Chapitre 123
Vacances (1)
Les monstres ont différentes façons de prolonger leur existence.
Il y a des monstres comme Grawl, incapables de conserver leur apparence humaine, leur conscience ou leur raison sans dévorer des humains, et d’autres comme Berhalsi, tué par Jade, qui ne se nourrissent que du cœur des bêtes.
Ils ont tous un point commun : ils consomment des nutriments contenant du « pouvoir magique ».
Les humains doivent absorber chaque jour les nutriments nécessaires au fonctionnement de leur organisme, mais les monstres ont le pouvoir de convertir une partie de leur mana en calories.
À cet égard… le traitement le plus efficace pour Akane était un « noyau de mana ».
J’extrayais trois unités de capacité du « Bloc-notes » pour créer un noyau de mana, puis le lui greffai au bras droit.
C’était une perte définitive, impossible à récupérer, mais, en prenant soin d’Akane pendant trois jours, je compris une chose avec certitude.
Si je l’avais laissée seule ce jour-là, elle serait morte, sans aucun doute.
Et pas seulement à cause de son état physique : la Société de l’Aube avait détecté l’explosion magique et dépêché ses forces.
Ces gens, qui exterminaient les monstres de façon méthodique, avaient fouillé minutieusement le labyrinthe et toute l’île.
« … Enfin, j’ai du réseau. »
Ffff…
Les vagues s’écrasaient sur le rivage. C’était le seul endroit de l’île où l’on pouvait capter du réseau.
Je levai mon smartphone bien haut et consultai mes messages.
[Soliette : Le dernier rassemblement avant les vacances, c’est vendredi ㅋㅋ;; Tu rentres quand de ton voyage ?]
[Bientôt. Tu as récupéré la carte de visite ?]
[Soliette : Oui. J’ai appelé le numéro, mais personne n’a répondu. Je crois que c’est un faux ㅋㅋ. Ce n’est pas grave.]
Elle ne pouvait pas répondre, puisqu’elle était toujours dans un état critique.
[Continue d’essayer de la joindre. C’est quelqu’un de très occupé.]
[Soliette : Oui, je vais continuer. Au fait, ils annoncent les Secret Friends vendredi. Tu sais qui est le tien ? ㅋㅋ Allez, donne-moi un indice ㅋㅋ]
Soliette mettait beaucoup de ㅋㅋ dans ses messages. C’était sans doute un signe de familiarité.
[C’est Elise.]
Je répondis cela, mais le réseau coupa aussitôt.
« Ah. »
Je secouai mon smartphone de haut en bas, puis le rangeai dans ma poche.
Je ramassai le piège que j’avais installé. Il avait attrapé pas mal de poissons.
« On y va… »
Je m’enfonçai de nouveau dans la forêt.
Au cours de ces trois jours où je l’avais aidée à guérir, le corps d’Akane avait presque entièrement récupéré. Le bras du monstre avait régénéré son corps en lui rendant exactement la même chair.
En observant le processus de guérison, je compris à nouveau.
Voilà pourquoi les humains voulaient devenir des monstres, et voilà aussi pourquoi ils voulaient les tuer.
Les monstres pouvaient utiliser presque les mêmes capacités que celui dont ils avaient reçu une greffe, quoique avec une puissance réduite.
Et le propriétaire originel du bras greffé à Akane était…
J’arrivai à la cachette.
J’ouvris la porte dissimulée sous des feuilles.
« … ? »
Le lit de bois à l’intérieur.
Akane, qui aurait dû s’y trouver, avait disparu.
Thud.
À la place, je sentis une présence derrière moi.
La peau de ma nuque me picota. Mes cheveux se hérissèrent.
J’avalai ma salive.
« Putain. »
Akane lâcha le juron en sortant. Elle s’assit sur le lit et me montra son bras d’un noir d’encre.
« Tu sais ce que c’est ? »
« … Un bras de monstre. »
Akane haussa un sourcil.
« Je ne peux pas m’empêcher de poser la question bateau. Pourquoi m’avoir aidée si tu le savais ? »
« Je me suis acquitté de ma dette. »
Sans m’en rendre compte, je touchai mon bras.
Ce n’était plus une prothèse, mais je me souvenais encore très bien du toucher de l’objet de luxe que j’avais reçu avant ma régression. On m’avait offert gratuitement un objet valant des millions de Ren, et on m’avait même recommandé un « transfert d’âme ».
« Ce poison mortel n’était pas si puissant… Grawl est mort ? »
Akane posa la question sans détour.
« Je suppose. »
Je la regardai en répondant. J’étais assez curieux de savoir quel lien unissait ces deux monstres, mais elle soupira en se passant la main dans les cheveux.
« … J’ai créé le corps de ce salaud. Une simple pierre s’est forgé un ego et est venue me trouver ; ça m’a intriguée. Mais ma poupée ne peut toujours pas contenir une conscience. Grawl aurait dû s’effondrer en trois mois sous l’effet de la force naturelle. »
La nature cherchait toujours à maintenir l’équilibre. Tout être qui s’écartait de ses lois subissait sa force et finissait par périr de lui-même.
C’était la « force naturelle ».
« Grawl a tenu bon. Il a surmonté la force naturelle. C’est peut-être pour ça qu’il m’a prise pour son créateur. Il s’imaginait que ses origines remontaient à moi. J’ai repoussé ce type qui s’était entiché de moi, mais ça n’a pas marché. »
« Pourquoi ? »
Akane posa la main sur sa pommette.
« Parce que je n’ai pas étudié en détail la manière dont il avait surmonté la force naturelle. »
Je regardai les poissons qui frétillaient dans le seau.
« Le cannibalisme. C’est ça ? »
« … Tu as l’air de t’y connaître un peu. »
Elle gloussa, amusée par ma réponse, et je haussai les épaules.
« Mais tu n’avais pas dit que tu le laisserais tranquille s’il tuait des gens avec une prothèse ? »
« C’est différent. J’ai laissé un produit défectueux se répandre dans le monde. La prothèse que je lui avais greffée tuait des gens de son propre chef. Je devais en assumer la responsabilité. »
Sa logique était imparable.
Elle était complètement rétablie.
Je me levai.
« Tu comptes rentrer ? »
« Oui. Je t’enverrai la facture du traitement. Tu me paieras en noyaux de mana. Fais griller les poissons du seau plus tard. »
Akane me tendit alors un morceau de papier. Une carte de la taille d’une carte de visite.
« Prends ça. »
[Cercueil désintéressé]
Le Cercueil désintéressé. C’était encore le meilleur du continent, mais dans dix ans, on le considérerait comme un magasin d’artefacts corporels de magie démoniaque.
La carte de visite portait un sort magique petit, mais complexe.
« Je n’accepte que les gens capables de communiquer. Il me faudra un jour ou deux pour le déchiffrer. »
« Edsilla Roula AD-213. »
« … »
Akane tressaillit. Je brûlai la carte de visite.
« J’ai mémorisé l’adresse. Soliette te contactera sûrement aussi. »
« D’accord. Viens là-bas. Et tu as été rétrogradé à la quatrième place. »
« Pardon ? »
Qu’est-ce qu’elle racontait, tout à coup ?
« Quand Soliette a ouvert la porte du toit, le temps était écoulé. Tu passes après Gerkhen Kal Doon, Elise et Soliette. »
« … »
Quatrième place.
C’était un classement suffisamment élevé, mais je trouvais ça injuste.
« Par contre, j’ai parlé de ton avenir dans mon rapport. Il y aura beaucoup d’organisations qui te surveilleront. »
« Enfin… Il me suffit d’entrer à l’université. Bon, je m’en vais. »
J’allais partir quand une idée me traversa soudain l’esprit.
« Par hasard, tu pourrais aussi me fabriquer une fausse identité ? »
District autonome d’Edsilla, Ville des Tours.
[Manaologie Valmant]
« … C’est petit. »
De retour sur le continent, je contemplai une petite entreprise bien pitoyable en comparaison de ce qu’elle deviendrait.
Une entreprise qui allait devenir une source de revenus essentielle pour moi.
Avant d’entrer, je vérifiai mon apparence.
— Des cheveux blonds teints en rouge, des iris assombris jusqu’à prendre une teinte violette profonde et une longue cicatrice verticale sur la paupière gauche.
C’était un Infimian, dont le « Bloc-notes » avait reproduit la texture et la forme. Même moi, je ne me serais pas reconnu, le bas du visage dissimulé par un masque.
Ma fausse identité était parfaite.
Dale Kal.
Grâce aux relations d’Akane, j’avais piraté la base de données centrale d’Edsilla et superposé ma photo à l’identité d’un sans-abri décédé.
Autrement dit, si quelqu’un cherchait Dale Kal dans les registres des institutions publiques, il tomberait sur ce visage.
Je n’avais aucune raison de craindre qu’on me démasque.
J’entrai dans les locaux de [Manaologie Valmant].
Clang ! Fff !
Au milieu des vibrations assourdissantes, un vieil homme musclé se tourna vers moi. Il posa son marteau et m’interpella.
« Qui êtes-vous ? »
Je me léchai les lèvres.
Le plus poliment et le plus sèchement possible. Sur le ton « pragmatique » qu’employaient souvent les magiciens.
Je répondis :
« Je m’appelle Dale. »
« Oh ?! Hé, Kanya ! Kanya ! Kanya ! »
Bam !
La porte de l’atelier s’ouvrit. Une femme menue aux cheveux courts apparut, les cernes bien marqués.
« Ah, pourquoi tu hurles encore… »
« On a de la visite ! »
Elle me regarda.
Je répétai :
« Je m’appelle Dale. »
…
L’atelier de Manaologie Valmant.
« Je m’appelle Dale. »
« Oui. Voici le contrat. »
Kanya posa une feuille sur une boîte de livraison.
« On sait. Vous avez déjà soumis un produit fini, donc il n’y a pas besoin de financer la recherche et le développement. On partagera donc les bénéfices de la distribution à soixante-quarante. »
Les grandes entreprises ne proposent généralement que trois pour cent. En revanche, elles perfectionnent les formules à la perfection et les optimisent, ce qui leur permet d’en vendre bien plus que les petites et moyennes entreprises.
Quarante pour cent représentaient donc treize fois ce qu’aurait touché une grande entreprise.
« Soixante-dix-trente. »
« Non, c’est impossible. On serait perdants même en le vendant. »
Kanya refusa froidement. Elle semblait croire que leur part serait de trente pour cent.
Je rectifiai son erreur.
« C’est vous qui aurez soixante-dix. »
« Oh ?! … Non. Euh… Vous réduisez vos conditions ? »
« En revanche, je veux deux fois plus d’options sur actions pour les dix pour cent auxquels je renonce. »
Je n’y connaissais rien en bourse. Je n’avais jamais eu assez d’argent de côté pour investir dans quoi que ce soit.
À vrai dire, c’était toujours le cas, et je devais préparer sans tarder le prochain traitement contre l’anomalie de mana. Mais les redevances n’étaient versées qu’une fois par an.
Il suffisait d’investir dans les options sur actions d’une entreprise promise au succès l’argent que je toucherais chaque année.
« Des options sur actions… »
Kanya tenta de garder son calme, mais ne put s’empêcher de sourire. Elle semblait ravie que je surestime la valeur de son entreprise.
Grincement…
La porte s’ouvrit à cet instant. Je me retournai machinalement et bondis sur mes pieds.
« Hé, Gerkhen Kal Doon. On a de la visite, n’entre pas comme ça. »
C’était Gerkhen Kal Doon.
Gerkhen Kal Doon me dévisagea à son tour, visiblement gêné.
J’étais un peu nerveux, mais heureusement, le masque Infimian semblait efficace.
« Veuillez m’excuser. »
Il s’inclina, comme s’il ne m’avait jamais vu. Puis, en me regardant, il me demanda :
« Vous êtes magicien ? »
« … »
Je ne répondis pas. Kanya lança un regard noir à Gerkhen Kal Doon. Une malédiction silencieuse.
« … Je me suis montré impoli. »
Gerkhen Kal Doon recula en moonwalkant, puis referma la porte.
« D’accord. Les bénéfices seront répartis à soixante-dix-trente. Nous en toucherons soixante-dix. Vous, Dale, en toucherez trente. Vingt pour cent des bénéfices seront versés sous forme d’options sur actions. Toutefois… »
Kanya révisa le contrat sur-le-champ.
« Nous ne pouvons accepter que si vous nous soumettez au moins un autre sort magique. »
Ses paroles me firent brièvement penser à l’avenir.
Les sorts magiques que j’avais vus au cours des douze années suivantes. Certains semblaient faciles à reproduire.
Ce n’était pas ça ; j’avais l’impression que mon réservoir de mana avait un peu grandi.
J’imaginais que c’était probablement dû au R-elix. Peut-être avait-il absorbé Grawl, ou peut-être y avait-il autre chose.
Je ne pouvais pas le savoir, je ne le sentais pas.
« D’accord. Les formules que je peux vous soumettre comme prototypes sont… au nombre de trois. »
Je levai trois doigts.
« Je peux vous en fournir trois, tout de suite. »
Les yeux de Kanya s’écarquillèrent. Elle serra les poings.
« En revanche, je ne déciderai de ce que je vous soumettrai qu’en fonction des ventes du Dévoreur de mort. »
« Bien sûr. Dois-je vous appeler… magicien Dale ? »
Magicien.
J’avais beau y réfléchir, je n’avais rien à voir avec ce genre de personnes.
« Peu importe. Appelez-moi comme vous voulez. »
« Très bien. Magicien Dale. »
Après tout, ça ferait une bonne couverture.
Le jour de la fin du premier trimestre.
Depuis la fin des évaluations, Elise avait enchaîné les cours particuliers, les révisions et les excursions. Elle s’était rendue à la Tour de magie et avait suivi le [Cours magistral des Sages], où son talent de magicienne avait été reconnu.
Les épreuves principales s’étaient aussi plutôt bien passées. Elle n’avait pas battu Gerkhen Kal Doon, mais elle avait réussi à ravir la deuxième place à Soliette.
« … Elly~ Ça fait longtemps~ »
Après avoir enchaîné sans encombre un nombre incalculable d’activités,
Elise revint à Endex au bout d’une semaine. Elle adressa un signe de tête à Layla, qui avait l’air épuisée, puis s’assit.
Mais son regard se retourna malgré elle.
La troisième place en partant du fond.
Shion y était assis.
Elise fit semblant de ne pas s’intéresser à lui.
« … »
Elle avait assisté aux cours de la Tour de magie. L’un d’eux portait sur l’attitude à adopter face à la vie. Quatre-vingt-seize pour cent de nos inquiétudes étaient inutiles.
Elle avait été d’accord à ce moment-là, mais maintenant que la situation se présentait, son esprit s’emballait de nouveau.
Merde.
« Haa… »
Elise avait toujours détesté Shion. La raison était simple : il avait causé un tort considérable à sa famille.
À cause de sa curiosité stupide, mon père n’avait pas été réélu, et il m’avait déçue.
Mais si je faisais le bilan, maintenant…
Si je comparais le tort que Shion avait causé à la famille et celui que la famille lui avait fait subir,
il n’y avait pas photo.
Je n’avais jamais eu de raison de le détester.
À vrai dire, il était plus juste de dire que les Petra avaient « récolté ce qu’ils avaient semé ».
En regardant Shion sans préjugés, on voyait qu’il travaillait dur. Il avait vaincu Gerkhen Kal Doon par ses propres efforts. Il avait du talent en Latinel et une sensibilité littéraire remarquable.
À partir de maintenant, elle n’avait donc qu’à l’accepter tel qu’il était, et chacun pourrait suivre sa propre voie.
Elle ne pouvait pas défaire ce qui était déjà arrivé.
« Ravi de vous revoir. »
Chedric arriva juste à temps.
« À partir d’aujourd’hui, vous avez un mois de vacances. Vous pouvez vous reposer tranquillement. Mais avant ça… »
Il distribua de petits bouts de papier aux élèves de dernière année.
« Devinez qui est votre Secret Friend et rendez-moi votre réponse. »
Le Secret Friend avait commencé dès le premier cours.
Elise examina le papier et réfléchit. Tant de gens avaient été gentils avec elle.
Elle écrivit vaguement [Brown].
Du moment que l’autre ne découvrait pas son identité, on gagnait le même point.
« Maintenant, révélez votre identité à votre Secret Friend. »
Le temps imparti aux devinettes écoulé, les élèves de dernière année se levèrent un à un. Kain rejoignit Delrick, Asher alla voir Kielli et Layla se dirigea vers Shion.
— Shion, c’était toi~ ! Tu n’as rien vu venir, hein ?
Layla sautillait, tandis que Shion la regardait comme s’il n’en croyait pas ses yeux.
Elise s’approcha de James. Ils suivaient le même cours de Latinel, et il l’avait beaucoup aidée pour le devoir.
« Elise, c’était toi ? »
« Tu ne l’avais pas deviné ? »
« Pas du tout. Je me demandais pourquoi tu m’aidais pour le devoir. »
La réaction de James la rendit fière. Elle se retourna pour s’en aller, quand…
« Hé. »
Quelqu’un lui barra le passage. Elise leva les yeux vers lui, sans se presser.
C’était Shion.
… C’était bizarre.
Leurs yeux n’étaient vraiment pas à la même hauteur.
Quand avait-il grandi à ce point ?
Même sur la pointe des pieds, elle ne l’atteindrait pas. À ce rythme, il devait presque faire la même taille qu’Asher.
« Tiens. »
Tandis qu’elle était perdue dans ses pensées, il lui tendit une carte.
« Qu’est-ce que c’est… »
Elise la prit sans réfléchir. Le nom [Elise Petra] y était inscrit.
« C’était moi, ton Secret Friend. »
« … »
Les pensées d’Elise s’arrêtèrent net.
Tout son corps se figea.
Une sueur froide lui coula du dos jusqu’au sommet du crâne, et ses paupières se mirent à trembler comme si elle manquait de magnésium.
« Tu ne peux pas le nier. »
À ces mots, toutes les pièces du puzzle s’emboîtèrent soudain.
La raison pour laquelle il l’avait aidée à Recordark, celle pour laquelle il l’avait sauvée à l’hôtel hanté.
À bien y réfléchir, c’était une explication beaucoup plus plausible que « il est amoureux d’elle ».
Elise avait étrangement négligé une raison pourtant évidente.
Son ange gardien.
« Euh… »
Elise contempla la carte d’un air absent.
« Je m’en vais. »
Shion lui fit un clin d’œil et s’éloigna. Il sortit de la Salle Clemen.
Restée seule, Elise sentit soudain une vive douleur lui marteler le crâne. Son visage la brûlait.
« Elly. C’est les vacances, tu veux venir chez moi ? »
Layla s’approcha. Elise chancela et s’assit à son bureau.
« Elly ? Elly, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es malade, Elly ? »
« Silence… une minute. »
Elle avait atrocement mal à la tête.
Quand l’embarras atteignait son paroxysme, ça provoquait des nausées, des vertiges et un cancer du cerveau ? Elle avait l’estomac noué, voulait soudain s’enfuir et, tenaillée par une envie de vomir insupportable, posa la main sur son front.
Elle avait l’impression que de la vapeur lui sortait des oreilles.
Pfouit ! Pfouit !
Elle entendait le bruit d’une bouilloire en train de chauffer.
« … Elly ! On dirait que ta tête va exploser, Elly ! Elle enfle, Elly ! On dirait un petit pain vapeur ! »
« Je… je m’en vais. »
Elise se retourna à toute vitesse.
« Où, où est-ce que tu vas ?! À l’hôpital ?! »
Affolée, elle s’élança hors de la Salle Clemen. Elle fila dans le couloir comme le vent.
Elle ne savait pas où elle allait.
Elle voulait seulement disparaître quelque part, n’importe où…