Chapitre 209
Le sens du mot « méchant » (2)
Layla avait installé un télescope sur le toit de la tour. Elise, à côté d’elle, consultait sa montre.
« Elly. On dirait que ça va commencer. »
Dans le vide qu’on observait à travers le télescope, des courants colorés s’agitaient. C’était le signe avant-coureur d’une vague de mana.
« Oui. Je regarde aussi. »
Observer les vagues de mana était un événement important pour les mages. Elles résultaient de la collision entre le mana venu de l’espace, porté par les vents solaires, et celui du continent.
Ce phénomène ne se produisait qu’en des points précis et à des dates précises.
« Commençons par mesurer le niveau de mana. »
Elise mit en marche le compteur de mana.
Zzzzzzt─── !
L’artefact émit un puissant grésillement, presque comme s’ils se trouvaient dans un donjon.
« … C’est plus que prévu. »
Elle était un peu décontenancée, mais cela pouvait arriver.
« Elly. Ça commence ! »
À ces mots de Layla, Elise se pencha à son tour sur le télescope.
……
Les courants de mana se déplaçaient en silence. Le mana venu d’une source extraterrestre inconnue heurtait celui du continent dans l’atmosphère et créait une vague singulière.
C’était une vague de mana.
« Waouh, c’est magnifique… »
« N’est-ce pas… ? »
Layla s’exclama, pleine d’admiration, mais Elise fronça soudain les sourcils. Un étrange malaise venait de l’envahir.
Le mouvement de la vague de mana. La façon dont elle s’entremêlait et ondulait avait quelque chose d’anormal.
On aurait dit qu’elle se tordait comme un être vivant, puis descendait peu à peu vers le sol…
« Attends. »
Elise détourna les yeux du télescope et leva la tête pour regarder le ciel à l’œil nu.
Pop- Pop- !
Des étincelles brodaient le ciel comme des feux d’artifice, tandis qu’une vague de mana pareille à une toile d’araignée s’y condensait.
« Elly. Qu’est-ce qu’il y a ? »
Layla l’interrogea d’un ton détaché.
─── !
Le ciel s’illumina violemment. Une étrange lueur violette ondulait comme un liquide.
Des fragments de cette lumière, pareils à de minuscules gouttelettes, se déposèrent dans les yeux d’Elise.
« Ah ! »
La brûlure la força à fermer l’œil gauche.
« Elly, qu’est-ce qu’il y a ? »
Layla se tourna vers elle. Elise se frotta l’œil et secoua la tête.
« Non, ce n’est rien… Écrivons le rapport. »
Malheureusement, elles n’en eurent pas le temps.
Aaaaaah─── !
Des cris retentirent à l’intérieur de la tour.
* * *
── Quinze minutes plus tôt.
Je patrouillais aux abords de la tour. Rien de particulier ni de suspect ne se passait. Le soleil brillait et la brise était tiède.
« Hmm ? »
Alors que je patrouillais tranquillement autour de la tour, je tombai sur Kain.
Il prit la parole le premier.
« Hé. »
« Quoi ? »
Kain me détailla de la tête aux pieds.
« … T’as pas un peu grandi ? »
« Toi aussi. »
J’avais beaucoup grandi, mais Kain avait encore pris quelques centimètres.
Ce type, qui ressemblait à un sanglier, me dépassait maintenant d’environ deux ou trois centimètres. Il faisait plus de deux mètres.
« C’est bizarre. Ce petit rat… »
Kain me lança un regard en coin, sans rien ajouter. Il n’avait pas l’air de chercher la bagarre.
Je lui demandai :
« Hé. Comment ça se passe, les affaires de ta famille ? »
« Tiens donc. Le rejeton du rat s’inquiète pour notre famille. On vit une drôle d’époque, hein~ »
« Tu parles beaucoup pour quelqu’un qui a vécu vingt ans. Enfin, avec ta tête, on t’en donnerait cinquante. »
« Tu veux mourir ? »
Quoi qu’il en soit, Kain était un magnat des pierres de mana.
Mais l’avenir ne lui réservait pas un sort très enviable. Il pourrait vivre toute sa vie du revenu de ses mines, mais Libra monopoliserait le traitement et la distribution des pierres de mana.
Il était condamné à rester soumis à Libra toute sa vie.
« Hé. Ça ne t’intéresse pas, le Club Final ? Tu sèches tous les événements de l’école. »
« Ouais. Ça ne m’intéresse pas. »
« … Enfin, tout le monde ne peut pas en faire partie. »
Nous bavardions sans but quand…
Crackle── !
Une étincelle crépita. Kain et moi levâmes les yeux vers le ciel. Des forces magiques s’entremêlaient dans les airs.
« Ah. Ça doit être la vague de mana. »
Kain marmonna d’un ton désinvolte, mais je sentis autre chose. Soudain, les fenêtres de la tour s’assombrirent jusqu’à devenir complètement noires.
Une barrière venait d’apparaître.
« C’est quoi, ce… »
Je me retournai pour entrer dans la tour.
« Vous ne pouvez pas entrer ! »
Quelqu’un me barra le passage.
« … Qu’est-ce qui se passe ? »
Un mage en robe se tenait là…
« Un mage de la Tour de magie. Cette tour a été contaminée par une formule. »
Il retira sa robe en parlant. Kain le reconnut le premier.
« … Le mage Benvele, c’est bien ça ? »
« Oui. »
Un mage célèbre. Kain le connaissait, et moi aussi.
« Je suis venu observer la vague de mana et je suis tombé là-dessus… Quoi qu’il en soit, vous ne devez surtout pas entrer. La barrière vous en empêchera, mais ne la touchez pas non plus. »
« Mais qu’est-ce qui se passe, au juste… »
Kain fixait la tour d’un air hébété. Je l’examinai de près, moi aussi.
Des sortes de racines s’étaient fixées à l’entrée de la tour, jusque-là intacte. Kain marmonna, dégoûté :
« Hé. On dirait que ce truc est vivant, non ? »
Les pulsations de ces choses, comme si elles étaient vivantes, étaient franchement répugnantes. Je me tournai vers Benvele.
« … Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
« On attend. Je vais étudier cette formule et mettre au point une formule antivirale. »
« On sera peut-être tous morts d’ici là. »
« Hé. Tu crois qu’Elise et Layla vont mourir ? Elles sont coriaces. »
Kain disait cela, mais son visage trahissait son inquiétude. Benvele secoua la tête.
« … Alors, nous n’avons pas le choix. Attendez dehors, pour l’instant. C’est toujours mieux que d’entrer et de mourir tous ensemble. »
Bang bang bang bang bang── !
Quelqu’un frappait à grands coups sur la porte d’entrée.
« Ouvrez, je vous en prie ! Il y a un monstre bizarre, là-dedans ! Les gens se transforment en monstres, aaah ! »
J’avais déjà vu une catastrophe semblable. Dans ma ligne temporelle, elle ne survenait que bien plus tard.
« Void. »
Cette foutue terreur biochimique causée par ce salaud.
« … »
Je me glissai discrètement dans la ruelle à l’arrière.
Je devais entrer.
Je savais comment neutraliser sa terreur.
* * *
Elise descendit du toit. Dans le grand hall, une foule s’était rassemblée, composée de visiteurs et d’agents de sécurité.
« Tout le monde, je vous en prie, calmez-vous ! »
Un enfant pleurait, ses parents le serraient contre eux et les agents de sécurité tentaient d’apaiser les esprits.
Des chevaliers en service scrutaient les alentours, les armes à la ceinture. Il y avait aussi quelques étudiants et mages, venus comme elle observer les vagues magiques.
Elise regarda par la fenêtre.
Tout était noir.
Cette vague magique aberrante venait de couper l’intérieur du monde extérieur.
« Kuh. »
Une douleur lui transperça soudain l’orbite. Elle porta la main à son œil.
« Tu es Elise, c’est ça ? »
Un chevalier s’approcha. Il avait l’air un peu timide.
Elise plissa un œil pour le regarder.
« Oui, c’est bien moi. »
« Ouf. On m’appelle Rhine. Je suis chevalier supérieur en service. Heureusement, il y a pas mal de mages ici. Comme cette tour est bien équipée, nous pouvons étudier la formule à l’intérieur… »
── Je vais faire une annonce.
Une voix étrange résonna soudain dans la tour.
── Je suis « Void ».
« Void ?! »
Layla grinça brusquement des dents. Malgré la douleur qui lui vrillait l’œil, Elise lui demanda :
« Quoi ? Tu sais qui c’est ? »
« Ce malade de méchant ! Le salaud qui a assassiné toute sa famille ! »
── Oui. Je suis « Void ».
« Quoi ?! Il doit nous entendre ! Espèce de fils de pute !!! »
Layla lança un regard furieux vers le plafond et brandit le poing.
── Moi, « Void », j’ai inventé une formule biochimique à partir de mana étranger, et aujourd’hui, j’ai réussi.
Une formule biochimique.
Elise ferma les yeux, puis les rouvrit. Elle avait du mal à faire le point.
── Parmi vous, d’innombrables humains sont infectés par ma formule miraculeuse. C’est une prouesse que ces imbéciles de la Tour de magie n’auraient jamais pu accomplir.
Le chevalier qui venait de se présenter sous le nom de Rhine regarda alors Elise d’un air étrange.
Les humains exposés à cette vague magique renaîtraient sous la forme d’êtres venus d’un autre monde. Ces êtres infecteraient ensuite d’autres humains pour proliférer.
« …… »
Les pupilles de Rhine s’assombrirent. En silence, il posa la main sur la garde de son épée.
── Le choix vous appartient. Mourir en humains ou vivre en monstres…
« Va te faire foutre, assassin ! T’es où, bordel ?! »
Layla jura, les sourcils froncés, mais…
Crackle──
Le haut-parleur avait déjà été coupé.
« Espèce de taré ! Je vais t’attraper !! »
« Layla, ce n’est pas le problème, pour l’instant. »
Rhine, qui l’avait arrêtée, désigna Elise d’un regard.
« Et c’est quoi, le problème, alors… Elly, Elly, qu’est-ce qui t’arrive ?! »
L’état d’Elise était grave. Ses paupières étaient devenues rouge sombre, et les veines de son visage jusqu’à son cou avaient visiblement gonflé.
« Je n’en sais rien, moi non plus. »
Swoosh─ !
Rhine dégaina son épée. Au moment où il s’apprêtait à frapper Elise à la gorge, Layla s’interposa vivement.
Clang── !
Le bracelet de Layla heurta l’épée du chevalier.
« T’as perdu la tête ?! »
« Il a dit que nous allions devenir des êtres venus d’un autre monde. »
« On ne peut pas croire tout ce qu’il raconte ! »
Groan─── !
Presque au même instant, un humain se transforma en créature grotesque. Sa peau et ses muscles semblaient s’être arrachés, et il ressemblait maintenant à un zombie.
« …… C’est vrai. »
Layla, décontenancée, vit Rhine lever rapidement son épée.
« Il faut le tuer, tout de suite ! »
« Tuer qui ?! »
« Cette personne est déjà infectée ! Si quelqu’un doté d’un grand pouvoir magique se transforme comme ça, ce sera une catastrophe ! »
Elise observa leur lutte acharnée. Ils se battaient à mort.
Elise voyait mal.
Aaaaaah─── !
Ses pensées se coupaient par intermittence.
Sa conscience allait et venait.
Elise abandonna mollement son corps.
Elly ! Elly !
Elle entendait Layla l’appeler, mais sa vue restait trouble. Elle avait l’impression que sa tête allait éclater. On aurait dit que des larves rampaient sous ses paupières…
Elise finit par fermer à nouveau les yeux.
……
Quand Elise ouvrit les yeux, elle était allongée sur un lit, dans un magasin de meubles du centre commercial de la tour.
Elly ! Tu es réveillée ! Ça va ?!
Layla lui criait quelque chose. Sa voix lui parvenait mal, comme si ses oreilles étaient bouchées, mais son visage exprimait une vive inquiétude.
Elly ! Comment tu te sens ? Ça va ?!
Je ne sais pas.
Les souvenirs ne reviennent pas, mes pensées se brouillent, tout est étrange.
Surtout, je suis fatiguée.
Tellement fatiguée.
Je crois que j’ai besoin de dormir encore un peu.
Elly ! Elly !
La voix lui parvenait comme un faible écho.
Elise referma les yeux.
……
Elise rouvrit les yeux. Elle était toujours au même endroit, mais il y avait quelques personnes de plus. Assises autour d’une table, elles discutaient, l’air grave.
Elise tendit l’oreille pour écouter.
« …… Rhine. Ce chevalier est devenu fou. Il n’arrête pas de tuer des gens. »
C’était la voix de Layla. En face d’elle, un homme vêtu d’un uniforme de sécurité jeta un coup d’œil à Elise.
« Ne serait-il pas juste de tuer les infectés… »
« On peut attendre qu’ils se transforment en monstres avant de les tuer. »
À cet instant, Elise comprit enfin quelque chose.
J’ai été infectée.
Par quoi ?
Pour commencer, j’ai mal à la tête. On dirait qu’une énorme larve se fraie un chemin dans mon crâne, mes yeux, mon nez, ma bouche, qu’elle se glisse entre tout ça.
Est-ce que cette chose m’infecte ?
Essaie-t-elle de traverser mon crâne pour me dévorer ?
« …… Elly. Je te sauverai, c’est promis. »
Layla se leva. Elise voulut lui dire de ne pas partir, mais sa bouche refusait de s’ouvrir.
Thud, thud, thud.
À ce moment-là, un long talkie-walkie roula sous son lit. Elle le regarda.
Crackle── Crackle──
Il grésillait.
Crackle── Crackle──
Le bruit était agaçant.
Elise referma simplement les yeux.
Le sommeil arrive.
J’ai tellement sommeil.
Étrangement, la douleur s’estompe un peu.
Ça n’augure rien de bon…
« Hé. Tu m’entends ? »
« ? »
Une voix lui transperça les oreilles. C’était comme si on lui martelait le crâne avec une batte de baseball ; sa tête vibra et ses yeux s’ouvrirent en grand.
« Tu m’entends ? »
Elise tourna vivement la tête vers le talkie-walkie. Elle écouta la voix qui en sortait.
« Tu ne m’entends pas ? »
Elle força sa main à se tendre. Saisissant l’antenne du talkie-walkie, elle le souleva en tremblant.
« …… Toi. Kweh-ek. »
En essayant de parler, elle cracha une gorgée de sang.
« Oh. Tu m’entends. »
Le visage hébété et absent, Elise porta le talkie-walkie à son oreille.
« Toi… Shion ? »
« On dirait que tu m’entends. Oui. C’est Shion. »
« …… »
« Un message de Shion, venu du futur, pour toi. »
« Quoi… ? »
« Haha. »
Il eut un petit rire.
« Je plaisante. Je voulais juste vérifier que tu étais consciente. »
Elise avala sa salive. Elle avait un goût de sang.
« Toi… où. »
« Je suis dehors. Je ne peux pas entrer à cause de la barrière. Si on entre, on sera tous infectés aussi. »
« …… »
Alors, une question lui vint soudain à l’esprit.
D’où venait ce talkie-walkie ? Comment pouvait-elle communiquer avec lui ?
« Bref. Écoute bien. Utilise ton magnétisme. »
« Le magnétisme, qu’est-ce que tu racontes… »
J’ai déjà du mal à bouger le bout des doigts.
« Utilise un artefact ou quelque chose du genre. Il n’y a pas un aimant près de toi ? »
« …… »
Elise promena un regard absent autour d’elle.
Il y avait un aimant.
« Emprunte la force d’une source extérieure. Je crois que, pour l’instant, cette infection n’est pas magique. Tu as l’impression qu’un ver rampe dans ta tête, pas vrai ? »
Oui. En ce moment, un ver rampe dans ma tête.
Mais comment peut-il le savoir aussi bien ?
« …… »
Aucun mot ne sortait.
Elise se contenta de saisir l’aimant.
« Tu as l’aimant ? »
« …… Oui. »
Mais ce n’était pas un aimant ordinaire. Un noyau de mana était fixé à son extrémité.
Qu’est-ce que c’est ?
« Pose-le sur ta tête. Ensuite, active ton pouvoir magique. Utilise ton magnétisme pour le fixer à un endroit, c’est ce que je veux dire. »
Sa voix était pleine d’assurance. Comme s’il venait du futur. Comme s’il avait déjà vécu cette situation.
… Attends, le futur ?
« C’est vraiment toi… Shion ? »
« Bien sûr que c’est moi, Elise. Alors dépêche-toi de poser l’aimant sur ta tête. »
« … D’accord. »
Click-
Elise posa l’aimant contre sa tempe. Puis elle mobilisa son pouvoir magique.
Whiiiiing── Thump !
Elle sentit quelque chose s’accrocher à son crâne, comme une sensation sourde.
« Ça a marché ? »
« … Guhhhhh ! »
Une douleur insoutenable l’assaillit. Elise haleta et se tordit de douleur.
« Ahh, ahhh… »
« Tiens bon ! Continue à maintenir ta magie. Si tu as mal, c’est que tu es encore en vie. »
« … »
« Ne ferme pas les yeux ! »
Ses paupières, qui étaient sur le point de se fermer, s’ouvrirent brusquement.
Elise prit une profonde inspiration.
« Continue. »
« … J’ai compris. »
« Continue comme ça. »
« J’ai dit que j’avais compris… »
La tête écrasée par une douleur atroce, Elise tint bon et réfléchit.
« Continue à me parler. »
À sa seule voix, elle reconnaissait qui était cette personne.
« Continue… »
À sa seule voix, elle avait l’impression qu’il se tenait juste à côté d’elle.
« C’est difficile de continuer à parler. Essaie de tenir bon toute seule un petit moment. »
« … »
À vrai dire, il l’agaçait un peu, mais enfin.
Sa voix suffisait à apaiser son cœur. Son corps se détendit, et elle parvint même à esquisser un faible sourire.
Malgré ce mal de tête, son visage lui vint à l’esprit.
Plus nettement que celui de n’importe qui d’autre.
Plus sûrement que quoi que ce soit d’autre…
« Si ça devient trop dur, appelle-moi par radio. Je te répondrai. »
Ce fut alors qu’Elise comprit.
Elle devait se l’avouer.
« … Oui. J’ai compris. »
Elle s’était beaucoup trop attachée à ce type.
* * *
« ─ Ugh. Guhhhh. Guhhhhhh. »
Sur le lit, Elise gémissait de douleur, mais ne lâchait pas l’aimant.
C’était un aimant spécial, que j’avais renforcé au « Périon » et auquel j’avais fixé un noyau de mana. Ça devrait nous faire gagner suffisamment de temps.
« ─ Guhhhhhh… »
« … »
À quelque distance de là, je la surveillais à travers le SZX-9500.
« Tiens bon. Même si ça fait mal. Tu sais bien endurer la douleur, non ? »
« ─ … J’ai compris. Alors tais-toi un peu. C’est agaçant d’entendre quelqu’un qui tient déjà bon nous dire de tenir bon. »
« C’est toi qui m’as demandé de continuer à te parler tout à l’heure. Fais pas ta chochotte. »
« ─ Je fais pas ma chochotte… Guhhhhhh. »
Je ricanai et glissai la radio dans ma poche.
Ainsi, j’étais tout de même entré dans la même tour qu’elle. J’avais pratiqué une petite entaille dans la barrière du couloir avec l’« Épée Tranchante ».
Cependant, ce que je devais faire maintenant ne devait pas remonter jusqu’à Shion Ascal.
Ce serait peut-être un peu sordide, et peut-être excessivement juste.
L’identité qu’il me fallait était déjà prête.
Je me regardai dans le miroir en pied du magasin de meubles.
Le visage qui s’y reflétait n’était plus celui de Shion Ascal.
Un méchant portant un masque de hockey : « Raquel Dra ».
« Void… »
Hier comme aujourd’hui, c’était un malade dérangé, qui avait un goût prononcé pour les actes terroristes les plus insensés.
Une tumeur sans aucune valeur ni raison d’exister sur ce continent.
Il se berçait d’une grande illusion.
Un méchant n’était pas un méchant simplement parce qu’il commettait des actes malveillants. Pas plus qu’il ne l’était parce qu’il massacrait des civils.
Un méchant était un méchant parce qu’il était puissant.
« Je vais te neutraliser dix ans plus tôt. »
Parce que si tu n’es pas fort, on te dévore avant même que tu puisses affirmer ton existence…