Chapitre 160
Esprits (3)
Elise et moi entamâmes le processus d’éveil des esprits à bord du dirigeable des esprits.
D’abord, Kain.
« Il faut lui faire croire que cet endroit est faux. »
Elise, qui était entrée dans le rêve de Kain, proposa une méthode toute simple.
Des robes blanches et de longs cheveux. Voilà notre déguisement pour devenir le cauchemar de Kain.
« Héhéhéhé… Kain… »
« Kyahahaha… »
Nous nous déguisâmes en fantômes.
« Qui êtes-vous ? Ne vous approchez pas… Ne vous approchez pas… Ne vous approchez pas ! »
Nous poursuivîmes Kain pendant un long moment, tandis qu’il hurlait à s’en écorcher la gorge.
« Non ! Non ! Ah, non, ahhhhhh… ! »
À bout de forces, il souhaita désespérément que tout cela ne soit qu’un rêve. Et, tout en répétant machinalement les paroles de la statue de pierre, il trouva la réponse.
« … Ah, oui ! C’est ça, la réponse ! Tout est faux, sauf moi ! »
À peine eut-il crié ces mots que
Kain se réveilla.
« Hein… Hein… »
Il regarda autour de lui d’un air hébété.
Bien sûr, il se trouvait à bord du dirigeable et il n’y avait aucun fantôme.
« Tu es réveillé ? »
Elise, assise à côté de lui, le lui demanda.
« …… »
Kain semblait trop épuisé pour répondre. Il se contenta de haleter, les yeux passant d’Elise à moi.
« On dirait qu’il s’est réveillé. »
À ces mots, Kain referma doucement les yeux.
C’était un mélange d’épuisement et d’évanouissement.
« Passons à Asher. »
Ensuite, Asher.
Un temps considérable s’était déjà écoulé dans son rêve.
La scène se déroulait sur le continent, après la fin du College Board. À l’Université nationale de magie d’Edsilla.
Je ramassai un journal qui traînait par terre.
[Major du College Board : Asher]
[Asher Dredd, première personne à atteindre les 100 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux…….]
« C’est quoi, ça ? »
Asher était non seulement major du College Board, mais aussi l’étoile la plus brillante de l’Université de magie d’Edsilla.
« Hé, ça risque d’être un peu difficile, non ? »
Devenir une superstar après avoir déjà été une étoile, ça n’allait pas être facile de le convaincre.
« Tu manques de vision, toi. »
« Quoi, bordel ? »
Elise avait dit ça comme si de rien n’était.
« Plus on grimpe haut, plus la chute est douloureuse. »
« C’est vrai. Mais comment tu comptes le faire tomber ? »
« Facile. Il suffit de lui abîmer le visage. »
« … Le visage ? »
« Oui. Si tu le lui arraches ou que tu le brûles, il va automatiquement… »
« Non, non. Je m’en occupe. Tu es trop brutale. »
Pas besoin de lui brûler le visage. Ce serait trop douloureux.
« Fais comme tu veux. Regarde, Asher passe là-bas. »
Elise désigna le lointain du menton. Asher était entouré de monde. Il prenait des photos en riant d’un air niais.
« J’y vais. »
Je m’approchai d’Asher. Dès qu’il me vit, il fronça les sourcils.
« Quoi ? C’est pas mon manager Shion, ça ? Qu’est-ce que tu fais là ? »
Manager. Je souris à ses paroles.
« Heureusement que je ne suis pas un esclave. »
« T’es un manager de troisième catégorie. Autant dire que t’es un esclave. »
Je devrais peut-être lui brûler le visage, finalement.
« … Hé. Tu as quelque chose sur le visage. »
Je lui plaquai sur la figure un masque de fortune que j’avais fabriqué avec « Bloc-notes ». C’était le visage le plus laid que j’aie jamais vu.
« Hé, qu’est-ce que tu fais avec tes mains dégueulasses ? »
Asher repoussa ma main. Je lui adressai un sourire instinctif.
« Hé, Asher. C’est quoi, cette tête ? »
« Jaloux ? »
« Non, regarde plutôt dans ce miroir. »
Je lui tendis le miroir.
« Ce miroir, il sert à quoi… Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »
« Hé, tu vas me faire éclater les tympans… »
« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »
À cet instant, Asher trouva la réponse et se réveilla.
Comme Kain, il s’évanouit aussitôt après avoir trouvé la réponse.
« Tous les deux, ils s’en sont bien sortis. »
Je le dis à Elise. Elle acquiesça.
« On devrait la réveiller, elle aussi ? »
Cette fois, elle désigna Layla.
« C’est vrai. »
Elle avait l’air sur le point de se réveiller, mais ce n’était toujours pas le cas. Elle marmonnait des choses vagues depuis tout à l’heure.
« … Oui, il faut que je le fasse. Moi seule, Layla, peux y arriver. »
Elle avait l’air de porter sur ses épaules le destin du monde. C’est donc pour ça qu’elle deviendrait une héroïne, plus tard ?
« Soupir… Oui, c’est ça. Layla. Moi seule peux le faire. »
« Je me demande de quoi elle rêve. »
Je m’assis à côté de Layla. Elise s’installa juste derrière elle.
Je me demandai soudain ce qu’Elise pensait de son rêve.
« Hé, Elise, tu rêvais de quoi ? »
Elle ne répondit pas. Elle me lança un regard noir, les joues rouges, puis détourna les yeux.
« Je ne rêvais de rien. Je me suis réveillée tout de suite. »
« Vraiment ? »
« Pourquoi je te mentirais ? Ce n’est pas comme si c’était important. Tu n’es pas si important que ça. »
Je haussai un sourcil, intrigué.
« Quelle véhémence. »
« Je ne m’emporte pas… »
« Je vais dormir, moi. »
Je m’assoupis à côté de Layla.
* * *
── Layla.
L’héroïne du continent, la grande Layla.
Elle se préparait à affronter la statue de pierre en duel.
Dans un immense colisée, au milieu des tourbillons de sable du désert, l’affrontement final était sur le point de commencer.
« Soupir… »
Dans la salle d’attente, Layla était assise, les yeux fermés, plongée dans ses pensées.
Elle songeait à sa propre fin, mais aussi à celle de la statue de pierre.
« C’est vrai, j’ai été tellement stupide. Tellement suffisante. »
Elle marmonnait, comme si elle s’exerçait à un quelconque exercice mental.
« J’ai été paresseuse dans mon entraînement et mes études. »
« C’est vrai. »
« Mais maintenant… ? »
Une voix lui répondit de quelque part.
Layla fronça les sourcils. Elle était bel et bien seule dans la salle d’attente. Avait-elle mal entendu ?
« J’ai mal entendu ? »
« Non, tu as bien entendu. »
« Quoi… ! »
Elle tourna vivement la tête. Shion se tenait dans un coin de la salle d’attente.
Quand était-il arrivé ? Était-il là depuis le début ?
« Quoi ! Shion, qu’est-ce que tu fais là ? »
« Je suis là depuis le début. »
Shion répondit avec un naturel désarmant. Layla pencha la tête, perplexe.
« … Hein ? Depuis quand ? »
« Je suis ton manager, non ? »
« Ah… c’est vrai. J’avais oublié un instant. »
Layla l’accepta sans broncher. Shion eut un petit rire.
Les rêves, c’était comme ça. Même quand l’histoire changeait brusquement, on l’acceptait sans se poser de questions.
« Mais ne vomis pas. C’est une situation sérieuse. En tant que manager, tu dois me soutenir. »
« Compris. »
Layla prit une profonde inspiration pour calmer son cœur.
« Haaa… »
Elle se replongea dans la situation.
Tout ce qu’elle avait appris jusqu’ici.
Tout ce qu’elle avait perfectionné pour vaincre « ce type ».
Elle rassembla tout cela en elle et s’échauffa.
Criiiic───.
La porte de la salle d’attente du Colisée s’ouvrit lentement.
Layla se leva.
Bien sûr, elle n’était pas parfaitement sereine. Elle était encore incomplète et toujours effrayée.
Car elle portait le poids d’attentes démesurées. Car le destin de ce monde reposait sur ses épaules.
Mais…
Elle ne pouvait pas fuir.
Une détermination inébranlable. Une volonté aussi ferme qu’une montagne.
Forte de ces résolutions, Layla franchit le seuil.
Fouuuush── !
Le vent brûlant du désert balaya le Colisée.
« J’ai été faible trop longtemps. »
Ayant reconnu ses faiblesses, Layla fit un pas en avant et fixa son ennemi, de l’autre côté, d’un regard résolu.
« Plus maintenant. »
── Ha ha ! Te voilà enfin !
Son adversaire était une immense statue de pierre.
Layla serra les poings.
« … Statue de pierre. Me voilà. »
Alors qu’elle installait une atmosphère solennelle, une voix s’éleva de nouveau sur le côté.
« Hé, Layla. »
Son manager continuait de l’embêter.
« … Bon sang, mais c’est pas vrai. »
À ce rythme, Shion, son manager, allait se faire virer.
Layla se tourna vers lui et cria :
« Quoi, encore ? »
« Qui t’a fait ça à la joue ? »
« … À la joue ? »
Layla porta la main à sa joue. Elle la sentait encore brûler.
« Hé… »
Elle laissa échapper un rire amer.
Beaucoup de temps s’était écoulé, mais cette blessure n’avait toujours pas guéri.
« C’est… là que tout a commencé. »
Elle hocha gravement la tête et poursuivit son récit.
« Un jour, cette statue de pierre m’a giflée. Je l’ai suivie en l’appelant maître… mais elle m’a trahie. »
« Ah, vraiment ? »
« Oui. À partir de ce jour, la statue de pierre est devenue mon ennemie, et je me suis poussée à bout. »
Layla ferma doucement les yeux.
─ Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cent ! Cinq cents ! Mille !
Mille pompes par jour.
─ Un kilomètre ! Deux kilomètres ! Trois kilomètres ! Quarante kilomètres ! Cent kilomètres !
Cent kilomètres de course par jour. À cela s’ajoutaient mille tractions, cinq mille parties de jeu du palet, cinquante mille sauts à la corde, et ainsi de suite.
Après d’innombrables efforts, elle était arrivée jusque-là.
Elle avait vaincu tous ses ennemis et était enfin── parvenue au bout.
« Le boss final… la statue de pierre. »
Layla marmonna ces mots en fixant la statue.
« Non, ça ne va pas. Hé, montre-moi ta joue. »
Mais Shion l’interrompit encore. Pourquoi son manager était-il si pénible ?
« Tu peux la fermer, oui ? Si tu m’interromps encore une fois, tu es viré ! Tu es contractuel, je te rappelle ! »
Layla le repoussa.
« À partir de maintenant, tout repose sur moi. Moi seule peux arrêter la statue de pierre… »
Clac !
Shion lui gifla la joue. Layla tressaillit.
Une sensation familière.
Une douleur d’une netteté terrible.
Comme si elle venait de recevoir une gifle, dix minutes plus tôt… une gifle sur la joue.
« … Cette sensation. »
Layla se tourna vers Shion. Ses yeux s’écarquillèrent. Elle eut l’impression qu’un éclair venait de lui frapper le crâne.
« Toi… ne me dis pas que… »
Shion la regarda en silence.
« Je croyais que c’était la statue de pierre… mais c’était toi ! »
« La statue de pierre t’a giflée ? »
« Tu me prends pour une idiote ?! »
Ce ne fut qu’alors que Layla remarqua l’étrangeté de la situation.
La gifle qu’elle croyait avoir reçue de la statue de pierre venait-elle en réalité de Shion ?
Ça n’avait aucun sens.
Alors, qui m’a giflée ?
Je me souviens clairement que la statue de pierre m’a giflée.
Pourquoi suis-je ici, au juste ?
Combien d’années se sont écoulées ?
Pourquoi ma joue est-elle toujours enflée ?
Non, tant de temps a-t-il vraiment passé ?
Tout ne s’est-il pas déroulé trop vite, comme dans un film ?
« Et si… la statue de pierre m’avait tendu un piège depuis le début ? »
Au fil de ces pensées, Layla finit par comprendre.
« Ce monde entier est faux ! »
La vérité qu’elle avait enfin comprise.
Elle désigna la statue de pierre et cria :
« Statue de pierre ! Ce monde entier est faux ! »
Alors la statue de pierre, son boss final, répondit d’un ton méprisant.
── … C’est exact, créature stupide.
Aussitôt après, Layla ouvrit les yeux. Elle se trouvait toujours à bord du dirigeable. Shion était à côté d’elle, tout comme Elise.
« Tu es réveillée ? »
Shion le lui demanda.
Layla pencha la tête et murmura d’une voix faible :
« … J’ai traversé trop d’épreuves. Je suis épuisée. »
Puis elle se rendormit.
* * *
Kain, Asher, Layla, Elise.
Quatre personnes au total s’étaient réveillées.
« Il n’en reste donc plus qu’une. »
Soliette, enfin.
Je m’assis à côté d’elle. Elise vint également s’asseoir près de moi.
« Je crois que je peux m’occuper de Soliette toute seule. »
Elise avait l’air un peu mécontente.
« Faisons-le ensemble. On ne sait jamais ce qui peut arriver. … Mais comment tu fais pour garder forme humaine ? »
« Forme humaine ? Ah, c’est vrai. Pourquoi tu n’es pas apparue dans le rêve de Layla ? »
Elise n’était pas dans le rêve de Layla. Heureusement, j’avais pu m’en tirer tout seul.
« J’y étais. Mais pas sous forme humaine : j’étais une arme. Apparemment, quand on est exclu d’un rêve, on apparaît sous cette forme. »
« Je vois… Je suppose que ma force mentale est suffisante pour que je garde forme humaine. »
« Moi aussi, je sais tenir le coup, tu sais. »
Je haussai les épaules et appuyai la tête contre le dossier.
« Enfin bref. J’y vais. »
Et je m’endormis.
…
Le dortoir de l’Académie Planarium.
Soliette et son groupe regagnèrent le dirigeable. Grâce à l’incroyable déduction de Soliette, tout le monde avait réussi l’épreuve.
« Tu as bien travaillé, Shion. »
En descendant du dirigeable, Soliette lui dit ces mots.
« Ah, ouais. »
Shion répondit avec un peu de gêne. Soliette ajouta avec un léger sourire :
« Je ne pensais pas qu’Elise serait une imposture. »
Un son aigu retentit alors au sol.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Un chat se tenait à côté de Shion.
« Un chat. »
« Ce n’est pas celui qu’on a vu tout à l’heure ? »
« Ah. Je… m’en occupe. »
À ces mots, le chat réagit discrètement. Il avait l’air ravi : il se lécha les babines et releva la queue.
« On dirait Elise. Ha ha. »
Soliette sourit, satisfaite. Le chat ressemblait effectivement à la vraie Elise.
Malgré sa forme de chat, il avait de longs cheveux blonds brillants et des yeux dorés étincelants.
« En effet. »
Le chat, lui, n’avait pas l’air ravi. Il la dévisageait d’un air mécontent.
« Comme il est mignon. »
Soliette tendit la main. Elise — non, le chat — tenta de la mordre, mais Soliette parvint à le toucher en esquivant ses attaques.
Une fois touché, le chat poussa un cri et s’enfuit.
« Laissons-le tranquille. On va se promener un peu ? »
Shion désigna un endroit.
« Une promenade ? »
« Oui. J’ai quelque chose à te dire. »
« D’accord. Allons-y. »
Soliette partit avec lui.
Sans même s’en rendre compte, ils se retrouvèrent dans une forêt.
« Soliette. »
Elle reporta son attention sur la situation.
« Oui ? »
« Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais petite ? »
Une question assez banale, dans cette forêt paisible.
Soliette promena son regard dans les bois et réfléchit un instant.
Ce qu’elle voulait devenir.
Que voulait-elle devenir ?
« Je ne sais pas trop. »
« Réfléchis. Quand tu étais petite, tu devais bien avoir un rêve. À part tuer le Cauchemar chevaleresque. »
À la mention du « Cauchemar chevaleresque », les poils de sa nuque se hérissèrent.
« Un rêve… tu veux dire ? »
« Oui. »
À bien y penser, elle aussi avait eu un rêve. Un rêve qu’elle avait nourri depuis l’enfance, mais qu’elle avait fini par oublier.
« Devenir épéiste. »
« Épéiste ? »
« Oui. Je crois que je voulais être la meilleure épéiste. »
Shion esquissa un sourire.
« C’était un rêve facile à réaliser. »
« Facile ? C’est très difficile. »
Soliette haussa les sourcils.
« Non. Pour toi, ça aurait été facile. »
Shion eut un petit rire et dégaina son épée.
« Pourquoi tu dégaines ton épée ? »
« Faisons un duel aux Huit Épées. »
Les Huit Épées ? Avec elle, une Arkne, en utilisant les bases de l’art de l’épée des Arkne ?
Soliette en resta un instant sans voix.
« Shion. Je suis Soliette Arkne. Tu ne le sais pas ? »
« Je le sais. Mais j’ai l’impression que je peux te battre, là, maintenant. Ici. »
Shion lui lança l’épée. Soliette la rattrapa avec surprise.
À cet instant, le paysage autour d’eux se transforma radicalement.
« Allons-y. »
Shion prit sa garde.
« D’accord. Quand tu veux. Je te laisse commencer. »
Soliette se mit en garde, comme si la situation l’amusait.
Miaou…
À cet instant, ce chat — Elise — apparut. Comme il ressemblait à Elise, il était mignon. Mais le véritable chat eut l’air mécontent dès que leurs regards se croisèrent.
« Ne te laisse pas distraire ! »
Shion lança aussitôt son épée. C’était la Première Épée des Huit Épées des Arkne.
On parait généralement la Première Épée avec la Troisième Épée. Après plus de dix ans d’entraînement, ce geste était devenu un réflexe.
« …… Hein ! »
Pourtant, Soliette manqua son mouvement. Son corps réagissait maladroitement et ses bras comme ses jambes manquaient de force.
Comme si elle était dans un rêve.
… Un rêve ?
« Pourquoi tu patauges comme ça ? »
« …… C’est étrange. »
« Étrange, en effet. »
Shion se moqua d’elle.
« Tu es juste maladroite. »
« Ma, maladroite ? Qu’est-ce que tu racontes… »
« Hein ! »
Shion fit de nouveau tournoyer son épée. Cette fois, il s’agissait d’un mouvement de débutant, un mélange de la Première Épée et de la deuxième.
Soliette leva son épée, mais, clang !
Un seul choc suffit à la repousser.
« Argh ! »
« Tu vois ? Tu es maladroite. Tu n’as aucun but, en ce moment. »
« Putain, Shion, ne me prends pas de haut ! »
Elle cria en se relevant. Ses bras et ses jambes tremblaient ; elle peinait à les maîtriser.
« Alors attaque-moi la première. Je te laisse commencer. »
« …… »
Son orgueil était blessé. Elle serra les dents.
« Tu ne l’auras pas volé. »
Elle se rua sur Shion, mais il para sans peine la Première Épée qu’elle lança avec sa Troisième Épée.
« Tu vois ? Facile. Tu te débrouilles plutôt bien. »
« Tu vas la fermer, oui ?! »
« Alors essaie de parer ça. »
Il rit et abattit son épée.
Chaaaaang── !
Soliette ne parvint pas à bloquer le coup. Elle s’écroula par terre, stupéfaite.
« C’est quoi, ce bordel… »
Est-ce que je suis en train de perdre contre Shion, qui n’a appris les Huit Épées que depuis deux mois à peine ?
Moi, qui maîtrise l’art secret des Arkne depuis ma naissance ?
« Tu comprends maintenant ? Tu es à la traîne. »
Shion la provoqua d’un ton arrogant. Soliette leva vers lui des yeux absents.
« Une épée liée au passé ne peut pas avancer. »
Bientôt, il leva son épée bien haut.
Vroooong──
Ce coup.
En le regardant, elle sentit qu’il tentait de s’ancrer au plus profond d’elle-même.
« … Une épée liée au passé ne peut pas avancer. »
Soliette murmura doucement.
À cet instant, l’épée de Shion s’immobilisa brusquement.
« Une épée liée au passé ne peut pas avancer. »
Elle ferma doucement les yeux.
À l’instant, elle avait eu l’impression que quelque chose venait de se briser.
Ce n’était pas une illusion.
Des fragments d’un rêve d’enfance s’étaient répandus dans son cœur.
… N’oublie pas ton rêve.
La voix de Shion lui murmura doucement à l’oreille.
Soliette ouvrit de nouveau les yeux.
« … »
Shion avait déjà disparu.
La scène du vide, soudainement « créée », et les mouvements maladroits de son corps, comme dans un « rêve », avaient disparu eux aussi.
« Le faux… »
Soliette s’adressa au ciel.
« C’est ce monde. »
── C’est la bonne réponse !
Le paysage qui se reflétait sur la rétine de Soliette changea lentement.
Elle se trouvait toujours à bord du dirigeable. Il n’avait ni décollé ni atterri.
« Soliette ? »
Quelqu’un l’appela d’une voix douce.
« Tu as fait un cauchemar ? »
« … »
Soliette le regarda en silence.
C’était celui qui l’avait aidée, même dans ses rêves.
Shion Ascal.
« Non. »
Elle secoua vaguement la tête.
« Ce n’était pas un cauchemar… »
Elle se sentit soudain soulagée. Son corps et son esprit s’apaisèrent.
« … C’était plutôt… »
Sans même s’en rendre compte, Soliette posa la tête sur son épaule. Elle appuya son front contre lui, d’un air espiègle.
« J’ai rêvé que je trouvais un rêve dans un rêve. »