Chapitre 59
Entraînement d’adaptation à l’espace magique (1)
« Pour commencer, nous allons vous distribuer des montres connectées avant le début de l’épreuve. »
Je jetai un coup d’œil à Shelton tandis qu’il nous expliquait l’épreuve.
Pas une pierre de mana, pas un noyau de mana, mais un Noyau de mana. Ça puait le vice.
« Cette montre connectée contient une pierre de mana. Elle vous transportera dans l’espace magique et stabilisera vos coordonnées. Veuillez la mettre. »
À contrecœur, j’attachai la montre connectée à mon poignet. Même si ça ne me plaisait pas, je ne pouvais pas simplement sécher les cours.
« Chaque montre connectée se verra attribuer un numéro. Si la vôtre est endommagée, vous serez éliminé de l’épreuve et ramené de force. »
Ding…
Un numéro apparut à l’écran.
[3333]
Pas mal du tout. Ça me satisfait.
« L’épreuve commencera dans trois minutes. Son nom officiel est “Entraînement d’adaptation à l’espace magique”. Comme je l’ai indiqué, le but est de tenir trente heures. Au bout de vingt-sept heures, le nombre de survivants encore en lice s’affichera sur votre montre connectée. »
Il désigna sa montre en parlant.
« Même si votre montre n’est pas endommagée, elle vous ramènera plus tôt si vous vous retrouvez dans un état physique critique pendant l’épreuve. Bien entendu, nous surveillerons la situation. »
J’examinai la montre connectée. À première vue, elle ressemblait à une montre carrée tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
« En revanche, nous ne pouvons pas surveiller votre stress mental. Nous sommes capables de mesurer votre niveau de stress, mais nous ne vous ramènerons pas de force, même si votre stress ou votre rythme cardiaque augmente de façon anormale. Après tout, c’est votre note qui est en jeu. Si vous êtes trop stressés, appuyez simplement sur le bouton d’abandon de votre montre. »
Shelton promena son regard sur les élèves de dernière année en parlant.
« Plus qu’une minute. Préparez-vous à découvrir un endroit franchement sinistre. Peut-être aurez-vous du plaisir à percer ses secrets ? »
Les élèves avaient tous l’air tendu. Je me demandais ce qu’il nous avait réservé.
S’il n’y avait pas d’argent à la clé, il ne bougerait pas le petit doigt. Mais s’il était venu deux fois comme représentant du conseil d’administration, c’est que la Tour de magie lui avait donné un ordre.
« Essayez de garder les yeux fermés autant que possible. »
Shelton ne nous laissa pas le temps de réfléchir.
« À présent… que l’épreuve commence. »
Je fermai moi aussi les yeux.
Grrrroooon… !
Le sol trembla. Pendant un instant, la puissance magique jaillit dans un éclat aveuglant, et tout mon champ de vision se remplit de blanc.
Fouuuu…
Avant même que je comprenne ce qui se passait, une bourrasque souffla de quelque part. Je me raidis. Le froid me hérissa les poils de la nuque.
J’ouvris aussitôt les yeux.
« … Où suis-je ? »
On aurait dit le couloir d’un hôtel. Des murs rouges, des lumières semblables à des bougies qui scintillaient à intervalles réguliers, et, au bout du couloir, les ténèbres, qui semblaient l’avoir englouti.
Vrrr…
La montre connectée vibra.
[Objectif : tenir 30 heures]
Fouuuu…
Le vent souffla de nouveau. La chair de poule me couvrit le corps. Le bout de mon nez devint glacé.
Comment pouvait-il faire aussi froid ?
Je frissonnai et activai l’enchantement de mes sous-vêtements thermiques : « Chauffage ».
« … C’est vraiment à l’intérieur ? »
Ça allait un peu mieux, mais le froid hivernal persistait. Je marchai en boutonnant soigneusement mon manteau.
« Haa… »
À chaque respiration, un nuage blanc s’échappait de ma bouche. Mon visage et mes membres, que mes sous-vêtements thermiques ne couvraient pas entièrement, semblaient sur le point de se craqueler sous l’effet du froid. Mes oreilles, surtout, me faisaient l’effet d’avoir été arrachées.
« Ce foutu Shelton ne sert vraiment à rien. »
Je marmonnai en scrutant les alentours.
Le couloir était bordé de chambres, toutes numérotées dans les deux cents.
« On doit être au deuxième étage, hein ? »
Au bout du couloir, un objet vert étincelant attira soudain mon attention. Je zoomai avec mon SZX-9500 : c’était un distributeur automatique.
Je me précipitai vers lui et regardai à l’intérieur. Il contenait des articles plutôt utiles : des boissons, de l’eau, des repas instantanés, des coupe-vent, des parapluies, des gants, des masques à gaz…
Une affiche encadrée était accrochée à côté.
[L’Hôtel Holents souhaite la bienvenue à tous ses clients. Il compte 3 530 chambres et propose divers équipements et services, notamment des restaurants, des bars, des piscines, des spas, des salles de sport et des salles de conférence.]
« L’Hôtel Holents… »
Pourquoi ce nom me disait-il quelque chose ? Pourtant, je ne pensais pas en avoir déjà entendu parler.
Bip…
Ma montre connectée vibra brusquement.
[Indice obtenu : 10 pièces vous sont attribuées.]
« Un indice ? »
Je regardai ma montre. Le nombre « 10 » s’affichait à l’écran. Le distributeur était équipé d’un lecteur où il fallait passer quelque chose, plutôt que d’une fente à pièces, et les articles portaient des prix.
Les repas instantanés coûtaient deux pièces. Les coupe-vent, cinq. Les masques à gaz, vingt.
Alors, je suis censé gagner des pièces comme ça pour survivre ? Et pourquoi le masque à gaz coûte-t-il si cher ?
« Hum… »
Je promenai lentement mon regard autour de moi. Il n’y avait personne.
Dans ce cas…
Je tendis discrètement la main et attrapai un coin du distributeur.
Kouaang… ! Je le secouai violemment, assez fort pour le faire vaciller.
Badaboum, badaboum… ! Je frappai sa façade du coude. Pas une fois, mais des dizaines de fois d’affilée.
Pourtant, il ne bougea pas d’un pouce.
« Pfiou… Il est solide. Il est fait de plastique traité au mana ? »
Je posai la paume contre le panneau transparent du distributeur et poussai jusqu’à ce qu’il grince.
« … Mémoriser. »
Après avoir mémorisé ce matériau dans le « Bloc-notes », je regardai autour de moi.
Personne à l’horizon.
Dans ce cas…
Je sortis discrètement la Fourche magique de ma poche et chauffai ses dents avec du mana.
Souvenir à invoquer : le plastique traité au mana de ce distributeur.
Forme : une arme contondante idéale pour tout casser.
Alors, la magie des dents se tordit comme un cristal transparent et prit la forme d’une hache contondante.
Voilà encore une véritable Incarnation.
« … ♬♩♪♩~ »
Je fredonnai un air en empoignant la hache. Au même instant, je déployai l’« Épée Tranchante ».
Style Ascal, premier mouvement — Dégainage.
La hache que je tenais à la hanche partit comme une balle.
Crac… !
Le distributeur s’enfonça. Son panneau transparent vola en éclats.
À partir de maintenant, tout était gratuit.
Je fourrai dans mon sac les repas instantanés, les boissons, l’eau et le reste. J’enfilai les vêtements qui me protégeraient du froid, comme les coupe-vent, les masques à gaz et les gants.
« Je peux survivre. »
Je me retournai, de bonne humeur.
Quelqu’un apparut au croisement du couloir.
« Dites à tout le monde qu’il est revenu — j’ai rappé, j’ai parlé, je suis pas mort — »
Une femme aux cheveux couleur de merde rappait complètement à côté du rythme.
« Quoi que tu fasses, je ressuscite — t’es mon subordonné — j’ai pas peur — même si un fantôme apparaît, je gagne… ? »
C’était Layla, qui avait encore les cheveux gris cendré la semaine dernière.
« … Qui es-tu ? »
Elle s’interrompit brusquement et me détailla de la tête aux pieds.
Je vérifiai ma propre apparence.
Un coupe-vent noir, capuche rabattue sur la tête, un masque à gaz qui me cachait le visage, et une hache serrée dans une main.
Je tendis la main vers elle, qui avait les yeux exorbités…
« Kyaaaaaah… ! »
Layla hurla la première et s’enfuit.
Kyaaaaaaaaaaaaa…
« ! »
Un cri lointain retentit quelque part. La distance l’étouffait, mais il suffit à faire frémir Elise.
« H-Hum ! »
Elle parvint à garder son calme.
Elise se trouvait seule dans le vaste couloir de l’hôtel, mais, jusque-là, elle tenait bon.
Était-ce parce que l’hôtel lui-même était un espace ouvert ?
Ou parce qu’elle ne se sentait pas « seule » depuis quelque temps ?
Quoi qu’il en soit, Elise avançait à la recherche de quelqu’un.
Elle avait besoin de compagnie, pour l’instant. De préférence quelqu’un qu’elle pourrait facilement contrôler…
« … ! »
Soudain, une longue silhouette étrangère se dessina au coin du couloir.
À la vue des cheveux rouges qui apparurent avant le visage, elle frissonna un instant, puis appela calmement la jeune femme par son nom.
« … Soliette. »
« Hum ? Ah. Elise. Contente de te voir. »
Même dans cet endroit inquiétant, Soliette restait paisible. Était-ce le sang-froid propre aux familles de chevaliers ?
« Oui. Moi aussi, je suis contente de te voir. Tu as trouvé quelque chose ? »
« Pas encore, mais cet hôtel me semble familier. »
« Familier ? »
« Oui. Quand j’étais petite, j’ai visité un hôtel comme celui-ci. Tu ne trouves pas qu’un fantôme pourrait apparaître ? »
Un fantôme.
Les fantômes et les spectres étaient deux choses différentes.
Le « fantôme » qu’elles avaient rencontré pendant le dernier cours à la mine était un cancérogène de catégorie 1 et un danger de classe A, tandis qu’un spectre était une entité purement spirituelle. La Tour de magie faisait même des recherches à son sujet.
« C’est vrai. Puisque nous nous sommes croisées par hasard, autant unir nos forces, non ? »
Elise posa la question d’un ton détaché. Elle cherchait déjà quelle raison elle pourrait invoquer pour la convaincre si Soliette refusait.
« Oui. Faisons ça. »
Heureusement, Soliette acquiesça sans discuter.
« Alors, commençons à explorer. »
Elles avancèrent côte à côte dans le couloir. À chaque porte, Soliette essayait la poignée, mais aucune ne s’ouvrait.
« Attends. Arrêtons-nous un instant. »
Elise venait de remarquer quelque chose. Sur le mur qu’elle observait se trouvait un cadre.
[Règlement de sécurité de l’Hôtel Holenz, article 5 : veuillez éviter autant que possible de sortir entre 22 heures et 6 heures.]
Vriii… Vriii…
Leurs deux montres connectées sonnèrent en même temps.
[Indice obtenu : 10 pièces vous sont attribuées.]
Elles avaient reçu le même message.
« Hum. On dirait une règle de l’hôtel. Mais s’il est plus de 22 heures, on a encore largement le temps. »
À ces mots, Elise leva légèrement les yeux vers l’horloge analogique juste au-dessus des consignes de sécurité.
« Tu ne crois pas plutôt le contraire, quand tu regardes ça ? »
« Hein ? Quoi… Ah. »
Soliette leva les yeux à son tour et ouvrit de grands yeux.
« Un, deux, trois. »
Elise compta trois secondes à voix haute. Pendant ce temps, la trotteuse de l’horloge avait avancé de vingt-quatre graduations.
« Il n’y a aucune raison qu’elle tourne comme ça sans explication. Le temps s’écoule huit fois plus vite ici. »
Vriii…
Comme pour confirmer sa réponse, l’horloge sonna.
[Indice obtenu : 10 pièces vous sont attribuées.]
Soliette hocha la tête.
« Alors, cette horloge analogique doit indiquer l’heure réelle. »
« Trente heures ici équivaudraient à dix jours. »
Ça ne changeait rien, puisqu’elles n’allaient pas vraiment tenir dix jours.
« Dans ce cas, c’est embêtant, non ? Dans très peu de temps, il sera 22 heures… En fait, il est déjà cette heure-là. »
Il était précisément 22 heures.
« Kyaaaaaah… ! »
Presque au même instant, un cri retentit quelque part. Elise sursauta légèrement, puis se força à sourire.
« … Ceux qui ont peur des choses effrayantes vont passer un sale moment. »
« Ça va, Elise ? »
« J’ai l’air d’aller mal ? »
« … »
« Je vais très bien, évidemment. Hmph. Pourquoi tu t’inquiètes ? »
Soliette remarqua les lobes d’oreilles blêmes d’Elise, ainsi que les gouttes de sueur qui se formaient au bout de son nez.
Elle ne le lui fit pas remarquer.
« Bref, allons-y. Trouvons d’abord un moyen d’entrer dans les chambres. Tu n’as pas froid, Elise ? Moi, je ne sens pas le froid, alors ça va. »
« … Un peu. »
Comme elle l’avait dit, le froid était le plus gros problème.
Elise résistait tant bien que mal en activant son Corps magique, mais cela lui faisait aussi consommer du mana et de l’endurance.
« Il y a un escalier. »
À cet instant, un escalier apparut à l’une des extrémités du couloir.
« C’est vrai. »
Elles se trouvaient au deuxième étage. Comme le hall d’un hôtel était généralement au premier, il valait mieux commencer par descendre.
« On y va ? »
« Oui. »
Elles s’apprêtaient à descendre l’escalier quand…
« Chut. »
« Oui. Je les ai vus. »
Elles s’accroupirent aussitôt.
Deux monstres se tenaient en contrebas. Ils avaient la carrure d’hommes adultes ordinaires, mais leur corps entier était boursouflé comme une tumeur. Des fragments d’os, d’yeux et d’oreilles étaient incrustés çà et là dans leur peau rouge sombre, leur donnant un aspect particulièrement sanguinolent.
Elise regarda Soliette.
« Je prends celui de droite. »
Soliette hocha la tête à son tour.
« D’accord. Je prends celui de gauche. »
De toute façon, ces ennemis avaient été programmés par magie. Elles devraient pouvoir les maîtriser sans difficulté.
Taaat… !
Elles s’élancèrent comme le vent. Elise planta d’abord une Balle magique dans un point vital de l’un des monstres. Soliette décocha un coup de pied sauté à la mâchoire de l’autre.
Et ce fut tout.
Les deux monstres, prises par surprise, se décomposèrent rapidement.
[Pièces obtenues au combat : 20]
En entendant la montre sonner — vriii… —, Soliette haussa les épaules.
« On dirait qu’on gagne des pièces en battant les monstres. »
« Oui. Descendons. »