Chapitre 147
Fragment (3)
Froufrou… Froufrou…
Froufrou… Froufrou…
Comme la neige qui tombe, chaque jour s’empile en moi.
Les jours passés avec Elise me blanchissent.
Je me souviens à peine du passé, maintenant.
Serait-ce une surcharge du « Bloc-notes » ?
Le temps sans limites semble m’engloutir tout entier.
À cause de ça, j’oublie beaucoup trop de choses, mais je m’y étais déjà préparé. C’est une résolution que j’ai prise il y a longtemps.
J’ai assez d’énergie pour me concentrer sur le présent.
Pourtant…
J’ai encore le temps.
Froufrou—
Je tournai la page du livre.
C’était un nouveau roman écrit par Elise elle-même. Il s’intitulait Une nouvelle qui souhaite devenir un roman. Un thriller à énigme avec une histoire d’amour.
C’était bien trop intéressant pour un ouvrage destiné à une seule personne, mais Elise ne faisait jamais les choses à moitié.
Boum !
À cet instant, la porte de la serre s’ouvrit.
Inutile de vérifier qui c’était. Après tout, nous n’étions que deux dans ce monde.
« …Quoi ? »
Elise.
Mais aujourd’hui, elle était trempée par la pluie.
« Pourquoi es-tu trempée ? »
Je pris une serviette et la posai sur sa tête. Je frottai ses cheveux pour les sécher, comme si je les lui lavais. Frotte, frotte, frotte, frotte—
« Hé, attends. Je vais… je vais le faire moi-même. Tu vas m’arracher le cuir chevelu. »
Elise m’arracha maladroitement la serviette des mains. En s’essuyant, elle aperçut le livre que je tenais. Un sourire amer étira ses lèvres.
« …Tu as aimé le lire ? »
Je hochai la tête.
« Oui. C’est intéressant. Comment s’est passée l’exploration ? »
À ma question, posée d’un ton distrait, le visage d’Elise se rembrunit.
J’avais déjà vu cette expression.
Soudain, un « passé » que j’avais enfoui au plus profond de mon cœur revint à la vie.
« Elise ? »
« …Plus tard. »
Elle sortit du papier à lettres et un crayon. On aurait dit qu’elle s’apprêtait à commencer une nouvelle œuvre.
Je l’observai en silence, puis m’assis sur le canapé.
« Hé. »
J’appelai Elise. Elle fit semblant de ne pas m’entendre et continua de gribouiller à son bureau.
« Elise. »
Cette fois, elle leva les yeux vers moi, à contrecœur.
« Viens ici. »
Je tapotai la place à côté de moi. Elise se mordit la lèvre sans rien dire.
« Dépêche-toi. »
Quand je la pressai de nouveau, elle soupira, se leva et vint s’asseoir à côté de moi.
« Tu te rends compte ? Ça fait déjà six cents jours. »
Je lui pinçai la joue boudeuse.
« Quelques dizaines ou centaines de jours de plus, ça ne change rien. »
Ajouter quelques centaines de jours aux dizaines de milliers que nous avions traversés ne changerait rien.
« Ce n’est pas grave si on prend un peu de retard. »
Parce que moi, peut-être…
Parce que j’aimais l’Elise d’aujourd’hui.
« …Haah. »
Elle laissa alors échapper un léger soupir. Le bras autour du mien, elle leva les yeux vers moi en silence. Ses grands yeux tremblaient légèrement.
« En fait… j’ai trouvé la sortie. »
Je la regardai. Elle n’osait même pas croiser mon regard.
Qu’est-ce qui lui faisait peur ?
« Mais je ne crois pas pouvoir partir. »
Elle savait bien mentir. Elle avait l’habitude de jouer la comédie. Bien sûr, elle n’était pas aussi douée que moi.
Parce que… on avait joué une pièce ensemble, autrefois ? J’étais un duc ?
Mes souvenirs étaient flous, mais j’étais certain qu’elle mentait.
« Pourquoi ? »
Je le lui demandai calmement.
« Depuis le début, la sortie était fermée. Alors… je pense qu’il faut en trouver une autre. Comme tu l’as dit, il nous faut… plus de temps. »
« Hmm. Je vois. »
Je hochai la tête et esquissai un sourire. Elise me jeta un coup d’œil.
« Ça… va ? »
Elle avait peur. Peur que je lui en veuille. Que je sois déçu.
« Bien sûr que ça va. Tu as traversé beaucoup d’épreuves. »
Je lui caressai la tête. Elle se blottit en silence contre moi. Le battement de son cœur résonnait.
Elle murmura d’une voix tremblante, chargée d’émotion :
« …Je suis désolée. »
* * *
Calendrier d’Ascal, vingt-cinq décembre.
Le calendrier qu’ils avaient créé ensemble avait achevé deux cycles. Elise avait sans doute pris conscience de sa régression il y avait plus de mille jours.
« Hé, Elise. Regarde. »
Shion réveilla Elise, qui dormait dans le hamac.
« … ? »
Elise le regarda, encore ensommeillée.
« D’après notre calendrier, c’est Noël aujourd’hui. Alors… »
Clac. Il fit claquer ses doigts. Des flocons apparurent au plafond de la ferme.
« … ? »
Elise les contemplait, abasourdie, quand ces cercles blancs se mirent à scintiller comme des ampoules, puis commencèrent lentement à descendre.
Il neigeait.
Toute la serre se couvrit de flocons.
Elise observa la scène en silence.
Criss… Criss…
La neige qui s’accumulait était magnifique.
Le sol qui blanchissait peu à peu était fascinant.
Et lui, qui se tenait au milieu de tout cela en lui souriant, était magnifique.
« Comment… Comment tu as fait ? Quel est le support ? »
Il n’y avait pas beaucoup de mana dans le monde du [Fragment].
Pour faire tomber autant de neige artificielle, il fallait donc un « support » permettant de faire circuler la puissance magique efficacement.
« Ça. »
Shion brandit une « carte » blanche. Elise gloussa.
« C’est quoi ? »
« Je ne sais pas exactement. Elle était coincée dans l’enseigne de la serre quand on est arrivés. Mais bon… »
Il haussa les épaules, comme si peu importait ce qu’était cette carte.
« Alors ? C’est mon cadeau de Noël. »
« Qu’est-ce que tu demandes ? Bien sûr que j’adore. »
Elise répondit en tirant sur le bras de Shion pour qu’il l’enlace par-derrière.
Dans cette position, ils regardèrent la neige tomber.
Shion annonça :
« Au menu aujourd’hui : steak de surlonge. »
« …Hé. Je sais que c’est moi qui mange, mais tu m’en fais presque tous les jours depuis un mois. »
« Ah bon ? »
« Comment ça, “ah bon” ? Tu aimes me taquiner ? »
« Bien sûr. »
Shion lui pinça la joue. Elise gonfla la sienne en retour, pour l’en empêcher en plaisantant.
* * *
…Cette nuit-là.
En attendant la régénération du monde, qui n’aurait lieu que quatre heures plus tard, ils s’allongèrent ensemble pour dormir. À un moment donné…
Boum !
Une vibration secoua l’espace. Elise sursauta. Elle se leva précipitamment et ouvrit la porte de la ferme.
« … ? »
En regardant au loin, elle ouvrit de grands yeux.
« Qu’est-ce que… c’est ? »
L’horizon lointain.
La terre et le ciel, là-bas, disparaissaient.
Comme effacés par une gomme, ils s’évanouissaient sans laisser de trace.
Le monde du [Fragment]… disparaissait.
Clop.
Des pas s’approchèrent.
Shion.
Elise leva les yeux vers lui. Son visage était sombre, mais il semblait moins bouleversé qu’elle.
« On dirait que ça a commencé. »
Il avait l’air résigné, comme s’il s’y attendait déjà.
« Shion. Pourquoi… pourquoi ça arrive ? Il nous reste encore beaucoup de temps avant la régénération. »
À sa question, il baissa les yeux vers elle.
« …Je te l’ai déjà dit. Ce [Fragment] ne dispose que d’une journée d’énergie. »
Il avait parlé d’une voix grave.
« C’est pareil pour l’[Origine du Fragment]. Plus tes souvenirs s’accumulent, plus tu te souviens longtemps, moins l’Origine peut supporter le poids de ton magnétisme. »
Pour reprendre l’image d’un aimant, le magnétisme d’Elise était devenu plus puissant que l’[Origine du Fragment].
Ainsi, au lieu que l’Origine et Elise maintiennent l’équilibre en s’« ancrant » l’une à l’autre,
Elise finissait par attirer l’Origine à elle.
« Le Fragment se brisera avant toi. Pour l’instant, il tient bon, mais plus pour longtemps. »
« …… »
Elise baissa la tête.
La voix de Shion laissait désormais percevoir une pointe de tristesse.
Il semblait comprendre l’ensemble du phénomène.
Et elle comprit naturellement ce que cela signifiait.
Après avoir passé plus de mille jours avec lui, elle ne pouvait que le comprendre.
« ……Shion. »
Elise baissa les yeux vers le sol. Elle n’avait pas le courage de relever la tête et de le regarder.
« Je ne suis pas la première, n’est-ce pas ? »
« …… »
Shion ferma légèrement les yeux.
Puis il serra les dents et les rouvrit.
« Oui. Tu as raison. »
La première à avoir pris conscience de la régression,
ce n’était pas l’Elise d’aujourd’hui.
Même ces jours qui dépassaient le millier n’étaient, en fin de compte, qu’un tour de roue de la régression.
« La toi d’avant s’est battue pour tenir bon. »
Elise rassembla son courage et releva la tête. Elle regarda Shion.
« Quand le [Fragment] lui-même sera effacé, tous tes souvenirs disparaîtront. Pour toi, ce ne sera pas différent de la mort. »
Une image rémanente vacilla sous les yeux de Shion.
« Elise, tu… »
Le plafond de la serre.
Là où nous étions restés ensemble, après avoir tout abandonné,
« Je t’ai tuée. »
Elise, qui s’était pendue.
…Fffou.
Un vent du néant souffla depuis le bord du [Fragment].
« …Pourquoi ? »
Sa question lui échappa, hébétée.
« Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? »
À cet instant, l’expression de Shion changea radicalement.
« Si je te l’avais dit… »
Son visage se glaça. Son regard se durcit.
« Tu n’aurais pas cherché la sortie. »
Sa voix elle-même se teinta de froideur.
« Tu n’aurais pas essayé de t’enfuir d’ici. »
« …Arrête— »
Elise tenta de lui faire taire, mais—
« Combien de temps encore ! »
—Shion lâcha des paroles d’une dureté insoutenable.
« …Combien de temps encore faut-il que je reste ici ? À cause de toi. »
Ces mots la transpercèrent comme un poignard.
La poitrine d’Elise fut secouée de violents sanglots.
Elle eut l’impression que le sol s’effondrait sous ses pieds.
Comme si son cœur se déchirait.
« À cause de… moi. »
Elle s’efforça de retenir ses larmes. En vain : son visage se déforma aussitôt. Finalement, elle se retourna, ne voulant pas qu’il la voie ainsi.
« Elise. »
« …… »
Shion l’appela, mais elle l’ignora.
Elle s’éloigna.
La pluie recommença à tomber.
Elle avança péniblement sous l’averse, titubant, sans force.
Shion ne la retint pas. Il la regarda s’éloigner pendant longtemps.
Puis, tandis qu’elle disparaissait au loin…
Il murmura doucement, les yeux tournés vers l’obscurité.
« …Je suis désolé. »
Ça pouvait ressembler à une excuse, mais il n’y pouvait rien.
Cette histoire ne devait pas se dérouler de la même façon une nouvelle fois.
Parce que sinon, tu mourrais encore.
J’espère que tu pourras t’échapper d’ici en restant toi-même.
J’espère que tu ne mourras pas.
J’ai l’impression qu’il est déjà trop tard, mais justement, plus que jamais…
J’espère que tu pourras continuer à vivre.
Shion se retourna et ouvrit la porte de la serre.
La ferme Ascal, où la neige tombait encore.
Là, désormais seul.
Il ouvrit le livre qu’Elise avait écrit.
Une nouvelle qui souhaite devenir un roman.
Il lut le volume, tandis qu’un jour passait, puis deux, puis trois…
Même après dix jours.
Elle ne revint pas.
* * *
Sous la pluie battante, Elise fixait la rivière. Depuis dix jours, elle dormait et séjournait ici sans rien manger.
Ses yeux injectés de sang étaient toujours pleins de chagrin.
Mais aucune larme ne coulait plus. Elles avaient tant ruisselé qu’elle s’attendait à voir du sang couler à leur place.
« …Cookie. »
Elle regarda Cookie, à côté d’elle.
« Je me suis sûrement trompée. »
Elle avait cru qu’il aimait passer du temps avec elle, ici.
Mais ce n’était pas le cas.
Il fallait qu’elle quitte cet endroit pour qu’il puisse partir.
Il fallait qu’elle ouvre la sortie pour qu’il puisse lui échapper.
« Je suppose que tu faisais juste semblant. »
Elle n’y pouvait rien. S’il avait fait semblant pendant mille jours, elle devait bien l’admettre.
Non, il avait peut-être éprouvé quelque chose pour elle, à un moment. Mais elle supposait qu’il s’était lassé parce qu’elle lui avait caché la sortie.
« À ta place, j’aurais probablement fait pareil. »
Elise se trouva des excuses et se leva. Elle essuya ses yeux gonflés.
Puis elle se dirigea vers la rivière qui menait à la « sortie ».
Elle posa le pied sur les pierres qui la traversaient.
« …Hein. »
Une à une, elle avait ancré les pierres grâce à son magnétisme.
Elle avança avec Cookie.
Qu’elle vive ou qu’elle meure, il s’en fichait probablement, mais malgré tout…
Il ne pouvait partir que si elle ouvrait cette sortie.
Elle allait lui donner ce qu’il voulait, à lui qui était prisonnier à cause d’elle.
« … »
Elise serra les poings et bondit.
Elle traversa les pierres, résistant aux vagues qui les faisaient tanguer et affrontant la tempête de face.
Elle faillit tomber à mi-chemin, mais parvint de justesse à garder l’équilibre. Ce serait dommage de mourir maintenant.
…Quoi qu’il en soit.
Elle franchit la rive, qu’elle ne voulait vraiment pas traverser, plus vite qu’elle ne l’aurait cru.
« Il y a une grotte. »
De l’autre côté se trouvait la sortie : une grotte.
Qu’y avait-il au bout ?
Son ancienne elle n’y était probablement jamais entrée.
Elise avait peur.
Si ses souvenirs disparaissaient dès qu’elle y pénétrait, si son magnétisme se défaisait, ce serait sa mort.
La fin…
« Pfiou. »
Elle prit une profonde inspiration et se força à prendre son courage à deux mains.
« Je vais m’assurer que tu sortes d’ici. »
Même si ce monde était pourri à ce point.
Même si cet amour n’appartenait qu’à moi, il était immense.
Si immense qu’il s’était développé pendant plus de mille jours.
Elise entra dans la grotte.
Un pas.
Un écho résonna dans le vide.
Un pas, deux pas, trois pas.
Dans son esprit, ce chemin menait à sa propre mort.
Mais alors…
Elle remarqua soudain quelque chose.
Au plafond immense de la grotte, et sur les cristaux accrochés aux parois.
Depuis ces stalactites pétrifiées, un certain « jour » se répandait.
— Aujourd’hui, au menu : soupe de pommes de terre.
L’image et la voix de Shion, qui lui proposait à manger.
Sur la stalactite juste à côté, la même chose.
— Aujourd’hui, au menu : nouilles aux haricots noirs et brioches vapeur. Tu connais ?
C’était Shion.
Shion Ascal.
De toutes parts, Shion Ascal fleurit soudain dans une vive lumière.
Comme des projecteurs qui s’allument un instant sur une scène, au loin…
— Aujourd’hui, au menu : steak de saumon. Goûte.
« …… »
Elise promena sur la grotte un regard stupéfait.
C’étaient des jours.
Des cristaux formés par les jours qui n’avaient pas pu être évacués du [Fragment] et s’y étaient accumulés.
— Aujourd’hui, au menu…
Un jour.
Un jour.
Un jour.
Dans ces jours infinis, Shion avait toujours été là.
— Je ne veux pas mourir.
Et il y avait aussi une autre version d’elle-même.
— Je ne veux pas mourir… Shion.
Dans le [Fragment] qui s’effaçait lentement, elle pleurait dans les bras de Shion.
— …Ça va. Restons ensemble, même s’il ne nous reste plus beaucoup de temps.
Shion l’avait réconfortée avec ces mots, mais peu après…
Elle s’était pendue et était morte.
Une décision irréfléchie et irresponsable, qui avait laissé Shion seul.
Elise avança en observant ces souvenirs.
Ses larmes, qu’elle croyait taries, se remirent à couler. Leurs traces s’imprimèrent sur le sol de la grotte comme des empreintes de pas.
Même là où ses larmes tombaient, le sol gardait le souvenir de ces jours.
— Hé. Pourquoi tu es si mauvais au billard ? Essaie de mieux jouer. C’est pas drôle.
La grotte entière était remplie de ces instants.
Tous ces jours, Shion avait dû les porter seul.
— …Tu te débrouilles plutôt bien au ping-pong. Je l’admets.
Ce n’était pas seulement mille jours.
Ce n’était pas seulement dix mille jours.
Un temps trop lourd pour qu’un être humain puisse préserver son existence…
Il avait tout enduré.
Pour quelqu’un comme moi.
« …Ah. »
Elise s’agenouilla. Quelque chose la submergea.
Une douleur comme si son âme brûlait, mêlée de gratitude et de chagrin.
« Pourquoi… »
Mais elle comprit trop tard.
Il ne lui restait plus de temps.
Même si elle traversait le passage et ouvrait la sortie, Shion ne pourrait pas revenir à ce qu’il était avant.
Lui, enseveli sous tant de temps…
Ne pourrait plus jamais redevenir Shion.
« Quel imbécile… »
Ce serait une autre forme de mort.
Il l’avait protégée en acceptant tout cela.
Elle, elle n’avait fait que se comporter comme une enfant…
Écrasée par le poids de tout cela, elle posa le front contre le sol.
« … ! »
Ses yeux s’écarquillèrent soudain.
Le mana emplit ses yeux noyés de larmes.
Une brûlure lui traversa le cerveau : une idée venait de jaillir.
L’intuition géniale qui renversait les limites de ce [Fragment] pour trouver la solution la moins probable.
Dans son esprit, les ramifications de ses pensées s’activèrent à toute vitesse, élaborant une hypothèse brillante, la vérifiant et aboutissant à une possibilité parfaite.
« La carte. »
Le support dont Shion s’était servi pour faire tomber la neige.
« Le support. »
Avec ça, c’était peut-être possible.
Elise se releva en hâte. Elle essuya ses larmes et se mit à courir.
De nouveau, vers lui…
* * *
…Elise revint à la serre.
Shion était toujours là, sous la neige qui tombait sans cesse.
« Hé, Shion ! »
Elle cria et ouvrit la porte.
« Oh, tu m’as fait peur. »
Il se retourna, son livre à la main. Une bouffée d’inquiétude et de surprise se peignit sur son visage.
« Pourquoi tu es là— »
« Shion ! »
Elle lui couvrit la bouche. S’avançant d’un pas assuré, elle lui donna une légère tape sur la joue et leva les yeux vers lui.
« Je te le promets. »
« …Tu me promets quoi ? »
« Oui, je te le promets. »
Elle jeta un coup d’œil au sol. La « carte » s’y trouvait. Le support qui permettait de fabriquer de la neige artificielle.
Elise hocha la tête, débordante d’assurance.
« Je ne mourrai jamais comme cette Elise-là. »
« …Quoi ? »
Elle lui adressa un sourire délibérément radieux.
« Jamais. Je ne perdrai pas mes souvenirs. »
« … »
Elise avait encore quelque chose à dire à Shion, qui la regardait sans comprendre. Une promesse qu’elle voulait lui faire.
« Et… »
Je t’effacerai la mémoire.
J’effacerai tous les souvenirs de notre vie ensemble.
Pour que tu puisses retrouver ton époque,
et vivre en étant vraiment Shion.
Pas le Shion d’aujourd’hui, enseveli sous « trop de jours ».
Pour que tu puisses vivre comme le Shion que j’ai toujours vu et que je verrai à l’avenir.
De toi…
j’effacerai « moi ».
« Non. »
Mais si je te fais cette promesse, tu risques de refuser.
Elise changea ses mots en esquissant un petit sourire.
« J’ai besoin que tu tiennes bon. Jusqu’à ce que je puisse sortir d’ici vivante, avec ces souvenirs. »
Shion garda le silence un instant, puis répondit bientôt avec son sourire habituel.
« Aussi longtemps qu’il le faudra. »
Et nous voilà enfin à jour avec les chapitres originaux. Bon, il en reste tout de même un autre disponible, mais à partir de demain, un seul chapitre paraîtra par jour, dans la limite de cinq par semaine. Gardez à l’esprit que je suis EXTRÊMEMENT paresseux, donc le calendrier n’est pas gravé dans le marbre.