Chapitre 135
Le lionceau (4)
Dans l’immensité désolée du désert, Grawl fut heureusement le premier à reprendre conscience.
─ Est-ce que ça ira ?
Grâce à sa force, je creusai une grotte provisoire où B04 pourrait se reposer. C’était une sorte de tente naturelle, avec un sol profondément excavé et un intérieur solidifié.
« Ah, il fait frais. »
Sous terre, aucun risque de coup de chaleur.
En plus, j’avais laissé de la nourriture, de l’argent, une boussole, une carte et des médicaments. Avec tout ça, B04 devrait pouvoir se débrouiller pour le reste.
« Bon, alors… Ah, c’est vrai. »
J’allais partir quand je me rappelai qu’il fallait récupérer la poupée lapin Cookie.
« Cette chose est invincible ou quoi ? »
Je l’avais prise parmi les affaires d’Elise au cas où, mais elle était toujours intacte, à part ses oreilles légèrement roussies par le combat acharné.
« Grawl. On y va. »
─ Oui.
Ensuite, je portai Elise et grimpai sur le dos de Grawl, qui s’était transformé en chameau.
« Alors, cette ancienne magie ? »
─ Il me faut l’analyser plus en détail, mais elle semble posséder des caractéristiques organiques.
« Organiques ? »
─ Oui.
Tout en avançant dans le désert, Grawl poursuivit :
─ Si nous greffons cette ancienne magie aux racines du R-elix, il pourrait absorber des particules de mana et se reproduire naturellement.
Greffer du mana revenait, en substance, à greffer un circuit magique. En effet, le mana qui avait pris forme possédait son propre « circuit magique ».
Les greffes de mana étaient donc étonnamment courantes. C’était l’ancienne magie qui était rare ; on trouvait souvent des « blocs de mana ».
Dans les grottes profondes, au loin sous terre ou à l’embouchure de la mer, le mana accumulé pendant longtemps formait des blocs. Les humains pouvaient les greffer par chirurgie, mais on disait qu’ils perdaient la majeure partie du circuit — au moins 98 %.
« Et combien peut-on en conserver ? »
─ Vous le greffez au R-elix, pas à votre Corps magique. Si tout se passe bien, vous pourrez en conserver jusqu’à 90 %.
« 90 %… Alors, de combien mon volume magique va-t-il augmenter ? »
─ De quoi équiper au moins deux adultes ? Il faudra analyser les autres effets de cette ancienne magie.
Deux adultes. En tant qu’élève d’Endex, mon volume magique équivalait à celui de dix adultes. Une augmentation de 20 %, c’était plutôt appréciable.
« Beau travail. »
─ N’oubliez pas l’ordinateur de bureau~
Bref.
Après avoir traversé le désert pendant trois heures…
Dring !
Dring, dring, dring, dring !
Plusieurs alarmes retentirent soudain sur mon téléphone.
Enfin, le signal était passé.
─ Ah. Je dois vérifier mon téléphone, moi aussi.
Grawl se fabriqua un support avec du gravier et y posa son smartphone.
« … Incroyable. »
Je consultai à mon tour les messages qui s’étaient accumulés entre-temps.
[Soliette : Mdr]
[Soliette : Tu fais quoi ?]
[Soliette : Mdr]
[Soliette : J’ai trouvé un jeu trop marrant mdr]
[121 : ㅠㅠㅠㅠ At Your Service est fermé ces jours-ci ?? Pourquoi tu réponds pas… Je dois faire mes devoirs de vacances, At Your Service ㅠㅠ] (ㅠ est une émoticône qui représente un visage en pleurs)
[121 : ★★★S’il te plaît, fais-le ! S’il te plaît !★★★]
[121 : ★★★S’il te plaît, fais-le ! S’il te plaît !★★★]
[121 : ★★★S’il te plaît, fais-le ! S’il te plaît !★★★]
[121 : Pourquoi tu bosses pas, At Your Service ?!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!]
Soliette était Soliette, et 121, c’était Layla.
Je répondis à Soliette.
[Désolé. J’ai eu des problèmes et je n’ai pas pu te répondre plus tôt.]
Je répondrais à Layla plus tard… Elle avait l’air complètement détraquée.
Vrrr…
La poche de l’autre côté vibra. Je fouillai dedans et en sortis un portefeuille et un téléphone : ceux de C01.
[A11 : C01. Comment s’est passée la mission ?]
A11. Je ne savais pas qui c’était. Vu le code, il devait être lié à B04 et C01, mais tout était terminé, alors peu importait.
J’allais le laisser là, dans le désert, mais j’hésitai.
« … »
Je changeai d’avis.
[La mission est terminée, mais B01 m’a tendu une embuscade. Il s’agissait probablement d’une initiative personnelle de B01. C05 et C06 ont été tués par B01, qui a lui-même été tué. B04 a été soigné et mis en sécurité. La cible, Elise Petra, est saine et sauve.]
[C01 : J’ai de graves blessures et vais me cacher quelque temps.]
Il se pourrait qu’un jour j’aie de nouveau besoin de cette identité.
Bien sûr, avec le temps, je grandirais… Mais je pourrais toujours bluffer. Qu’est-ce qu’ils pourraient faire si mon visage restait le même ?
« Je vois déjà la scène. »
Au loin, pendant ce temps…
La silhouette d’un immense hôtel cinq étoiles se dessina faiblement.
* * *
[La semaine dernière, une occupation de musée a eu lieu à Decapo, dans l’Arahall. Des civils d’Edsilla étaient également impliqués, mais heureusement, aucune victime n’est à déplorer…]
À Endex, sur l’ancienne berge. Je regardais les informations qui faisaient le buzz en temps réel. L’incident avait été rapporté deux jours après les faits… C’était vraiment différent.
« Ce n’était pas un enlèvement. »
Aucune nouvelle ne mentionnait l’enlèvement d’Elise ; tout avait été présenté comme une évasion. Avant mon retour dans le passé, Elise avait dû errer dans le désert, en souffrant, jusqu’à présent.
« … Je devrais m’en réjouir ? »
Je posai mon smartphone.
La pause était terminée.
Je repris mon épée de bois.
J’étais trempé de sueur et avais retiré mon haut depuis longtemps.
« Haa… »
Après avoir pris une profonde inspiration, je frappai le mannequin de pierre que Grawl avait fabriqué.
Pan ! Pan ! En décrivant un cercle dans le sens des aiguilles d’une montre.
On aurait pu croire que je frappais au hasard, mais ce n’était pas le cas. C’était l’exercice initial, qui consistait à viser tour à tour les huit directions. L’entraînement des « Huit Épées ».
« Hup ! »
Les Huit Épées comportaient une certaine dimension artistique.
La première épée frappait de haut en bas.
La deuxième se déployait depuis le haut à droite.
La troisième restait sur la droite.
Chacune avait un rôle et une signification différents.
Pour commencer, les première et deuxième épées étaient destructrices. Comme il s’agissait de frappes puissantes venues d’en haut, les mouvements étaient amples et vigoureux. Risque élevé, rendement élevé.
La troisième épée, qui couvrait le côté droit, était avant tout défensive. C’était le côté le plus exposé aux attaques ennemies. Pourtant, l’entraînement initial comprenait une « estocade », idéale pour exploiter les ouvertures de l’adversaire.
La quatrième épée, qui partait du bas à droite, avait pour but de déstabiliser l’adversaire. D’où les nombreuses feintes. Elle l’incitait à se défendre et à perdre l’équilibre en simulant des frappes et des coups d’épée.
Pour le moment, je répétais les mouvements de la première à la quatrième épée…
「125 / 130」
Variation récente : -4
Capacité réduite de 4.
Depuis trois jours, je m’entraînais à l’Accord huit heures par jour. À ce rythme, il me faudrait au moins deux ou trois mois pour l’assimiler pleinement.
Son potentiel devait donc être immense.
─ Maître.
Quelqu’un m’interpella soudain.
« Ah, tu es là ? »
C’était Grawl. Il était parti explorer et venait de descendre sur la pelouse, avant de déposer le paquet qu’il portait sur le dos. Comme d’habitude, il y avait des pierres de mana, des noyaux de mana et du Gether.
─ J’ai pris ma décision.
Mais aujourd’hui, son visage avait une détermination inhabituelle, surtout pour un chat.
« Quelle décision ? »
À ma question, il prit une profonde inspiration, l’air grave.
─ Il nous faut un laboratoire.
« … Quoi ? »
─ S’il vous plaît, construisez un laboratoire.
« Ce n’est pas à toi d’en décider, c’est à moi. »
─ Je vous ai aidé à greffer le mana, non ?
Grawl désigna mon avant-bras droit. Je le touchai sans y penser. Le R-elix dégageait une douce présence de mana.
─ Le laboratoire ne sera pas pour moi, mais contribuera à votre survie.
À présent, une ancienne magie était greffée à la racine de mon R-elix : « Chasseur de trésors ». Pour l’instant, il n’y avait pas de grand changement, car il était encore en phase d’adaptation.
« On n’a pas d’argent. »
─ Il faut investir pour gagner de l’argent.
« … »
Il n’avait pas tort. À bien y réfléchir, on ne pouvait pas rester éternellement dans ce vieux bâtiment d’Endex.
« J’y réfléchirai plus tard. »
─ Il y a 300 000 Ren sur le compte de C01.
« Hé, hé. On ne touche pas à l’argent d’un mort. »
─ Les 100 000 Ren restants, c’est la récompense et la prime pour le travail qu’on a fait, non ? C’est à nous.
« Maintenant que tu le dis, tu as raison. »
Même si les 200 000 Ren appartenaient à C01 à l’origine, les 100 000 Ren restants, je les avais gagnés à la sueur de mon front et au prix de mon sang et de mes larmes.
— Tandis que je réfléchissais à la question,
Fouish !
Un bref éclair jaillit des buissons près du lac. Je tournai la tête dans sa direction.
« Hein ? »
Un téléviseur à tube cathodique clignotait sur la pelouse. À l’écran se tenait un personnage de jeu vidéo en deux dimensions, composé de pixels.
Il se tenait pile au centre, tourné vers nous, comme s’il nous regardait.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Le personnage se mit à sautiller. Un rectangle apparut en bas de l’écran.
[Solize]
: Shion.
« Shion ? »
C’était mon nom.
[Solize]
: Oui. Shion. C’est de toi que je parle.
« Quoi… »
Je regardai le personnage pixelisé de plus près.
Des cheveux rouges et des yeux bleus. Il imitait parfaitement les traits de Soliette. Mais elle n’avait pas bonne mine. Elle était couverte de sang.
[Solize]
: Tu arrives bientôt ? Je t’attends depuis un moment.
Le personnage en deux dimensions agitait joyeusement la main de haut en bas.
« Non, je suis arrivé il y a deux jours… Tu n’es pas Soliette, n’est-ce pas ? »
[Solize]
: Oui, c’est exact.
Je clignai des yeux.
J’avais beaucoup de questions, mais un seul mot franchit mes lèvres.
« … Comment tu es entrée là-dedans ? »
[Solize]
: Attends un instant. Je vais bientôt me déconnecter.
Fouish !
L’écran s’illumina et Soliette, couverte de sang, en jaillit.
« Ah ! »
Surpris, je rattrapai la jeune fille qui manqua de me tomber dessus.
* * *
… En ce jour de printemps, à quatorze ans, Elise traversait une période où elle avait une assurance qui lui semblait désormais inaccessible.
Petite, le visage fin, les mains et les pieds menus, elle avait les joues un peu rondes. Pourtant, à l’époque, elle avançait comme si le monde lui appartenait.
Ses talons hauts, mal ajustés, claquaient sur le sol de marbre tandis qu’elle parcourait l’hôpital pour son stage d’observation. Elle découvrait de ses propres yeux les différents aspects de l’Hôpital universitaire Petra, dont elle hériterait un jour.
« Entre le stade deux et le stade trois du syndrome du mana… c’est ça ? »
Accompagnée des professeurs de l’hôpital et des sénateurs du conseil d’administration, elle faisait le tour des services pour examiner les patients. Elle voulait montrer qu’elle pouvait deviner leur maladie rien qu’en observant leur apparence et leurs symptômes.
« Oui, c’est exact. »
Le médecin hocha la tête, surpris. Elise haussa les sourcils, comme si cela n’avait rien d’extraordinaire.
« Je crois que le traitement pourrait même lui faire du mal. Il risquerait de perturber sa capacité à se soigner lui-même. »
Les soins prodigués à un mage qui avait entraîné son Corps magique ou à un surhumain n’étaient pas ordinaires. Le pouvoir magique qu’ils accumulaient les aidait en principe à se sauver eux-mêmes, mais une réaction entre leurs systèmes immunitaires pouvait causer de graves problèmes.
« Mon diagnostic est… du Rixil. Il vaudrait mieux continuer à lui administrer des sédatifs. Qu’en pensez-vous ? »
« Votre diagnostic est exactement le même que celui du professeur. »
Les médecins admiraient les connaissances de la jeune fille en médecine magique. Elle releva modestement le menton.
À quatorze ans, elle rêvait de devenir une médecin renommée et, en même temps, une mage de haut rang.
Une double maître, experte en médecine et en magie.
Et pas une de celles qu’on trouvait dans un jeu de cartes.
« Alors… ? »
Alors qu’elle cherchait un autre patient, elle remarqua soudain quelqu’un.
C’était un garçon. Un jeune chauve de son âge, allongé dans son lit, qui regardait par la fenêtre.
À cet instant, il tourna la tête vers elle. Leurs regards se croisèrent brièvement. Ses joues rosirent, puis il détourna vite les yeux en remuant les lèvres.
Un médecin perspicace lui tendit un dossier. Elise le consulta.
Le diagnostic : Leucémie magique.
L’âge : quatorze ans, comme elle.
Le nom…
« Shion Ascal ».
…
Elise se réveilla. Elle se trouvait dans sa maison familière, à Edsilla.
« Pourquoi est-ce que j’ai rêvé de ça… »
Elle se frotta les yeux et fixa le plafond d’un air absent, le temps d’un instant.
L’incident dans le désert avait eu lieu deux jours plus tôt.
Quand elle avait repris connaissance ce jour-là, elle se trouvait déjà dans un hôtel cinq étoiles. Cookie était le seul à ses côtés.
Shion Ascal, lui, n’était pas là.
Voilà pourquoi le souvenir du musée lui semblait encore irréel, comme un rêve flou.
« … »
Elise prit Cookie sur la tête de lit.
Cookie avait les oreilles légèrement roussies.
Un Cookie grillé.
Même quand je l’oublie, que je le perds ou que je me retrouve mêlée à un incident, ce type finit toujours par revenir vers moi.
« … Toi, tu es la preuve. »
La preuve que tout ça n’était pas un rêve.
Elise lui tapota la poitrine.
« Mademoiselle, mademoiselle ! »
Soudain, les femmes de chambre s’agitèrent bruyamment dans le couloir.
« Qu’est-ce qui se passe… »
La porte s’ouvrit à la volée.
« Mademoiselle ! Le chef de famille vous demande ! »
« … Mon père ? »
Elise ouvrit de grands yeux. Elle se leva précipitamment.
C’était la première fois depuis près de quatre ans que son père la convoquait en personne.
« Oui ! Le chef de famille vous demande… »
« J’ai compris, calmez-vous. La voiture ? »
« Le chauffeur vous attend déjà dehors ! »
…
Ken Petra, le père d’Elise, était assis dans son bureau de sénateur.
Elise, qui était arrivée cinq minutes plus tôt, ne semblait pas l’intéresser. Il lisait simplement des documents, ses lunettes sur le nez.
« … Ça va. »
Elise, qui se tenait seule devant lui en tortillant les doigts, prit la parole la première.
« Il s’est passé beaucoup de choses. »
« Je sais. »
Ken posa le dossier. Il laissa échapper un léger soupir et plongea son regard dans celui d’Elise.
« Tu t’es battue dans le désert. »
« … »
Elise serra les lèvres.
Tap, tap.
Ken Petra pianota sur la table du bout du doigt.
« Le sable a balayé la majeure partie de la scène, mais on a retrouvé trois corps. »
« … Je sais. »
Elise écarquilla légèrement les yeux. Ken poursuivit d’un ton impassible :
« Je ne sais pas dans quel état tu es. Tu es fragile, et je n’ai jamais été aussi faible que toi. »
« … »
Que devait-elle répondre à ça ?
Elle réfléchit intensément, mais ne trouva toujours rien.
« Mais Elise. Comme je te le répète toujours, les épreuves font grandir les gens. Si tu ne cueilles que des fleurs dans ta tête, elle finira par se transformer en jardin fleuri. Tu deviendras une incapable qui ne connaît rien à la réalité. Alors, un jour ou l’autre… »
Ken lui tapota la tempe de son gros doigt.
« Remplis plutôt ta tête de choses rationnelles. Considère cet incident comme une expérience. »
« … Oui. »
Elise répondit brièvement. Ken lui tendit un dossier. Elle le prit à deux mains.
« Va. Tu as bien travaillé. »
Aux mots « tu as bien travaillé », les paupières d’Elise frémirent un instant.
Ce n’était pas chaleureux, c’était même froid, mais à cet instant, elle le reçut comme quelque chose de précieux.
Il avait dû s’inquiéter à sa manière.
« Je m’en vais. »
Retenant un sourire qui menaçait de s’épanouir, elle quitta le bureau.
Le couloir du bureau des sénateurs, dans la capitale d’Edsilla, était long. Tous ces gens étaient venus demander l’approbation de Ken.
Aux yeux d’Elise, le pouvoir prenait ici une forme concrète.
Elle sortit et monta dans la voiture.
« … Rentrons. »
Elle poussa un faible soupir, envahie d’un sentiment vaguement agréable, puis se laissa aller contre le siège. Elle posa distraitement le dossier que son père lui avait remis, avant de le reprendre.
[Rapport d’autopsie]
Il semblait s’agir du rapport d’autopsie de la personne morte dans le désert.
Elise tourna une page.
1. Nom : Rogel Putan
Le B01 masqué s’appelait donc Rogel Putan ? Elise songea à refermer le dossier, mais les paroles de Shion lui revinrent soudain à l’esprit.
Tu dois t’en souvenir.
Tu dois assumer les conséquences de ce que tu as fait.
Elle tourna une page.
───Principaux résultats de l’autopsie───
(A)
1. Longue entaille horizontale au niveau du cou.
2. Entaille diagonale constatée sur la poitrine.
3. Vertèbres cervicales broyées par une force destructrice exercée dans les 360 degrés.
4. Présence confirmée d’une force magique, présumée responsable du numéro 3.
5. La cause immédiate du décès, « fracture par écrasement des vertèbres cervicales », est confirmée comme résultant du numéro 3.
(B)
Bien que le corps présente de nombreuses blessures, l’entaille numéro 1 a été infligée après la mort. La cause principale du décès est confirmée comme étant la force magique qui a réduit les vertèbres cervicales en poudre…
À la lecture du dossier, les épaules d’Elise frémirent légèrement.
Ses yeux se voilèrent d’une lueur terne.
« … »
Elle posa le doigt sur le texte et le relut.
[La cause principale du décès est confirmée comme étant la force magique qui a réduit les vertèbres cervicales en poudre.]
Soudain, une certaine voix résonna dans sa tête, comme un écho.
… Plus besoin de te salir les mains.
Shion avait dit cela en tranchant la gorge de B01.
« C’est… »
En repensant à ce jour-là, Elise sentit une boule se former dans sa poitrine. Sa respiration se bloqua légèrement.
… Plus besoin de te salir les mains.
Sa voix lui revenait aux oreilles. Une sollicitude qui troublait son cœur fragile…
Le savait-il, à ce moment-là ?
Que B01 était déjà mort.
Que c’était « moi » qui l’avais tué.
Non, il devait le savoir. Sinon, il n’aurait pas dit une chose pareille.
Et malgré tout, il avait fait comme s’il l’avait tué lui-même…
Elise agrippa le bord du dossier. Elle serra les dents. La tête baissée, la main tremblante, elle laissa échapper un rire creux, chargé d’émotion.
« Il me prend pour une idiote… »
Finalement, Elise prit son smartphone et l’appela.
Dring… Dring…
─ Allô.
Dès qu’elle entendit sa voix, Elise se figea. Ce n’était pas qu’elle ne savait pas quoi dire ; ce n’était pas non plus que les mots lui manquaient.
« … Qui est à l’appareil ? »
Ce n’était pas Shion.
C’était une voix de femme.