Chapitre 706
Avant même d’entrer dans l’Ancien Réseau de téléportation, Chu Feng avait déjà choisi sa destination.
Il restait encore deux mois avant le combat convenu entre les disciples des Trois Protecteurs, dans le Ravin dépravé. Pour l’heure, Chu Feng comptait se rendre à l’Académie des Quatre Mers afin de rendre visite à ses deux fiancées, Su Rou et Su Mei, ainsi qu’à ses deux frères, Zhang Tianyi et Jiang Wushang.
Après tout, il leur suffirait de recevoir les Champignons immortels du Martialisime pour que leur cultivation progresse considérablement. Même s’ils ne parviendraient sans doute pas à le rattraper, ces champignons leur permettraient au moins de mieux s’établir à l’Académie des Quatre Mers.
Mais avant cela, Chu Feng voulait se rendre ailleurs : à la Famille Li, sur la Montagne de l’Ivoire du Loup. À l’époque, lorsqu’il avait emporté l’Œuf de cristal de glace, il avait dit à Li Chan qu’il ne faisait que l’emprunter et qu’il lui rendrait plus tard un objet de valeur équivalente.
Aux yeux de Chu Feng, le Champignon immortel du Martialisime était à peine inférieur à l’Œuf de cristal de glace. Mais pour Li Chan, sa valeur était manifestement bien supérieure à celle de l’œuf. C’était donc l’objet idéal pour s’acquitter de sa dette.
Après avoir fait diligence, Chu Feng finit par atteindre la Montagne de l’Ivoire du Loup. Il filait dans les airs, au-dessus des nuages, à une vitesse fulgurante.
Mais avant même d’approcher de la résidence de la Famille Li, Chu Feng entendit des clameurs. Du haut des airs, il découvrit une foule immense rassemblée sur le vaste terrain qui s’étendait devant le portail de la Famille Li.
« On dirait qu’il s’est passé quelque chose ! »
Chu Feng comprit aussitôt que tous ceux qui s’étaient réunis là ne faisaient pas partie de la Famille Li. Beaucoup étaient des étrangers : il s’était donc forcément passé quelque chose chez les Li.
Pour ne pas attirer l’attention, Chu Feng ne prit pas l’apparence de Wuqing. Il se contenta d’enfiler un chapeau conique et de dissimuler son aura. Ce n’est qu’alors qu’il descendit des airs et atterrit dans un espace dégagé. Pourtant, dès qu’il posa le pied au sol, il sentit que quelque chose clochait.
Une foule nombreuse s’était massée sur la vaste esplanade. Les gens acclamaient et criaient ; il se passait donc manifestement quelque chose au milieu.
Plus important encore, Chu Feng remarqua que la foule était divisée en deux groupes. D’un côté se tenaient les membres de la Famille Li ; de l’autre, des gens vêtus de robes grises. Il était difficile de savoir de quelle école ou secte ils venaient, mais ils appartenaient visiblement à une organisation de ce genre.
À côté d’eux se tenaient aussi quantité de gens qui n’appartenaient à aucun des deux camps. Ils étaient là, de toute évidence, pour assister au spectacle.
Ce n’est qu’en s’approchant qu’il découvrit qu’une vaste arène avait été dressée au centre de la foule. Un homme et une femme s’y affrontaient, et la femme n’était autre que Li Chan.
Son adversaire était un homme d’âge mûr. Lui aussi portait une robe grise ; il tenait une longue épée d’armement d’élite et possédait le même niveau de cultivation que Li Chan : le septième niveau du Royaume Céleste.
Les deux combattants se livraient alors une lutte acharnée. Pourtant, non seulement Li Chan avait atteint le sommet du septième niveau du Royaume Céleste, mais ses attaques s’enchaînaient avec une parfaite fluidité et elle dominait largement son adversaire.
« Frère, pourquoi y a-t-il tant d’agitation ici ? Que se passe-t-il ? » demanda Chu Feng à un homme imposant.
Après l’avoir examiné, l’homme lui demanda : « Tu n’es pas du coin, pas vrai ? »
« Je ne fais que passer », répondit Chu Feng. Il avait dissimulé son aura pour que les autres ne le craignent pas. Puisqu’il avait pris l’initiative de poser la question, il se montra très poli.
« Je m’en doutais. Mais puisque tu ne sais pas ce qui se passe, je vais te raconter. »
« Tu la vois ? La femme sur l’arène, qui a un certain charme, s’appelle Li Chan. C’est la fille aînée de la Famille Li, qui domine toute cette région. La Famille Li administre l’ensemble de la Montagne de l’Ivoire du Loup.
« Quant à celui qui affronte Li Chan, c’est le disciple numéro un de la Secte de la Peinture », expliqua le grand gaillard.
« La Secte de la Peinture ? C’est quoi, cette secte ? » demanda Chu Feng, perplexe. Mais à peine eut-il prononcé ces mots que plusieurs personnes alentour tournèrent les yeux vers lui. Presque tous le regardaient d’un air hostile.
« Hein… Frère, tu ne connais vraiment pas la Secte de la Peinture ?! » L’homme dévisagea rapidement Chu Feng avec mépris. En même temps, il lui adressa plusieurs clins d’œil pour lui faire comprendre de se taire : à cet instant, beaucoup de gens présents appartenaient à la Secte de la Peinture.
Ce n’est qu’après que ces gens eurent reporté leur attention sur l’arène que le grand gaillard reprit à voix basse : « À vrai dire, moi non plus, je ne savais pas ce qu’était la Secte de la Peinture, avant.
« Mais j’ai entendu dire qu’elle comptait établir une secte sur la Montagne de l’Ivoire du Loup. Or, cette montagne se trouve sur le territoire de la Famille Li ! Bien sûr, celle-ci a protesté, jugeant la situation injuste.
« Seulement, le maître de la Famille Li aurait bu avec le chef de la Secte de la Peinture et lui aurait promis, au cours de leur banquet, qu’il pourrait bâtir sa secte sur la Montagne de l’Ivoire du Loup. Beaucoup de gens en ont été témoins, dont le chef du Temple de l’Or éclatant.
« Tu n’as peut-être jamais entendu parler de la Secte de la Peinture, mais le Temple de l’Or éclatant, tu connais sûrement, non ? C’est la puissance la plus forte de la région, et son chef est même un Seigneur martial de rang trois !
« Même si le maître de la Famille Li ne veut pas l’admettre, le chef du Temple de l’Or éclatant était témoin. Il n’a donc pas eu d’autre choix que de reconnaître sa promesse, et s’est retrouvé dans une impasse.
« Pour finir, quelqu’un a proposé une solution qui devait satisfaire les deux camps : dresser cette arène et laisser les jeunes générations se disputer la Montagne de l’Ivoire du Loup en s’affrontant. »
« Alors, c’est encore ce maître de famille idiot qui a semé le trouble ? »
Une fois l’histoire éclaircie, Chu Feng ne put s’empêcher de regarder en direction de la Famille Li. Un groupe de personnes se tenait au sommet d’un palais, toutes dotées d’une cultivation assez élevée. L’une d’elles était le maître de la Famille Li. À ses côtés se tenait un vieil homme en robe grise, qui avait lui aussi atteint le rang un du Royaume des Seigneurs martiaux. Il s’agissait manifestement d’un ancien expert de la Secte de la Peinture.
« Ah ! »
À cet instant, un cri retentit sur l’arène. L’adversaire de Li Chan venait de tomber à terre, vaincu.
Li Chan ne chercha toutefois pas à lui faire davantage de mal et s’arrêta à temps. Il n’avait donc subi que de légères blessures superficielles. Mais Li Chan était assez maligne pour ne pas le laisser s’en tirer aussi facilement : elle lui coupa le haut des cheveux, le laissant dans un état pitoyable, marqué par la défaite.
Après l’avoir vaincu, Li Chan ne s’attarda pas. Elle se retourna, salua le palais où se trouvaient le maître de la Famille Li et les autres, puis déclara à voix haute : « Chef de secte Ouyang, je ne suis pas particulièrement talentueuse, mais j’ai tout de même réussi à le vaincre grâce à une légère supériorité. Conformément à notre accord, veuillez emmener les disciples de votre Secte de la Peinture loin de la Montagne de l’Ivoire du Loup et ne jamais y revenir. »
« Ha ha ! La fille aînée de la Famille Li est vraiment puissante ! Mais le combat ne s’arrête pas là. Alors, d’où vient cette histoire de victoire ou de défaite ? » Le vieil homme qui se tenait à côté du maître de la Famille Li était le chef de la Secte de la Peinture. À voir son expression, il n’avait visiblement pas l’intention de reconnaître sa défaite.
« Chef de secte Ouyang, n’avions-nous pas convenu que le perdant des combats entre les jeunes générations quitterait la Montagne de l’Ivoire du Loup ? Le disciple le plus fort de votre Secte de la Peinture vient d’être vaincu par ma fille. Prétendez-vous que votre secte compte des disciples encore plus forts ? » demanda le maître de la Famille Li, légèrement mécontent de voir le chef de secte Ouyang refuser d’admettre sa défaite.
« Il n’y a effectivement personne, parmi les jeunes de la Secte de la Peinture, qui soit plus fort que votre fille. Mais il y en a au Temple de l’Or éclatant, l’allié de la Secte de la Peinture. » Le chef de la Secte de la Peinture esquissa un sourire étrange et reporta son regard sur l’arène.
Fff. À cet instant, quelqu’un bondit soudain de la foule et atterrit sur l’arène.
C’était un moine vêtu d’une kasaya dorée. Il avait à peu près le même âge que Li Chan et possédait lui aussi le septième niveau du Royaume Céleste. Son aura était toutefois nettement plus puissante que celle de Li Chan. Il était probablement sur le point d’atteindre le huitième niveau du Royaume Céleste. Une fois sur l’arène, il ne s’embarrassa pas de paroles inutiles. Joignant les mains pour saluer Li Chan, il déclara : « Dame Li, je suis Dao Yuan, deuxième disciple du Temple de l’Or éclatant. Je représenterai la Secte de la Peinture pour vous affronter. »