Chapitre 10
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Mémoires d’un régresseur ◈
Chapitre 10 : Réduisez-le en cendres
──────
La réunion prit fin.
Dame Sang fit venir Yi Jeong.
Ils affichaient la même expression.
Un large sourire.
Ils étaient sincèrement heureux.
« Mère ! Vous avez enfin réussi. »
« Oui, j’ai réussi. »
Ils ne parlaient pas seulement de la prise du Pavillon Cheonhwa.
« Cela signifie que Père a déjà décidé de faire de moi le Jeune maître du clan, n’est-ce pas ? »
« Exactement. Peu importe ce qu’a fait Yi Do, ton père n’aurait pas décidé de lui retirer le Pavillon pour te le donner s’il n’avait pas déjà résolu de te nommer Jeune maître du clan. »
« Mon deuxième frère se croit vraiment tout permis, ces derniers temps. Je suis content de ne plus avoir à supporter ça, Mère. »
« Allons, imbécile. Tu peux mal traiter qui tu veux, mais tu dois bien te conduire avec ton jeune frère. Tu sais pourquoi. »
« …Je le sais. Mais quand même… Le Clan Yun est subordonné au Clan Yi, non ? Une fois que je posséderai le Clan Yi, le Clan Yun et sa compagnie marchande seront à nous de toute façon. Suis-je vraiment obligé de bien le traiter ? »
Dame Sang ravala de justesse le soupir qui lui montait du fond de la poitrine.
Que pouvait-elle bien faire de cet idiot inconséquent ?
« Imbécile. Devenir chef de clan, c’est prendre la responsabilité de tous ceux qui en font partie. Si tu veux qu’ils te suivent, il va de soi que tu dois bien les traiter. Alors, même sans rien faire, ils te respecteront et s’efforceront de gagner tes faveurs. C’est comme ça qu’il faut voir les choses. Comment peux-tu déjà songer à te débarrasser de quelqu’un simplement parce qu’il te déplaît ? »
Yi Jeong lui adressa un sourire gêné en guise de réponse à son reproche.
Quoi qu’on lui dise, son sourire ne s’effaçait jamais.
Et il s’agissait du Pavillon Cheonhwa, tout de même.
Il abritait les plus belles courtisanes du Comté de Jangnyeong, et Yi Jeong le fréquentait assidûment.
À présent, il en deviendrait le maître.
Autrement dit, toutes les courtisanes du Pavillon lui appartiendraient.
Dame Sang claqua la langue.
« Ne t’emballe pas. »
« Mère, j’ai repris mes esprits. Je ne suis plus l’homme que j’étais. »
« Tss. Je le répète quand même une dernière fois : ne va pas semer ta graine à tort et à travers chez des femmes de basse extraction. Si tu dois la semer, attends qu’il s’agisse d’une fille de bonne famille. Tu as compris ? »
« Oui, Mère. »
Bien sûr, ce n’était que ce qu’il disait à voix haute. Dans son esprit, Yi Jeong s’imaginait déjà un festin débridé de vin et de femmes.
* * *
J’avançai sans hésiter.
Je ne m’attardai pas à réfléchir.
Tout s’était déroulé sous mes yeux.
Dame Sang avait embobiné Yi Se-geuk, qui s’était laissé prendre. Yi Jeong, ce crétin, ne pensait qu’à empocher ce qui lui tombait du ciel. Qu’y avait-il d’autre à savoir ?
Je n’avais jamais laissé impuni quiconque osait me voler ce qui m’appartenait.
Je leur ferais payer.
Mais avant, je devais m’occuper de quelque chose.
Tout le monde m’accueillit à mon entrée dans le Pavillon Cheonhwa.
« Notre nouveau propriétaire est arrivé. »
Jo Hyeon affichait un sourire radieux ; je m’en sentis un peu désolé pour lui.
Je leur adressai un signe de la main désinvolte.
Le silence se fit.
Sans un mot, je tirai une chaise et m’assis.
J’avais déjà préparé ce que j’allais leur dire en chemin.
« Écoutez-moi. »
Tous les regards se tournèrent vers moi.
« C’est notre première rencontre, mais je regrette de devoir vous annoncer ça. »
Des regards interrogateurs se posèrent sur moi. Je poursuivis sans m’interrompre.
« À compter d’aujourd’hui, le Pavillon Cheonhwa ferme ses portes. »
« …Quoi ? »
« Jo Hyeon. »
« O-Oui ? »
« Apporte les documents. »
Les mains tremblantes, il me tendit la pile de papiers qu’il avait préparée à l’avance.
Je les parcourus rapidement. C’étaient les [Contrats de travail] que je lui avais demandé de préparer.
« Beaucoup d’entre vous devaient de l’argent à Jeok Gae-san. Certains ne lui devaient qu’un tael d’argent, d’autres plusieurs milliers. »
Mon regard passa sur les serviteurs, puis s’arrêta sur les courtisanes qui se tenaient devant moi, les mains jointes.
« Certaines d’entre vous ont été vendues ici. »
L’atmosphère s’assombrit. Je n’avais pas l’intention d’en dire davantage.
Chacun avait ses raisons.
« Ces contrats contiennent tous les détails vous concernant : vos loisirs, vos dettes, vos noms, vos villes natales. Il y en a tellement qu’il serait difficile de tout énumérer. »
« … »
« Pour moi, ce ne sont que des bouts de papier. Pour vous, ce sont des chaînes. »
De l’autre main, je fis claquer mes doigts.
Une flamme s’épanouit au bout de mes doigts. Je l’approchai de la pile de documents.
Crépitement.
Le feu prit lentement, puis s’embrasa en un instant.
Les yeux de tous s’écarquillèrent.
En peu de temps, tous les documents furent réduits en cendres.
« Vos chaînes ont disparu. »
« Euh… Propriétaire… ? »
Je demandai d’un ton détaché à Jo Hyeon, décontenancé : « Jeok Gae-san devait avoir un coffre-fort privé. Vous l’avez trouvé ? »
« …Oui, mais nous n’avons pas trouvé la clé. »
« Peu importe. Apportez-le ici. »
Jo Hyeon monta à l’étage avec deux serviteurs qui se tenaient à l’arrière. Ils revinrent en portant un énorme coffre-fort.
Boum.
Il était manifestement trop lourd pour que trois hommes robustes le transportent sans peine.
Qu’avait-il bien pu y entasser ?
J’en avais une vague idée.
Je m’en approchai en silence.
Je concentrai mon énergie au bout du pied et donnai un coup.
CLANG !
La jointure du coffre vola en éclats.
Son contenu apparut au grand jour.
Il brillait de mille feux. Ce salaud de Jeok Gae-san n’avait certainement pas manqué d’argent pour rembourser ses dettes. À première vue, il y avait là plus de dix mille taels d’argent.
« Jo Hyeon. »
« Oui. »
« Combien êtes-vous en tout ? »
« …Sans vous, Propriétaire, nous sommes quarante-neuf, moi compris. »
Quarante-neuf.
C’était gérable.
« Distribuez tout. »
« …Tout ? »
« Oui. Je vous prends votre travail de force, alors je peux bien faire au moins ça. Pas vrai ? »
« …C’est vrai, mais… Vous n’êtes pas tenté ? »
« Non. Ça devrait suffire pour qu’ils prennent un nouveau départ. Répartissez la somme en tenant compte de l’ancienneté de chacun, du travail le plus pénible et de la contribution de chacun. »
« …Compris. »
« Et vous, vous vous appelez Hwang Jang-su ? »
Un homme d’âge mûr, silencieux parmi les autres, releva la tête à mon appel.
C’était un ancien cuisinier de la cour impériale, chargé de préparer tous les repas du Pavillon Cheonhwa.
Son regard était remarquablement limpide.
Comme celui d’un artiste martial.
« Oui. Je suis Hwang Jang-su. »
« Venez un instant avec moi. »
Je désignai le fond du menton.
J’emmenai Hwang Jang-su, qui semblait perplexe, dans un coin du Pavillon Cheonhwa.
Il demanda : « Y a-t-il une raison pour laquelle vous souhaitiez me parler en privé ? »
« Avez-vous l’intention de continuer à cuisiner ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
« …Parce que j’ai envie de cuisiner. »
« Je vois. Vous n’avez donc pas l’intention de retourner dans le monde martial ? »
Le sourcil de Hwang Jang-su tressaillit.
« …Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. »
Je ricanai.
« Ça suffit. Pas besoin de jouer la comédie devant moi. »
« …Jouer la comédie ? Qu’est-ce que vous… »
« J’ai dit que vous n’aviez pas besoin de jouer la comédie. Assassin aux mille visages, Hwang No-baek. »
Tout se passa en un instant.
Une intention meurtrière écrasante jaillit de Hwang Jang-su — non, de Hwang No-baek.
Je ne cillai même pas.
Hwang No-baek, lui, parut décontenancé.
« …Comment l’avez-vous appris ? »
« J’ai mes moyens. »
« …Qu’attendez-vous de moi ? »
« Quelque chose. S’il y a des gens utiles parmi ceux qui sont là-bas, emmenez-les avec vous. »
« Pourquoi me donnez-vous des ordres ? »
Je souris.
« Parce que je suis toujours votre employeur. »
« …Si vous connaissez mon surnom, vous savez forcément aussi quel royaume j’ai atteint. »
Impossible que je ne le sache pas.
Le surnom d’Assassin aux mille visages était presque tombé dans l’oubli. Peu de gens le connaissaient, mais ceux qui le savaient le redoutaient terriblement.
Une vingtaine d’années plus tôt, exactement soixante-seize artistes martiaux avaient péri de la main de l’Assassin aux mille visages.
Soixante-dix d’entre eux avaient atteint au moins l’un des Quatre Royaumes de Culture du Qi.
À en croire les rumeurs, l’Assassin aux mille visages avait atteint au minimum le Retour des Cinq Qi à l’Origine, peut-être même le Royaume de la Création, premier stade des Quatre Royaumes du Ciel et de la Terre.
Une dizaine d’années plus tard, la guerre entre les justes et les démons éclaterait. L’Assassin aux mille visages réapparaîtrait au cours de cette guerre et tenterait de tuer le chef de l’Alliance martiale, sans succès.
Au passage, ce chef n’était autre que Yeo Jung-cheon, l’Empereur céleste, l’un des Dix plus grands maîtres sous le Ciel qui m’avait tué dans ma vie précédente.
J’ignorais pourquoi il l’avait attaqué. Je n’avais pas jugé utile d’en apprendre autant.
Je savais tout de même exactement à quoi il ressemblait.
Je savais aussi qu’il avait été cuisinier au Pavillon Cheonhwa, dans le Comté de Jangnyeong.
« Je veux savoir comment vous avez découvert mon identité. »
Sa présence devint menaçante. Sous l’intention meurtrière qui déferlait sur moi, mes sens s’aiguisèrent.
Je fronçai les sourcils et fis un pas en avant.
« C’est votre dernier avertissement. »
« … »
« Retirez votre intention meurtrière. »
« Et si je refuse ? »
La réponse était simple.
« Je vous tuerai. »
« …Vous connaissez mon surnom et vous prétendez pouvoir me tuer ? »
« Pourquoi ? Vous pensez que j’en suis incapable ? »
« Un artiste martial ordinaire du Royaume de Circulation ne peut pas venir à bout d’un maître du Retour des Cinq Qi à l’Origine. Je ne suis pas comme Jeong Rin, que vous avez tué ici il y a peu. »
« Si, vous êtes comme lui. »
Je tendis l’index et le posai contre la poitrine de Hwang No-baek.
« Peu importe qui vous êtes, si je décide de vous tuer, vous mourrez. »
« … »
« Je vous pardonne une première fois : votre intention meurtrière vous a échappé sous l’effet de la surprise. Je vous pardonne une deuxième fois : vous n’avez pas compris la situation. Il n’y aura pas de troisième fois. Si vous dirigez encore votre intention meurtrière contre moi ou si vous dépassez de nouveau les bornes, je vous arracherai les deux yeux et détruirai votre dantian sur-le-champ. Vous avez compris ? »
Il fixa mon index pointé vers son cœur, puis retira lentement son intention meurtrière.
« …Vous êtes vraiment quelqu’un d’étrange. »
« Tant mieux si vous avez compris. »
Je baissai la main à mon tour.
Je pensais chacun des mots que je venais de prononcer.
De nombreux regards nous observaient, mais personne ici ne pouvait reconnaître « ça ».
Pour être clair, j’aurais pu tuer Hwang No-baek avec ce seul index. Je ne l’avais simplement pas fait.
Si je l’avais fait, j’aurais dû tuer tout le monde ici.
Il avait peut-être senti quelque chose. Arborant une expression étrange, Hwang No-baek me demanda : « Pourquoi fermez-vous le Pavillon Cheonhwa ? »
« Avez-vous besoin de le savoir ? »
« Ce serait bon à savoir, mais vous n’avez pas l’air de vouloir me répondre. Alors je ne vous le demanderai pas. »
Je regardai un instant les gens du Pavillon Cheonhwa, Jo Hyeon compris.
Puis je pris lentement la parole.
« Ce que j’ai dit tout à l’heure tient toujours. Je leur donnerai assez d’argent pour ouvrir une auberge ou une taverne, et il leur en restera même après. Si vous voulez emmener certains d’entre eux, faites-le. »
« Je ne comprends pas. Pourquoi aller si loin ? Ce sont des inconnus pour vous, non ? Pourtant, vous leur donnez une somme considérable. »
Il parlait des gens du Pavillon Cheonhwa, là-bas.
« Qu’ils me soient inconnus ou non, je leur prends leur travail. Je dois bien les indemniser convenablement. Pas vrai ? »
« …La plupart des gens les mettraient simplement à la porte. S’ils avaient des dettes, ils les forceraient à les suivre pour se faire rembourser. Vous n’êtes pas comme ça, Jeune maître. »
Je n’avais pas particulièrement envie de m’expliquer.
« S’ils partent avec cet argent, ils risquent de s’attirer de gros ennuis. »
« Qu’ils en fassent ce qu’ils veulent, qu’ils s’attirent des ennuis ou non, ils ont eu le choix. »
« … »
« Peu de gens dans ce monde ont la possibilité de choisir. Ce qu’ils décideront et les conséquences qu’ils subiront ne dépendent que d’eux. Dois-je aussi me préoccuper de ça ? »
« …C’est vrai. Pouvoir devenir riche du jour au lendemain, c’est déjà plus qu’assez. »
Mais, surtout…
« Que pensez-vous de Jo Hyeon, là-bas ? »
« Vous voulez parler de la différence entre son expression lorsqu’il était heureux d’être devenu propriétaire adjoint et celle qu’il a maintenant ? »
Je secouai la tête.
« Je vous demande ce que vous pensez de lui comme disciple. »
« …Il n’est pas dénué de talent, mais si je le prends comme disciple, il sera pénalisé par le fait de commencer les arts martiaux si tard. »
« Vous avez l’intention de le prendre ? »
« Eh bien… Il n’a pas mauvais caractère. J’avais envisagé de l’emmener avec moi. »
« Alors, c’est réglé. Emmenez-le. »
« …Je ne vous comprends vraiment pas. Pourquoi vous en souciez-vous autant ? Vous le connaissez à peine. »
Je me tournai vers Hwang No-baek et croisai son regard.
« Le temps passé à se connaître a-t-il de l’importance ? »
« En général, oui. »
« Pas pour moi. Ce qui compte, c’est de savoir si quelqu’un est devenu l’un des miens. Il m’a montré sa loyauté et a tenu sa promesse. À mon tour de tenir la mienne. Je lui ai donné le poste de propriétaire adjoint et je comptais le nommer propriétaire d’ici peu, mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Dans ce cas, il est juste de le dédommager en conséquence. Ai-je tort ? »
« …Les artistes martiaux ordinaires n’agissent pas comme vous. »
« Parce que je ne suis pas un artiste martial ordinaire. Emmenez-le. Formez-le jusqu’à ce qu’il puisse au moins se défendre. »
Hwang No-baek semblait incapable de comprendre la situation.
« Mais vous avez déjà brûlé tous les contrats de travail et fermé le Pavillon Cheonhwa. Suis-je encore votre employé ? »
« Alors, quelle est votre réponse ? »
Hwang No-baek eut un rire sans joie.
« Très bien. J’emmènerai Jo Hyeon ainsi que quelques courtisanes et serviteurs, là-bas. Mais vous devrez nous donner une somme généreuse. »
« Vous comptez ouvrir un restaurant ? »
« Oui. »
« Prenez-en autant que vous voulez, puis faites sortir tout le monde. »
« Et vous, Jeune maître ? Qu’allez-vous faire ? »
« Je m’en vais. »
Je me retournai et m’éloignai.
Je sentais leurs regards perplexes dans mon dos, mais je m’en moquais.
Une fois sorti du Pavillon Cheonhwa, je croisai les mains derrière le dos.
La nuit était tombée et le soleil avait complètement disparu.
Bientôt, tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur du Pavillon Cheonhwa en sortirent.
Je demandai à Jo Hyeon : « Tout le monde est sorti ? »
« Oui. Il n’y a plus personne à l’intérieur. »
« Vous avez bien fait. »
« …Ce n’était rien. »
Je contemplai une dernière fois le Pavillon Cheonhwa.
Un bâtiment de cinq étages.
À vrai dire, c’était dommage.
Une fois que j’en serais devenu pleinement propriétaire, j’avais prévu d’y emmener mon maître un jour.
J’avais pensé que ce serait une cachette idéale.
Mon projet avait échoué avant même d’avoir commencé.
Ceux qui avaient tenté de me prendre ce qui m’appartenait en paieraient le prix.
Tout comme ceux qui m’avaient forcé à agir ainsi.
Je parlai calmement.
« Réduisez-le en cendres. »
« …Pardon ? »
Ils ne recevraient que des cendres.
« Ne me faites pas répéter. Brûlez tout, jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune trace. »
Plutôt que de les laisser me le prendre, je le détruirais.
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