Chapitre 486
Les robes de ces gens étaient brodées de fleurs de lotus. La plupart d’entre eux étaient moins puissants que le chef de l’École du Vide et ses anciens responsables.
Pourtant, le vieil homme qui marchait en tête, presque chauve, le visage couvert de rides, maigre comme un clou et semblable à un cadavre desséché, avait atteint le huitième niveau du Royaume du Profond.
Dans les autres provinces, une telle cultivation n’avait peut-être rien d’extraordinaire, mais dans la Province d’Azur, quelqu’un de ce niveau pouvait déjà être considéré comme un expert de premier plan. C’était le fondateur de l’École de la Fleur de Lotus : le Vieil homme de la Fleur de Lotus.
« Ancien de la Fleur de Lotus, tenons-nous-en à ce qui a été convenu. J’accepte votre demande et quitte la Chaîne de montagnes du Vide. J’espère donc que vous respecterez votre promesse et laisserez une chance à mon École du Vide. » Dès qu’il aperçut le Vieil homme de la Fleur de Lotus, le chef de l’École du Vide s’avança et lui adressa ces mots. Face à cet homme du huitième niveau du Royaume du Profond, il avait véritablement peur.
« Kuku [1], ne t’en fais pas, je tiendrai parole, bien sûr. Mais puisque nous en parlons, ton École du Vide compte vraiment quelques bons éléments. Aujourd’hui, toi, le chef d’une grande école, tu n’es plus qu’un chien errant. Tu peux vraiment supporter que tes disciples endurent des épreuves et subissent le mépris des autres avec toi ? » Le Vieil homme de la Fleur de Lotus sourit d’un air étrange.
« Ancien de la Fleur de Lotus, qu’entendez-vous par là ? » Le chef de l’École du Vide fronça les sourcils ; il sentait que les choses prenaient une mauvaise tournure.
« Haha, rien du tout. Je ne veux simplement pas que tu entraves l’avenir de tant de bons éléments. » Le Vieil homme de la Fleur de Lotus retroussa les lèvres, puis tourna rapidement son regard vers la foule immense qui se tenait derrière le chef de l’École du Vide. Face à plusieurs centaines de milliers d’anciens et de disciples, il lança d’une voix forte : « À partir d’aujourd’hui, la Chaîne de montagnes du Vide deviendra la Chaîne de montagnes de la Fleur de Lotus, et l’École du Vide sera rebaptisée École de la Fleur de Lotus. Je vois que vous avez tous un talent exceptionnel ; je ne peux donc pas vous laisser souffrir aux côtés de ces jeunes incapables. »
« C’est pourquoi je suis prêt à ouvrir les portes de mon École de la Fleur de Lotus à chacun d’entre vous. Tous ceux qui souhaitent rester pourront la rejoindre. Sans rien vous cacher, mon école a déjà demandé à la Résidence princière du Qilin de devenir une école de premier ordre. Si vous restez, vous serez à l’avenir les anciens et les disciples d’une école de premier ordre. »
« Huuuuuu… »
À peine le Vieil homme de la Fleur de Lotus eut-il fini de parler qu’un vif brouhaha éclata dans la foule. De nombreux anciens et disciples de l’École du Vide échangèrent des regards, le visage illuminé de joie.
« Ancien de la Fleur de Lotus, vous allez un peu trop loin. » À cet instant, le chef de l’École du Vide avait le visage livide, mais il n’osait pas éclater. Il pouvait faire fi de sa propre vie, mais ne voulait pas que ses actes mettent en péril les centaines de milliers de membres de l’École du Vide.
« Allons, je ne pense qu’à leur avenir. Où est le mal ? Et puis, je leur laisse le choix, je ne leur impose rien. »
« Si quelqu’un va trop loin, c’est bien toi, non ? Tu es toi-même un incapable, et pourtant tu veux encore diriger tant de jeunes de la génération suivante qui ont un talent plutôt prometteur. Tu ne leur gâches pas leur avenir ? » Le Vieil homme de la Fleur de Lotus eut un sourire froid.
« Vous… ! » Le chef de l’École du Vide gronda de rage, mais finit par ravaler sa colère. Peu après, il cria à la foule derrière lui : « Ceux qui sont prêts à me suivre, sortez de l’École du Vide et descendez la montagne avec moi ! »
Après ses paroles, une bonne partie des anciens responsables s’avancèrent et se rangèrent derrière lui. De nombreux anciens et disciples les suivirent également, quittant l’École du Vide pour se préparer à descendre la montagne.
Pourtant, qu’il s’agisse des anciens ou des disciples, ils n’étaient que quelques milliers à accepter de se ranger derrière le chef de l’École du Vide et de le suivre.
Les centaines de milliers d’anciens et de disciples restants demeurèrent sur place. Lorsqu’il leur fallut choisir entre les intérêts de l’école et les leurs, ils donnèrent au chef de l’École du Vide une réponse sans équivoque.
« Bande de salauds ! Le chef de l’école vous a toujours traités avec tant de bonté, et vous n’avez pas la moindre loyauté ! Vous le traitez avec une telle froideur. Votre conscience a-t-elle été dévorée par des chiens ? » En voyant la scène, les anciens responsables de l’École du Vide pointèrent du doigt les anciens et les disciples et se mirent à les accabler de reproches.
Face aux accusations des anciens responsables, de nombreux disciples se sentirent honteux et baissèrent la tête en silence. Mais certains anciens et disciples répliquèrent à pleine voix : « Anciens, “les hommes montent vers les hauteurs, l’eau coule vers les bas-fonds” [2]. En quoi avons-nous tort ? »
« Exactement. L’École du Vide a déjà perdu toute sa puissance. Si nous vous suivons, nous ne ferons que nous affaiblir davantage et subir le mépris des autres. »
« L’Ancien de la Fleur de Lotus est puissant. Il peut certainement nous mettre sur la voie des experts. Nous sommes prêts à devenir les disciples de l’École de la Fleur de Lotus et à vivre ou mourir avec elle ! »
« École de la Fleur de Lotus ! École de la Fleur de Lotus ! École de la Fleur de Lotus ! »
« Bon sang, bande de lèche-bottes méprisables ! Je vais vous tuer tous ! » À cet instant, les anciens responsables, furieux, s’apprêtèrent à attaquer.
« J’aimerais bien voir qui osera toucher aux membres de mon École de la Fleur de Lotus ! » Mais à cet instant, le Vieil homme de la Fleur de Lotus lâcha un froid reniflement. Dans le même temps, une puissance profonde sans limites se déchaîna et fondit sur les anciens responsables qui s’apprêtaient à passer à l’action, telle une bête féroce invisible.
« Ah ! »
L’écart de puissance était trop grand. D’un seul coup, le Vieil homme de la Fleur de Lotus projeta les anciens responsables à plusieurs dizaines de mètres. Tous vomirent du sang et, grièvement blessés, furent incapables de se relever.
« Je vais te tuer ! »
En voyant leurs anciens grièvement blessés, beaucoup de ceux qui avaient décidé de suivre l’École du Vide entrèrent dans une colère noire. Ils voulurent se battre à mort contre le Vieil homme de la Fleur de Lotus.
« Arrêtez ! » Voyant cela, le chef de l’École du Vide s’empressa de crier. Après avoir calmé la foule, il s’adressa aux centaines de milliers de disciples qui avaient choisi de rejoindre l’École de la Fleur de Lotus : « Chacun a ses propres objectifs. Si vous voulez rester, je ne vous forcerai absolument pas à me suivre. »
Sur ces mots, il prit la tête du groupe et s’apprêta à quitter les lieux. Plusieurs milliers de disciples et d’anciens se mirent aussitôt en marche et le suivirent.
À cet instant, qu’ils soient furieux ou se sentent lésés, leur dos inspirait une immense pitié.
Mais « le vainqueur est roi, le vaincu est un bandit ». Personne n’éprouvait la moindre compassion pour eux ; ils ne récoltaient que railleries et sourires méprisants.
« C’est ça, partez, chiens errants ! On verra bien où vous trouverez un foyer, quelque part sur le continent des Neuf Provinces ! »
« Vous avez osé vous faire un ennemi de mon École de la Fleur de Lotus ? Voilà ce qui vous attend. Hahaha… »
Le Vieil homme de la Fleur de Lotus éclata d’un rire froid. Ses paroles étaient limpides : il voulait empêcher l’École du Vide de s’implanter où que ce soit, jusqu’à ce qu’elle disparaisse des regards et soit complètement anéantie.
« N’importe quel endroit du continent des Neuf Provinces peut accueillir l’École du Vide. En revanche, qu’est-ce qui vous donne le droit, à vous, de vous emparer de cette Chaîne de montagnes du Vide ? »
Mais à cet instant, une voix forte et claire, pareille au tonnerre, retentit soudain dans le ciel. Elle était si puissante que le ciel et la terre en tremblèrent. Les disciples n’étaient pas les seuls à perdre l’équilibre : le Vieil homme de la Fleur de Lotus lui-même chancela et faillit tomber.
Lorsque les secousses terrifiantes s’apaisèrent, tous levèrent les yeux vers le ciel. À la vue de ce qui s’y trouvait, chacun eut le visage bouleversé par la stupeur.
Plusieurs silhouettes se tenaient dans les airs, dominant la foule. Une aura d’une puissance immense émanait de chacune d’elles.
Elles se tenaient dans le ciel comme des dieux. Pour les membres de l’École du Vide et de l’École de la Fleur de Lotus, leur puissance était telle qu’ils ne pouvaient que les prendre pour des dieux.
Mais ce qui les stupéfiait tant, c’était le jeune homme parmi eux. Son portrait avait circulé partout dans les Neuf Provinces. Tout le monde savait qui il était : Chu Feng, cet être terrifiant dont le nom faisait trembler les Neuf Provinces.
Il faut prononcer « jiejie » comme « djiedjié », mais « kuku » semble mieux convenir ici. Au-delà du sens indiqué, « hauteurs » peut aussi désigner les hautes sphères de la société.