Chapitre 240
« Bien que la doctrine de l’École Jun soit effectivement extrême et violente, le prétendu [Grand Jun], qu’ils révèrent comme un credo absolu, n’est en aucun cas un apocalypse désespéré, corrompu et déformé par la souillure d’un Dieu extérieur. Shentu Xin étant lui aussi un héritier de l’École Jun, s’il apprend que Sun Lang est déjà devenu le pion d’un Dieu extérieur, il ne restera certainement pas les bras croisés. »
Le regard profond, Kong Changqing analysa calmement la situation.
Il se tourna ensuite vers Li Shun et déclara gravement : « Si vous parvenez à aider le Grand Qian à écarter le danger catastrophique que représentent les regards indiscrets d’un Dieu extérieur, ce sera sans aucun doute un exploit qui fera trembler le ciel. Le moment venu, même si la Cour impériale ne peut vous couvrir ouvertement de récompenses, vous ne manquerez certainement pas des trésors et des héritages qu’on vous accordera en secret ! »
Le sous-entendu était parfaitement clair.
Li Shun comprit naturellement.
Il prit aussitôt un air grave, joignit les poings et s’inclina.
« Le destin du monde repose sur les épaules de chacun. En tant que pratiquants confucéens, comment pourrions-nous rester les bras croisés tandis qu’un Dieu extérieur ravage le peuple ? »
« Ce cadet ne recherche ni haute fonction ni grande fortune. J’agis uniquement pour le bien du peuple. Quels que soient les ordres de la Cour impériale, j’obéirai sans hésiter, même si cela doit me coûter la vie ! »
Ses paroles, justes et fermes, résonnaient de conviction.
« Bien ! Très bien dit ! Si chaque pratiquant du Grand Qian portait le monde sur ses épaules comme vous, que pourrions-nous craindre de ces entités maléfiques venues d’au-delà des cieux ? »
Mais il changea aussitôt de ton et lui rappela gravement : « Cela dit, même si ce plan concerne le destin du royaume, nous ne sommes pas encore dans une impasse véritablement apocalyptique. Si nous pouvons tirer parti de la situation pour déjouer les plans du Dieu extérieur, ce sera évidemment l’idéal. Mais si cela s’avère impossible, souvenez-vous-en : votre vie doit passer avant tout. Tant que les collines verdoyantes subsistent, le bois de chauffage ne manquera pas. Ce n’est qu’en survivant que vous pourrez préparer l’avenir. »
Li Shun hocha lourdement la tête.
« Ce cadet a compris. »
En vérité, Kong Changqing avait omis de lui révéler une chose.
Si le Chancelier de Droite avait personnellement choisi Li Shun pour accompagner la volonté d’un Dieu extérieur et danser sur le fil du rasoir, c’était en grande partie parce que Kong Changqing l’avait recommandé avec insistance.
Et s’il avait osé pousser Li Shun dans une situation aussi périlleuse, où la mort semblait presque certaine, ce n’était absolument pas pour emprunter la main de quelqu’un d’autre afin de le tuer.
C’était plutôt parce que Kong Changqing savait que Li Shun avait de fortes chances d’être protégé par un Sage confucéen.
Affronter directement la volonté d’un Dieu extérieur était sans aucun doute extrêmement dangereux. Mais s’il disposait des fondations et de la protection d’un Sage capables de faire remonter les événements en boucle, Li Shun pourrait, dans une certaine mesure, tenir tête au Dieu extérieur au cœur de ce piège mortel.
Il aurait peu à craindre pour sa sécurité.
Et s’il parvenait réellement à accomplir quelque chose…
Alors il chevaucherait le vent jusqu’aux nuages et s’élèverait aux cieux d’un seul bond.
Pour Li Shun, c’était une occasion exceptionnelle.
C’était précisément pour cette raison que Kong Changqing avait délibérément fait avancer les choses.
« Le Chancelier de Droite a déjà mis en place un arrangement secret. D’ici peu, une série de circonstances fortuites vous fera retrouver Sun Lang dans la province de Bing. »
« Bien entendu, afin de ne pas éveiller les soupçons et de ne pas laisser la volonté qui se trouve derrière lui découvrir la moindre faille, cette rencontre sera organisée de façon à paraître tout à fait naturelle. Préparez-vous à ce qui vous attend. »
Kong Changqing ne révéla pas tous les détails à Li Shun. Il se contenta d’ajouter ce rappel d’un ton calme.
« La province de Bing… »
La première chose qui vint à l’esprit de Li Shun fut le Dieu extérieur qui avait jadis déclenché une calamité terrifiante sur cette terre.
[Taiyi Xuanpin].
La Cour impériale avait-elle délibérément choisi la province de Bing pour cette mise en scène afin d’opposer une force à une autre ?
Li Shun n’hésita pas et posa aussitôt la question qui lui brûlait les lèvres.
Kong Changqing acquiesça légèrement, une lueur profonde et fugace brillant dans ses yeux.
« Bien que la projection de [Taiyi Xuanpin] ait été anéantie depuis longtemps, elle a ravagé les terres de la province de Bing pendant un certain temps. Aujourd’hui encore, les traces et l’aura persistante qu’elle a laissées restent inscrites dans les lois fondamentales du ciel et de la terre. »
« Et parmi ces Dieux extérieurs si puissants, la coexistence pacifique n’existe pas. Au milieu du chaos, ils se livrent sans cesse bataille et se considèrent comme des ennemis mortels. Imprégnée de la puissance résiduelle de [Taiyi Xuanpin], la province de Bing est en quelque sorte un bourbier naturel pour la volonté qui se trouve derrière Sun Lang. Elle l’opprimera inévitablement à son insu et affaiblira autant que possible sa puissance. »
Après un instant de réflexion, Li Shun posa la dernière question, la plus profonde, qui le tourmentait.
« Ce cadet a vu de ses propres yeux la puissance d’un Dieu extérieur. Elle dépasse véritablement toute imagination. Pourtant, dans une situation aussi complexe, le Grand Siming a su discerner d’un seul regard l’infiltration d’un Dieu extérieur. »
« Quel niveau de cultivation a-t-elle donc atteint ? »
« Serait-ce le royaume Ciel-Terre ? Mais ne disait-on pas qu’aucun Sage ne s’était manifesté dans le Grand Qian depuis plusieurs siècles ? »
« Le Grand Siming… »
Une profonde admiration, qu’il ne parvenait pas à réprimer, se lisait dans les yeux de Kong Changqing.
« Le royaume de cultivation du Grand Siming est en réalité… »
Après un long silence, Kong Changqing finit par prononcer lentement deux mots.
« [Errance de l’Esprit]. »
« L’Errance de l’Esprit ? »
Une lueur de stupeur traversa les yeux de Li Shun.
Ce royaume ne semblait pas faire partie des Sept Royaumes de la cultivation du Grand Qian.
« Le Grand Siming aurait-elle brisé les chaînes du royaume Ciel-Terre pour franchir une étape supplémentaire ? »
Li Shun s’exclama, incrédule.
À sa grande surprise, Kong Changqing secoua aussitôt la tête et rejeta catégoriquement cette hypothèse.
« À vrai dire, l’Errance de l’Esprit n’est pas un royaume supérieur au royaume Ciel-Terre. C’est plutôt, en un certain sens, une autre voie ultime, capable de rivaliser avec le royaume Ciel-Terre sur un pied d’égalité ! »
« Le royaume Ciel-Terre, lui, est une voie tournée vers l’intérieur. On trempe et affine ses propres fondations jusqu’à les porter à un état suprême, capable de rivaliser avec le Ciel-Terre de ce monde même. »
« Mais le royaume de l’Errance de l’Esprit… »
« Il consiste à rompre complètement tous les liens avec le monde mortel, à rendre l’âme divine insaisissable et dépourvue de forme, afin qu’elle puisse dériver au-delà de la membrane fœtale du monde lui-même ! »
« L’un cherche le Dao à l’intérieur ; l’autre, au-delà du monde. »
Li Shun plissa les yeux et médita soigneusement les paroles de Kong Changqing.
Chercher le Dao à l’intérieur et le chercher au-delà du monde.
La distinction entre « intérieur » et « au-delà » désignait clairement le monde du Grand Qian lui-même.
Kong Changqing laissa échapper un léger soupir.
« À l’époque, le Grand Siming était bloquée au royaume de la Création. Même après avoir consacré tous ses efforts à sa cultivation et s’être épuisée à la tâche, elle ne parvenait pas à faire le moindre pas vers la voie du Sage du Ciel-Terre. »
« Pourtant, douée comme nul autre, même dans cette situation désespérée, alors que son huile touchait à sa fin et que sa lampe était sur le point de s’éteindre, elle comprit de force la méthode de l’Errance de l’Esprit ! »
« S’il n’existait plus aucun moyen de progresser dans ce monde, pourquoi ne pas simplement briser les chaînes du monde lui-même, errer dans le Grand Vide et s’aventurer dans l’immensité au-delà des cieux pour chercher de force une occasion de prouver le Dao ? »
« À ce jour, nul ne sait exactement comment elle a réussi un tel exploit au milieu de cette grande terreur. »
« Mais elle a bel et bien réussi. »
« Et au cours des quelques siècles qui ont suivi, le Grand Qian a vu naître d’innombrables prodiges, sans qu’une seule personne puisse reproduire cet exploit défiant les cieux. »
Kong Changqing secoua la tête à plusieurs reprises, ses paroles empreintes de cette révérence mélancolique qu’inspire une montagne inaccessible.
L’âme de Li Shun fut profondément ébranlée et son cœur aspira au royaume qu’on venait de lui décrire. Dans le même temps, tous ses doutes se dissipèrent enfin.
L’Errance de l’Esprit et le Ciel-Terre étaient clairement deux voies de progression entièrement différentes, accessibles après avoir porté la cultivation du royaume de la Création à son apogée.
Les Sages du royaume Ciel-Terre étaient extrêmement rares, mais ils avaient bel et bien existé.
Mais le royaume de l’Errance de l’Esprit…
Au fil des innombrables âges du Grand Qian, une seule personne l’avait atteint.
Le Grand Siming.
« Pas étonnant qu’à l’époque, dans le domaine au pied de la montagne Dai, le Grand Siming ait réduit en poussière avec tant de facilité ces émissaires de plusieurs Dieux extérieurs. »
« L’Errance de l’Esprit… »
« Les deux états physiques complètement différents du Grand Siming pourraient-ils être dus à cet étrange royaume de l’Errance de l’Esprit ? »
Li Shun réfléchit en silence.
« S’il fallait vraiment déterminer lequel du royaume Ciel-Terre ou de l’Errance de l’Esprit est supérieur, lequel est le plus puissant ? »