Chapitre 200
Rencontres (1)
Campus de l’Université nationale de magie d’Edsilla. Je déambulai sans but dans ce vaste endroit, simplement par curiosité, pour voir ce que ça faisait.
Autrefois, c’était un de mes rêves.
Me promener tranquillement dans une université débordante de fleurs, ma carte d’étudiant dans la poche.
Houf, houf… Houf, houf… Houf, houf…
— Plus vite !
« … Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Mais la scène qui se déroulait sous mes yeux n’avait rien à voir avec ce paysage de rêve.
Houf, houf… Houf, houf… Houf, houf…
Une bande de gens sprintaient à toute vitesse sur le terrain de sport. Parmi eux, je reconnus Kain, Asher et Gerkhen.
On aurait dit la fête de bienvenue des nouveaux du département des chevaliers.
J’étais bien content de ne pas y être allé.
« C’est quand même le jour de la cérémonie d’entrée, et ils leur font subir ça. »
« Ils sont prêts à tout pour intégrer une fraternité. »
Elise réagit à mon murmure.
« Hein ? Tu es là depuis quand ? »
« … Depuis le début. »
Elise rejeta ses cheveux d’un geste, tout en me lançant un regard.
« Tu n’as pas d’ambition de ce genre ? »
« De quel genre ? »
« Intégrer une fraternité. »
Les « fraternités », réservées aux hommes, et les « sororités », réservées aux femmes.
On les désignait sous le terme générique de « clubs privés », au sommet de la vie sociale universitaire. Leur influence dépassait largement le cadre de l’université et s’étendait à tous les domaines de la politique et de la finance.
J’avais déjà Libra bien en main, alors ça ne me concernait pas.
« Pas vraiment. Et toi ? »
« Je vais de toute façon entrer à la Tour de magie. »
Elise haussa les épaules.
« Et puis, j’ai déjà reçu d’innombrables offres. »
« Félicitations. »
« Pas vraiment. Ce n’est pas quelque chose qui mérite des félicitations. Et je ne m’en vante pas. »
« C’était du sarcasme, là ? »
« … Pardon ? »
Elle fronça les sourcils. Elle était étonnamment peu perspicace.
« Plus important, tu es allée sur [Bethune] ? »
« Non. Je fais une pause. »
Elise ricana.
« Moi, je m’y connecte assidûment. J’ai un peu monté de niveau. Je prépare le terrain. Ça va bientôt devenir le monde réel, non ? »
« Je t’envie. »
« … »
Elise me dévisagea d’un air indéchiffrable, cherchant à savoir si je me moquais d’elle ou non.
« Je jouais le jeu, c’est tout. »
« Qu’est-ce que tu… Enfin. Seigneur Raelro te demande. Va au bâtiment lundi prochain, à quinze heures. »
« D’accord. J’irai. »
Je traversai tranquillement le campus et atteignis les dortoirs. C’était là que se trouvaient ceux du département des chevaliers. Les noms étaient tout simplement Dortoir 1 et Dortoir 2.
Elise me demanda :
« Tu vas loger au dortoir ? »
« J’ai fait une demande. »
« Tu as fait une demande, hein… »
C’est alors que ça arriva.
Clic…
Le déclic d’un appareil photo retentit quelque part. Nos oreilles aiguisées le perçurent distinctement, et nous nous tournâmes aussitôt dans sa direction.
C’était un journaliste.
« Ah, cette personne… ! »
Elise grimaça de colère en fixant la silhouette qui s’enfuyait.
« Qu’est-ce que l’université fabrique, à ne pas mieux contrôler les gens de l’extérieur… »
« C’est le journaliste qui a répandu les rumeurs sur votre relation ? »
Elise tressaillit à mes mots.
« … C’est ça. C’est lui qui a lancé les rumeurs. Ces derniers temps, il me colle comme un paparazzi… »
Elle marqua une pause et me jeta un regard en coin.
« Ça ne te dérange pas ? »
« Quoi ? Ce n’est pas vrai, alors pourquoi m’en préoccuper ? »
« … La belle vie. Tu es vraiment insouciant. »
Elise fit la moue, comme si quelque chose lui déplaisait.
Ffffou…
Soudain, une « Boîte de livraison » arriva du ciel en volant. C’était une boîte ornée d’un éclatant doré.
« C’est quoi, ça ? C’est à toi ? »
« Non. »
Elise prit la boîte et me montra l’un de ses côtés. Les initiales « KEN » étaient gravées sur la surface.
Ken.
C’était Ken Petra.
« Ton père s’en sert aussi ? »
En tant que créateur de la « Boîte de livraison », je fus une nouvelle fois impressionné. Et fier, aussi.
Bien sûr, à proprement parler, le savoir-faire avait été inventé par quelqu’un d’absolument inconnu dans le futur, mais c’était moi qui l’avais perfectionné pour le rendre bien plus utile, non ?
« Je ne te l’avais pas dit ? Cette « Boîte de livraison » est vraiment pratique. »
Elise sortit quelque chose de la boîte. Une lettre cachetée. Elle venait sans doute de son père.
« Pourquoi ne pas lui envoyer un message ? »
Elle lut la lettre, puis répondit :
« C’est la période des élections. On ne sait jamais quand quelqu’un peut mettre notre ligne sur écoute ou nous espionner. »
« C’est du sérieux. »
« Du sérieux ? »
Elise posa la lettre et s’éloigna de moi d’un pas.
« Sa réélection est presque certaine. Le problème, c’est la Table ronde. »
La Table ronde. Pour faire simple, c’était une « table où l’on n’avait pas besoin d’être réélu ».
Seules treize familles pouvaient y siéger et, tant qu’aucune autre famille ne les défiait ni ne les évincait, elles régnaient indéfiniment en tant que sénateurs. Comme ce droit était accordé à la famille elle-même, il se transmettait naturellement de génération en génération.
La famille Petra convoitait un siège à cette Table ronde.
Autrement dit, elle devait entrer en guerre contre l’une des treize familles.
« Je vois. Ça va être sanglant. »
Elise me regarda. Ses yeux étaient étrangement humides.
« … Je vais y aller. »
« Ouais. »
Elise se retourna. Elle recula d’un pas, comme si elle dansait une valse.
Mais ses jambes s’immobilisèrent bientôt.
« Je ne devrais peut-être pas y aller ? »
« … Quoi ? »
À ma réponse, Elise secoua la tête.
« Ce n’est rien. Je me parlais à moi-même. Vas-y. »
Elle me disait de partir, mais elle s’en allait la première. Pas à pas, elle s’éloigna avec la grâce d’une noble.
Je regardai son dos et laissai échapper un rire sans joie.
« Je suis malade ou quoi ? »
…
Dans le parc ombragé du campus de l’Université nationale, Elise était assise sur un banc et contemplait le ciel.
« Soupir… »
Elle poussa un léger soupir et leva la lettre de son père.
[Félicitations pour ton entrée à l’université. Toutefois, à partir de maintenant, veille à bien choisir tes fréquentations. J’espère qu’il n’y aura plus d’articles inutiles comme la dernière fois. Tu n’es pas une personne ordinaire. Tu es l’héritière de la famille Petra, une noble, et tu es désormais adulte. Tu dois prendre soin de toi.]
Une lettre qui était clairement un avertissement. Vu le moment où elle l’avait reçue, quelqu’un de la famille à l’université avait déjà dû rapporter quelque chose à son père.
Shion ne faisait probablement pas partie des « personnes à fréquenter » dont son père parlait.
Non. Peut-être était-ce justement à cause de Shion qu’il lui avait envoyé cette lettre.
Mais… est-ce que Père s’en souvenait ?
Le jour où il avait conduit la mère de Shion à la mort.
« Tss. »
Elle aurait été soulagée qu’il l’ait oublié.
Au contraire, elle se sentait mal à l’aise.
À l’idée que son père, même en se souvenant de ce fait, puisse agir comme si tout allait bien. Qu’il n’en éprouve pas le moindre remords.
« … “Tu dois prendre soin de toi.” »
Elise relut la dernière phrase de la lettre.
« Être indépendante… »
C’était en partie pour cette raison qu’elle consacrait réellement du temps à [Bethune].
Pour l’instant, tout ce qu’elle possédait venait des Petra. Les bâtiments, la maison, les vêtements : tout lui était fourni par la famille.
Elle voulait donc se construire quelque chose à elle, même si ce n’était qu’une petite chose.
Bien sûr, cela ne voulait pas dire qu’elle comptait rejeter sa famille. Elle n’avait aucune raison de le faire.
Parce que sa famille lui était chère.
Parce que c’était sa famille.
… Mais.
Elle prit doucement son smartphone. Dans l’application Bloc-notes, elle avait noté des choses comme : « Cours auxquels Shion Ascal essaie de s’inscrire », « A-t-il une chambre au dortoir ? », « N’a pas l’intention d’intégrer une fraternité ».
Pourquoi avais-je noté tout ça ?
Shion Ascal et les Petra étaient incompatibles.
Un jour, je devrais forcément renoncer à l’un des deux…
« Soupir… »
Elle se prit doucement la tête entre les mains.
Une douleur aiguë lui martelait les tempes.
* * *
Dans la résidence du bâtiment d’Endex, j’étais en train de ranger lentement mes affaires après être rentré de l’université.
« Shion. Tu vas vraiment partir ? »
Soliette me regarda d’un air un peu triste.
« Tu peux venir aussi, si tu veux. L’attribution des chambres est automatique. »
L’admission au dortoir de l’Académie des chevaliers était automatique, sans demande à remplir. L’hébergement y était gratuit et il restait toujours des chambres libres. Il n’y avait qu’environ cent cinquante nouveaux étudiants par an.
Soliette secoua la tête.
« Je vais rester ici. Je me suis habituée à cet endroit, maintenant. »
« … Je m’en doutais. »
Je sortis une cage que j’avais apportée à l’avance. J’avais demandé à Grawl de m’amener une petite boule de poils.
« Tiens. »
J’ouvris la cage. Un petit chat en sortit.
« … Oh. »
Même adulte, il ne mesurait pas plus que la paume d’une main. Son pelage était orange.
Soliette resta un instant bouche bée.
Le petit trottina jusqu’à elle, puis miaula en ouvrant sa petite bouche triangulaire.
« Alors ? »
Je ne pouvais pas rester tout le temps aux côtés de Soliette. Cette dépendance ne lui faisait pas de bien non plus. Il fallait qu’elle guérisse de ses insomnies dues à la solitude.
Miaou…
Le chat miaula, s’approcha d’elle et se frotta contre ses pieds.
« Waouh… Shion, regarde ça. »
« Je vois. »
J’avais demandé le plus affectueux, et il l’était effectivement beaucoup.
Je dis à Soliette :
« Vis avec lui. Tiens aussi compagnie au vieux Belthos. Ça lui fera du bien. »
« … Oui. J’ai compris. »
« Essayons de mener une vie normale. »
Soliette se tourna alors vers moi.
« Un jour, même quand la vengeance sera terminée. »
« … »
Elle affichait une expression qui ressemblait à un sourire.
« Je vais essayer, mais un chat vit moins longtemps qu’un humain. »
« Penser à la séparation dès la rencontre rend bien des choses pénibles. »
Je posai un doigt sur le front de Soliette.
« Au bout du compte, c’est le chemin qui compte. »
C’est pour ça que tout a une durée de vie. Les choses sont précieuses parce qu’elles disparaissent, et belles parce qu’elles ne sont pas éternelles.
Si l’immortalité était la norme chez les humains, ils finiraient par s’éteindre, faute d’avoir des enfants, en se suicidant les uns après les autres…
Moi, qui n’avais qu’un temps limité, je me justifiais ainsi.
« Je sais. Mais plus le chemin est heureux, plus la séparation est douloureuse, non ? »
« Alors tue-le tout de suite. »
« … Quoi ? »
Soliette plissa les yeux.
« J’ai dit : tue-le tout de suite. »
« … »
« Ça ne te plaît pas non plus ? »
Soliette grogna en silence et prit le chat dans ses bras. Bref, ça voulait dire qu’elle allait l’élever.
Ding…
À cet instant, un message arriva sur mon smartphone.
[Ordre de déploiement]
[Arrivée recommandée dans les 30 minutes]
[Coordonnées]
Je rangeai mon téléphone et dis :
« Trouve-lui un nom avant mon retour. »
« J’ai déjà choisi. Il s’appelle Solmandy. »
« … D’accord. »
En regardant Soliette caresser tendrement le petit, je souris légèrement.
* * *
Tard dans la nuit, j’arrivai au lieu de déploiement. C’était un restaurant.
« Hé. C’est normal d’arriver après ton supérieur ? »
Bell Moore était déjà là. Il coupait un steak et me fit signe.
« Descends le premier. Je mange, puis je te rejoins. »
« Il est où, ton sous-sol ? »
« Va dans la cuisine. »
« … »
À l’arrière du restaurant, quelqu’un était adossé à l’entrée de la cuisine.
Quand je m’approchai lentement, il m’ouvrit la porte.
Je jetai rapidement un coup d’œil à l’intérieur. Une cuisine tout ce qu’il y avait de plus ordinaire : on s’activait aux fourneaux, on faisait la vaisselle, des flammes jaillissaient…
« C’est toi, le nouveau ? »
Un homme noir me regarda alors en ricanant.
« Suis-moi. »
Il entra dans la réserve, sur un côté de la cuisine. Je le suivis.
« C’est ta première fois. Ne sois pas surpris. »
Bang !
Il referma la porte de l’ascenseur.
À cet instant, tout l’entrepôt se mit à vibrer. Nous descendions comme dans un ascenseur, toujours plus bas.
Je compris alors.
C’était l’[Agence de renseignement].
La structure indépendante où travaillaient les « Chasseurs » de Libra. Le monde souterrain de Libra, réorganisé en une seule installation sous Edsilla.
Ding… !
Bientôt, la porte de l’entrepôt s’ouvrit.
Au-delà s’étendait un espace gris. Des gens en costume allaient et venaient sans un mot, telles des poussières dans cette atmosphère désolée.
« Bienvenue. »
Ici, on ne se contentait pas de mettre des gens sur écoute et de les espionner : on recueillait aussi toutes les informations, nationales comme internationales, à Edsilla, avant d’agir en conséquence…
« Bienvenue dans l’ombre de Libra. »
« … Le restaurant est l’entrée ? »
C’était aussi ma première visite à l’Agence de renseignement.
Les installations étaient immenses.
« Non. Il y a plusieurs entrées. On n’en indique qu’une aux nouveaux. À mesure que tu prendras de l’ancienneté, tu en découvriras d’autres. Allez, au boulot ! »
L’homme noir remonta et Bell Moore apparut de l’autre côté.
« Hé. »
« Tu ne mangeais pas ? »
« J’ai fini et je suis descendu. Suis-moi. »
Il me guida. Je suivis Bell Moore à travers les bureaux.
Le froissement des pages qu’on tournait.
Le grattement d’une plume sur le papier.
Les pas des employés.
L’endroit était d’une banalité étonnante.
« Ici, impossible d’utiliser des appareils électroniques. Même les téléphones portables ne fonctionnent pas. Alors tout est analogique. C’est peu pratique, mais la plupart du travail est pris en charge par un artefact. »
À la sortie de ce bureau si calme, il poussa une porte donnant sur l’extérieur. Au-delà s’étendait un large tunnel.
« … Un tunnel ? »
« Ouais, un tunnel souterrain. »
Bell Moore fouilla dans sa poche et en sortit une clé de voiture.
Bip…
L’un des nombreux SUV garés là réagit.
« L’Agence de renseignement est immense. Elle est divisée en secteurs. Monte. »
Il s’installa d’abord au volant. Je pris place côté passager.
« On y va. »
* * *
Nous atteignîmes une partie assez profonde de l’Agence de renseignement. À mes yeux, c’était une « prison ».
« Voilà. »
Libra gérait une prison à l’échelle de la famille. C’était à peine croyable.
« C’est une prison. »
« Ouais. Pour ceux qui ont commis des crimes contre Libra. Mais… le travail du jour ne se passe pas ici. Suis-moi. »
Bell Moore me conduisit jusqu’à une sorte de salle d’interrogatoire.
Toc, toc…
Il frappa puis ouvrit la porte.
« Oh. Tout le monde est là. »
Deux autres Chasseurs se trouvaient à l’intérieur. Un homme et une femme.
« C’est le nouveau ? »
« Ouais. Je vais prendre le relais. »
« Prépare-toi. Ce salaud n’ouvrira pas la bouche. »
Derrière une vitre renforcée, un homme était assis, la tête profondément baissée.
« Bonne chance. »
Les deux Chasseurs me tapotèrent l’épaule à tour de rôle, puis sortirent. Je demandai à Bell Moore :
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Eh bien, il faut faire parler ce salaud. »
Bell Moore s’assit sur une chaise.
« Qu’est-ce que tu veux dire par “le faire parler” ? »
« Tu sais qu’un Chasseur de Libra a été enlevé ? »
« Non. »
« Bref, il a été enlevé. Le Chasseur kidnappé s’appelle Welton et, quand il l’a enlevé, ce type-là s’est fait couper la jambe. C’est pour ça qu’il n’a pas pu s’enfuir. »
Je baissai les yeux. En effet, il lui manquait une jambe.
« On l’interroge en ce moment… mais il ne parle pas. Pourquoi il l’a enlevé. Qui il est. Qui le soutient. »
Je l’examinai de bas en haut.
Il ne lui restait qu’une jambe, noire comme le charbon. Elle était entièrement recouverte de poils, denses au point qu’on ne distinguait presque plus la peau. Sa chevelure était tout aussi épaisse, et sa barbe rejoignait sa moustache.
Mais en apercevant une partie de son visage nu, que les poils ne cachaient pas,
« … »
je faillis éclater de rire sans même m’en rendre compte.
Je le connaissais, bien sûr.
Un homme gravé dans ma mémoire.
Et dans mon tout dernier souvenir, en plus…
« Ah. Ce salaud rouvre les yeux. Tu sais qui c’est ? »
Bell Moore sursauta et se leva.
À cet instant, je sentis que je devais maîtriser mes émotions, mais aujourd’hui, je n’y pouvais rien.
« Non, je ne le connais pas. Mais… »
« Il a enlevé quelqu’un de Libra, alors il ne peut pas être pardonné ? »
« … Eh bien, oui. »
Je répondis en serrant les dents. Mais, ironiquement, je souriais aussi.
« Il ne peut pas être pardonné. Du moins, pas par moi. »
Derrière la vitre renforcée, le type était aussi poilu qu’une bête.
En réalité, c’était à moitié une bête.
Un homme-loup… un homme-loup.
Celui qui m’avait tué avant ma régression.