Chapitre 55
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Memoir of a Regressor ◈
Chapitre 55 : Le Culte radieux
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Le Culte radieux était un ordre religieux qui avait existé dans un passé lointain. Il avait complètement disparu du monde, avant de refaire surface lors de la Guerre entre orthodoxes et démons, qui éclaterait dix ans plus tard.
Son influence était immense.
Sous la direction de la grande ancienne Ak Nan, l’organisation avait noyé le Monde martial de Jeok dans le sang. Mais, avec le temps, ses membres avaient fini massacrés les uns après les autres.
Naturellement, la Voie Orthodoxe sortirait victorieuse de la Guerre entre orthodoxes et démons. Elle finirait par éliminer jusqu’au dernier démon.
Je regardai Ak Nan avec une pointe de compassion.
Je me souvenais de son nom parce que sa fin avait été plus pitoyable que je ne l’aurais cru.
Il fallait aussi mettre une chose au clair : le Souverain de l’Épée était un artiste martial.
Deux choses le rendaient fou.
Les arts martiaux et les femmes.
Les gens pensaient que le Souverain de l’Épée était uniquement obsédé par les arts martiaux. Ils ne savaient rien d’autre.
Et même s’ils le savaient, ils faisaient semblant de ne pas voir. Ils n’avaient pas le choix.
Parce qu’il était puissant.
Ak Nan était belle. C’était indéniable.
Après avoir perdu tous ses arts martiaux, elle était devenue le jouet du Souverain de l’Épée pendant trois ans. Lorsqu’il s’en était lassé, il l’avait livrée à un bordel. Elle y avait passé deux ans, les quatre membres entravés, jusqu’à ce que Myeong-hyeon, pris de pitié pour elle, mette fin à ses jours.
Voilà comment elle était morte.
« Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
Je n’étais pas particulièrement compatissant, et je n’étais pas non plus du genre à ne pas supporter l’injustice, mais je pouvais au moins éprouver de l’empathie.
C’était regrettable qu’une femme aussi sûre d’elle connaisse une telle fin, mais ce n’était pas mon problème. Elle n’était ni des miens ni quelqu’un qui m’était lié.
Je rengainai mon épée.
« Alors tu as enfin dissipé ton malentendu. »
« Je te crois. Mais c’est tout. »
« Hum ? »
« Le Culte radieux ne m’intéresse pas. Va-t’en. »
« …Pourquoi ça ne t’intéresserait pas ? Ça ne te surprend pas qu’un ordre disparu depuis des siècles soit toujours bien vivant ? Tu connais mon royaume. Ça devrait t’intéresser, non ? »
« Ça m’intrigue, mais ça ne m’intéresse pas. »
« Alors pourquoi ? Puisque tu vas de toute façon servir Dokgo Dan-ya dans la Secte de l’Épée Asura, pourquoi ne pas simplement rejoindre notre Culte radieux… ? »
« Je sers Dokgo Dan-ya ? »
Le coin des lèvres d’Ak Nan tressaillit.
« Ce n’est pas le cas ? »
« Si c’est l’impression que je donne, alors j’ai encore moins de raison de partir avec toi. »
« …Eh bien, ça alors… Ne me dis pas que… tu es ce genre d’homme ? »
« Je ne sais pas ce que tu veux dire, mais toi et moi n’avons rien à voir l’un avec l’autre. Je passerai l’éponge sur ce que tu as fait à la caravane du clan Hong. J’espère que nous n’aurons plus aucune raison de nous mêler l’un de l’autre. »
Je m’apprêtais à passer devant elle lorsqu’elle reprit la parole.
« Alors tu es un homme ambitieux ? »
Je m’arrêtai et me retournai.
« Tu n’as pas pris la Secte de l’Épée Asura comme soutien… Tu comptes tout avaler en partant de la base ? »
À proprement parler, ce n’était pas tout à fait ça, mais elle n’était pas loin de la vérité.
Comme je l’avais déjà dit, je n’étais pas du genre à servir qui que ce soit. Et si je devais le faire, il n’y aurait qu’une seule personne.
Je ne comptais servir que mon maître.
Myo Man-ri, Dokgo Dan-ya.
Je ne servirais ni l’un ni l’autre.
« Je t’apprécie encore davantage, maintenant. Puisque tu dis toi-même que tu n’en veux pas, je n’ai rien à ajouter. »
À un moment, la pluie torrentielle qui s’abattait du ciel s’était muée en bruine.
« Hum, je crois avoir une petite idée du genre d’homme que tu es… On pourrait se faire une promesse ? »
« Quelle promesse ? »
« Si le Culte radieux s’en prend un jour à toi, ce ne sera jamais la volonté de tout le Culte. Et si cela arrive, j’espère que tu ne le considéreras ni comme une dette ni comme une rancune. »
Contre toute attente, Ak Nan adoptait une attitude humble.
La raison était évidente : elle me laissait une porte de sortie. Cette grande démone m’appréciait beaucoup trop.
« Mais ça me gêne un peu de dire tout ça les mains vides. Il faut bien que les gens donnent et reçoivent quelque chose en retour. »
« Qu’est-ce que tu essaies de me dire ? »
Ak Nan eut un étrange sourire.
« La Forteresse des Assassins s’est mise au service de la Secte du Poing brise-ciel. »
Je le savais déjà. Ak Nan poursuivit :
« Le Roi fantôme du Massacre noir, Mun Hu, maître de la Forteresse des Assassins, a rencontré en personne le chef de la Secte du Poing brise-ciel et conclu un accord. Les conditions étaient plutôt absurdes. On pourrait appeler ça un marché… Tu sais de quoi il s’agissait ? »
« Non. »
« Gong Wi-ryang a exigé de Mun Hu qu’il recrute plusieurs anciens de la Secte de l’Épée Asura pour pouvoir intégrer la secte. Mun Hu a répondu qu’ils utiliseraient tous les moyens nécessaires pour te tuer et a demandé à Gong Wi-ryang de faire disparaître les traces ensuite. Tu vois le tableau, n’est-ce pas ? »
Je le voyais très bien.
« Pas la peine de me remercier. Vis longtemps. Quand nous nous reverrons, nous ne serons toujours pas ennemis, comme nous ne le sommes pas aujourd’hui. Alors, nous prendrons un verre. »
Ak Nan s’éloigna. Le motif de fleurs de prunier brodé sur sa robe attirait particulièrement le regard.
Et en y regardant de plus près, elle n’avait pas atteint le Royaume du Retour des Cinq Qi à l’Origine, mais celui de la Création.
Je l’interpellai :
« Ak Nan. »
Elle se retourna.
« Tu m’as donné trop d’informations. »
« Tu le sais, toi. »
« J’en sais assez. Alors je vais te donner deux informations en retour. Évite tout conflit avec la Secte de l’Épée Impériale. Et si jamais tu tombes entre ses mains, tue-toi sans hésiter. Même si ton dantian est brisé et tes membres immobilisés, trouve un moyen de faire éclater ton cœur et ta tête avec la moindre trace d’énergie interne. »
Plus je parlais, plus les sourcils d’Ak Nan se fronçaient.
Sa réponse me surprit quelque peu.
« …C’est une chose bien étrange à dire. Qu’est-ce que tu sais, au juste ? »
Ak Nan en savait donc elle aussi pas mal sur le Souverain de l’Épée. C’était assez intéressant.
Je répondis comme si je lançais ces mots au hasard :
« Je connais les penchants du Souverain de l’Épée. »
« … »
« Je t’ai prévenue clairement. Quoi que tu aies fait jusqu’ici, si tu veux mourir en artiste martial, ou au moins en être humain, souviens-toi de mes paroles. »
Je me détournai. Je n’avais plus rien à faire ici.
Je sentais le regard d’Ak Nan dans mon dos, mais je n’y prêtai pas attention.
« Tu t’inquiètes pour moi ? »
Je ne lui répondis pas.
M’inquiéter, mon œil.
« Je vais te poser une dernière question. J’espère vraiment que tu répondras, cette fois. Tu connais la situation actuelle du Culte radieux ? »
Je m’arrêtai et regardai derrière moi.
« Tu crois que je pourrais le savoir ? »
« …Un étranger ne devrait pas être au courant, mais tu sembles savoir. Tu sais aussi que les factions sont divisées ? »
Je ne répondis pas.
Mais elle dut lire la réponse sur mon visage, car Ak Nan éclata de rire, incrédule.
« Alors tu le sais. C’est à devenir fou. Vraiment. »
« Tu as autre chose à dire ? »
« …Maintenant, oui. »
« Vas-y. »
« Si tu ne veux pas rejoindre le Culte radieux, que dirais-tu de faire alliance avec moi, personnellement ? »
« Qu’est-ce que j’y gagnerais ? »
« …Eh bien, je n’y ai pas réfléchi en détail, mais ça pourrait nous être utile à tous les deux, de bien des façons, non ? Que nous cherchions les ennuis ou que nous nous retrouvions emportés par eux, tant que nous serons dans le monde martial, ce serait rassurant de pouvoir compter l’un sur l’autre. »
« Tu appartiens à une organisation instable. »
Ak Nan pinça les lèvres.
« Tes ennemis deviendraient les miens. Il faut m’offrir un avantage qui vaille la peine de porter ce fardeau. Dire simplement que nous devrions devenir alliés et nous protéger mutuellement n’est pas une réponse concrète. Pourquoi accepterais-je ta proposition ? »
Après tout, la Secte de l’Épée Asura était déjà instable. Devais-je m’allier à quelqu’un du Culte radieux, tout aussi instable ?
Me mettre à leur service ? En faire partie ?
Il y avait des limites aux décisions stupides.
« …Tu es difficile. »
« Je n’ai aucune raison de m’allier à quelqu’un en qui je ne peux pas avoir confiance. »
« Tu pourrais au moins me laisser une chance de gagner ta confiance. »
« Ce n’est pas ce que je fais, là ? »
Ak Nan pencha la tête.
« Fais-moi une offre assez tentante pour me faire changer d’avis. Alors, j’y réfléchirai au moins. »
Je me détournai et repris mon chemin en silence.
Je sentais Ak Nan me regarder, mais je l’ignorai.
C’est ainsi que je franchis le mont Bibong et arrivai à l’entrée du Comté des Trois Phénix.
Un homme s’y tenait, trempé jusqu’aux os. L’eau ruisselait de lui. Je pouvais deviner depuis combien de temps il attendait là.
Un Do s’inclina en joignant les mains.
« Vous avez fait du bon travail. »
J’acquiesçai.
« Entrons. »
« Oui. »
* * *
Yi Do connaissait un nombre considérable d’arts martiaux.
Il connaissait non seulement ceux qui avaient été perdus dans le passé, mais aussi les techniques pratiquées par bon nombre d’artistes martiaux encore en vie.
Il y avait deux raisons à cela.
La première, c’était qu’il avait tué énormément de gens. La plupart de ces artistes martiaux portaient leur manuel secret dans la poche de poitrine. Ils espéraient sans doute que leur art serait transmis à quelqu’un, d’une manière ou d’une autre. Yi Do avait ainsi acquis un bon nombre d’arts martiaux.
L’Art divin du Dragon écarlate du Seigneur divin du Dragon écarlate, commandant du Corps du Dragon azur de l’Alliance martiale, en était un exemple.
L’autre raison était que, dans sa vie précédente, Yi Do avait eu de nombreuses organisations pour ennemies.
Parmi elles se trouvaient la Secte de l’Épée Impériale et l’Alliance martiale.
D’autres groupes étaient également puissants, mais ces deux-là étaient les plus grands. C’étaient aussi les plus difficiles à affronter.
Ce qui était intéressant, c’est qu’en attaquant ces deux organisations, Yi Do avait découvert leurs secrets.
Toutes deux collectionnaient les arts martiaux.
Pas seulement ceux de la Voie Orthodoxe, mais aussi les arts démoniaques.
Sous le Pavillon des archives célestes de la Secte de l’Épée Impériale se trouvait un espace secret qui renfermait d’innombrables arts démoniaques et les arts martiaux d’artistes du passé.
Il y avait aussi les Archives des arts martiaux, auxquelles seuls le chef et le chef adjoint de l’Alliance martiale pouvaient accéder.
Yi Do s’était rendu à maintes reprises dans ces deux endroits. C’était ainsi qu’il avait appris ces arts martiaux : des techniques perdues du mont Hua, de la secte Jeomchang, et même de la secte des Mendiants et de Shaolin.
Aucune de ces organisations n’était irréprochable.
Yi Do ne cherchait pas à se justifier. Il ne regrettait rien de ce qu’il avait fait et se moquait de l’opinion des autres.
Il avait eu des dettes et des rancunes, et il les avait réglées.
Le fait qu’il n’ait jamais nié être le Fou Vénérable suffisait à le prouver.
Cependant…
Certains, contrairement à Yi Do, avaient été qualifiés de démons alors qu’ils n’avaient commis aucun crime.
De nombreux artistes martiaux puissants, animés par un profond sens de la chevalerie et dévoués à la justice, avaient été traqués par l’Alliance martiale et la Secte de l’Épée Impériale.
L’Empereur de l’Épée, l’un des Dix plus grands maîtres du Monde martial de Jeok, était l’un d’eux.
L’Empereur de l’Épée, Sim Seon-ryong.
Dernier descendant de la secte de l’Épée de Changnyeong, jadis anéantie, cet artiste martial était mort une vingtaine d’années avant cette époque, après avoir été dénoncé comme un démon pour avoir, prétendument « sans raison », massacré trois districts administratifs de la Nation Jeok.
En réalité, le Seigneur céleste de l’Alliance martiale avait commis ces actes en cherchant des remèdes spirituels, puis les lui avait attribués. On l’avait traqué. Jusqu’à sa mort, il avait clamé son innocence, mais personne ne l’avait écouté.
Les dirigeants du monde martial l’avaient voulu ainsi. Impossible de revenir là-dessus.
Il pratiquait un art de l’épée appelé Formule de la véritable épée des Cinq Éléments. À chacun de ses coups, l’énergie des Cinq Éléments prenait forme sous les yeux de tous et déchirait d’un coup tout ce qui se trouvait sur la trajectoire de sa lame.
C’était la Formule de la véritable épée des Cinq Éléments que Un Do pratiquait à présent. Son niveau était encore lamentable, mais il progresserait avec le temps.
« Un Do. »
Il interrompit son mouvement d’épée.
« Oui, Chef de branche. »
« Ça suffit pour l’instant. Y a-t-il des difficultés avec ta méthode de cultivation ? »
Un Do secoua la tête.
« Aucune, mais mon niveau est encore faible. Je ne parviens pas encore à ressentir pleinement les Cinq Éléments. »
C’était compréhensible.
« Tu es encore au stade des Cinq dragons honorent le sage. Quand tu atteindras celui des Trois fleurs se rassemblent au sommet, tu progresseras davantage. Prends quelques remèdes spirituels là-bas. »
« …Merci. »
Yi Do se connaissait bien.
Il n’était pas dépourvu de talent pour enseigner, mais il n’excellait pas particulièrement dans ce domaine non plus.
Il ne fallait toutefois pas négliger l’expérience. Puisqu’il avait déjà atteint le Royaume de la Création, il pensait pouvoir au moins relever quelques défauts et erreurs dans les arts martiaux.
C’est alors que cela arriva.
« Ah, te voilà donc. »
À cette voix inconnue, Yi Do et Un Do se retournèrent en même temps.
Un homme se tenait à l’entrée du sous-sol.
Yi Do et Un Do portaient les robes des artistes martiaux de la Secte de l’Épée Asura. On y voyait un char et des flammes. La robe de l’homme arborait elle aussi un motif distinctif.
Un char blanc aux flammes dorées.
Au sein de la Secte de l’Épée Asura, la couleur or désignait les anciens et les chefs de secte.
Un char rouge aux flammes dorées indiquait un ancien. Un char doré aux flammes dorées désignait le chef de secte.
Le char blanc aux flammes dorées que portait l’homme devant eux désignait un Protecteur.
« Enchanté. Je suis Yi Maeng, le Protecteur attitré de l’Ancien Neung-don. »
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