Chapitre 46
Jeux et divertissements (1)
13 h 20.
Le cours du conseil des études se poursuivait, mais une atmosphère inhabituellement détendue régnait dans la salle Clemen. C’était l’heure du déjeuner : beaucoup d’étudiants de dernière année commandaient des plats comme du poulet ou des pizzas, et de nombreuses places étaient vides, leurs occupants étant sortis manger.
« Ah, j’en peux vraiment plus. J’ai tellement envie de dire ses quatre vérités à ce salaud de Shion. »
Au milieu de cette tranquillité, Asher continuait de grommeler, le visage rouge.
« Qu’est-ce qui lui donne autant d’assurance ? … Non, mais qu’est-ce qu’il bouffe depuis tout à l’heure ? »
Le bureau de Shion croulait sous les hamburgers. Des Seven Burgers, des Spicy Bacon Burgers, des Spicy Chicken Burgers, et ainsi de suite.
« Hé, c’est pas le même burger que le nôtre ? »
Asher ignorait que Layla le lui avait commandé. Il était parti se promener avec Kain au moment où ils avaient choisi le menu.
« Ah oui ? Le même burger. Quelle coïncidence~ »
Layla fit elle aussi semblant de rien. S’il apprenait qu’elle le lui avait acheté, il se plaindrait à coup sûr.
« Je le mangerai pas. Je ferais mieux de le jeter. »
Asher s’apprêtait à balancer le burger à la poubelle, mais le récupéra aussitôt. Le regard noir d’Elise l’en avait dissuadé.
« …… Pourrais-tu éviter de gâcher un repas de cette façon ? »
Elise savourait son burger depuis un moment déjà. Elle avait commandé un menu maxi Bulgogi Burger et le dégustait comme s’il fondait dans sa bouche, à raison de cinq minutes par bouchée.
Asher et Kain connaissaient bien cette scène. Les jours où elle prenait un repas normal, elle faisait toujours tout un plat.
« Ah~ je vais devenir fou, sérieux. »
Asher tremblait tout seul.
« Tu ne peux pas rester tranquille ? »
Elise semblait même agacée par ça.
Asher força un sourire et sortit.
« Ah, ce porc maigre de salaud. »
Il n’oublia pas d’insulter Shion en s’en allant.
Je finis tous les hamburgers en trente minutes. J’engloutis dix-huit sortes de burgers et un poulet entier.
Un repas exactement comme il fallait.
« Ouf. »
J’avais maintenant le ventre plein et plus de la moitié de ma réserve de magie.
Je devais réessayer.
J’enlevai mes chaussettes grises et les posai sur le bureau. Je ne pouvais pas me déshabiller davantage, alors j’allais tenter l’expérience sur mes chaussettes et les rendre.
« …… »
Je pris les chaussettes et me représentai la formule magique « Chauffage ». J’en comprenais déjà intuitivement le schéma, alors je le mis en œuvre et y insufflai de la magie.
« Hop ! »
La formule magique adhéra aux chaussettes.
Il était temps de passer à l’enchantement.
Je cassai la pierre de mana. Comme j’avais deux chaussettes, j’en plaçai la moitié sur chacune. Puis je mis l’enchantement en œuvre.
Vooooom—
La pierre de mana se mit à vibrer naturellement, puis fondit. Elle s’était infiltrée dans l’enchantement et en était devenue le catalyseur.
« …… C’est terminé ? »
Rien ne se manifestait à l’extérieur. Peut-être parce que l’enchantement était de faible niveau.
Je fis circuler un peu de magie dans les chaussettes. Au toucher, elles chauffaient comme un radiateur.
« C’est fait. »
Un objet enchanté de faible niveau ; si je devais lui donner un nom, ce serait « Chaussettes chauffantes ». Terminé.
Je répétai la même opération sur l’autre chaussette.
Ce n’était pas particulièrement difficile, mais j’avais failli épuiser ma magie.
Sans que je m’en rende compte, il était déjà dix-sept heures.
« Ceux qui ont terminé peuvent rendre leur travail et partir. »
Shelton prit alors la parole.
Bien sûr, la plupart des étudiants de dernière année s’appliquaient encore de tout leur cœur. Ils semblaient vérifier leur travail encore et encore, par précaution, mais je n’en avais pas besoin.
Une compréhension intuitive. J’avais achevé l’enchantement comme un génie.
Je m’approchai de Shelton, une paire de chaussettes à la main.
« Tu as terminé ? »
« Oui. »
« Hum. Tu as somnolé tout le cours. J’imagine que tu as quand même réussi à faire quelque chose. »
Shelton parlait d’un ton étrangement las, mais je décidai de ne pas le juger d’avance.
Le Shelton d’aujourd’hui n’était peut-être plus le même salaud obsédé par l’argent qu’autrefois.
Oui, je pensais qu’il méritait qu’on lui donne sa chance.
« Quel enchantement as-tu choisi ? »
« Un chauffage. »
Shelton fit défiler des informations sur sa tablette, puis inspecta mon visage.
« Shion Ascal, note : D−… Ce n’est pas un peu trop difficile pour ton niveau ? »
Il me ressortait mes notes comme ça, sans prévenir. C’était mesquin.
« Alors, qu’est-ce que tu as enchanté ? »
« Ces chaussettes. »
Je lui tendis la paire. Les sourcils de Shelton se froncèrent, formant un pli qui ressemblait à une fente à pièces.
« Des chaussettes… On dirait qu’elles ont déjà bien servi. »
« Oui. Je les ai portées. »
Cette fois, son visage se renfrogna comme s’il contemplait un tas d’ordures.
« Elles sont plutôt sales. Tu n’aurais pas pu en acheter des neuves ? Vous aviez le droit de sortir. »
Un ricanement retentit quelque part. Inutile d’en chercher l’auteur.
Il y avait trop de monde qui riait.
« C’est vrai. J’aurais dû en acheter. »
« Soupir… Bon. Shion Ascal, j’ai bien reçu cette paire de chaussettes. L’objet que tu as enchanté aujourd’hui sera évalué directement dans l’atelier de l’association universitaire, et sa note sera déterminée avant qu’on te le rende. Tu peux y aller. »
Sur ces mots, il désigna la porte. Je sortis dans le couloir, mais je n’avais pas l’intention de rentrer chez moi.
J’allais attendre un peu.
Ce salaud de Shelton, j’avais l’impression qu’il préparait un coup fourré.
18 h 10.
Le devoir du conseil des études — Évaluation de la capacité magique I — était enfin terminé. Les étudiants de dernière année avaient tous rangé leurs affaires et étaient partis. Shelton, le responsable, « faisait semblant » de ranger le matériel dans la salle Clemen, désormais vide.
« … »
Il regarda sa montre en silence.
Le superviseur de l’association universitaire arriverait dans dix minutes, mais il avait quelque chose à faire avant.
Il jeta un coup d’œil autour de lui. Les étagères alignées près de l’estrade étaient solides.
Ces longs meubles masquaient la caméra de surveillance située à l’avant de la salle Clemen, et celle de l’arrière ne le filmerait pas s’il lui tournait le dos.
Alors…
Faisant mine de ranger dans une boîte l’objet enchanté — un seau sur lequel Gerkhen Kal Doon avait travaillé —, Shelton lui tourna le dos et sortit une seringue.
Ce n’était pas une seringue ordinaire. C’était un « extracteur de magie jetable », qui coûtait environ vingt mille Ren pièce.
C’était d’ailleurs aussi pour cela qu’il avait choisi Endex.
« Je me demande comment s’est passé le devoir d’aujourd’hui… »
Tout en marmonnant pour la forme, il planta la seringue dans la formule d’enchantement du seau. Il aspira la magie, qui fut extraite sous forme liquide.
La magie du mage restait environ deux ou trois heures dans un enchantement fraîchement achevé. C’était précisément ce phénomène que cet artefact exploitait.
Bien sûr, cette opération détruisait la structure initiale de l’enchantement, mais Shelton était un expert parmi les experts. Il pouvait reconstituer un enchantement de faible niveau en trois minutes.
« … »
Shelton transféra dans une fiole spéciale la magie de Gerkhen Kal Doon qu’il avait extraite avec la seringue, reconstitua rapidement l’enchantement du seau et le rangea dans une boîte.
Il procéda de la même manière avec la poupée lapin d’Elise et l’épée en bois de Soliette.
Qu’est-ce qu’il y gagnait ?
Des « informations ».
Soliette, Gerkhen Kal Doon, Elise.
Des informations sur la magie de ces trois jeunes gens, considérés comme des talents de leur génération.
S’il faisait analyser la magie qu’il venait d’extraire par l’appareil ultra-performant de la Tour de magie, il pourrait obtenir une idée générale de leurs attributs propres, de leur potentiel et même de la liste des « Spectres » susceptibles de s’éveiller.
Une société de recrutement lui verserait au moins quatre cent mille Ren par personne.
Pour les trois, cela faisait un total d’un million deux cent mille Ren.
Une affaire si juteuse qu’elle valait bien le risque.
« Héhéhé… »
Shelton glissa soigneusement dans sa veste les trois fioles contenant leur magie.
Il se retourna avec précaution pour ne pas apparaître sur les caméras, ouvrit la porte et sortit…
« Whoa ! »
Un choc soudain le percuta à l’épaule.
Son corps s’envola comme s’il venait d’être heurté par une voiture, puis il roula une demi-douzaine de fois dans le couloir.
« Aïe… »
« Oh, pardon ! »
Une collision inattendue en intérieur.
Quelqu’un bredouillait des excuses, mais Shelton, encore à terre, vérifia d’abord l’état des fioles contre sa poitrine.
Elles étaient cassées.
Les fioles, qui valaient chacune quatre cent mille Ren, s’étaient toutes brisées.
La magie qu’elles contenaient à l’état liquide s’évapora aussitôt.
« Putain de— ! »
Les cheveux hérissés sur la tête, Shelton leva les yeux vers le responsable.
« Je suis désolé. C’était quelque chose d’important, par hasard ? »
Un étudiant de dernière année d’Endex, aux yeux rouges et aux cheveux dorés.
Il le foudroya du regard en serrant les dents.
« Important ? Évidemment ! »
« Oh, je suis désolé. Je vais ramasser ça pour vous. »
Le type ramassa les éclats de verre éparpillés par terre. Shelton porta la main à sa nuque. Il comprit pourquoi, en cas d’accident de voiture, les gens se tenaient d’abord le cou.
La douleur, c’était une chose, mais la pensée de sa perte lui faisait monter la pression.
« …… Toi. Tu sais combien tu viens de casser ? Plus que ce que vaut ta peau— »
« Oh, il y a des objets aussi chers que ça ? C’était quoi ? »
« …… »
Shelton resta sans voix.
« Hein ? C’était quoi, comme objet ? »
Le type posa de nouveau la question, mais Shelton ne pouvait pas lui répondre.
Non, il ne pouvait pas.
S’il se faisait prendre, il irait en prison.
« …… Laisse tomber. Ce n’était pas si cher. »
« Ah bon ? Même si ce n’est pas cher, je devrais quand même vous dédommager— »
Le type fouilla dans sa poche et en sortit quelque chose. Trois billets.
« Je n’ai que trente Ren sur moi, mais voilà… »
Il pinça les lèvres en parlant. Shelton prit cela pour une expression désolée, mais en réalité, le garçon se retenait de rire.
« Tu te fous de moi, là ? »
« Non, mais quand même— »
« Donne-moi ça. »
« Hein ? »
Avant qu’il ait pu ajouter un mot, Shelton lui arracha les trente Ren des mains.
« Je prends ça pour le dédommagement. T’as de la chance. »
Shelton fourra l’argent dans sa poche et s’éloigna.
Shion le regarda partir en traînant les pieds, l’air hébété, et marmonna :
« … Waouh, ce type est vraiment cinglé. »
Il secoua la tête et quitta le couloir.
Un instant de silence retomba sur le couloir où les deux hommes avaient disparu.
Dans ce lieu calme, sans un bruit, froufrou…
Des pas se posèrent au sol.
Celui qui venait d’apparaître en silence ramassa les éclats de verre. Il huma l’odeur de la magie.
« … Elle a une odeur. »
L’odeur de la magie. Il pouvait la sentir. Sa propre magie avait une odeur particulière. Si c’était un effet secondaire, alors c’en était un. Cela lui posait des problèmes pour des choses comme la discrétion.
« C’était intentionnel ? »
Gerkhen Kal Doon.
Il murmura doucement. Au départ, il avait cru que ce n’était qu’une vengeance contre Shelton, qui avait qualifié son enchantement de « sale ». Mais si l’on tenait compte des traces de magie laissées par la fiole brisée et de cette odeur…
« … »
Gerkhen Kal Doon fixa en silence l’autre bout du couloir.
Shion Ascal avait déjà disparu.
Résidence temporaire dans le vieux bâtiment.
À mon retour, j’enlevai mes sous-vêtements et les posai sur le bureau. J’avais l’intention d’essayer l’enchantement appris aujourd’hui.
Bien sûr, je n’avais pas de pierre de mana pour servir de catalyseur, mais j’avais de quoi la remplacer.
[Les plantes qui font circuler la magie, comme la mandragore, peuvent aussi remplacer une pierre de mana ou un noyau de mana.]
J’avais trouvé cette information dans le « Dictionnaire de l’explorateur » emprunté à Gerkhen Kal Doon.
En fait, la quantité de magie contenue dans une seule racine de mandragore, mesurée par le SZX-9500, équivalait à peu près à celle d’une pierre de mana de rang D à E.
Si je m’y prenais bien, je devrais pouvoir fixer un « Chauffage » à mes sous-vêtements.
« Si j’utilise “Mémoriser”… »
Mais je n’avais pas envie de consommer la mandragore en une seule fois.
Est-ce que c’était de l’avarice ? Ce n’était pourtant pas une plante rare et chère.
Enfin bref.
Pour mémoriser cette mandragore, c’était simple. Il suffisait de la manger.
C’était une substance qu’il fallait ingérer, comme le Périon, pour qu’elle fasse effet.
Ça m’inquiétait un peu, mais bon.
Ce n’était qu’une racine. Je n’allais pas en mourir.
Je mis la racine dans ma bouche.
Gloups.
Une chaleur m’envahit. La fièvre monta. De la sueur perla sur mon front.
Ces effets bien réels me poussèrent à murmurer :
« Mémoriser. »
[101 / 103 (-1)]
Elle avait été mémorisée dans le « Bloc-notes ». Heureusement, elle n’occupait pas beaucoup de capacité.
Peut-être parce qu’il s’agissait d’une racine, et non d’une jambe.
J’ouvris la main.
À présent, l’étape suivante consistait à faire apparaître la mandragore tout juste mémorisée sous la forme d’un noyau de mana.
Un noyau de mana aux propriétés de la mandragore, qui ne consommerait qu’un point de capacité…
« —— Charger. »
Alors, un noyau de mana couleur ginseng se condensa dans ma paume.
Il ne faisait que la taille d’un ongle d’auriculaire, mais il était bien plus efficace qu’une pierre de mana de rang C.
« Parfait. »
Maintenant, il ne me restait plus qu’à le fixer à mes sous-vêtements et à réussir correctement l’enchantement « Chauffage ».