Chapitre 5
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Mémoires d’un Régressant ◈
Chapitre 5 : Hiérarchie
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Le plan conçu par les deux dames n’avait tenu aucun compte des avis de leurs deux fils, Yi Jeong et Yi Won.
À vrai dire, ce n’avait rien d’inhabituel.
Bien qu’ils prissent part aux affaires, grandes et petites, du clan, leurs opinions finissaient toujours par se confondre avec celles des deux dames.
En un sens, on aurait pu parler d’un pouvoir exercé derrière le rideau.
Mais cela signifiait aussi que les deux hommes finissaient toujours par se plier aux désirs des deux dames.
Les deux hommes étaient entrés sur le mont Myeongwolsan et y soumettaient les bandits.
Les exterminer jusqu’au dernier.
Ne pas même en laisser les racines.
Le plan visait à faire échouer l’entreprise commerciale de Yi Do et à l’isoler davantage encore au sein du clan, où il l’était déjà.
Le plan avait échoué, mais son intention profonde n’était pas différente de celle de deux hommes, rivaux pour le poste de Jeune Chef de clan, qui s’alliaient pour attaquer le clan Yi.
Le Chef de clan n’était pas encore au courant, mais si Yi Se-geuk l’apprenait, les deux hommes se retrouveraient sans aucun doute dans une situation très délicate.
Il fallait étouffer l’affaire.
Parmi les deux, Yi Won se comportait de manière un peu étrange.
Une journée entière s’était écoulée depuis son départ du comté de Jangnyeong pour le mont Myeongwolsan, et pourtant il affichait toujours l’air de quelqu’un qui rêvait.
« …Mais qu’est-ce qui lui est arrivé, à celui-là ? »
Il n’y comprenait rien.
Quand Yi Do lui avait saisi l’épaule avant leur départ pour le mont Myeongwolsan, Yi Won s’était transformé en pauvre chiot tremblant devant un ours.
Il ne comprenait pas.
Yi Won avait déjà atteint le Royaume d’Entrée du Qi et était sur le point d’accéder au Royaume de Circulation.
Ça avait été terrifiant.
Il ne parvenait toujours pas à oublier le regard de Yi Do.
Il avait eu l’impression que sa vie pouvait s’achever à tout instant.
Comme si, à la moindre réponse maladroite, ses membres allaient être arrachés sur-le-champ.
« …Quelque chose cloche, c’est certain. »
Il était désormais certain que Yi Do avait changé.
Cela signifiait qu’il deviendrait un obstacle de taille à l’accession de Yi Won au poste de Jeune Chef de clan.
Plusieurs idées s’insinuèrent dans l’esprit de Yi Won.
Et si Yi Do n’avait aucun intérêt pour le poste de Jeune Chef de clan ?
Les méthodes de Yi Do, cette cruauté qui le faisait paraître comme un tout autre homme…
S’il parvenait à l’exploiter, Yi Do ne ferait-il pas la meilleure lame qui soit ?
« Petit frère. »
Yi Won revint à lui.
Son frère aîné, couvert de sang de la tête aux pieds, le regardait avec douceur.
« Ressaisis-toi. Même si ces bandits sont faibles, tu peux toujours te faire surprendre par une lame perdue. »
Ses paroles semblaient inquiètes, mais Yi Won ne les interpréta pas ainsi.
Il regarda autour de lui. Au-delà des centaines de cadavres de bandits, les artistes martiaux du clan Yi les observaient.
Voilà pourquoi.
Yi Jeong avait remarqué ces regards. Il s’approcha de Yi Won, posa une main sur son épaule et lui murmura à voix basse :
« Je ne pourrai pas toujours réparer tes conneries. Reprends-toi, espèce d’abruti. Tu croyais venir pique-niquer ? »
« …Grand frère… »
« Espèce de putain d’idiot. J’adorerais te tuer, mais cette foutue lignée… Tss. »
Son ton n’avait rien à voir avec son expression affable.
Yi Won fixa, hébété, le dos de Yi Jeong qui s’éloignait.
Voilà le genre d’homme qu’il était.
Un hypocrite, le parfait exemple de celui qui s’inclinait devant les puissants et se montrait tyrannique envers les faibles.
Il n’hésitait jamais à insulter ou menacer quiconque qu’il jugeait inférieur par son statut ou sa force. Ses histoires avec les femmes étaient tout aussi lamentables. Il avait déjà mis cinq courtisanes enceintes.
Yi Won en était certain.
Si ce salaud devenait le prochain Chef du clan Yi, il ne faudrait pas longtemps pour que le clan Yi s’effondre.
Alors, soudain, les paroles de Yi Do lui revinrent à l’esprit.
« Pour qu’un secret garde sa valeur, mieux vaut que le moins de gens possible le connaissent, non ? »
Pour une raison ou une autre, elles prenaient désormais un autre sens.
Si trois personnes connaissaient une vérité et que deux d’entre elles accordaient leurs versions, qu’adviendrait-il de la troisième ?
Au bout du compte, les paroles des deux qui étaient d’accord ne finiraient-elles pas par devenir la vérité ?
« Petit frère, qu’est-ce que tu fabriques ? Pourquoi tu ne termines pas ? »
Yi Won força un sourire.
Il semblait qu’il devrait parler à Yi Do dès leur retour au clan.
* * *
J’ouvris lentement les yeux.
Un sourire s’étira sur mes lèvres.
La puanteur de putréfaction qui emplissait la pièce ne parvint pas à l’effacer.
Je me sentais incroyablement revigoré. Je puisai doucement dans l’énergie de mon dantian. Elle circula sans entrave dans mes méridiens.
La moindre trace de qi trouble qui s’était accumulée dans mes méridiens avait bel et bien disparu.
Dans ma vie précédente, j’avais atteint le Royaume de Circulation après mon vingt-deuxième anniversaire. Mais dans cette vie, j’y étais parvenu à seulement dix-sept ans.
Un progrès prodigieux.
Je me levai lentement. Je me débarrassai de mes vêtements pourris, me lavai et coupai mes longs cheveux avec un poignard.
Puis je me regardai dans le miroir.
Je mesurais près d’un mètre quatre-vingts.
Mon corps, autrefois frêle, s’était épaissi dans son ensemble. Je ne pouvais m’empêcher de sourire.
C’est alors que j’entendis une voix.
« Euh… Jeune maître. Vous êtes réveillé ? »
Je me tournai vers cette voix inattendue.
Je ne savais pas à qui elle appartenait. C’était probablement un serviteur du clan Yi ou un intendant général.
« Qu’y a-t-il ? »
« Euh, eh bien… Le Chef de clan souhaite vous voir de toute urgence. »
« Le Chef de clan ? »
Celui qui, dans ma vie précédente, ne m’avait presque jamais convoqué me faisait maintenant appeler de son propre chef.
Ma curiosité l’emporta sur mon agacement.
Je me rendis donc directement dans la Salle du Chef de clan.
* * *
Je relevai la tête.
Je m’étais attendu à un entretien privé, mais ce n’en était pas un.
La Première mère et la Seconde mère, ainsi que mon père, le Chef de clan.
Quatre anciens se tenaient derrière eux, avec plusieurs intendants généraux et même le Grand Intendant, qui les supervisait tous.
La dernière fois, il ne s’agissait que d’une réunion familiale. Mais là…
On aurait dit un procès.
Yi Se-geuk, qui se massait les tempes comme s’il avait mal à la tête, poussa un soupir.
« Je pense que tu sais parfaitement pourquoi je t’ai fait venir. »
Je secouai la tête.
« Je l’ignore. »
« Tu l’ignores ? »
« Oui. »
Je ne me laissais pas troubler. Yi Se-geuk prit la parole.
« J’ai appris que tu avais tué l’Intendant en chef Jeong. À mains nues, qui plus est. »
Voilà donc de quoi il s’agissait. Il venait seulement de l’apprendre ? Quelle plaisanterie.
« Était-ce mal ? »
« C’est pour cela que je t’ai fait venir. Pour connaître les raisons exactes de ton geste. »
Je fixai Yi Se-geuk, puis regardai les deux dames qui se tenaient de part et d’autre de lui.
Hum.
« Puisque vous voulez une explication claire, je vais vous répondre franchement. L’Intendant en chef Jeong a volé mes affaires. »
« Il a volé tes affaires ? »
« Oui. Pendant que j’étais parti avec la caravane marchande, il a fait nettoyer mes quartiers sans permission, a volé la boîte de pilules médicinales que j’avais amassées au fil des ans et l’a apportée à mon deuxième frère. »
« Tu prétends donc que ton deuxième frère lui a ordonné de voler tes affaires ? »
Je jetai un coup d’œil à Dame Yun.
Ses yeux s’agitaient nerveusement, tandis que Dame Sang, en face d’elle, arborait un léger sourire.
Une idée intéressante me vint à l’esprit.
Je me raclai la gorge et pris la parole.
« Ce n’est pas ce qui s’est passé. L’Intendant en chef Jeong a agi de son propre chef. Mon deuxième frère s’est contenté de garder mes affaires quelque temps, afin de voir combien d’autres serviteurs perfides comme l’Intendant en chef Jeong rôdaient dans les parages. Voilà toute l’histoire. »
Dame Yun parut décontenancée, et Dame Sang fronça les sourcils.
Je venais de mettre mon deuxième frère en valeur. On pouvait aussi croire que moi, le troisième fils, soutenais Yi Won, le deuxième.
Elles pouvaient l’interpréter ainsi.
Ces deux dames avaient certainement ourdi un complot, mais la confiance qui les unissait était plus mince que du papier.
Je les ignorai et poursuivis :
« Grâce à mon deuxième frère, j’ai pu éliminer cette vermine du clan qui avait oublié sa place et osé s’élever. Quel soulagement. »
« Un soulagement ? Pourtant, tu lui as défiguré le visage. Notre clan Yi n’est pas un clan qui vénère la Voie Démoniaque. Il existe aussi une Voie Orthodoxe dans ce monde. Tu es allé trop loin. »
« Chef de clan, chacun peut avoir son avis sur la manière dont il faut tuer quelqu’un ; je ne pense donc pas qu’il soit utile de s’attarder là-dessus. Cela dit, votre fils peut-il s’exprimer sur toute cette affaire ? »
« Tu veux présenter ta défense ? Très bien. Vas-y. »
Je tournai le regard vers l’homme d’âge mûr qui se tenait derrière Yi Se-geuk, puis pris la parole.
« Depuis quand la hiérarchie du clan Yi est-elle tombée si bas ? »
« …Pardon ? »
« Un simple intendant général a volé les biens d’un membre du clan Yi. Un moins-que-rien, plus bas qu’un esclave, a osé porter la main sur le clan Yi. Alors, pourquoi suis-je ici ? Le Grand Intendant, là-bas, ne devrait-il pas se tenir à ma place ? »
Le Grand Intendant fut horrifié.
Je l’ignorai.
« Je ne comprends vraiment pas. À vrai dire, je sais parfaitement que personne dans le clan, pas même mon père, ne m’apprécie. Mais je reste tout de même du sang du clan Yi, non ? La façon dont vous me traitez, c’est une autre affaire. Mais est-il vraiment juste de me punir pour avoir exécuté sur-le-champ ce salaud qui avait volé un membre du clan ? »
« … »
« Si vous comptez punir quelqu’un, vous devriez, à mon avis, vous en prendre au Grand Intendant, incapable de bien former les intendants généraux et les serviteurs sous ses ordres. À quel point doit-il manquer de compétence et de caractère pour que ses subordonnés osent convoiter les biens de leur maître ? Au fond, c’est une question de hiérarchie, alors le Grand Inten… »
« Jeune maître. Je vous ai écouté assez longtemps ; je crois que vous allez trop loin. »
C’était le Grand Intendant.
Il n’en pouvant plus, il m’interrompit.
Un doux sourire se dessina sur mes lèvres.
Le Grand Intendant s’approcha lentement de moi. Il descendit l’estrade, une marche après l’autre, puis finit par s’arrêter devant moi et me toisa.
« Je vais le répéter clairement. Vous allez trop loin. Il y a des choses qu’on peut dire et d’autres qu’on ne peut pas. Quelle que soit la faute de l’Intendant en chef Jeong, votre réaction a été excessive. Si vous m’en aviez simplement parlé, je l’aurais puni d’une manière ou d’une autre. Pourquoi avoir agi ainsi ? »
« Je comprends à présent que j’ai eu tort. »
Le Grand Intendant eut un petit rire.
« Heureusement que vous vous en êtes rendu compte, même si ce n’est que maintenant… »
« J’aurais dû vous tuer à la place de l’Intendant en chef Jeong. »
« …Quoi ? »
Je n’avais plus la patience de parler.
Je tendis aussitôt le bras et saisis le Grand Intendant à la gorge. Il faisait bien une quinzaine de centimètres de plus que moi, mais son corps fut soulevé dans les airs.
Personne, dans la Salle du Chef de clan, n’eut le temps de réagir.
Je resserrai ma prise.
Crac !
Sa gorge s’affaissa.
Ce n’était pas suffisant.
Je ramenai le poing droit en arrière. Mon dantian s’éveilla. L’énergie interne circula dans mes méridiens.
Une faible lueur blanche imprégna ma main droite.
Puis je frappai.
Floc !
Mon poing traversa le cœur du Grand Intendant.
Le silence retomba dans la Salle du Chef de clan.
Je retirai mon poing, puis jetai le corps du Grand Intendant derrière moi.
On n’entendait même plus respirer.
Je m’adressai à l’un des artistes martiaux qui se tenaient au fond.
« Va l’enterrer dans les collines. »
« …P-Pardon ? »
« J’ai dit de l’enterrer à côté de l’Intendant en chef Jeong. Que les chiens sauvages les dévorent. »
L’artiste martial en resta bouche bée.
Je l’ignorai.
Je me retournai vers Yi Se-geuk, secouai le sang de ma main et repris calmement :
« Je le répète : la hiérarchie du clan est vraiment dans un état lamentable. »
« … »
« Comment un simple Grand Intendant a-t-il pu se permettre d’interrompre sans autorisation une conversation entre un père du clan Yi et son fils ? C’est impossible, à moins qu’il ne fasse aucun cas de l’autorité du Chef de clan. Avec un homme pareil au poste de Grand Intendant, il n’est pas étonnant que ses subordonnés soient de cette trempe. »
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