Chapitre 43
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Mémoires d’un Régresseur ◈
Chapitre 43 : N’est-ce pas là le Monde martial ?
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En chemin vers le Pavillon des archives de la secte, j’écoutai Myeong-hyeon m’expliquer plusieurs choses.
La hiérarchie de la Secte de l’Épée Asura était simple.
Les disciples novices, les disciples de deuxième génération, ceux de première génération, les maîtres de pavillon, les anciens, le Grand Ancien et le Chef de secte.
Inutile de préciser que le Chef de secte se trouvait au sommet, suivi du Grand Ancien, puis des anciens.
La hiérarchie se détaillait davantage à partir des maîtres de pavillon. Même si elle constituait un ordre, elle ne différait guère, dans l’ensemble, de celle d’une secte martiale.
Il y avait le Pavillon de l’Administration financière, qui gérait l’argent, et le Pavillon des Classiques médicaux, qui soignait les blessés, fournissait les ressources de cultivation et préparait les remèdes. Enfin, le Pavillon Asura s’occupait de la force martiale de la secte de l’Épée.
Le Pavillon Asura était le plus important.
Le Maître du Pavillon Asura possédait une force au moins égale à celle d’un ancien. Bien qu’il fût inférieur à ces derniers dans la hiérarchie, il recevait en pratique un traitement digne d’un ancien, voire supérieur.
Le Pavillon Asura comptait en tout seize branches. En général, les disciples de première génération ayant atteint un certain niveau en devenaient chefs, tandis que les disciples de deuxième génération comme Myeong-hyeon, ainsi que les disciples de première génération de moindre rang, intégraient les branches.
La branche dont j’allais prendre la tête était la neuvième. Son nom officiel était la [Branche des Trois Phénix], mais certains l’appelaient par son numéro, d’autres non.
Les disciples novices apprenaient les arts martiaux de la secte de l’Épée. Une fois un certain niveau atteint, ils devenaient disciples de deuxième génération, étaient affectés à une branche et se chargeaient de missions.
La hiérarchie était d’une simplicité extrême.
Le Pavillon des archives de la secte s’occupait des affaires liées à la Secte de l’Épée Asura.
Pour prendre l’exemple des assassins, c’était un peu comme une salle de commissions.
En entrant dans le Pavillon des archives de la secte, je vis plusieurs hommes et femmes occupés à leurs tâches.
Dès qu’ils m’aperçurent, ils me saluèrent silencieusement, les poings joints.
Ce n’était pas parce qu’ils savaient qui j’étais, mais par politesse envers tout artiste martial appartenant à la Secte de l’Épée Asura.
« Les archives, là-bas, contiennent les vieilles dettes et rancunes liées à la secte. La plupart étaient trop difficiles à régler, alors on les a laissées de côté. »
« Et ça, alors ? »
Je désignai un immense panneau dans un coin.
Des avis de toutes sortes y étaient placardés, chacun marqué d’une couleur différente.
Rouge, noir et blanc.
« Ce sont les dettes et les rancunes les plus récentes. Les avis rouges concernent des affaires graves où il faut risquer sa vie. Les noirs portent sur des affaires incertaines qui nécessitent une enquête, tandis que les blancs réclament une intervention urgente. Les avis blancs restent ici environ trois doubles-heures, et les rouges y demeurent quelque deux jours avant d’être remis au Maître du Pavillon Asura. S’il est absent, ils vont à son adjoint. Les avis sont ensuite confiés aux différentes branches. Bien sûr, il arrive que des chefs ou des membres de branche venus au Pavillon des Classiques médicaux, sur la montagne principale, pour recevoir des ressources de cultivation, en prennent un et le règlent eux-mêmes. »
Je compris pourquoi Myeong-hyeon avait parlé d’une petite course.
Ceux qui s’occupaient de ce genre de besogne recevaient des ressources de cultivation du Pavillon des Classiques médicaux. Si leur contribution était importante, ils obtenaient même des remèdes spirituels.
Je m’approchai sans un mot et parcourus plusieurs avis du regard.
L’un d’eux attira mon attention.
C’était un avis rouge.
« Euh… Yi Do. »
Je tournai la tête. Myeong-hyeon souriait légèrement.
« Si cela ne vous dérange pas, puis-je vous accompagner ? »
Je lui adressai un sourire doux.
« D’accord. »
* * *
Le contenu de l’avis rouge était simple.
Le Manoir Seok, situé dans le comté frontalier de Seongju, était une famille protégée par la Secte de l’Épée Asura.
Naturellement, la proximité de la frontière était un avantage considérable pour la contrebande.
Le Manoir Seok faisait fortune en important et en exportant des marchandises entre le royaume de Yan et la Nation Jeok.
On le disait aussi plutôt bien informé, et Seok Mun-jung, le seigneur du manoir, était un artiste martial qui avait atteint le royaume des Cinq dragons honorent le sage. Pour ce qui était de son tempérament et du reste, Seok Mun-jung était quelqu’un de tout à fait convenable.
Mais même une telle personne ne pouvait résister à la cupidité.
À vrai dire, toutes les dettes et les rancunes du monde naissaient de la cupidité et s’y achevaient.
Cette affaire ne faisait pas exception. Le Manoir Seok avait engrangé des profits considérables grâce à la contrebande et devait en reverser une certaine part à la Secte de l’Épée Asura.
C’était tout à fait naturel.
La raison était simple.
C’était la Secte de l’Épée Asura qui permettait au Manoir Seok de faire de la contrebande. La secte le protégeait en coulisses, et plusieurs de ses branches escortaient même des marchandises interdites vers d’autres régions. Même lorsqu’elle ne pouvait fournir d’escorte, elle lui prêtait son nom. Il était donc normal que la Secte de l’Épée Asura perçoive une part en échange de cette protection.
Les ennuis avaient commencé avec ces versements.
La Secte de l’Épée Asura percevait normalement un dixième des profits, mais le Manoir Seok trouvait cela excessif et avait secrètement noué une alliance avec le clan Kang, établi sur le territoire de la Secte du Poing brise-ciel.
Pour faire simple, le Manoir Seok devait verser à la Secte de l’Épée Asura un dixième de ses bénéfices totaux.
Ne voulant pas payer cette part, ses membres avaient comploté avec le clan Kang et falsifié le nombre de marchandises. Sur cent objets de valeur, ils ne payaient à la Secte de l’Épée Asura que la protection de vingt. Comme le clan Kang était également impliqué, ils lui en payaient vingt autres, puis gardaient pour eux les profits des soixante derniers.
Le Manoir Seok avait commis une entorse particulièrement éhontée à l’éthique commerciale.
Et il s’était fait prendre.
Les faits avaient déjà été entièrement découverts et la liste des meneurs ainsi que des personnes impliquées avait été établie.
« On comprend pourquoi cet avis est rouge, dit Myeong-hyeon. Il y a de fortes chances qu’un affrontement armé éclate avec le Manoir Seok, et des disciples de la Secte du Poing brise-ciel, voire des membres du clan Kang, pourraient s’en mêler. »
Je hochai la tête pour lui signifier que j’avais compris.
« En temps normal, c’est le Maître du Pavillon Asura qui s’en occupe ? »
« Plus ou moins. Mais le Maître du Pavillon est extrêmement occupé, alors les chefs de branche se réunissent généralement pour régler l’affaire. Il y a aussi des morts, dans ces circonstances. »
« Je vois. »
C’est alors que nous arrivâmes.
Je levai les yeux vers le grand hall.
Le nom du Manoir Seok s’étalait en grands caractères sur sa façade.
Sans un mot, j’avançai et défonçai la porte principale d’un coup de pied.
BOUM !!
Les portes volèrent en éclats et le chaos éclata à l’intérieur. Derrière moi, Myeong-hyeon cligna des yeux.
« … Euh… Chef de branche, qu’est-ce que vous faites… ? »
« Regarde, c’est tout. »
J’avais déjà compris la situation.
La Secte de l’Épée Asura était en plein désordre. Elle pourrissait de l’intérieur. Maintenant que je l’avais rejointe, les choses allaient changer.
Au moins, c’était désormais un endroit auquel j’appartenais. Comme je l’avais dit à Dokgo Dan-ya, je comptais considérer les intérêts de la Secte de l’Épée Asura comme les miens.
À partir de là, tout ce que je ferais serait bien plus simple.
« Qui diable êtes-vous ?! »
« Vous êtes au Manoir Seok ! »
Sans leur prêter attention, je poursuivis mon chemin.
« Je viens de la Secte de l’Épée Asura. »
Tous inspirèrent brusquement.
« Je vais compter jusqu’à dix. Le seigneur du manoir va venir se mettre à genoux devant moi, immédiatement. Sinon… »
Je dégainai l’Épée du Dragon des Nuages.
« Le Manoir Seok sera exterminé. »
* * *
Seok Mun-jung passa une main sur son visage. Une anxiété manifeste s’était peinte sur ses traits, et pour cause.
Seok Mun-jung avait des informateurs.
Huit heures plus tôt, il avait appris que le Pavillon Asura de la Secte de l’Épée Asura avait achevé son enquête.
Il n’y avait rien à nier.
L’argent lui avait fait perdre la raison.
Il avait cédé aux arguments du clan Kang.
Il s’était laissé convaincre par la promesse du clan Kang, qui ne réclamait que cinq pour cent, et avait fait équipe avec lui. Pas une ou deux fois, mais des dizaines de fois.
Après tant de temps, il était inévitable qu’ils finissent par être découverts. Pourtant, il s’était imaginé que cela durerait éternellement.
Il avait fait un choix stupide, qu’aucune excuse ne pouvait justifier. Dès qu’il avait appris le début de l’enquête, les regrets l’avaient assailli. À présent, ils étaient à leur comble.
La Secte de l’Épée Asura était réputée pour être plus généreuse que quiconque envers ses alliés, mais impitoyable envers ses ennemis.
Le Grand Ancien Myo Man-ri l’était tout particulièrement.
Dès que Myo Man-ri mettait la main sur une faiblesse de ce genre, il exterminait des clans entiers sans se retourner. Des dizaines de familles avaient ainsi été anéanties.
Le Manoir Seok n’était plus qu’à un pas de devenir son ennemi.
Que devait-il faire ?
Avouer ses fautes et s’agenouiller tout de suite ?
L’affaire avait sûrement déjà été affichée au Pavillon des archives de la secte de l’Épée.
Il n’avait pas besoin d’en voir le classement.
Ce serait rouge.
Si la Secte de l’Épée Asura envoyait des hommes prêts à se battre…
Seok Mun-jung déglutit péniblement.
Ils n’allaient sûrement pas exterminer tout le clan…
La voix affolée d’un Intendant général retentit alors à ses oreilles.
« Seigneur du manoir ! Quelqu’un de la Secte de l’Épée Asura est arrivé ! »
Seok Mun-jung se leva d’un bond.
« Il dit qu’il va compter jusqu’à dix… Si vous ne sortez pas avant, il exterminera le Manoir Seok… ! »
Il n’avait pas besoin d’en entendre davantage.
Seok Mun-jung se précipita dehors comme un fou, en chaussettes.
Son regard croisa celui d’un homme qui venait de compter jusqu’à neuf.
Il sourit doucement.
« Bien. Vous êtes arrivé à temps. »
Seok Mun-jung ne parvint pas à prononcer un mot. Ce sourire était indéniablement séduisant ; pourquoi lui glaçait-il tant le sang ?
Il eut l’impression qu’une intention meurtrière écrasante venait de déferler sur tout son corps.
Pourtant, quelque chose clochait.
Cet homme disait venir de la Secte de l’Épée Asura…
« Excusez-moi… pourrais-je connaître votre nom ? »
L’homme répondit à Seok Mun-jung.
« Yi Do. »
« Et votre fonction, c’est… ? »
Ce fut Myeong-hyeon, qui se tenait derrière Yi Do, qui réagit.
« Hum. Seigneur Seok, voici le nouveau Protecteur que le Grand Ancien de la Secte de l’Épée Asura a personnellement recruté aujourd’hui. Montrez-lui le respect qui convient. »
Seul un mot parvint à leurs oreilles.
Grand Ancien.
À ces mots, Seok Mun-jung et tous les autres tombèrent aussitôt à genoux.
« Nous saluons le Protecteur ! »
Dans le comté de Wisu, territoire même de la Secte de l’Épée Asura, nul ne pouvait ignorer la terrifiante réputation du Grand Ancien Myo Man-ri.
Yi Do lança un regard curieux à Myeong-hyeon.
Intéressant.
Myeong-hyeon savait manifestement ce qui allait arriver. Et il l’avait empêché.
Intéressant.
Yi Do reporta son regard sur Seok Mun-jung.
« Vous connaissez votre faute, inutile que je m’étende. Versez à la Secte de l’Épée Asura dix fois les profits que vous avez détournés en secret. »
Dix fois.
La somme était colossale.
Mais pas au point que le Manoir Seok ne puisse la payer.
« Nous le ferons. »
« Bien. Vous avez un jour. Si une somme convenable n’est pas remise à la Secte de l’Épée Asura d’ici là, vous me reverrez. Et cette fois, préparez-vous à l’extermination de votre clan. »
« … Je m’en souviendrai. Je ne l’oublierai pas. »
Yi Do dit : « Tendez le bras. »
Perplexe, Seok Mun-jung tendit le bras droit. À l’instant même, l’Épée du Dragon des Nuages de Yi Do le lui trancha.
Tranché !
Le bras tomba au sol, net. Seok Mun-jung hurla, et les artistes martiaux du Manoir Seok commencèrent à dégainer leurs armes.
« Arrêtez ! Rangez vos armes ! »
Malgré la douleur qui le faisait se tordre, Seok Mun-jung cria avec tant d’urgence que tout le monde se figea.
Yi Do parla sans émotion.
« Regardez ce bras coupé et méditez sur votre faute. Si vous le faites rattacher, je vous trancherai les quatre membres. Vous avez compris ? »
« Oui… j’ai parfaitement compris. »
« Alors ça suffira. »
Yi Do se retourna. Myeong-hyeon le suivit, l’air absent.
* * *
Dès que je sortis du Manoir Seok, j’attrapai Myeong-hyeon par le col et le plaquai contre le mur.
« Urk… Pourquoi… pourquoi vous faites ça… ? »
« Qui t’a dit de t’en mêler ? »
« … »
« Je t’ai clairement dit de regarder, et rien d’autre. »
« … C’est que… »
Protecteur était une fonction officieuse. Officiellement, j’étais Chef de branche.
Myeong-hyeon m’avait toujours appelé Chef de branche, mais venait de me désigner comme Protecteur.
Les titres avaient leur poids, et Chef de branche et Protecteur étaient deux fonctions bien distinctes.
Un affrontement armé était inévitable, mais Myeong-hyeon l’avait empêché en invoquant mon titre de Protecteur.
Je lui avais dit de rester tranquille, et il avait hoché la tête comme s’il avait compris.
Et pourtant, il ne m’avait pas obéi.
Je le lâchai. Les pieds de Myeong-hyeon, qui pendaient à quelques centimètres du sol, le touchèrent.
Au même instant, je lui décochai un coup de poing du droit.
Pan !
La tête de Myeong-hyeon partit en arrière. Je baissai les yeux vers lui, étendu au sol.
« C’est ton dernier avertissement. Si tu prends encore une initiative sans mon accord, je te tue. »
« … Je vous prie de m’excuser. Je m’en souviendrai. »
« Relève-toi. »
Myeong-hyeon se releva aussitôt.
« Nous allons au clan Kang. Guide-moi. »
« … Oui. »
Je regardai Myeong-hyeon partir devant.
Pas mal.
Son jeu d’acteur était assez impressionnant pour susciter une véritable admiration. Après tout ça, il ne dévoilerait toujours pas sa vraie nature ?
Intéressant.
De l’instant où je l’avais frappé à celui où il avait touché le sol, Myeong-hyeon ne m’avait pas envoyé la moindre trace d’intention meurtrière.
Ses arts démoniaques s’agitaient sûrement en lui, pourtant il se maîtrisait.
C’était un peu décevant.
Devrais-je le provoquer un peu plus ?
Myeong-hyeon tourna la tête. Comme s’il avait oublié ce qui venait de se passer, il m’adressa un grand sourire.
« Dépêchez-vous, Chef de branche. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire. »
Une question fondamentale se posait.
Les autres l’ignoraient peut-être, mais Dokgo Dan-ya pouvait-il vraiment ne pas connaître l’identité de Myeong-hyeon ?
À mes yeux, c’était impossible qu’il l’ignore.
Dokgo Dan-ya devait être le seul à connaître l’identité de Myeong-hyeon. Et pourtant, il l’avait laissé tranquille.
Pourquoi ?
J’étais assez curieux, mais je ne m’en préoccupai pas pour le moment.
Le trajet était long.
Nous devions d’abord franchir la frontière, puis traverser plusieurs villages.
Il fallut une journée entière pour que Myeong-hyeon et moi atteignions le bourg d’Ahyeon, près du comté de Jung-su, dans le royaume de Yan.
Myeong-hyeon avait changé d’allure. Une partie de ses cheveux avait été arrachée, plusieurs ecchymoses lui marbraient le visage et il se frottait machinalement le bras, comme s’il lui faisait mal.
Tout au long du voyage, je trouvai des prétextes pour le battre.
Je lui demandai d’attraper un lapin. Il en attrapa un, alors je le frappai et lui demandai à qui un seul lapin pourrait bien suffire.
Quand nous franchîmes la frontière, la poussière soulevée par les pas de Myeong-hyeon effleura mon col. Alors je le frappai.
Les pas de Myeong-hyeon m’agaçaient. Alors je le frappai.
Sa respiration m’agaçait aussi. Alors je le frappai.
Et ainsi de suite.
Je me contentai de le tabasser.
« Voilà le clan Kang. »
Malgré tout, Myeong-hyeon avait gardé son sourire tout du long. Cela éveilla ma curiosité.
Pourquoi aller si loin ?
J’avançai sans un mot.
Arrivé devant le grand hall, je m’arrêtai et jetai un regard en arrière.
« Regarde, c’est tout. Compris ? »
« … Oui. Ne vous inquiétez pas. »
Je laissai derrière moi Myeong-hyeon, qui souriait gauchement, et défonçai la porte comme au Manoir Seok.
BOUM !!
Dès que les portes cédèrent, deux artistes martiaux postés devant l’entrée dégainèrent leurs épées.
Je me ruai aussitôt à l’intérieur et brandis l’Épée du Dragon des Nuages.
Tranché !
Un seul bruit retentit, mais deux têtes tombèrent.
Je relevai la tête.
« Qui diable êtes-vous ?! »
Je répondis sans émotion.
« Je viens de la Secte de l’Épée Asura. »
Un homme recula, alarmé.
« Espèce d’idiot… Nous sommes dans le royaume de Yan. En ce moment, la Nation Jeok attaque le royaume de Yan… »
Je laissai échapper un rire.
« Un royaume ? Quel ennui. »
« … »
« Même si l’empereur de Yan lui-même était là, cela ne changerait rien au fait que vous avez comploté dans notre dos. »
« … Espèce d’ordure… »
« Ça suffit pour vos dernières paroles. Avez-vous autre chose à dire ? »
Cet homme occupait manifestement un rang élevé au sein du clan Kang.
« Tuez-le ! »
À ces mots, plus de dix artistes martiaux se ruèrent sur moi.
Je serrai fermement l’Épée du Dragon des Nuages.
* * *
Les bruits d’épées qui s’entrechoquaient et de chairs tranchées retentirent sans fin.
Kang I-sang, le Chef du clan Kang, déglutit péniblement devant ce vacarme incessant.
Il restait là, hébété.
Le carnage qui se déroulait devant lui.
C’était insensé.
Les meilleurs combattants du clan Kang avaient tous été massacrés.
Y avait-il des survivants ?
Non.
Qui était cet homme, au juste ?
Un homme pareil existait dans la Secte de l’Épée Asura ? Comment avait-on pu ignorer jusqu’à présent un individu aussi brutal ?
L’homme fit tournoyer son épée.
Un homme qui fonçait sur lui décocha un coup de poing.
L’épée et le poing s’entrechoquèrent.
BOUM !!
Les deux hommes reculèrent chacun de deux pas.
L’homme contempla son poing engourdi, puis esquissa un sourire de travers.
« Cette épée est plutôt tranch… »
Il n’acheva pas sa phrase.
Tranché !
L’épéiste fondit sur lui presque à la vitesse de la lumière et abattit sa lame tout aussi vite, lui tranchant la tête.
Alors seulement, l’homme, couvert de sang de la tête aux pieds, tourna son regard vers Kang I-sang.
« Êtes-vous le Chef du clan Kang ? »
« … Qui… qui êtes-vous ? »
« Ne vous l’ai-je pas dit ? Je viens de la Secte de l’Épée Asura. »
« … La Secte de l’Épée Asura ne compte personne comme vous. »
L’homme sourit.
« C’est normal. Je l’ai rejointe il y a peu. »
Kang I-sang fut stupéfait.
Un nouveau venu ? Dans la Secte de l’Épée Asura ?
« Vous avez comploté contre une force placée sous la protection de la Secte de l’Épée Asura. Vous deviez vous attendre à ce que votre clan soit exterminé. »
« … »
« Ça suffit. Même si vous ouvriez la bouche, vous ne feriez que chercher des excuses. Adieu. »
Avant que l’homme ne puisse abattre son épée, Kang I-sang demanda :
« Quel est votre nom ? »
Kang I-sang gardait un calme inattendu. L’homme répondit avec un léger rire.
« Yi Do. »
« … Je partirai le premier, mais vous me suivrez bientôt. »
« Ah oui ? »
« Vous ne comprenez toujours pas ? »
Yi Do pencha la tête.
« Je suppose que non. Savez-vous qui était l’homme que vous venez de tuer ? »
« Est-ce que j’ai besoin de le savoir ? »
« Oui. L’homme que vous avez tué était un disciple de première génération de la Secte du Poing brise-ciel ! »
L’expression de Yi Do ne changea pas.
« Et alors ? »
« … Vous êtes nouveau, alors vous ne le savez pas. Les sectes évitent de s’affronter directement. »
Yi Do voulait vraiment comprendre.
« Pourquoi les éviter ? »
« … Comment ? »
« L’un des camps a commis une faute, et les faits comme les meneurs ont été clairement établis. Éviter le conflit revient à prouver sa propre faiblesse. »
« … »
« Celui qui fait quelque chose qui mérite la mort doit mourir. N’est-ce pas là le Monde martial ? »
Il avait raison.
C’était le Monde martial.
Kang I-sang ne put que fixer, hébété, l’épée de Yi Do qui s’approchait lentement de son visage.
Transpercé !
* * *
Partout où allait Yi Do, tout était sens dessus dessous.
La Secte de l’Épée Asura ne faisait pas exception.
Au début, tous s’étaient montrés sceptiques lorsque le Grand Ancien était parti et était revenu avec Yi Do, cet homme que l’on surnommait démon sanguinaire.
Les rumeurs qui circulaient dans le Monde martial étaient souvent exagérées, mais elles ne naissaient pas de rien.
Elles avaient toujours un fond de vérité.
Bien sûr, il n’était peut-être pas vraiment un démon sanguinaire. Il avait sûrement ses raisons de ne pas apprécier ce surnom.
Il avait tué des Intendants généraux, son père biologique et ses frères aînés, mais il y avait peut-être une explication à tout cela.
Peut-être avait-il subi des humiliations incessantes pendant des années, jusqu’à finir par craquer. Et quel était le poison dont son père avait été victime ? Le fameux Poison démoniaque tranche-âme. Il n’avait pas d’antidote. Une fois empoisonné, on était condamné à mourir dans d’atroces souffrances.
Yi Do avait peut-être abrégé les souffrances de son père en lui accordant la paix. On pouvait toujours trouver une raison à chaque chose, mais combien de gens écouteraient ?
Et puis, il y avait eu les assassins battus à mort et les soldats du gouvernement massacrés.
Là encore, il avait sans doute ses raisons. Mais un fait demeurait indéniable.
Sur toutes les routes qu’il avait empruntées, le sang avait coulé.
Après avoir été pourchassé de la sorte, il avait enfin trouvé refuge au sein de la Secte de l’Épée Asura.
Une personne ordinaire aurait décidé de vivre tranquillement, désormais.
C’était le bon sens même.
Et pourtant, moins d’un jour après avoir rejoint la Secte de l’Épée Asura, il avait réglé l’affaire du Manoir Seok, franchi la frontière aussitôt après et exterminé un clan entier. En plus de ça, il avait décapité un disciple de première génération de la Secte du Poing brise-ciel. Qui pouvait trouver cela normal ?
Il méritait des éloges pour avoir réglé une dette et une rancune de catégorie rouge, mais tous, dans la Secte de l’Épée Asura, n’approuvaient pas sa méthode.
Les partisans des anciens, surtout, la désapprouvaient.
Mais surtout, était-ce vraiment terminé ?
Tous le sentaient.
Ce n’était que le début.
Non, le Grand Ancien Myo Man-ri était entré en retraite aujourd’hui, et il avait lâché dans le monde un monstre aussi cruel que lui. Peut-être même plus cruel encore.
Les membres de la Secte de l’Épée Asura s’étaient rassemblés à l’entrée de la secte et fixaient, hébétés, le spectacle qui s’offrait à eux.
Un homme portait une robe noire. Au milieu de son dos était brodé un char doré, entouré de flammes d’or à l’est, à l’ouest, au sud et au nord. C’était le symbole de la Secte de l’Épée Asura.
Le char et les flammes.
La couleur de ces deux motifs indiquait le rang de celui qui portait la robe.
À ce jour, un seul homme de la Secte de l’Épée Asura pouvait porter cette robe.
Le Chef de secte de la Secte de l’Épée Asura, le Vénérable Épée du Vent Noir, Dokgo Dan-ya.
Devant lui, le seigneur du Manoir Seok implorait son pardon, le front contre terre.
Non, il ne prenait appui que sur quatre points.
Derrière eux, les gens du Manoir Seok transportaient eux-mêmes des objets de valeur.
Dokgo Dan-ya sourit, satisfait.
« Vraiment… Vous avez bien fait de le ramener. »
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