Chapitre 50
Recordark (2)
« — Houuuuuuuuuuuuu. »
Des huées assourdissantes emplirent les lieux, mêlées aux jurons grossiers des prisonniers. Ils agrippaient les barreaux et les secouaient violemment.
La plupart des aînés, encore jeunes, semblaient dépassés, mais j’y étais habitué.
Ces humains de trop essaient de jouer les durs — c’est plus facile à voir comme ça. Comme les bichons maltais ou les chihuahuas qui aboient à tue-tête.
« Ignorez ces humains de trop. »
Le directeur adjoint déclara quelque chose de semblable.
« Vous resterez ici huit heures. »
Huit heures.
C’était long.
« Vous ne pourrez circuler qu’au premier étage, dans les espaces de vie. Ne vous inquiétez pas, les vrais sauvages ne sont pas ici. Après tout, nous sommes à Recordark I. »
Clap, clap — Gaejin applaudit.
« Maintenant, laissez-moi vous parler de votre mission bonus. »
Une mission.
Les yeux d’Elise brillèrent. Gerkhen Kal Doon leva lui aussi les yeux vers le directeur adjoint.
« Il s’agit d’une chasse au trésor. »
« … ? »
Ce jeu n’était-il pas un peu trop puéril pour une prison ?
Les autres aînés ouvrirent également de grands yeux. Gaejin ricana devant leur réaction stupéfaite.
« Un trésor est caché dans cette prison. Les prisonniers savent où il se trouve. Interrogez-les, recueillez des informations et trouvez le trésor. »
À la mention des interrogatoires, tous firent la grimace.
« Ne faites pas trop confiance aux prisonniers. Ils sont rongés par la méchanceté et une jalousie mesquine. Leur quotidien consiste à mentir dès qu’ils ouvrent la bouche. »
— Houuuuuuuuuuuuu.
Une nouvelle vague de huées retentit. Gaejin leva les bras comme un chef d’orchestre, au milieu du vacarme.
« Ressentez leur malveillance. Dans la vie, vous croiserez des scélérats pires qu’eux. Le moment venu, souvenez-vous de cette expérience. Elle vous sera très utile. »
… Enfin, pour apprendre quelques leçons de vie, ça pouvait être une mission utile.
« Ne vous inquiétez pas : si vous interrogez correctement au moins trois prisonniers, vous réussirez. Et si vous trouvez le trésor, vous recevrez en prime une lettre de recommandation au nom de Recordark. »
Les aînés se raidirent à la mention de la lettre de recommandation.
La lettre de recommandation de Gaejin ne valait évidemment pas un clou, mais celle de l’institution Recordark pouvait au moins figurer comme un « atout » sur leur CV.
« On commence ? »
Gerkhen Kal Doon pinça les lèvres, tandis qu’Elise passa une main dans ses cheveux et les rejeta sur son épaule. Ses mèches platine voltigèrent inutilement.
Ne s’était-elle pas lavé les cheveux aujourd’hui ?
« Hé, les gardes ! »
Gaejin interpella les gardes alignés de part et d’autre du couloir.
« Escortez-les ! »
« … Du favoritisme dès le départ, hein. »
Cette activité spéciale était injuste dès le début.
Les gardes conduisirent tranquillement les gens du commun comme moi devant les cellules alignées le long du couloir, derrière les barreaux, tandis que les nobles comme Elise furent emmenés dans des salles de visite calmes.
Ils allaient sûrement pouvoir interroger confortablement un prisonnier à la fois, que les gardes leur amèneraient.
Enfin, je m’y étais déjà attendu.
« Qui choisir ? »
Je parcourus du regard les cellules alignées le long du couloir.
Il y avait beaucoup de prisonniers. Certains affichaient une mine sinistre, d’autres un sourire narquois délibéré, tandis qu’ils nous observaient.
Pour moi, les interroger était déjà une corvée. Je voulais juste tuer le temps et rencontrer l’homme que j’étais venu voir.
Le problème, c’était qu’il se trouvait actuellement en cellule d’« isolement » dans le quartier disciplinaire.
Le quartier disciplinaire était complètement séparé des espaces de vie. En sortant du premier étage, on trouvait une cour de récréation qu’il fallait traverser pour s’y rendre.
Il me fallait donc trouver un prétexte pour aller dans la cour et récupérer une clé auprès d’un garde…
« Ah. »
Une bonne idée me vint.
Je m’approchai d’une cellule. À l’intérieur se trouvait un homme couvert de cicatrices. Il était plutôt costaud et avait le regard perçant.
Un voyou tout ce qu’il y a de plus classique.
Aucun doute là-dessus.
En fait, peu importait lequel.
« Excusez-moi~ »
« Hé, qu’est-ce que tu fais ? Ce type a une tête vraiment flippante. »
Quelqu’un m’arrêta. Je tournai les yeux vers lui. C’était un groupe de trois hommes et deux femmes. Ils ne portaient pas l’uniforme d’Endex.
Je les ignorai et m’adressai au prisonnier.
« Excusez-moi. Vous m’entendez ? »
« … Quoi ? »
Le prisonnier, qui était assis sur son lit, fronça les sourcils.
« Excusez-moi… ? »
Il se redressa, attrapant la fin de ma phrase.
Je hochai la tête.
« On dirait que vous m’entendez. »
« Ha… »
Il laissa échapper un rire sans joie, puis s’approcha lentement des barreaux, les yeux rivés sur moi. Je lui dis :
« J’ai une question à vous poser. »
« … Tu as une question à me poser ? »
L’arrogance du prisonnier se mua en colère. Il faisait de son mieux pour avoir l’air aussi féroce et intimidant que possible, ce qui était presque pitoyable.
Je lui demandai calmement :
« Est-ce que je peux vous interroger ? »
« Qu’est-ce qu’il raconte, ce putain de gamin ?! »
Bam ! Le type agrippa les barreaux et se pencha vers moi.
« Hé, gamin. Tu sais qui je suis ? »
« … »
Je le regardai simplement. Il montra les dents et se mit à vociférer.
« Qu’est-ce que tu regardes ? Je vais te crever les yeux… Non, écoute-moi, gamin. Tu viens d’Endex, pas vrai ? Alors va apprendre aux gardes, là-bas, comment faire un dépôt et verse de l’argent pour “Jérôme”. Ou alors, t’as des clopes sur toi ? »
« … Soupir. »
Franchement, c’était un peu minable. La manière de soutirer de l’argent était-elle toujours la même qu’à l’époque ?
Ah oui, maintenant, c’était l’époque d’avant, non ? Puisque j’avais régressé.
Le prisonnier plissa les yeux.
« Hé. Réponds. »
Je ne répondis pas. Je le regardai droit dans les yeux. Son expression se glaça.
Il me fixa avec hostilité, et je ne détournai pas le regard.
« Eh ben, regarde-moi ça… Ha. »
Il ricana. Je retroussai moi aussi les lèvres.
« T’as vraiment envie de crever— »
« Ce type est un minable. »
Je lâchai ces mots d’un ton désinvolte.
À ces mots, son teint se figea comme de la cire et les types de la cellule voisine retinrent brusquement leur souffle.
« … Quoi ? »
Le type grinça des dents. Son regard vira au bleu meurtrier.
Voilà le raisonnement stupide des prisonniers. L’insulte qu’ils détestent le plus, c’est qu’on minimise leur crime.
« … Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Il répéta la question, les sourcils et les coins des yeux frémissants.
Je fis un pas vers les barreaux.
« Tu n’as pas le regard qu’il faut. Ce ne sont pas des yeux d’assassin. »
Je pris même la peine de préciser, avec un sourire amical.
« T’es juste un petit voleur, pas vrai ? Ou alors tu t’es fait choper en train de faire les poches. »
« Hé, hé, toi… sale petit… »
Le type baissa la tête. Il mâchonna ses mots en silence. Je le regardai sans me presser.
Mais alors,
« Ptouah ! »
Le type cracha brusquement. Le liquide épais et répugnant m’atterrit entre le nez et les yeux.
… Je ne m’y attendais pas.
Je fermai doucement les yeux. Un soupir m’échappa. J’essuyai le crachat jaune avant qu’il ne m’atteigne les lèvres.
J’avais failli embrasser indirectement ce taré.
« Haa… espèce de fils de pute. »
« Quoi, fils de pute ? Hé, gamin. J’ai retenu ton visage. Quand je sortirai, tu verras— »
« Espèce de putain d’ordure—— ! »
Bam ! Je frappai les barreaux du pied. Le métal résonna bruyamment.
« Quoi, qu’est-ce que… »
Le type, surpris, essaya de reculer de quelques pas.
Je ne le laissai pas faire.
« Espèce de fils de pute. Hé, putain, merde, hé———— ! »
Je passai le bras entre les barreaux, attrapai le type par les cheveux et tirai de toutes mes forces pour lui fracasser la tête contre les barreaux.
Bam—— !
Le son du métal résonna contre son crâne épais.
« Ah ! Quoi, lâche-moi ! »
« Espèce de fils de pute—— merde ! »
Bam—— ! Je lui fracassai la tête contre les barreaux. Les yeux, le nez, la bouche, les oreilles : tout y passa.
« Argh ! Lâche-moi, lâche-moi, espèce de taré, argh ! »
Bam—— !
En rythme, comme si je jouais du xylophone.
« Merde, je vais te suspendre la tête en bas, te trancher cette putain de tête et m’en servir comme d’une planche à laver, espèce de déchet… »
Bam—— ! Bam—— !
« Argh ! Ah ! Garde, garde ! »
Le type se débattait en appelant les gardes. Du sang giclait de son front et ses cheveux avaient depuis longtemps été arrachés.
« À l’aide ! À l’aide ! Ah ! Garde ! »
Bam—— !
Les prisonniers, qui avaient fait tant de vacarme, se turent tandis que je tabassais le type. Les gardes, qui observaient en silence, accoururent en criant.
« Étudiant, qu’est-ce que vous faites ? Étudiant ! »
Bam—— ! Je continuai à frapper.
« Étudiant ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Lâchez-le ! »
« Garde ! À l’aide ! Ce salaud est cinglé ! Ah ! Il va m’arracher la tête, ah— ! »
« Non, hé ! Venez tous l’arrêter ! Qu’est-ce que vous faites ? Venez l’arrêter ! »
Plusieurs gardes se ruèrent sur moi et m’empoignèrent. Je rugis et les repoussai.
« Lâchez-moi— putain de— salauds— ! »
« Ouf ! »
« Ah, ouf ! »
Et cette fois, ils furent bel et bien tous repoussés. J’en fus légèrement surpris. J’aurais dû mieux maîtriser ma force.
« Euh… Espèce de putain de—— salaud ! »
J’attrapai de nouveau le prisonnier par les cheveux.
« Je vais te tuer— ! »
« Arrêtez ! On a compris, alors arrêtez ! »
« Étudiant, on a compris, mais vous ne pouvez pas faire ça ! »
Pas mal de gardes s’accrochèrent à moi, puis un garde ayant maîtrisé le Corps magique fit enfin son apparition. Ce ne fut qu’alors que je fis mine d’être épuisé et m’écartai des barreaux, en fouillant la poche du garde où se trouvait son trousseau.
Je n’avais pas vraiment besoin de voler l’objet lui-même.
Il me suffisait d’utiliser « Mémoire » en tenant le trousseau…
[101 / 103 (-1)]
■ Journal
■ Mémoire
……
└Sans titre
■ Notes
C’est fait.
Un fichier a été ajouté.
Je parlai calmement tout en frappant le visage du prisonnier.
« J’ai retenu ton visage. Je te tuerai quand tu sortiras. Tâche de rester enfermé aussi longtemps que possible. »
Au fait, je ne plaisantais pas.