Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 10 : Pour une raison ou une autre, mes sinistres pressentiments se vérifient toujours
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Le niveau de Charlotte vira brièvement au rose avant de prendre une teinte vert foncé.
La raison de ce nouveau changement était simple.
Vu sa personnalité, elle devait se dire : « Quelqu’un comme moi, une humaine, ne peut pas admirer mon seigneur. »
Bien pensé. Avoir un faible pour les os, ce serait un peu trop.
Peu importe à quel point Charlotte était une psychopathe complètement tarée, même elle avait ses limites : elle ne tombait pas dans la nécrophilie.
En attendant l’arrivée de l’Association marchande, Charlotte et moi discutâmes de la direction à donner au développement du donjon.
Isabella nous avait suivis, mais elle ne servait que de décor et hochait la tête de temps en temps. Si elle avait secoué la tête à la place, elle aurait au moins pu faire office de ventilateur.
Enfin, je n’étais pas vraiment en position de parler : je restais planté là, les bras croisés, et je grognais de temps à autre.
« Le plus important, c’est d’écouter les besoins et les plaintes de ses subordonnés. Le moral de chacun influe sur l’état du donjon. »
Mais nos seuls subordonnés, c’était toi et les vampires, non ?
À cet instant, Charlotte tourna brusquement la tête.
Isabella, qui était dans la lune, sursauta sous son regard soudain.
« Tu as une plainte à formuler ? »
« Hein ? M-Moi ? »
Avec ce ton glacial et son visage impassible, elle ressemblait à une lycéenne qui fumait dans la rue et lançait à un passant : « T’as un problème avec ma façon de faire ? »
Pas étonnant qu’Isabella soit terrifiée.
Charlotte excellait dans tous les autres domaines, mais elle semblait désespérément nulle avec les gens.
En tant que boss, je devais sans doute montrer l’exemple.
Je croisai le regard d’Isabella et pris la parole.
« Ce que Charlotte veut dire, c’est peut-être… »
« Hiii ! »
… Bon sang de tête de mort.
Les morts-vivants n’avaient pas de sort de métamorphose ? À force, même moi, j’en avais mal.
Hum.
Charlotte s’éclaircit la gorge et reprit :
« Je vais considérer qu’il n’y a aucune plainte. Pour revenir au sujet, maintenant que nous avons repoussé les intrus, nous devons renforcer nos fondations plutôt que nos forces. Au lieu d’agrandir la grotte telle qu’elle est, je pense qu’il faudrait creuser sous terre et la transformer en labyrinthe. »
Hum-hum. Je vois.
« Pour qu’un donjon perdure, il faut avant tout de l’eau potable. Comme il est difficile de s’en procurer à l’extérieur, nous devrions agrandir le labyrinthe et devenir autonomes grâce aux eaux souterraines. »
« On trouve parfois des filons de minerai près des eaux souterraines. Si nous construisons une source d’eau et une base minière au même endroit, nous réduirons la main-d’œuvre nécessaire. »
Un boss n’avait de toute façon rien à faire.
Je laissai simplement ses paroles entrer par une oreille et ressortir par l’autre.
« Nous devrions bientôt nous procurer des graines de Plantes du Labyrinthe, qui peuvent servir de plantes médicinales. Rien que cela réduira au minimum nos dépenses auprès de l’Association des Donjons. »
« Ah, et plutôt que de dépendre de l’Association marchande, je vais aussi essayer de recruter des monstres de l’extérieur. Même si certains monstres sont faibles individuellement, nous devrions choisir avec soin ceux qui sont redoutables en groupe ou savent tirer parti du terrain. »
« En attendant, nous nous nourrirons du cadavre du Minotaure. Je l’ai déjà congelé avec de la magie de glace pour l’empêcher de pourrir, alors inutile de s’inquiéter. Vu sa taille, il nous durera une semaine. »
« Euh, excusez-moi ? »
Isabella intervint.
« Même comme ça, un cadavre, c’est peut-être un peu… Enfin ! En y réfléchissant, on ne peut pas boire du sang mort, si ? »
« Si, c’est possible. C’est juste mauvais. J’ai déjà essayé. »
« Euh… Nous n’avons vraiment pas de problème. Vraiment, mais… comment le boss va-t-il manger un cadavre de monstre ? »
« Le boss est mort-vivant, il ne mange pas. »
« A-Alors, pourquoi ne pas relever le Minotaure en mort-vivant ? »
« C’est pratiquement impossible avec une créature aussi grande. À moins d’être le Roi Liche. »
« Ah… »
Après ce soupir, Isabella se tut complètement.
Tu ne gagneras jamais une dispute contre Charlotte. Accepte-le, tout simplement.
Vwoooom !
C’est alors qu’un portail d’un noir d’encre apparut.
Un Marchand démoniaque en bondit et atterrit avec légèreté, avant de s’incliner avec une parfaite déférence.
« C’est un honneur de vous revoir, maître de ce donjon. »
Derrière lui, des monstres continuaient de sortir du portail.
Ils en émergeaient comme des soldats, tous identiques, dans la même posture.
Bientôt, une centaine d’entre eux s’alignèrent devant moi. Le spectacle était impressionnant.
Ils avaient la taille d’humains et ressemblaient à un croisement entre des taupes et des rats.
Des kobolds, comme prévu.
Je m’y attendais depuis que Charlotte avait parlé d’agrandir le donjon.
Les griffes et les incisives des kobolds étaient aussi dures que l’acier. Ils s’en servaient comme de pioches pour creuser des tunnels.
Leur main-d’œuvre était indispensable pour transformer une simple grotte en labyrinthe.
« Kek ! C’est un honneur de rencontrer le Maître vénéré ! »
« Nous remplirons notre devoir avec la plus grande loyauté ! »
Les kobolds savaient parler ?
Alors que je m’interrogeais, le Marchand démoniaque ajouta une explication :
« Je n’ai choisi que des kobolds très intelligents. Chacun d’eux considère comme un honneur de façonner le nouveau Palais des Abysses. »
« Laissez-nous faire ! Nous donnerons le meilleur de nous-mêmes ! »
Leur façon de parler était un peu agaçante, mais ils avaient l’air assez fiables.
« La tribu des Dents de fer. Ils devraient nous être d’une grande aide. »
« Kek ! Humaine ! Une humaine ! Intruse humaine ! »
« C’est l’adjudante. Surveille tes paroles. »
Charlotte savait non seulement qu’il s’agissait de kobolds, mais connaissait même le nom de leur tribu. Ils devaient être assez célèbres.
Après les kobolds, trois demi-humains furent les derniers à sortir.
Tous trois avaient des corps larges comme des montagnes, mais semblaient ne pas dépasser le mètre.
Avec leurs mines féroces et leurs épaisses barbes qui leur couvraient la moitié du visage, il aurait été plus étonnant de ne pas les reconnaître.
Le nain qui paraissait le plus âgé s’avança vers moi.
« Je salue le seigneur du nouveau Palais des Abysses. Je suis Belaum, un vieux nain. C’est embarrassant à dire, mais je suis l’un des meilleurs artisans des donjons de l’Association marchande. Quant à ces deux-là, ce sont les compagnons que je vais mettre au travail. »
Les deux autres s’inclinèrent profondément.
Pour qu’un nain se présente comme un artisan, il devait être sacrément doué.
C’était donc ça, être l’un des Sept Palais des Abysses, même pour un donjon tout juste établi ?
Je n’avais rien demandé, et ils m’avaient déjà envoyé des ouvriers d’une telle qualité. Enfin, ils étaient des monstres, alors les appeler « ouvriers » sonnait un peu bizarre.
« Les kobolds travailleront comme ouvriers embauchés, et nous ferons office de superviseurs. Qui prendra le commandement général ? Ça ne nous dérange pas que ce soit le boss. »
Pourquoi m’infliger une tâche aussi pénible ?
Je jetai un regard désinvolte à Charlotte, puis posai une main sur son épaule.
L’épaule de Charlotte tressaillit. Pour une raison ou une autre, elle eut l’air légèrement surprise en croisant mon regard.
« Mon adjudante s’en chargera. »
« … Boss ? »
Charlotte ouvrit de grands yeux. Ses pupilles semblaient pleines de questions.
Qui d’autre allait le faire ? Les boss de donjon n’étaient que des figures de proue, après tout.
« Vous me donnez une nouvelle chance… Merci. Cette fois, je m’y consacrerai corps et âme et serai à la hauteur de vos attentes. »
J’avais mal interprété la situation.
De son point de vue, elle avait dû croire que je lui confiais cette tâche malgré ses erreurs à répétition.
Je ne pris pas la peine de la corriger. Si elle voulait le comprendre ainsi et que cela améliorait son efficacité, tant mieux.
« Bien. Commençons tout de suite. »
* * *
Deux jours passèrent. Pour résumer, ce furent des journées mouvementées.
Tout le monde était si occupé que je me demandai si le chantier n’allait pas finir par tourner au fiasco.
Tout le monde, sauf moi.
« Comment ai-je bien pu me retrouver à faire un travail aussi difficile… »
« Hé, Vampire ! Fais correctement ton travail ! »
« Je ne suis pas qu’une Vampire ! Tu ne vois pas mes cornes et mes crocs ? »
« Je m’en fiche ! Porte les briques ! »
« Argh, je suis une Vampire de sang pur… »
Je fis semblant de ne pas voir Isabella, épuisée par le travail incessant.
Je ne pouvais pas laisser la Vampire se reposer pendant que tout le monde travaillait, alors je l’avais mise au boulot, elle aussi. Comme prévu, elle n’était pas d’une grande aide pour les travaux pénibles.
Ça a vraiment beaucoup changé.
L’agencement et les dimensions de l’intérieur avaient tellement changé qu’on voyait tout de suite qu’il s’agissait d’un donjon, et non plus d’une misérable grotte.
Bien sûr, puisqu’il s’agissait d’un donjon, on ne pouvait pas se soucier de son esthétique.
Ils disaient qu’un labyrinthe devait paraître aussi déroutant que possible au premier coup d’œil. À cet égard, c’était un donjon irréprochable.
J’avais beau regarder, impossible de comprendre où menait quoi.
Je n’avais qu’à regarder.
Ah, voilà à quoi ressemblaient un vrai boss et un vrai donjon.
Rien ne m’était difficile, puisque j’étais mort-vivant, mais ça ne voulait pas dire que j’avais envie de faire quoi que ce soit.
Fenêtre de statut.
Quand je n’avais rien à faire, je consultais ma fenêtre de statut.
[Niv. 44]
Mon niveau était toujours de 44.
J’avais tué le Moine du Baume, mais le nombre n’avait pas changé.
Était-ce parce que je l’avais tué à cause d’un bug ? Ou mon niveau était-il simplement une valeur qui ne pouvait jamais changer ?
Ou peut-être que je dois tuer quelque chose de mes propres mains.
Je n’avais jamais tué quoi que ce soit directement, alors je ne pouvais pas en être sûr.
J’imaginais tout de même que mon niveau augmenterait si je le faisais.
Les bugs du jeu s’appliquaient à la réalité ; il n’y avait donc aucune raison pour que les niveaux n’augmentent pas.
« Avez-vous un instant, vieille maître ? J’aimerais vous poser une question. »
« Parlez, adjudante. »
Je restai planté à côté d’eux, à regarder Charlotte en silence.
Dans la société humaine, les Sorcières étaient classées parmi les demi-humains, tout comme les nains.
C’était peut-être pour cela que Belaum et Charlotte s’entendaient plutôt bien.
« De votre point de vue, vieille maître, quand pensez-vous que nous pourrons construire le canal d’eau souterraine et la Base d’extraction de filon ? »
« Il faudra au moins une journée rien que pour poser les fondations. Le problème, c’est de trouver un emplacement convenable. Il faudra compter environ trois jours pour cela. Dans des conditions normales, bien sûr ; en cas de retard, nous devrons élargir la zone de recherche, ce qui prendra encore plus de temps. »
Depuis deux jours, Charlotte posait des questions sur les bases minières dès qu’elle en avait l’occasion. Naturellement, cela éveilla ma curiosité.
« L’extraction du minerai est-elle vraiment si urgente ? »
Je l’avais presque murmuré pour moi-même.
Charlotte m’entendit peut-être, car elle me regarda et baissa la tête.
« Oui. Nous devons en chercher une au plus vite. »
« Pourquoi ? »
« Pour rembourser notre dette au plus vite, avant que les intérêts ne s’accumulent. »
Les intérêts ? Quels intérêts ?
Comme je gardais le silence, Charlotte poursuivit :
« L’Association marchande accorde beaucoup de valeur aux filons de minerai. Comme ils sont plus faciles à trouver dans les donjons, c’est le moyen le plus rapide de rembourser une dette. »
« … Une dette ? »
« Le coût d’embauche des monstres. Nous avons emprunté trente millions de Cells pour engager le Minotaure et le Basilic. »
Quelle cinglée.
Elle avait évidemment emprunté au nom du donjon, dont j’étais le boss.
Autrement dit, elle avait contracté un prêt en mon nom.
Bon. Voyons les choses du bon côté.
Nous avions survécu grâce à eux, non ? Sans eux, nous serions morts.
« Comme il s’agit de l’un des Sept Palais des Abysses, le délai de remboursement a été fixé sans date d’échéance. Le taux d’intérêt annuel est de 5 %, soit 1,5 million de Cells. À ce jour, trois jours plus tard, les intérêts dus s’élèvent à 12 200 Cells. »
Elle calculait sacrément vite. Venait-elle vraiment du Moyen Âge ?
Je me demandais si c’était vraiment une raison de s’en faire autant.
Charlotte devina peut-être ce que je pensais, car elle prit la parole.
« L’Association marchande évalue la solvabilité d’un donjon en fonction de ses délais de remboursement. Un donjon, c’est son boss. Tout retard revient à déprécier sa solvabilité. En tant que votre adjudante, je ne peux tolérer la moindre tache sur votre réputation. »
Charlotte était donc aussi consciencieuse ?
Je savais qu’elle était compétente, mais je ne m’attendais pas à découvrir chez elle un côté aussi louable.
Très bien, Charlotte. Fais ce que tu veux. Je retire ce que j’ai dit quand je t’ai traitée de psychopathe complètement tarée.
Du moment que tu ne dépouilles pas un humain devant moi.
* * *
Une autre semaine passa.
Heureusement, aucun intrus ne se présenta pendant les travaux.
J’avais été très inquiet après la mort du Moine du Baume, mais mes craintes s’étaient révélées inutiles.
Après tout, les informations ne circulaient pas très vite au Moyen Âge. Ce n’était pas comme s’ils disposaient d’un réseau de communication efficace.
À ma connaissance, le Commandement d’Extermination de l’Empire n’était peut-être même pas encore au courant de la mort du Moine du Baume.
« Bien joué, bande de rats ! Finissons de ranger et tirons-nous ! »
« Kek ! On se tire ! On se tire ! »
« Repos ! Repos ! »
La construction du donjon fut achevée en moins de dix jours.
Ce qui aurait pris plus d’un an aux humains fut terminé en neuf jours grâce au travail conjoint des kobolds et des nains.
Le donjon était désormais achevé.
Les nains et les kobolds trempés de sueur poussèrent des acclamations tonitruantes.
Charlotte s’approcha de moi pendant ce temps.
« Vous avez bien travaillé. »
« Par rapport à vous, boss, mon travail ne compte presque pas. »
Sa loyauté était si excessive qu’elle me couvrait d’éloges au point de me mettre mal à l’aise, alors que je n’avais rien fait.
Ou alors se moquait-elle de moi ? Vu la teinte vert foncé de son niveau, elle était sincère, mais cela me gênait quand même.
« Heugh ! Hff ! D-Du sang… Donnez-moi du sang… »
Au loin, Isabella était étendue de tout son long.
Pour une raison ou une autre, elle me faisait pitié.
« Elle a l’air d’avoir besoin de sang. »
« Elle ne le mérite pas. Isabella n’a pas accompli ne serait-ce qu’un dixième de ce qu’a fait le Moine du Baume. »
Pourquoi la comparer au Moine du Baume ?
Il ne dormait ni ne se reposait jamais, et avec un niveau supérieur à 70, il était parfaitement taillé pour les travaux physiques.
« Une adjudante ne devrait-elle pas faire preuve de gentillesse envers ses subordonnés ? »
« Je vous obéirai. »
Ce n’est qu’alors que Charlotte retroussa les manches de sa robe ample et se dirigea vers Isabella.
Isabella se redressa en criant « Du sang ! Du sang ! », et Charlotte la laissa boire sans changer d’expression. On aurait dit une petite pièce complètement absurde.
C’était un cliché plutôt prévisible, mais dans la Chronique stratégique des 72 Donjons, les vampires raffolaient du sang humain.
Je pouvais désormais utiliser le sang de Charlotte pour m’occuper d’Isabella.
Je ne peux pas lui en donner, puisque je suis mort-vivant.
Ce n’était absolument pas parce que je ne voulais pas qu’on me suce le sang.
Que pouvais-je faire si c’était de la moelle osseuse qui sortait à la place du sang ?
« Seigneur du donjon, cette carte est incomplète, mais je vous en fais présent. »
C’était Belaum.
Lorsque je tendis la main, il me remit un rouleau de parchemin.
Mais il n’y avait pas qu’une seule carte.
« La première représente le donjon lui-même. Les X rouges indiquent les pièges installés, les triangles verts la salle de l’adjudante, et les ★ dorées la salle du boss. J’ai également indiqué les salles les mieux adaptées à la culture des Plantes du Labyrinthe. »
J’étudiai la carte tandis que Belaum me l’expliquait.
Il désigna les lieux du bout du doigt et poursuivit ses explications avec application.
« Ici, nous avons démoli la grotte aux stalactites et construit une Base d’extraction de filon. Un canal d’eau souterraine passe juste à côté, ce qui facilitera l’approvisionnement en eau potable des mineurs. »
« Hum. »
« Voici la dernière zone du labyrinthe. Sa structure est idéale pour la défense et elle est proche du cours d’eau. Il n’y a pas d’autre passage et les murs sont épais, donc une Partie d’Extermination ne pourra pas non plus la contourner. Ne serait-il pas judicieux d’en faire un bastion ? Si vous êtes acculés, vous pourriez aussi vous y retrancher avant que le boss n’ait à intervenir. »
« Je vois. »
« Ce n’est pas encore terminé, alors je n’ai pas indiqué l’écosystème des ressources ni la résistance des différents murs. »
« Hum. »
Honnêtement, je ne comprenais rien à ce qu’il racontait, alors je me contentais de répondre « Hum » et « Je vois ».
« À quoi servent les autres cartes ? »
« La deuxième représente la montagne où se trouve le donjon et le village voisin. Elle indique l’altitude et le relief, le temps moyen nécessaire pour gravir la montagne, la faune et la flore locales, les dispositifs défensifs tirant parti de la montagne, ainsi que la taille du village. »
C’étaient effectivement des informations utiles pour défendre le donjon.
« Et la dernière carte ? »
« C’est une carte complète de l’Empire. Comme ce donjon est l’un des Sept Palais des Abysses, un raid pourrait dégénérer en guerre. Je vous la remets en prévision de cette éventualité. »
Désolé, mais ça n’arriverait jamais.
« La carte de l’Empire existait déjà, elle est donc complète. Je vous apporterai les deux autres dès qu’elles seront terminées. »
« Hum. Très bien. »
« Si vous remarquez une erreur ou souhaitez ajouter quelque chose aux cartes, n’hésitez pas à m’en informer. »
Il avait travaillé dur à agrandir le donjon et avait mis autant de sérieux à la cartographie. Enfin, c’était bien pour cela qu’il était artisan nain.
« Elles me semblent correctes. Expliquez-les à mon adjudante de la même façon. »
« Bien sûr. »
Belaum s’approcha de Charlotte à petites enjambées.
De loin, Charlotte hochait la tête comme si elle comprenait parfaitement, et posait des questions de temps à autre.
Elle faisait vraiment une adjudante compétente, contrairement à un imposteur comme moi.
Une fois leur affaire réglée, Charlotte vint me voir.
« Excusez-moi, boss. Avant le départ des kobolds, puis-je les autoriser à extraire la quantité de minerai prévue ? »
« À cause du remboursement ? »
« Oui. La dette et les frais d’agrandissement du donjon s’élèvent exactement à 100 036 600 Cells. Je vais en garder quelques-uns ici et les surveiller pendant qu’ils n’extraient que la quantité nécessaire pour couvrir cette somme. »
« Faites comme vous voulez. »
Je ne pus m’empêcher de m’émerveiller en faisant claquer ma langue devant tant de minutie.
Je n’avais pas de langue, puisque j’étais un cadavre, mais quand même.
Maintenant que la construction du donjon était terminée, il était enfin temps de profiter d’un vrai repos.
Même si une Partie d’Extermination venait, nous avions largement assez de pièges, sans oublier Charlotte et le Moine du Baume. Si la situation devenait vraiment dangereuse, nous pouvions demander de l’aide à l’Association marchande.
À moins qu’il ne s’agisse d’une Partie d’Extermination menée par un héros, personne n’oserait s’attaquer à ce donjon.
« Il semble que le marchand soit arrivé. »
Je suivis le regard de Charlotte et vis un portail d’un noir d’encre s’ouvrir au loin.
Comme prévu, le Marchand démoniaque que je connaissais en sortit.
Il avait dû apprendre d’une façon ou d’une autre que les travaux étaient terminés et venir les raccompagner.
« J-Je salue votre auguste présence ! »
Contrairement à d’habitude, le Marchand démoniaque se précipita vers moi d’une traite.
Il continua à s’agiter nerveusement et à guetter ma réaction. Qu’est-ce qui lui prenait ?
« S-Seigneur, j’ai quelque chose, quelque chose à vous annoncer ! »
« Qu’y a-t-il ? »
« Un invité est attendu ! Ah, non, non ! Un invité de marque ! Un invité de marque ! »
Un sinistre pressentiment m’envahit, sans raison apparente.
J’allais lui demander de qui il s’agissait quand…
Fwoosh !
Un portail bien plus grand que le premier s’ouvrit à côté.
Ma surprise ne dura qu’un instant. Elle fut bientôt remplacée par une émotion bien plus forte.
J’avais aperçu le niveau avant même que la personne à l’intérieur ne sorte.
[Niv. 93]
Ah.
« Tout le monde, montrez le respect qui convient ! Le boss du donjon de rang 5 arrive ! »
Pour une raison ou une autre, mes sinistres pressentiments se vérifiaient toujours.
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