plus de numéro d’équilibriste avec ma vie en jeu.
Une fois Kalandas parti, il faudrait que je passe un savon à Charlotte. Espèce de folle, tu as failli me faire mourir.
« En échange, j’aimerais que tu accèdes à une autre requête. Outre le héros, quelque chose d’autre a attiré mon attention. »
Kalandas désigna quelque chose d’un doigt.
« Transforme cette humaine répugnante en cadavre. De tes propres mains. »
D’abord, je crus avoir mal entendu.
Mais son doigt était pointé droit sur Charlotte.
« Si tu le fais, je la transformerai en Liche et lui trouverai une bonne utilité. Je lui pardonnerai sa faute. »
L’expression de Charlotte n’avait rien à voir avec son visage impassible habituel.
Ses pupilles tremblaient comme si un séisme venait de frapper, et ses lèvres frémissaient comme la dernière feuille accrochée à un arbre.
« Cette humaine a défié l’autorité du Roi Liche. Elle doit en payer le prix. Si tu t’en charges, je te donnerai une horde de dizaines de milliers de morts-vivants. Aussi compétente soit-elle, une adjointe ne peut rivaliser avec une armée. Qu’en dis-tu ? N’est-ce pas une offre tentante ? »
« … De mes propres mains. »
Si Kalandas voulait la mort de Charlotte, elle mourrait sur-le-champ sans même s’en rendre compte.
Je ne comprenais pas pourquoi il me laissait m’en charger.
« Si elle meurt de la main de celui qu’elle suit avec plus de dévouement que son propre boss, elle sera plongée dans un désespoir absolu. Regarde-la : elle tremble sans même se rendre compte de l’air pitoyable qu’elle a. Elle n’est pas différente d’un agneau qu’on traîne à l’abattoir. »
Un mort-vivant qui avait passé toute son existence à se repaître de la douleur et du désespoir des humains. Moi qui n’étais mort-vivant que de corps, je ne pourrais jamais le comprendre.
Que je le comprenne ou non, je voulais vivre. Si je ne tuais pas Charlotte ici, Kalandas pourrait dépasser le stade de l’hostilité et me tuer sur-le-champ.
Un combat à mort entre les boss des Palais des Abysses n’arrivait pas facilement.
À vrai dire, aucun d’eux ne s’était entretué depuis mille ans.
Mais le boss qui se tenait devant moi n’était autre que Kalandas, le Roi Liche.
Il me respectait non pas parce que j’étais classé septième, mais parce que j’étais un mort-vivant.
Par nature, il méprisait les boss de rang inférieur, les sixième et septième.
Si un boss de rang inférieur se retournait contre lui et prenait le parti d’une humaine, il ne l’épargnerait pas, même s’il était mort-vivant. Non, il aurait peut-être encore plus envie de le tuer pour cette raison.
Le sentiment de trahison venant des siens devait être indescriptible.
« Enfin, il ne me tuera peut-être pas. »
Quoi qu’il en soit, j’étais moi aussi un boss des Palais des Abysses, comme lui.
Kalandas risquerait-il de me tuer pour une simple affaire personnelle ?
D’un autre côté, même sans en être certain, avais-je la moindre raison de risquer ma vie pour sauver Charlotte ?
« Tu m’as demandé de tuer mon adjointe. »
Ma décision prise, je m’approchai de Charlotte.
Elle avait déjà fermement clos les yeux, comme si elle avait renoncé.
Elle semblait l’avoir compris elle aussi : elle devait mourir pour moi.
Je ressentais la même chose. Si refuser risquait de me coûter la vie, aucune raison de jouer la mienne pour sauver Charlotte.
« Je ne peux pas faire ça. »
Mais je ne pouvais pas la tuer.
Tout ce que Charlotte avait fait jusque-là, elle l’avait fait pour moi.
Sans même tenir compte de son utilité, comment aurais-je pu tuer une subordonnée aussi loyale ?
La laisser mourir était déjà assez difficile. Je ne pourrais jamais la tuer de mes propres mains.
À un bord de mon champ de vision se tenait Kalandas, ses sinistres lueurs bleues brûlant dans les orbites.
À l’autre se tenait Charlotte, avec une expression que je ne lui avais jamais vue. La couleur de son niveau changeait, mais ce n’était pas le moment de m’en soucier.
« Mon ami. Est-ce vraiment ta décision ? »
« Oui. »
« Tu as choisi ta perte. Tu n’as aucun regret ? »
« Aucun. »
Je n’avais pas prononcé ces mots à la légère.
À ses yeux, j’étais un boss des Sept Palais des Abysses, comme lui. Mon rang était peut-être inférieur, mais je restais un boss des Palais des Abysses, tout comme lui.
Alors le sol se mit à trembler, et des mains pourries surgirent de toutes parts.
L’aura sinistre des morts. Des gémissements pareils à des râles d’agonie. Au premier coup d’œil, ils étaient largement plus d’un millier.
En un instant, il avait levé une armée de milliers de morts-vivants.
Il me suffisait de la voir pour comprendre l’étendue de sa puissance.
— Grrr…
— Grrrr…
Clac. Clac.
Se resserrant lentement autour de nous, une armée assez nombreuse pour remplir la caverne nous encercla.
Où que je regarde, je ne voyais que des niveaux rouge sombre. Ce n’était plus de l’hostilité. C’était une intention meurtrière indéniable.
« Quel dommage que je doive remplacer un autre Palais des Abysses. »
Comme prévu, le niveau de Kalandas était lui aussi devenu rouge vif.
Il avait déjà décidé de me tuer.
Je me préparais toujours au pire.
C’était exactement ce qui se passait, et la bonne nouvelle, c’était que je m’y étais préparé.
« Je suis du même avis. Si le Palais des Abysses de rang cinq disparaît, cela fera grand bruit. »
« Quelqu’un doit mourir. »
Si j’avais l’air faible, je mourrais. Je devais lui faire comprendre ce qu’il risquait de perdre en m’affrontant à mort.
Et si je pouvais lui faire craindre de mourir lui aussi…
Si je lui montrais cette détermination, l’avantage passerait de mon côté.
Du bluff, mais pas sans raison : un pari où je jouais ma vie.
Être mort-vivant me donnait une parfaite maîtrise de mon expression. Il ne me restait plus qu’à le prouver par mes actes.
Je me concentrai sur la main de Kalandas, que je surveillais depuis le début. Plus précisément, sur sa bague d’os.
[Bague d’os liée à l’éternité (S+)]
[Taux de réussite de l’amélioration : 2 %]
[※Attention ! En cas d’échec de l’amélioration, l’objet sera automatiquement détruit !]
[En cas d’échec de l’amélioration, le temps de recharge sera réinitialisé.]
[Voulez-vous améliorer la Bague d’os liée à l’éternité (S+) ?]
[OUI/NON]
Je franchissais peut-être une limite.
Il pouvait réagir par réflexe, impulsivement, sans même prendre la mesure de la situation. Si cela arrivait, je mourrais sans pouvoir faire quoi que ce soit.
Mais une fois les dés lancés, j’espérais obtenir un six. Si je puis me permettre, c’était l’instinct d’un joueur.
Si ça marchait, c’est moi qui me retrouverais au-dessus de lui.
« Tu m’as demandé comment j’avais tué le héros d’un seul coup ? »
— !
À cet instant, un son semblable à un feu d’artifice éclata dans la main de Kalandas.
Kalandas baissa les yeux vers sa main, mais le doigt où aurait dû se trouver la bague d’os était vide.
Ce n’est qu’après l’avoir remarqué qu’il tourna le regard vers moi.
La couleur du niveau de Kalandas passa lentement du rouge à l’orange.
De l’intention meurtrière à la vigilance. Et la vigilance était l’émotion qu’éprouvaient les faibles envers les forts.
C’était le signe le plus clair que l’avantage était désormais de mon côté.
« Je peux aussi tuer un boss des Palais des Abysses. La prochaine fois, ce sera ta tête. »
Feignant l’indifférence, je relevai le menton.
Vas-y, attaque, espèce de lâche. J’ai pas peur du tout.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>