Chapitre 35
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Mémoires d’un régresseur ◈
Chapitre 35 : Descendant de Kunlun
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Je ne m’attendais pas à grand-chose, pour commencer.
Je devais retrouver mon maître dans environ deux mois. J’errerais dans les montagnes, je tomberais par hasard sur lui, et notre lien commencerait ainsi.
À ma connaissance, mon maître avait établi huit refuges en tout à travers le Monde martial. S’il n’était pas ici, il y avait de fortes chances qu’il se trouve ailleurs.
« Je suis assez stupéfaite. »
Je relevai la tête en entendant Cheon Yeo-bi.
« Dire que cette personne a pris un disciple… »
Je gardai le silence.
« …C’est vraiment regrettable que nous n’ayons pas le temps de discuter davantage. »
« Vous allez préparer un refuge ? »
Cheon Yeo-bi cligna des yeux, puis laissa échapper un rire sans joie.
« …J’avais mis mes doutes de côté après vous avoir vu utiliser les arts martiaux de cette personne, même si je ne les avais pas complètement abandonnés. Mais si vous savez même cela… alors il n’y a plus aucune raison de douter de vous. Oui, c’est exact. Je vais préparer un refuge. »
Mon maître ne faisait confiance qu’à peu de gens dans le Monde martial. Cheon Yeo-bi comprise, ils étaient quatre tout au plus.
« Plus important encore, votre apparence est plutôt… singulière. »
J’avais oublié que je portais toujours le visage que je m’étais donné grâce à l’Art du changement de visage.
« Si vous avez besoin de mon aide, donnez mon nom à la Porte de l’Intelligence céleste et déposez une requête de rang Ciel. Je prendrai tous les frais à ma charge, ne vous inquiétez pas. »
Je secouai la tête.
Puis je portai lentement la main à mon visage. Mes traits, modifiés par l’Art du changement de visage, retrouvèrent leur apparence normale. Cheon Yeo-bi me fixa, puis tressaillit de stupeur.
« …J’ai vu ce visage sur une affiche de recherche. »
« Vous savez aussi ce que j’ai fait ? »
« …Bien sûr. N’êtes-vous pas à l’origine du massacre du Comté de Jangnyeong, qui a récemment mis le Monde martial en émoi ? J’ai entendu dire que vous aviez même provoqué les autorités… Je peux me charger moi-même de ceux qui vous poursuivent. Quant à l’Épée divine du Ciel d’Or, ses hommes doivent encore être à vos trousses. Dites-le-moi, et je leur tendrai un piège pour les enterrer une bonne fois pour toutes. »
Sa loyauté était remarquable. Son offre était tentante, mais je la déclinai.
Cheon Yeo-bi n’était pas à moi. Elle appartenait à mon maître. Comment aurais-je pu disposer à ma guise de l’un des proches de mon maître avant même de l’avoir rencontré ?
Ce n’était pas ainsi qu’un disciple témoignait son respect à son maître. Je préférais encore mettre la main sur un ou deux artistes martiaux de passage et les faire travailler.
« Je vous remercie de votre proposition, mais je m’en tiendrai là. C’est moi qui ai provoqué cette situation, tout a commencé à cause de moi. C’est à moi seul de mener les choses jusqu’au bout. »
« …Vous êtes bien le disciple de cette personne. »
« J’aimerais vous demander une autre faveur. »
« Je vous en prie, dites-moi ce que vous voulez. »
« Si vous croisez mon maître, pourriez-vous lui transmettre un message ? »
« Bien sûr. Que dois-je lui dire ? »
« Dites-lui ceci : “Notre lien a recommencé avec le retour dans le passé. Je viendrai vous voir bientôt.” »
« Je m’en souviendrai. Je ferai le nécessaire. »
Cheon Yeo-bi me salua, les mains jointes, puis se détourna. Un instant plus tard, je l’arrêtai.
« Cheon Yeo-bi. »
« Oui ? »
« Si vous avez un jour affaire à la Porte divine du Yin et du Yang, évitez-la. Il y a de fortes chances que ce soit un piège. »
« …La Porte divine du Yin et du Yang ? »
« Libre à vous de me croire ou non, mais n’y allez pas. Vous le regretterez. »
« …Merci. Je garderai donc mes distances avec la Porte divine du Yin et du Yang. »
« Bien. »
« Je vais prendre congé. »
Cheon Yeo-bi descendit de la montagne.
Je respirai profondément.
J’avais répété d’innombrables fois que chaque chose avait son heure. Cette fois ne faisait pas exception.
Il semblait que l’heure de rencontrer mon maître n’était pas encore venue.
Après avoir fait circuler mon qi pendant un moment, je descendis à mon tour.
J’étais venu dans le Comté de Wi pour deux raisons.
La première était de rencontrer mon maître, la seconde de dépenser de l’argent.
J’avais échoué dans la première, mais pas dans la seconde.
Une fois au bas de la montagne, je me dirigeai droit vers le port.
En balayant le port du regard, je m’arrêtai sur un endroit précis.
Un vieux marchand était assis derrière son étal.
À première vue, il ressemblait à un civil ordinaire, mais sa posture comme son maintien étaient d’un calme remarquable. Ce n’était pas un artiste martial d’une puissance phénoménale, mais il avait manifestement atteint à peu près le Royaume de Circulation.
Je m’approchai.
Le vieil homme leva la tête et m’examina.
« Si quelque chose vous intéresse, achetez-le. »
J’inspectai l’étal.
Il y avait une épée qui semblait avoir été abandonnée en plein forgeage dans une forge du coin, une hache, une armure criblée de trous et une lance brisée en deux.
Il fallait être fou pour payer quoi que ce soit pour ces objets.
« Je voudrais acheter quelque chose de valable. »
« La marchandise valable est juste là. »
« Pas ces vieilleries. Je parle de quelque chose de vraiment bon parmi les marchandises introduites en contrebande. »
Le regard du vieil homme s’aiguisa.
« Le représentant de la Forêt céleste ne doit arriver que demain. »
« Je ne viens pas de la Forêt céleste. »
« …Comment ? Vous êtes un vrai client ? Alors, qui vous a parlé de tout ça ? »
« Une bonne source. »
« … »
« Je paierai généreusement. »
« …Il faut d’abord que je voie. »
Sans un mot, je sortis une bourse de ma robe. Plusieurs centaines de taëls d’or y brillaient d’un éclat vif. Le vieil homme afficha un large sourire.
« Ho ho ho ! Vous êtes vraiment un client. Bien. Suivez-moi. »
Je le suivis en silence.
La Forêt céleste dont nous venions de parler était une organisation composée de cellules dispersées.
Que faisait-elle ?
Elle gérait des marchés noirs.
Il y avait plusieurs dizaines de marchés noirs à travers le Monde martial, et la Forêt céleste en gérait une dizaine.
Moi-même, je ne savais pas grand-chose de cette organisation.
Je savais toutefois qu’un marché noir avait besoin d’un approvisionnement pour fonctionner.
J’étais venu intercepter une partie des marchandises destinées à un marché noir que la Forêt céleste s’apprêtait à ouvrir.
« Eh bien… Vous n’avez pas été envoyé directement par la Forêt céleste, mais si vous savez qui je suis, c’est que vous êtes quelqu’un d’important. Hé, le vilain. »
Au début, je ne compris pas à qui il s’adressait.
« Vous. Oui, vous. Pourquoi faites-vous semblant de ne pas m’entendre ? »
C’était moi.
« Commençons par mettre les choses au clair. J’ai préparé et envoyé à la Forêt céleste la liste des marchandises qui devaient lui revenir. Si certaines manquent, ils ne resteront pas les bras croisés. Alors… »
« Vous voulez que je paie assez en plus pour compenser les marchandises manquantes ? »
« Exactement. Je ne vous demanderai pas qui vous êtes. Donnez-moi simplement ma juste part. C’est tout. Ce n’est pas bien compliqué, si ? »
« D’accord. »
Le vieil homme me tendit une feuille.
Elle contenait la liste des marchandises que la Forêt céleste devait recevoir à l’issue de cette opération de contrebande.
Je la lus du début à la fin.
Puis je m’arrêtai sur un article.
Inutile d’y réfléchir.
« Je prends ça. »
« …Un ginseng de cinq cents ans ? Vous avez choisi quelque chose de cher. Vous voyez le prix indiqué ? »
« Oui. »
« Deux mille taëls d’or. Ça fait environ quarante mille taëls d’argent. Mais comme je vous l’ai dit, ces deux mille taëls d’or, c’est ce que la Forêt céleste devait me verser. Il va donc falloir payer davantage… Vous n’avez pas choisi quelque chose d’un peu trop cher ? À voir la bourse que vous aviez tout à l’heure, vous avez deux cents taëls d’or au maximum. »
Je répondis d’un ton égal.
« Depuis l’entrée du Comté de Wi, regardez vers le nord-est. Vous trouverez cinq arbres. Creusez sous celui qui porte une entaille d’épée. Il y a de l’argent enterré là. »
« …Si vous mentez, les choses risquent de se compliquer sérieusement. »
« Envoyez quelqu’un vérifier. »
« …Très bien. »
Le vieil homme fit signe derrière lui. Trois hommes s’approchèrent. Ils étaient tous au stade initial des Quatre Royaumes de Culture du Qi : la Manifestation des Deux Soleils.
C’étaient des artistes martiaux d’un niveau plutôt élevé pour être aux ordres de quelqu’un qui n’avait atteint que le Royaume de Circulation. Pourtant, ils obéirent à toutes ses instructions, le saluèrent avec le respect qui lui était dû, puis s’en allèrent.
« Cela ne prendra pas longtemps. Veuillez patienter un instant. »
J’acquiesçai.
Environ quinze minutes passèrent.
Les trois hommes revinrent avec un énorme coffre. Après en avoir inspecté le contenu, le vieil homme fut très surpris.
« …C’est quoi, ce bordel ? Vous avez dévalisé le palais impérial ou quoi ? »
La question était légitime.
Le coffre contenait environ soixante mille taëls d’argent, ainsi qu’à peu près quatre cents taëls d’or.
Convertie entièrement en or, la somme s’élevait à quelque trois mille quatre cents taëls d’or.
C’était une somme colossale.
J’avais raflé tout l’argent restant du clan Yi et du clan Hyeokri. Dès le début, j’avais eu l’intention de venir dans le Comté de Wi.
Même en calèche, on ne pouvait pas aller bien loin avec autant de poids.
Il me fallait aller dans un endroit proche.
« Cela devrait suffire pour payer le ginseng de cinq cents ans. Puis-je le prendre ? »
Déconcerté, le vieil homme répondit : « …Écoutez. Même si vous payez un supplément, vous comptez prendre un seul ginseng de cinq cents ans avec tout cet argent ? Vous n’êtes pas cupide, ou bien vous êtes simplement très généreux ? »
« Disons les deux. »
« …Je suis peut-être marchand, mais ça ne se fait pas. Quand on gagne trop, le malheur finit toujours par arriver. »
« Et alors ? »
« Comment ça, et alors ? Je devrais vous donner davantage. »
Le vieil homme se mit à fouiller dans un coin de l’entrepôt.
Puis il jeta un coup d’œil dans ma direction.
« Quelle arme utilisez-vous ? Une épée ? Une lance ? Une hache ? Un sabre ? Vos poings ? »
« Je n’ai pas de préférence, mais je me bats avec mes poings et une épée. »
« …Les poings et l’épée… Hum. »
Après avoir marmonné un moment, le vieil homme se rendit dans l’entrepôt d’en face. Il revint avec un long objet enveloppé dans du tissu et me le lança.
Je le rattrapai et regardai à l’intérieur.
Pour la première fois depuis longtemps, je fus profondément surpris.
…Pourquoi était-elle ici ?
Elle mesurait environ un mètre cinquante du pommeau à la pointe.
La poignée était ordinaire, mais la lame ne l’était pas. D’un côté, un dragon s’élevait vers le ciel ; de l’autre, un dragon plongeait vers la terre.
Je connaissais le nom de cette épée.
« L’Épée du Dragon des Nuages. »
Le vieil homme fut de nouveau surpris.
« …Vous avez des connaissances remarquablement étendues. C’est bien ça. On dit que cette épée appartenait au grand ancien de la Grande Kunlun, aujourd’hui détruite. »
Les coïncidences pouvaient-elles vraiment s’accumuler ainsi ?
À ce stade, c’était forcément le destin.
Dans mes souvenirs, l’Épée du Dragon des Nuages était utilisée par Bang Ju-hon, l’Épée des Huit Immortels, ancien de la Secte de l’Épée Impériale.
J’avais vaguement entendu dire que Bang Ju-hon l’avait obtenue après avoir tué un artiste martial démoniaque… Il semblait qu’une suite d’événements semblable s’était produite avant qu’il ne mette la main dessus.
J’étais sur le point de la récupérer sans même l’avoir prévu.
Je n’avais aucune raison de refuser.
L’Épée du Dragon des Nuages était une lame célèbre.
« Avec ça, le prix devrait être juste. Qu’en dites-vous ? »
« Je ne pensais pas voir cette épée dans un endroit pareil, mais soit. »
Le vieil homme me tendit un autre paquet. À l’intérieur se trouvait un ginseng rougeoyant.
C’était sans aucun doute un ginseng de cinq cents ans.
« Notre marché est conclu. »
J’acquiesçai et me retournai. Alors que j’ouvrais la porte de l’entrepôt pour partir, le vieil homme m’interpella.
« Portez-vous bien, le vilain. »
Je laissai échapper un petit rire.
Puis je m’arrêtai net.
Le vieil homme derrière moi s’immobilisa également.
Ce n’était pas étonnant.
À une trentaine de mètres devant moi se tenait un homme masqué.
Comme moi, il portait un gat noir, et ses vêtements étaient tout aussi inhabituels.
Sa robe noire était déchirée de partout et tachée de sang par endroits.
Une partie du sang avait séché, l’autre était encore frais.
Il avait manifestement tué plus de dix personnes à différents moments avant d’arriver ici.
Son regard se posa sur l’Épée du Dragon des Nuages que je tenais.
« …Donne-moi cette épée. »
Je ne pris pas la peine de répondre. Derrière moi, le vieil homme marmonna à voix basse :
« …Asura Sanglant… Ce maudit salaud… Il nous a suivis jusqu’ici ? »
Ce ne fut qu’alors que je m’en souvins.
Asura Sanglant.
C’était le démon que Bang Ju-hon, l’Épée des Huit Immortels de la Secte de l’Épée Impériale, avait pourchassé avant de finir par décapiter.
Je compris à peu près ce qui s’était passé.
Asura Sanglant avait d’abord attaqué le Comté de Wi, s’était emparé de l’Épée du Dragon des Nuages, puis avait erré à travers le Monde martial jusqu’à ce que Bang Ju-hon le traque et récupère l’épée.
Pas étonnant que j’aie mis la main sur des récompenses aussi extraordinaires, alors que je ne m’y attendais même pas.
Je m’adressai au vieil homme.
« Vous n’avez pas dit qu’à trop gagner, on attirait le malheur ? »
« …C’est ce que j’ai dit. Pourquoi ? »
« Vous aviez raison. Aujourd’hui, vous avez échappé au malheur. »
« … ? »
« Contentez-vous de vous en souvenir. »
Je montrai l’Épée du Dragon des Nuages à Asura Sanglant.
« Tu convoites cette épée ? »
« Je ne la convoite pas. C’est mon épée. Amène-la-moi. »
Il y avait trop de monde autour.
Hum.
« D’accord. Viens la chercher. »
À peine eus-je fini de parler que je bondis.
Pas vers l’avant, mais vers l’arrière.
« Espèce de salaud… ! »
Asura Sanglant se lança à ma poursuite.
Je continuai de courir.
Une fois dans une forêt déserte, je regardai autour de moi.
Il n’y avait personne. Pas même un animal sauvage.
Je dégainai l’Épée du Dragon des Nuages et frappai derrière moi.
Surpris, Asura Sanglant dégaina sa propre épée et frappa à son tour.
BOUM !
Je reculai d’un pas, tandis qu’Asura Sanglant, qui avait bloqué mon épée, était repoussé de deux pas. Comme si sa main était engourdie, il la serra et la desserra, puis me fixa droit dans les yeux.
« …T’es vraiment sacrément laid. »
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