Chapitre 56
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Mémoires d’un régressé ◈
Chapitre 56 : Appelez-moi Seigneur
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Je regardai l’homme qui affichait un sourire étrange.
« Je suis Yi Do, le Protecteur direct du Grand Ancien. »
« Ha ha ! Parlez librement. J’ai beau être Protecteur depuis plus longtemps, il y a un écart de rang entre l’Ancien Neung-don et le Grand Ancien. Mettez-vous à l’aise. »
« Je suis très à l’aise ainsi. »
« Je vois. Quoi qu’il en soit, votre réputation m’est parvenue. Et les événements qui se sont déroulés ici, dans le Comté des Phénix, ont fait grand bruit au quartier général… »
Yi Maeng s’interrompit en jetant un regard aux objets entassés dans un coin.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Rien d’important. »
« Rien d’important… ? Il y en a pourtant beaucoup. De la soie, des pilules d’élixir, et même des armes martiales. Cette lance semble de belle qualité, à en juger par son tranchant. Cette épée n’est pas une lame célèbre, mais elle est tout à fait utilisable. Et ces robes, là-bas, ne viennent-elles pas du royaume de Yan ? »
« Vous avez décidément beaucoup de questions. »
Sentant l’atmosphère se tendre, Un Do-hyeon s’approcha discrètement de moi et posa la main sur la poignée de son épée.
Yi Maeng le regarda un instant, puis sourit.
« Si je vous ai offensé, je vous prie de m’excuser. Permettez-moi d’abord de vous expliquer la raison de ma venue. »
« Je vous écoute. »
« Pour commencer, le rapport soumis par notre Chef de branche a provoqué un véritable remue-ménage dans la secte. »
« Un remue-ménage ? »
« En effet. Certains éléments ne concordaient pas tout à fait, mais passons… »
Mon sourcil tressaillit.
« Certains éléments ne concordaient pas ? »
Peut-être contrarié par mon interruption, Yi Maeng fronça légèrement les sourcils. Puis il sourit de nouveau.
« …Oui. Avant tout, les deux cadavres suspendus dehors appartiennent à des membres de la branche de la Secte de l’Épée Asura. »
Je gardai le silence.
« Vous savez qu’il y a déjà trop peu de membres dans les branches, au point que le Maître du Pavillon Asura évite délibérément de leur confier des missions. Pourtant, au lieu de renforcer leurs rangs, vous les avez encore réduits. Certains anciens se demandent si vous ne cherchez pas à vous servir du soutien de la Secte de l’Épée Asura pour prendre le contrôle du Comté des Phénix. »
Je ne pus que rire.
« C’est ce que les gens racontent ? »
« Hélas, oui. Le Chef de secte a déclaré qu’il vous confiait entièrement l’affaire de la tragédie de la Branche des Trois Phénix, Yi Do. Mais l’Ancien Neung-don s’inquiétait de savoir si une enquête sérieuse pouvait être menée avec si peu de membres dans la branche. Il m’a chargé d’annoncer à leurs familles la mort de Wang Mu et de Jin Geon, puis de m’arrêter au Comté des Phénix pour vous transmettre ce message. »
« Vous êtes donc venu nous prêter main-forte ? »
« C’est exact. J’ai fait le voyage depuis le quartier général sans m’arrêter, alors je comptais me reposer un jour. Cela vous dérangerait-il que je reste ici ? »
« Faites donc. »
« Merci. Je ne me mêlerai pas de vos affaires, Yi Do. Faites comme si je n’étais pas là. »
Faire comme s’il n’était pas là…
Quelle drôle de chose à dire.
La suite de ses propos ne fut pas moins étrange.
« Au fait, quand comptez-vous envoyer ces objets au quartier général ? »
Une absurdité après l’autre sortait de sa bouche, et je ne pouvais m’empêcher de rire.
« Pourquoi faudrait-il les envoyer au quartier général ? »
« En temps normal, vous le devriez. Un artiste martial appartenant à la Secte de l’Épée Asura ne chercherait tout de même pas à satisfaire sa cupidité personnelle. Surtout que, si j’ai bien compris, les deux artistes martiaux qui se trouvaient à l’entrée sont morts parce qu’ils ont négligé leurs devoirs et cherché à s’enrichir. Faudrait-il que cela se reproduise ? »
« Je crois que vous vous trompez sur les raisons de leur mort. »
« Vraiment ? »
« Wang Mu et Jin Geon sont morts parce qu’ils ont conspiré avec la Secte du Poing brise-ciel et tué des membres de leur propre branche. Et ils ne se sont pas contentés de les tuer : ils les ont violés et assassinés. Ce n’étaient même pas des ennemis, mais des membres de la même branche. Aurais-je dû les laisser en vie ? »
« Je suis désolé, mais cela ne correspond pas au rapport que j’ai lu. On m’a dit qu’il s’agissait simplement d’une affaire de cupidité personnelle. La Secte du Poing brise-ciel était impliquée ? Avez-vous des preuves ? »
« Je croyais que vous m’aviez dit de faire comme si vous n’étiez pas là. Vous vous mêlez un peu trop de l’affaire. »
« Ha ha ha ha ! Ne vous inquiétez pas. Faites comme si je n’étais pas là. Qu’est-ce que ça peut changer qu’un absent dise quelques mots ? N’y prêtez pas attention. Ha ha ha. »
C’était amusant. Ses intentions étaient si évidentes qu’elles en devenaient intéressantes.
Je me demandais jusqu’où il irait.
Yi Maeng, qui s’apprêtait à reprendre la parole, tourna la tête.
« Hum… On dirait que nous avons de la visite. »
Je les avais sentis, moi aussi. Un bruit assez fort venait de l’extérieur, comme si l’on déplaçait quelque chose.
Yi Maeng sortit le premier. Un Do-hyeon et moi le suivîmes.
Le Chef du clan Hong, Hong Chik-seo, était là avec son deuxième fils, Hong Ja-myeong, qui était désormais l’héritier du clan.
Dès qu’il m’aperçut, Hong Chik-seo me salua les mains jointes.
« Chef de branche, comment allez-vous ? »
Après avoir répondu à son salut, je demandai aussitôt :
« Qu’y a-t-il ? »
« Rien de grave. Vous avez vengé notre caravane marchande. Voici un modeste présent de notre part, Chef de branche. »
Je tournai les yeux vers les cadeaux.
Il y avait assez d’objets de valeur pour remplir cinq charrettes. Rien ne les recouvrait, comme s’ils voulaient me laisser tout examiner à ma guise.
Des armes martiales, des ressources de cultivation, plusieurs racines de ginseng réputées bonnes pour la santé, des vêtements et des sous-vêtements.
« J’apprécie votre cadeau, mais tout n’est pas terminé. Ce n’est que le début. Vous relâchez déjà votre vigilance ? »
Hong Chik-seo agita les mains.
« Non, pas du tout. Mais… nous voulions au moins vous faire part de nos sentiments. »
« Je comprends ce que vous ressentez. Inutile de me prouver votre sincérité de cette façon. »
Hong Chik-seo me regarda, visiblement ému.
« J’accepte ce que vous avez apporté. Ne relâchez pas votre vigilance. »
« Bien sûr. Nous voulions simplement vous montrer notre sincérité. Sur ce, nous allons prendre congé. »
« Bon voyage. »
« Oui. »
Le père et le fils du clan Hong repartirent le sourire aux lèvres, en emmenant les porteurs avec eux.
Nous nous retrouvâmes de nouveau seuls.
Yi Maeng sourit.
« Je ne doute pas que vous enverrez également ces objets de valeur au quartier général. »
« Pourquoi devrais-je aussi les envoyer ? »
« …Vous demandez cela parce que vous ne le savez vraiment pas ? »
« Je demande parce que je ne le sais pas. »
« Ha ha… Écoutez, Chef de branche. Quels que soient vos exploits, la récompense que vous recevrez sera finalement décidée au quartier général de la Secte de l’Épée Asura. Il faut d’abord remettre ces objets à l’entrepôt du quartier général. Ils les répartiront à leur convenance et vous en accorderont une certaine part ; mieux vaut donc ne pas se montrer cupide. »
« C’est la loi de la Secte de l’Épée Asura ? »
« Hum… Ce serait plutôt une coutume qu’une loi. »
C’était absurde. Je n’avais jamais entendu parler d’une telle chose.
« Mais… il y a une autre solution. »
« Laquelle ? »
« Pourquoi ne pas les envoyer à l’Ancien Neung-don ? Vous savez sûrement que l’actuel Maître du Pavillon de l’Administration financière a obtenu son poste grâce à la recommandation de l’Ancien Neung-don. Si vous les lui envoyez, il aura une bonne opinion de vous. Il vous en attribuera alors une part bien plus importante que d’habitude. »
Ses intentions étaient trop évidentes.
Ce que je comptais faire allait toucher Neung-don en plein dans son point faible.
Si je lui envoyais ces objets de valeur, on y verrait une offre de réconciliation.
Autrement dit, Yi Maeng me demandait de m’allier à Neung-don et d’étouffer l’affaire dans l’œuf.
Je l’avais écouté pour voir jusqu’où il irait, et voilà que tout se terminait ainsi.
Il avait sans doute recours à des méthodes similaires pour rallier à sa cause les artistes martiaux de la secte.
C’en était presque mignon.
Comme je ne répondais pas, Un Do-hyeon, qui avait gardé le silence jusque-là, s’avança.
« J’ai assez écouté. Vous ne trouvez pas que vous allez trop loin ? »
Le visage de Yi Maeng se durcit aussitôt.
« …Il y a donc un vermisseau à la Branche des Trois Phénix qui ne connaît pas sa place. Comment un simple membre de branche ose-t-il interrompre une conversation entre Protecteurs ! »
Yi Maeng cria et libéra même son intention meurtrière, mais Un Do-hyeon ne cilla pas.
J’éprouvai une certaine compassion pour Yi Maeng, mais Un Do-hyeon avait presque constamment subi l’intention meurtrière que je dégageais autour de lui. Comparé à cela, ce n’était qu’un jeu d’enfant.
Un Do-hyeon s’avança.
« Tout ce qui se trouve ici, ainsi que les objets de valeur entreposés dans la cave, a été offert à notre Chef de branche par les habitants du Comté des Phénix. Rien ne justifie de les envoyer au quartier général de la Secte de l’Épée Asura. Même si on les y envoyait, cela ne pourrait se faire que si notre Chef de branche le décidait. Je ne trouve pas normal que vous veniez ici pour nous mettre ainsi la pression. »
« Pas normal ? Comment un simple membre de branche ose-t-il… »
Yi Maeng s’avança. Il me dépassa et s’arrêta devant Un Do-hyeon, le regardant de haut.
« Répète ça. »
Un Do-hyeon ouvrit la bouche.
« Décider d’envoyer ou non tout ce qui se trouve ici au quartier général revient entièrement à… »
Clac !
La tête d’Un Do-hyeon partit sur le côté. Une vive marque rouge se dessina sur son visage.
« Encore. »
Un Do-hyeon releva la tête.
« Rien de ce qui se trouve ici ne regarde le quartier général… »
Clac !
Un Do-hyeon tomba à genoux. Du sang coula de la commissure de ses lèvres.
Il se releva et lança un regard meurtrier à Yi Maeng.
« Dois-je le répéter ? »
« …Ton courage est admirable, mais ton arrogance est devenue insupportable. Très bien. Continuons. Répète-le. »
Il fallait éclaircir un point.
Un Do-hyeon était bel et bien membre de la Branche des Trois Phénix de la Secte de l’Épée Asura.
Mais était-il loyal envers la Secte de l’Épée Asura ?
Pas du tout.
Être membre d’une branche n’avait rien à voir avec la loyauté envers la secte.
Un Do-hyeon n’éprouvait aucune affection pour la Secte de l’Épée Asura.
Ce n’était peut-être pas de la haine, mais il n’en était pas loin. Sa loyauté n’allait pas à la Secte de l’Épée Asura, mais à moi.
C’était aussi la raison pour laquelle il avait interrompu la conversation entre Yi Maeng et moi.
« Notre Chef de branche a suivi un chemin si rude qu’il a hérité du surnom de Lame démoniaque cruelle. Pourtant, vous avez été incapable de tenir vos subordonnés. Qu’y puis-je ? En tant que Protecteur plus expérimenté, je vais vous montrer comment on les tient. »
Il allait tendre la main.
J’avais voulu continuer à observer, mais cela suffisait.
La détermination d’Un Do-hyeon, son courage et la profondeur de la confiance qu’il m’accordait.
J’en avais désormais la certitude.
Cela suffisait.
Tout se passa en un instant.
Frrt !
Un bruit de lame tranchant l’air retentit, et la main levée de Yi Maeng tomba au sol.
Il affichait une expression hébétée. Son niveau était celui des Trois fleurs se rassemblent au sommet. Ce n’était pas rien, mais la distance qui nous séparait était trop courte.
Et il m’avait tourné le dos.
Qu’y avait-il à ajouter ?
Je pivotai et balayai l’air d’un coup de jambe. Mon talon percuta la tempe de Yi Maeng.
Boooum !!
« Argh ! »
Je retournai l’Épée du Dragon des Nuées dans ma main.
Puis je l’enfonçai violemment dans le bas du dos de Yi Maeng, qui gisait lamentablement, à moitié enfoui dans le sol.
Chlak !
Bang !!
« Guh… Guh… »
Un vent violent souffla dans toutes les directions.
C’était tout à fait normal.
Un maître du niveau des Trois fleurs se rassemblent au sommet venait de voir son dantian détruit. Le qi qu’il contenait jaillit dans toutes les directions. J’aurais été déçu qu’une bourrasque ne suive pas.
Je lâchai la poignée de l’épée et m’approchai d’Un Do-hyeon, qui était toujours à genoux.
Il prit la parole.
« …Pourquoi… avez-vous fait ça ? »
Je le regardai en silence, puis lui posai la question, comme si elle m’était venue sans importance.
« Tu étais inquiet ? »
« … »
« Tu pensais que j’accepterais la proposition de ce salaud et de Neung-don ? »
Un Do-hyeon secoua fermement la tête.
« Non. »
« Alors, pourquoi es-tu intervenu ? »
« …J’étais en colère. »
« Pourquoi ? Parce que tu ne me faisais pas confiance, ou parce que tu étais en colère contre toi-même de ne pas me faire confiance ? »
« Ni l’un ni l’autre. Je ne sais pas exactement quel genre d’homme vous êtes, Chef de branche, mais je sais que vous tenez toujours vos promesses. Le chemin que vous avez parcouru en témoigne. Vous vengerez à coup sûr ma sœur. Je voyais bien que ce stratagème grossier visait à ébranler quelqu’un comme vous. Je savais qu’il ne vous ferait pas changer d’avis, mais j’étais furieux qu’ils vous prennent assez de haut pour essayer. »
Je souris.
« Sais-tu pourquoi je suis resté à te regarder te faire frapper ? »
« … »
« Tu as interrompu notre conversation sans en avoir reçu l’ordre. Peu importe à quel point tu le détestes, c’est un Protecteur. Il occupe une fonction au sein de la secte. Si tu me sers, ne devrais-tu pas au moins éviter de faire quelque chose qui me déshonorerait ? »
La loyauté et la protection étaient au fondement de toute relation entre un seigneur et son serviteur.
Le seigneur protégeait l’honneur de son serviteur, et le serviteur obéissait aux paroles de son seigneur.
Une fois ce lien brisé, il n’y avait plus de raison de parler de seigneur et de serviteur.
« Sais-tu pourquoi je suis intervenu à ce moment-là ? »
« …Non. »
« Parce que tu allais dégainer ton épée. »
J’étais certain qu’Un Do-hyeon s’apprêtait à la dégainer.
« Si tu l’avais dégainée, ce salaud t’aurait tranché la tête sur-le-champ. »
Il ferma les yeux très fort.
« Voilà pourquoi je suis intervenu, Un Do-hyeon. »
Il leva les yeux vers moi.
« …Oui, Chef de branche. »
« À qui va ta loyauté ? »
« …À vous, Chef de branche. »
« Alors ne devrais-tu pas changer la façon dont tu m’appelles ? »
« …Comment ? »
Un sourire se dessina sur mes lèvres.
« À partir de maintenant, appelle-moi Seigneur. »
Je tournai les talons, ma robe flottant derrière moi.
Yi Maeng était étendu face contre terre. Il me lançait un regard injecté de sang.
Crac !
Je lui écrasai la tête sous mon pied.
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