Chapitre 10
Endex (2)
La bibliothèque d’Endex avait toujours été parfaite. Ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute l’année, sa salle de lecture de près de 990 mètres carrés regorgeait de livres et disposait de nombreux équipements, comme des salles de travail en groupe et des salles de photocopie.
Bien sûr, tous les services étaient entièrement gratuits.
[À votre service]
: Achat d’articles, livraison, transfert et bien plus encore.
: Des petites courses aux tâches les plus complexes.
: Nous nous occupons de tout.
: Contactez-nous au #05 001-3021-4302. Ce numéro sécurisé ne révèle le numéro de téléphone d’aucune des deux parties.
« C’est assez intuitif, et très pratique. »
Grâce à ça, j’imprimai gratuitement des centaines de prospectus.
Le concept était simple : « On fait tout pour vous », et visait les étudiants riches et naïfs d’Endex.
Rien qu’en première, deuxième, troisième et quatrième années, l’école comptait trois mille élèves. Si l’on ajoutait les chauffeurs et les intendants qui accompagnaient les élèves nobles, sans oublier les familles de roturiers qui se déplaçaient en groupe, la population sur le campus dépassait toujours les dix à vingt mille personnes. Il me suffisait d’en afficher un peu partout à Endex pour qu’on me contacte de leur propre initiative.
« Hmm… »
Je jetai un œil à l’horloge.
Une heure du matin.
« Tant qu’à les avoir faits, autant les distribuer. »
Je n’avais rien d’autre à faire et, pour une fois, la journée s’annonçait particulièrement morne.
Il fallait dire que mon rythme de sommeil était anormal.
Parfois, j’étais si épuisé que je tenais à peine debout ; d’autres fois, j’étais aussi éveillé qu’un insomniaque.
« Bah, pourquoi pas. »
Je sortis avec une épaisse pile de prospectus sous le bras.
……
« Bâillement. »
Sans que je m’en rende compte, il était déjà dix heures.
Pendant neuf heures, j’avais distribué des prospectus presque partout dans les bâtiments d’Endex : entre les rayonnages de la bibliothèque, sur l’étagère au-dessus des toilettes, dans les ruelles entre les bâtiments, entre les bancs du parc, dans les vestiaires du gymnase, au plafond des salles de classe, en haut de la tour de l’horloge, sur les rebords des fenêtres de la cafétéria, sur les sièges du stade, dans les casiers du couloir, dans la salle de recherche magique, dans la salle des clubs, et ainsi de suite…
« Là, j’ai sommeil. »
Je me sentais lourd et commençais à piquer du nez.
Ding—
Mon téléphone sonna soudain.
Un texto.
Déjà un client ? me dis-je en l’allumant à la hâte.
[Avis d’ouverture du concours d’entrée à l’université]
Le lundi 3 mars débutera le concours d’entrée à l’université. Nous souhaitons bonne chance à tous les élèves d’Endex qui se présenteront aux épreuves.
Lieu : auditorium Valhalla d’Endex
Heure : 11 h
Veuillez noter que tout retard pourra entraîner de graves désavantages.
Le message annonçait l’ouverture du concours lundi prochain. Comme on était vendredi, c’était dans exactement trois jours.
« Le concours d’entrée à l’université… »
Le début de la quatrième année.
Je n’y avais jamais participé, mais je ne manquais pas de confiance en moi. À force de ramper au fond du trou pendant dix ans, j’avais acquis naturellement des techniques et des capacités physiques.
Mais, si je pouvais l’éviter, je n’introduirais pas dans mon corps le « Périon », l’artefact du futur dont je me souvenais grâce au « Bloc-notes ».
Pourquoi ?
Parce que j’avais le cancer.
* * *
Selenacio.
Une prestigieuse académie située dans le quartier le plus riche de la capitale d’Edsilla, où les puissants de tout le continent envoyaient leurs enfants à prix d’or.
Dans cet établissement qui ne retenait que les « vrais » élèves, évaluant minutieusement non seulement leur richesse, mais aussi leur lignée, leur talent, leur honneur et l’influence sociale de leur famille…
« Match final. Elise Petra l’emporte ! »
…Elise venait de terminer le « match », l’épreuve finale avant le début du concours d’entrée à l’université.
Waaaaah— !
Comme le match final du jour était ouvert à tous les élèves, des centaines de vivats et d’applaudissements s’abattirent sur elle comme une averse.
Au cœur de cette éblouissante lumière des projecteurs, Elise, l’idole de tous, tendit simplement la main au perdant, le visage impassible.
« Tiens. »
« Pourquoi ne m’as-tu pas laissé gagner, ne serait-ce qu’une fois ? »
Son adversaire n’était autre que Mel, le deuxième meilleur élève de Selenacio.
Il saisit la main gantée d’Elise et se releva.
« Tu as bien fait de ne pas aller à Endex. Là-bas aussi, on t’aurait fait tourner en bourrique, pas vrai ? »
C’était une sorte de provocation. Même Elise, première élève de Selenacio, se livrait à une compétition acharnée avec Gerkhen et Soliette, à Endex.
« Endex, hein ? Tu n’y entrerais même pas dans le top dix. »
Elise répliqua calmement, et Mel se rembrunit.
« Bravo. »
À cet instant, la directrice de Selenacio fit son apparition.
Elle remit un certificat à Elise en lui adressant un grand sourire.
[Lycée Selenacio, promotion 113 de 2013 — Première place]
[Elise Petra]
Elise le contempla en silence.
À vrai dire, elle avait davantage appris auprès des précepteurs réputés qu’elle avait engagés avec l’argent des Petra qu’à Selenacio. Mais la vraie valeur de l’établissement ne résidait pas dans l’enseignement : c’était le « réseautage ».
« Félicitations, Elise. »
« Merci. »
Elise inclina la tête aux paroles de la directrice.
« Les journalistes vous attendent. »
De nombreux recruteurs et journalistes se trouvaient juste au pied de la scène.
Les derniers exercices publics de cette prometteuse talentueuse six étoiles, dont le charisme crevait l’écran, feraient probablement le journal de vingt et une heures.
« Pourriez-vous dire quelques mots ? »
« Oui, je suppose. »
Elise était assez curieuse de découvrir le ton des reportages et des articles qu’ils allaient écrire.
Elle descendit lentement les marches de la scène. Aussitôt, une multitude de micros se tendirent vers elle.
« Mademoiselle Elise, vous êtes arrivée première au lycée Selenacio trois années de suite. Pourriez-vous nous faire part de vos impressions… »
« Selon vous, quels seront vos résultats au concours d’entrée à l’université ? De nombreux sites de paris donnent Gerkhen favori… »
« Gerkhen et Soliette, qui sont dans le même établissement, devraient être de sérieux concurrents… »
Comme prévu, les questions se ressemblaient. Depuis trois ans, on ne lui parlait que de Gerkhen et de Soliette.
En première année, ça l’agaçait beaucoup, mais elle s’y était désormais habituée.
« Mes résultats seront à la hauteur de mes performances. Ni plus ni moins. Après tout, la véritable compétition ne commence qu’une fois à l’université. »
Elise répondit d’un ton calme, le visage impassible.
……
— Mes résultats seront à la hauteur de mes performances. Ni plus ni moins. Après tout, la véritable compétition ne commence qu’une fois à l’université.
À la télévision, Elise répondait avec une froideur sans émotion. Elle qui désirait plus que tout être première faisait semblant de ne pas se soucier de ses concurrents. Faisait semblant de ne s’y intéresser absolument pas.
Quelle hypocrite.
« Cent soixante et onze centimètres. »
Le vieil homme annonça alors la taille mesurée à l’aide d’une toise.
« Tu as vraiment grandi ? Je trouvais juste que tu avais l’air grand. »
Ses sourcils tressaillirent, comme s’il était surpris.
« Je te l’avais dit. »
J’avais pris trois centimètres en un mois, mais ma croissance allait se poursuivre pendant un an. Avant de régresser, je mesurais un mètre quatre-vingt-seize ; j’allais donc probablement finir dans ces eaux-là.
« Dans un an, tu ne me reconnaîtras plus. »
Mes bras et mes jambes allaient s’allonger, mais mes os et mes muscles deviendraient aussi plus solides qu’à présent. Le mana émis par le noyau magique les renforcerait naturellement.
« Bon, j’y vais. »
Après avoir bien serré ma cravate d’uniforme, je m’étirai légèrement.
« En route pour le jardin ou je ne sais où. »
Le vieil homme ajouta d’un ton bourru :
« Tu as confiance en toi ? »
« Bien sûr. »
Je répondis aussitôt et m’engageai dans l’escalier du sous-sol.
« La première place… c’est un peu exagéré, mais je pense pouvoir finir dans les quinze premiers. »
« …… »
Peut-être ma confiance l’avait-elle pris de court.
Le vieil homme, l’air un peu ahuri, lâcha :
« Quel taré. »
* * *
Lundi, onze heures, auditorium Valhalla.
Parmi les nombreux bâtiments d’Endex, c’était celui qui ressemblait le plus à un temple. Je m’y dirigeais.
— Aaah… Alors, comment tu te sens ? Moi, je suis pas au mieux de ma forme.
De nombreux élèves se tenaient déjà devant l’entrée.
— Te monte pas la tête, espèce de connard. Regarde la manche d’aujourd’hui. Je vais te montrer… Oh, c’est Shion.
Alors que j’approchais lentement, une voix traînante m’interpella.
— Il participe vraiment, lui aussi. Aaah… tout à coup, j’ai le moral à zéro.
C’était Asher, comme prévu.
Je détaillai rapidement les deux types. Kain et Asher portaient sur l’épaule des sacs qui ressemblaient à des sacs de golf.
« Ah, tu es venu porter nos sacs de golf, je vois. »
Asher, qui venait de remarquer mon regard, s’approcha.
« Merci. »
Il me regarda de haut et me posa son sac de golf sur l’épaule. Puis il étira les lèvres en un sourire.
« ……Shion. Mais tu crois vraiment que tu peux y arriver ? Qu’est-ce que tu fous… Dégage. »
À ce moment-là, le responsable sortit de l’auditorium Valhalla. Asher me repoussa et afficha de nouveau un grand sourire.
« Merci. Je viendrai récupérer mon sac plus tard. Hé, Kain. Ça ne te dérange pas ? Notre Shion propose de le porter. »
« Fous le camp. Ce rat pourrait le voler. »
« …… »
Me traiter comme un larbin, c’était évident, mais à vrai dire, ce n’était rien.
Le jour où ce connard me regarderait de haut ne tarderait pas.
« Attention. »
Le surveillant prit la parole.
Pour info, il s’appelait Chedric. Détaché par l’Association universitaire auprès d’Endex, il faisait office de professeur principal des élèves de dernière année pendant un an.
« Il y a cent trente-trois participants au concours d’entrée d’Endex… c’est bien ça. »
Il compta nos rangs et hocha la tête.
« Nous allons commencer la première épreuve du concours. Entrez. »
Les élèves entrèrent alors dans l’auditorium Valhalla. Je les suivis, le sac de golf sur l’épaule.
« ……Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? »
Debout dans le hall, je regardai autour de moi.
Un long couloir s’étirait à l’infini dans une seule direction, bordé de portes disposées à intervalles réguliers.
« Placez-vous chacun devant une porte. »
Les cent trente-trois élèves se mirent en rang avec méthode. Les plus haut placés prirent les premiers numéros ; moi, qui portais naturellement un sac de golf aussi gros que mon corps, échouai devant la [Salle 133].
« Entrez tous. L’épreuve commencera à onze heures précises. »
Les élèves de dernière année ouvrirent presque tous leur porte en même temps. De l’autre côté se trouvait une pièce d’environ vingt-six mètres carrés, semblable à un studio. Une horloge était accrochée au mur et une pyramide transparente brillait sur la table, au centre.
Je savais ce que c’était.
« Un prisme. »
« ……Ah, attendez une minute. »
Alors que, pour une raison ou une autre, je commençais à m’inquiéter…
Tic-tac—
L’horloge sonna avec un bruit inhabituellement fort, annonçant onze heures précises.
Une voix descendit alors du plafond.
─ Nous allons commencer la première épreuve du concours d’entrée à l’université : le « test d’admissibilité ». Comme annoncé précédemment, tout échec vous fera perdre le droit de vous présenter au concours lui-même.
Le ton était raide et la voix grave.
C’était Chedric.
─ Vous êtes tous les cent trente-trois dans des pièces identiques. Pour commencer, vous remarquerez un objet au centre.
« Un prisme de mana. »
Chedric répéta alors les mêmes mots.
— « Prisme de mana ».
« …Tss. »
Je claquai la langue.
J’avais deviné en quoi consistait l’épreuve.
— L’épreuve de la première semaine porte sur ce prisme.
Un prisme de mana correctement fabriqué pouvait absorber les forces magiques et physiques.
— L’épreuve prendra fin dans exactement deux heures, à treize heures.
Si l’épreuve correspondait à ce que je pensais, ça allait être assez problématique.
Une énigme que je ne pouvais résoudre, ni maintenant ni jamais.
— Peu importe la méthode. La moindre « éraflure » sur le prisme de mana suffira pour réussir.
« Bon sang. »
Je sentis soudain ma nuque s’échauffer.
Un prisme de mana, c’était comme un oignon extrêmement dur. Il résistait fortement aux chocs extérieurs et, à moins d’analyser puis d’interpréter le flux de mana en son sein pour en briser la « structure », même la plupart des experts ne pouvaient pas le casser.
Il avait bien une faiblesse face à la force physique, mais sa résistance au mana atteignait quatre-vingt-dix-neuf pour cent, et sa résistance physique, quatre-vingt-dix pour cent. La différence était donc minime.
— Commencez.
Sauf que je n’étais pas encore un expert.
Je n’avais que mon corps et mon mana, mais j’étais mauvais dans tous les domaines : utilisation du mana, contrôle, coopération, adaptabilité, résistance… Je n’avais rien pour moi.
« Haa… »
Je soupirai et m’affalai dans le fauteuil, en me grattant la nuque échauffée.
« …Merde. »
C’était déjà fini ? Comme ça ?
Alors même après être mort et revenu à la vie, je ne pouvais pas venir à bout d’un seul prisme de mana ?
Combien de fois devrais-je mourir et revenir à la vie, alors ?
C’était ridicule…
« Attendez un peu. »
Une idée me traversa soudain l’esprit.
Je levai les yeux vers le plafond en tendant le cou.
« J’ai une question. »
Je m’adressai à la caméra dans un coin de la salle 133, à quelqu’un que je ne voyais pas.
« Est-ce que je peux utiliser des outils ? »
— …C’est autorisé.
À cette confirmation, une ampoule s’alluma dans ma tête.
Réfléchissons.
J’avais du Périon.
Plus précisément, le Périon était « mémorisé » dans le « Bloc-notes ».
Mais je ne pouvais pas faire apparaître le Périon dans mon corps physique.
Pourtant, je ne pouvais pas briser le prisme à mains nues, et mes problèmes de santé étaient trop graves.
Alors…
Et si j’appliquais ça à un « objet » plutôt qu’à « mon corps » ?
« …J’en sais rien, merde. »
Je le saurais en essayant.
Non, il fallait essayer pour le savoir.
Heureusement, j’avais déjà une arme.
Un très bon ami m’avait prêté quelque chose à l’avance, avec beaucoup de gentillesse.
Je sortis rapidement le driver le plus épais du sac de golf de luxe d’Asher.
J’ignorais si ça marcherait avec ça.
Mais c’était mon seul moyen, alors je ne voulais pas partir du principe que ça échouerait.
« … »
Je fermai les yeux et appelai calmement le Périon.
[——Chargement]
À cet instant, mon mana se consuma d’un coup. J’avais l’impression que j’allais perdre connaissance, mais impossible de savoir si ça avait marché. L’extérieur du club de golf n’avait pas changé.
Je le saurais en frappant.
« Hou… »
Je pris une grande inspiration.
Je saisis le club de golf à deux mains.
Quelqu’un aurait peut-être pu analyser la structure interne du prisme, perturber le circuit où circulait le mana et le démanteler avec précision, mais pas moi.
Je pris simplement position. Les deux bras au-dessus de la tête, le club de golf frôlant presque le plafond.
Je fis pivoter tout mon corps.
« —— ! »
J’abattis le club sur le prisme de toutes mes forces.