Chapitre 3
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Mémoires d’un régresseur ◈
Chapitre 3 : Nettoyage
──────
Dans la Nation Jeok, le Comté de Jangnyeong était considéré comme un trou perdu par les gens du monde martial, mais ce n’était pas un endroit si insignifiant.
Bien sûr, cela restait un trou perdu. Impossible de le nier. La région n’en présentait pas moins de sérieux avantages.
Au nord se trouvait le Comté de Suju, très prospère grâce au commerce. À l’est, le Comté de Wi vivait au rythme du commerce maritime, tandis que le Comté de Sawol s’étendait à l’ouest.
C’était assurément un excellent endroit pour faire des affaires.
Naturellement, tout clan qui avait un peu de jugeote y établirait une compagnie commerciale.
Le Clan Yi ne faisait pas exception.
Il s’agissait sans conteste d’un clan martial, mais rien n’interdisait à un clan martial de gérer une compagnie commerciale.
Outre sa compagnie commerciale, le Clan Yi exploitait plusieurs autres commerces. Grâce à la situation du Comté de Jangnyeong, de nombreux marchands s’y rendaient, accompagnés des gardes d’escorte et des porteurs qu’ils engageaient.
Il fallait donc plusieurs auberges et, avec tous ces artistes martiaux, des forgerons pour réparer leurs armes.
Inutile de dire qu’un endroit offrant de tels avantages attirait une concurrence acharnée.
Le Comté de Jangnyeong abritait trois clans réputés, les [Trois Grands Clans de Jangnyeong].
Le Clan Yi, le Clan Jang et le clan Hyeokri.
Impossible de déterminer avec certitude lequel des trois dominait les autres.
Le benjamin, envoyé dans le Comté de Sawol, rentra alors.
Personne, dans la Salle du Chef de clan, n’avait l’air ravi. C’était compréhensible.
Tous avaient entendu parler de ce qui s’était passé.
Tout avait commencé lorsque Yi Do avait tué Pyeong Sam en lui plantant un éclat d’assiette dans la gorge, dans une auberge du Comté de Sawol, puis décapité un bandit sur le mont Myeongwolsan.
Tout le monde savait comment Yi Do s’était comporté jusque-là ; ils ne pouvaient donc qu’être stupéfaits.
On aurait dit qu’il était devenu quelqu’un d’autre.
La porte s’ouvrit et un homme entra lentement.
Assez maigre, il avait les longs cheveux étroitement noués dans le dos.
Son corps semblait frêle, mais ses yeux brillaient plus que ceux de tous les autres dans la pièce.
Tout le monde le sentait.
Le benjamin, Yi Do, avait changé.
Yi Do leva la tête et regarda l’homme assis à la place d’honneur.
Un sourire étrange se dessina alors sur ses lèvres. Il était bien trop différent.
C’était incompréhensible.
Était-ce vraiment Yi Do ?
Lui qui tremblait toujours comme une feuille devant le Chef de clan ou lors des réunions officielles, voilà qu’il agissait ainsi ?
On aurait cru rêver.
Faisait-il semblant ?
Ils auraient voulu le croire, mais Yi Do prit la parole.
« Cela faisait bien longtemps, Père. »
Ces quelques mots suffirent à les convaincre.
Yi Do n’avait jamais parlé d’une voix aussi claire. D’ordinaire, il marmonnait à peine assez fort pour qu’on l’entende, et pourtant, à présent…
Personne ne trouva quoi dire. Pas même un soupir.
Yi Se-geuk, le Chef de clan du Clan Yi, n’était pas en reste.
« … Oui. Cela faisait longtemps. »
Yi Do observa Yi Se-geuk en silence, puis reprit :
« Puis-je savoir pourquoi vous m’avez convoqué ? »
À bien y réfléchir, rien ne justifiait que tout le monde se réunisse ainsi.
Il n’avait fait qu’un seul voyage commercial.
Si toute la maisonnée devait se rassembler à chaque retour d’un voyage commercial, quelle inefficacité !
Mais, cette fois, il y avait une bonne raison.
« J’ai entendu une histoire étrange. On dit que tu as tué de tes propres mains l’homme qui te servait autrefois. Que s’est-il passé ? »
Yi Se-geuk voulait connaître la vérité, et Yi Do pouvait lui répondre sans détour.
« Pyeong Sam n’était pas mon serviteur. »
« … Tout le monde sait que toi et Pyeong Sam étiez ensemble depuis l’enfance. Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Oui, nous étions ensemble depuis l’enfance, mais il ne m’a jamais servi. À vrai dire, ce sont plutôt mes frères, là-bas, qui devraient s’expliquer sur ce sujet, pas moi. »
Le regard de Yi Se-geuk se posa d’abord sur l’homme robuste aux cheveux courts, puis sur celui dont les cheveux étaient presque aussi longs que ceux de Yi Do et dont le corps semblait encore plus frêle.
Le premier était Yi Jeong, le fils aîné, et le second Yi Won, le deuxième fils.
Tous deux tressaillirent sous le regard de Yi Se-geuk.
Pourtant, en tant qu’aîné, Yi Jeong prit le premier la parole.
« Petit frère, qu’est-ce que tu racontes lors d’une réunion officielle pareille ? »
Yi Do le regarda avec un sourire étrange. Mais quelque chose, dans ses yeux, avait de quoi mettre profondément mal à l’aise.
Yi Jeong se força à ne pas y prêter attention et poursuivit :
« Maintenant que j’y pense, j’ai vu Yi Won discuter plusieurs fois en secret avec ton serviteur… Je suis désolé, mais je n’ai rien à voir là-dedans. C’est à Yi Won de s’expliquer. »
Yi Won s’emporta en entendant cette accusation. Le visage rouge, il cria :
« Grand frère ! Qu’est-ce que tu racontes ? C’est toi qui complotais avec Pyeong Sam. Si quelqu’un… »
« Ça suffit ! »
Yi Won, qui avait failli en dire trop, se couvrit précipitamment la bouche au cri de Yi Se-geuk.
Yi Se-geuk lui lança un regard noir, puis poussa un soupir.
Il n’était pas idiot. Il avait compris dans les grandes lignes ce qui s’était passé.
Son regard revint à Yi Do, qui prit la parole comme s’il l’avait attendu.
« Chef de clan, puis-je dire quelque chose ? »
« … Vas-y. »
« Comment un vulgaire serviteur aurait-il pu comploter avec d’autres dans le dos de son maître et répandre des informations à son sujet ? Je suis membre du Clan Yi par le sang ; je n’ai fait que ce que je devais faire. »
« … Vraiment ? »
« Oui. J’ai aussi rencontré des bandits sur le chemin du retour. »
« J’en ai entendu parler aussi. On dit que tu as décapité leur chef. »
« C’était comme la dernière fois. Ce n’étaient que des vermines qui vivaient de brigandage. Qu’est-ce que ça changerait d’en tuer un ou deux ? Cela dit, une chose qu’ils ont dite m’a paru plutôt intéressante. »
« … Intéressante ? »
« Oui. Je n’en suis pas encore certain, mais j’aimerais enquêter. La compagnie commerciale du Clan Yi traversera souvent le mont Myeongwolsan. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour mobiliser les artistes martiaux du clan et éliminer les bandits du mont Myeongwolsan ? »
Yi Jeong et Yi Won déglutirent en même temps.
Ils comprirent parfaitement ce que ce bâtard voulait dire.
S’ils voulaient éviter que les choses empirent, mieux valait régler le problème d’une manière ou d’une autre, quitte à massacrer jusqu’au dernier bandit.
Yi Jeong et Yi Won échangèrent un regard. La voix de Yi Do leur parvint alors :
« Le Clan Yi jouit d’une réputation remarquable dans le Comté de Jangnyeong. Plusieurs clans nous font confiance et nous suivent. Si nous n’éliminons pas ces bandits, ils s’en prendront à d’autres clans. Si nous prenons les devants et les détruisons, tout le mérite reviendra à notre clan. »
Comme s’il n’attendait que ça, Yi Jeong s’écria :
« Le petit dernier a raison. Des bandits ont réapparu sur le mont Myeongwolsan, où ils avaient pourtant été complètement exterminés autrefois. Nous ne pouvons pas fermer les yeux. Puisque le Clan Yi les a découverts le premier, c’est à nous de les éliminer. Mais… »
Yi Jeong se tourna vers Yi Do.
« Le petit dernier revient tout juste d’un voyage commercial. En tant qu’aîné, je ne peux pas le laisser être envoyé là-bas. Confiez-moi cette tâche. »
Yi Won s’avança à son tour.
« J’irai avec mon frère. Nous montrerons ainsi que le Clan Yi est le clan le plus puissant du Comté de Jangnyeong. »
Les deux hommes se disputaient clairement la place de Chef de clan.
Aucun Jeune maître n’avait encore été désigné comme successeur, et c’était une occasion évidente d’attirer l’attention de Yi Se-geuk, qui ne cessait de repousser sa décision.
C’était une des raisons, mais la plus évidente était qu’ils voulaient le faire taire.
Les deux avaient engagé des bandits pour faire échouer le voyage commercial de Yi Do. Autrement dit, deux fils du Clan Yi avaient attaqué leur propre clan dans le seul but de faire pression sur leur cadet. Si l’affaire venait aux oreilles de Yi Se-geuk, les conséquences seraient vraiment incontrôlables.
Tandis que ces pensées les accaparaient, Yi Se-geuk ne regardait que Yi Do. Celui-ci faisait de même.
Des deux hommes qui se dévisageaient, Yi Se-geuk fut le premier à parler.
« Tu as beaucoup changé. »
« Il le fallait. Le monde martial n’est pas fait pour les faibles, n’est-ce pas ? »
« C’est vrai. Ce voyage commercial a dû beaucoup compter pour toi. »
« C’était une très bonne expérience. »
« Bien. Tu as fait du bon travail. Tu peux disposer. »
« Oui. »
Après cet échange sans cérémonie, Yi Do quitta la Salle du Chef de clan.
Il se dirigea tout droit vers sa résidence, dans le bâtiment principal.
Moins de huit minutes plus tard, il ressortit.
Le visage de Yi Do s’était durci.
Il arrêta un serviteur qui passait et lui demanda : « Qui était-ce ? »
« … Pardon ? »
« Qui a nettoyé ma chambre ? »
Le visage de Yi Do était si meurtrier que le serviteur terrifié n’eut d’autre choix que de répondre honnêtement.
« Ce matin, l’intendant en chef Jeong a nettoyé la chambre du Jeune maître avec trois serviteurs. »
L’intendant en chef Jeong.
C’était un homme de Yi Won.
Sa réponse obtenue, Yi Do se mit en marche. Il prit la direction de Cheongwongak, où logeaient les intendants généraux.
Dès son arrivée, il demanda à voir l’intendant en chef Jeong.
L’intendant en chef Jeong plaisantait apparemment avec les serviteurs. Dès qu’il vit Yi Do, son sourire s’effaça et ses sourcils se froncèrent. Il s’approcha de lui d’un air contrarié.
« Pourquoi m’as-tu fait appeler ? »
« J’ai appris que tu avais nettoyé ma chambre aujourd’hui. C’est vrai ? »
« Oui. »
« Sur l’ordre de qui ? »
« Quel ordre ? C’est une tâche tout à fait ordinaire, non ? Ta chambre était vide depuis si longtemps que je l’ai nettoyée pour toi. C’était mal ? Franchement, je ne vois pas ce que j’ai fait de travers. »
Le visage froid de Yi Do se détendit peu à peu.
Un sourire d’une douceur extrême fleurit sur ses lèvres.
« Je te remercie sincèrement d’avoir nettoyé la chambre, mais où as-tu mis la boîte de pilules médicinales qui s’y trouvait ? »
La boîte de pilules médicinales.
Yi Do s’en souvenait parfaitement, lui aussi.
Avant sa régression, Yi Do avait été attaqué par des bandits sur le mont Myeongwolsan, puis roué de coups. Son corps était couvert de bleus et son énergie interne avait même été endommagée. Il était rentré au clan dans cet état, avait été réprimandé par le Chef de clan, puis soigné par des médecins.
Au cours des soins, Yi Do avait expliqué au médecin que la boîte de pilules médicinales conservée dans sa résidence contenait plusieurs pilules d’élixir particulièrement efficaces contre les blessures. Le médecin avait apporté la boîte et l’avait soigné avec ces pilules.
L’avenir dont il se souvenait avait changé.
En entrant dans sa chambre, il avait constaté que seule cette boîte avait disparu.
L’intendant en chef Jeong lui donna alors une réponse absurde.
« Ah, ça ? Je l’ai donnée au Jeune maître Yi Won. »
« Pourquoi ? »
« Comment ça, pourquoi ? Franchement, au lieu que tu les prennes, ne vaut-il pas mieux les donner au Jeune maître Yi Won, pour l’avenir du clan ? »
Le sourire de Yi Do s’accentua.
« Yi Won ne t’a pas demandé de les lui apporter ? »
L’intendant en chef Jeong tressaillit, mais cela n’avait aucune importance. Dès qu’ils avaient quelqu’un pour les protéger, les gens prenaient naturellement de l’assurance.
Voir un simple lapin s’appuyer sur le bâtard qui se tenait derrière lui et oser défier un tigre, il n’y avait que de quoi rire.
« Tu n’as pas entendu ce qui s’est passé aujourd’hui sur le mont Myeongwolsan ? »
« Oh, si. J’ai appris que tu avais décapité un bandit. Impressionnant. Cela dit, c’est inquiétant, quand quelqu’un change du jour au lendemain. Jeune maître, vous êtes le plus jeune de cette maison. Quand il y a quelque chose de bon, le plus jeune ne devrait-il pas le céder à son aîné ? C’est la moindre des choses, non ? »
Yi Do ne s’était pas attendu à ce que la façon dont les gens le voyaient change du jour au lendemain.
Autrefois, ce genre de choses était monnaie courante. Tout cela ne s’était pas construit en un jour ou deux. C’était le résultat de plus d’une douzaine d’années. On avait beau l’appeler le benjamin, il n’était qu’un fils illégitime sans personne pour le soutenir.
Yi Jeong et Yi Won, qui se disputaient la place de Chef de clan, avaient systématiquement exclu Yi Do du clan.
Leurs hommes faisaient de même.
Jamais ils ne l’avaient traité comme l’un des leurs par le sang.
Ils le regardaient comme s’il était idiot ou muet. Les intendants généraux, les artistes martiaux, et même les porteurs le prenaient pour un imbécile.
Le Chef de clan fermait les yeux. Yi Do n’était ni un génie des arts martiaux ni quelqu’un qui avait un puissant protecteur.
Yi Se-geuk ne s’était jamais soucié de lui, de toute façon.
Il était donc naturel que, dans sa vie précédente, Yi Do eût vécu là, terrorisé et sur la défensive. C’était aussi pour cela qu’il ne lui restait que peu d’affection pour le Clan Yi et qu’il avait fini par quitter la maison, une fois arrivé à bout.
Autrefois, il avait supporté tout ce qu’il pouvait, mais les choses n’étaient plus comme avant.
Tout cela appartenait au passé, et il n’avait pas voulu exhumer de vieilles rancunes pour se venger.
Il avait voulu leur donner au moins une chance. C’était pour cela qu’il leur avait adressé quelques avertissements.
Pourtant, ils n’avaient toujours rien compris.
À présent, il ne pouvait plus leur accorder la moindre chance.
Il ne le pouvait tout simplement pas.
« Intendant en chef Jeong, laisse-moi te donner un dernier conseil. »
« … Je t’écoute. »
« Quand tu arriveras dans l’au-delà, essaie de remettre un peu d’ordre dans ta tête. »
Pendant un instant, l’intendant en chef Jeong ne comprit pas. Avait-il mal entendu ?
Peu importait. Yi Do ne s’attendait pas à ce qu’il comprenne.
Le poing de Yi Do partit.
Pan !
La tête de l’intendant en chef Jeong bascula en arrière. Il perdit l’équilibre. Alors qu’il peinait à tourner la tête, il vit le pied de Yi Do fondre vers son plexus solaire.
Le coup suivant vint tout naturellement.
Pan !
L’intendant en chef Jeong s’effondra au sol, frappé au plexus solaire.
Yi Do fit craquer sa nuque, puis se jucha sur lui. De la main gauche, il saisit l’intendant en chef Jeong par les cheveux ; de la droite, il serra le poing.
Puis il frappa sans pitié.
Crac !
Le cri de l’intendant en chef Jeong fut étouffé par l’impact. Il le resterait sans doute.
Le poing de Yi Do continuait de s’abattre.
Boum, boum, crac, crac, crac.
À un moment, les impacts commencèrent à ressembler au bruit de quelqu’un qui écrase du tofu.
Ce n’était pas sans raison.
La tête de l’intendant en chef Jeong n’était déjà plus qu’une bouillie.
Elle n’avait pas éclaté. Elle avait été complètement broyée, méconnaissable. N’importe qui pouvait voir qu’il était déjà mort.
Malgré tout, Yi Do ne s’arrêta pas. Il continua de frapper jusqu’à ce que le visage de l’intendant en chef Jeong soit entièrement aplati contre le sol.
Jusqu’à ce que son visage se confonde complètement avec le sol.
Ce n’est qu’après l’avoir frappé une vingtaine de fois — peut-être vingt-cinq — que Yi Do s’arrêta enfin.
Le silence retomba autour de lui.
Il essuya le sang et les morceaux de chair sur ses vêtements, puis se releva.
Ah…
Il ordonna aux serviteurs tout proches : « Emportez-le et enterrez-le sur la colline, derrière. »
Personne ne répondit.
Le regard meurtrier de Yi Do balaya ceux qui l’entouraient.
« Répondez. »
Ce n’est qu’alors que les serviteurs, sous le choc, reprirent leurs esprits.
« O-Oui… Oui ! »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>