Chapitre 434
« Grand frère, donne-moi ces trésors ! Érya les aime vraiment beaucoup ! » La petite morveuse, blottie dans les bras de Zi Ling, tendit la main pour les attraper.
« Grand frère, donne-m’en une ! Je pourrais échanger ça contre l’une des tiennes, non ? » Le gamin crasseux, sans la moindre honte, tendit à Chu Feng la bille qu’il venait de sortir de son pantalon.
« Si vous les voulez, d’accord. Mais à une condition : ton grand frère et ta grande sœur n’ont rien mangé de la journée. Parmi vous, dont les parents savent préparer de bons petits plats ? Invitez-nous à manger, et ces perles spirituelles seront à vous. »
À ces mots, les enfants se turent tous. Ils jetèrent à Érya des regards mêlés d’admiration et d’envie.
« Ha ha, c’est génial ! Les billes de perles spirituelles sont à moi ! » Érya était si ravie qu’elle sauta aussitôt des bras de Zi Ling. Bondissant sur place, elle s’écria : « Les plats de maman sont les meilleurs ! Elle sait tout cuisiner, et dans tout le village, personne ne fait d’aussi bons petits plats ! »
« Grand frère, grande sœur, venez chez moi ! Je demanderai à maman de préparer les meilleurs plats ! » Sur ces mots, Érya partit en sautillant vers chez elle. Chu Feng et Zi Ling la suivirent.
La famille d’Érya vivait plutôt bien. Du moins, dans ce petit village, elle faisait partie des familles relativement aisées. Sa mère se montra également très accueillante. Lorsqu’elle apprit que Chu Feng et Zi Ling n’avaient pas encore mangé, elle s’empressa de leur préparer un véritable festin.
Les plats étaient tous des spécialités du village, mais il fallait reconnaître que la mère d’Érya savait vraiment cuisiner. C’était en tout cas bien meilleur que le gibier que Chu Feng faisait griller.
Chu Feng et Zi Ling mangèrent de bon appétit. Zi Ling, surtout, avait la bouche toute graisseuse : la jeune fille était manifestement affamée.
Il fallait pourtant reconnaître que les beautés restaient belles en toutes circonstances. Chu Feng ne pouvait détacher les yeux de Zi Ling : même si elle mangeait comme une louve, elle gardait une grâce adorable.
« Grande sœur, tu es vraiment très belle, comme une déesse ! » Une fois rentrée chez elle, Érya avait reçu des vêtements propres et sa mère lui avait lavé le visage. Débarrassée de presque toute sa morve, elle avait l’air plutôt mignonne, ce qui la rendit encore plus sympathique aux yeux de Chu Feng.
« Oh, Érya, comment pourrait-il y avoir des déesses en ce monde ? » murmura Chu Feng en lui-même. L’ignorance était vraiment terrifiante. En ce monde, il n’y avait que des cultivateurs. Les dieux n’existaient pas : ce n’étaient que des cultivateurs martiaux d’une puissance profonde, que les gens ordinaires prenaient pour des divinités.
Ceux qui n’avaient jamais cultivé aimaient donner aux cultivateurs des noms comme « dieux » ou « êtres divins ». En somme, à leurs yeux, toute personne dotée d’une grande cultivation était un dieu.
Chu Feng et Zi Ling, par exemple. S’ils avaient révélé leur cultivation, Érya les aurait sans doute pris pour des dieux.
« Si, il y en a ! Ceux qui peuvent voler sont des dieux ! » Érya cligna ses grands yeux innocents et contesta les paroles de Chu Feng.
« D’accord, dans ce cas, ta grande sœur est vraiment une déesse. » Chu Feng regarda Zi Ling et ne put s’empêcher de rire : puisqu’elle savait voler, n’était-elle pas une déesse, selon les critères d’Érya ?
« En fait, j’ai aussi une grande sœur déesse ! Elle est très belle, elle aussi. Mais elle est partie loin. Sinon, elle pourrait rivaliser avec toi, grande sœur ! » Érya tourna alors les yeux vers sa mère et demanda : « Maman, quand est-ce que ma grande sœur rentrera ? Elle me manque… »
« Cela ne fait que quelques jours qu’elle est partie. Elle est allée très loin, alors il lui faudra longtemps pour revenir. » La mère d’Érya sourit en lui caressant la tête, puis s’adressa rapidement à Chu Feng et à Zi Ling : « Il reste un plat à terminer. Je vais aller vérifier la cuisson. » Elle se dirigea vers la cuisine en parlant.
Une enfant aussi innocente qu’Érya ne remarqua rien, mais Chu Feng et Zi Ling virent clairement le changement d’expression de sa mère. Elle était accablée, et cachait un profond chagrin.
À l’évidence, la grande sœur d’Érya n’était pas simplement partie en voyage. Quelque chose avait dû se passer dans le village ; sinon, tant de vieillards et de femmes ne pleureraient pas en silence.
Après avoir fait signe à Zi Ling, Chu Feng suivit la mère d’Érya jusque dans la cuisine. Avant même d’y entrer, il entendit des sanglots étouffés. Ils venaient de la mère d’Érya.
« Ma tante, que s’est-il passé ? Où est partie la grande sœur d’Érya ? » demanda Chu Feng en s’approchant.
« Hein ? Mais… » L’arrivée soudaine de Chu Feng fit sursauter la mère d’Érya. Son regard, posé sur lui, trahissait une certaine panique et de la stupeur.
« Ne vous inquiétez pas. Je suis un cultivateur. Si vous avez des problèmes, dites-le-moi sans hésiter. Je pourrai peut-être vous aider. » Chu Feng s’empressa de lui expliquer.
« Vraiment ? Vous êtes un cultivateur ? » La mère d’Érya en doutait. Après tout, Chu Feng n’avait que l’apparence d’un beau jeune homme. Même s’il était vraiment un cultivateur, quelle puissance pouvait-il bien avoir ?
Elle secoua donc la tête. « Laissez tomber, mon garçon. Cela ne vous concerne pas, et je ne veux pas vous entraîner là-dedans sans raison. »
Fff ! À cet instant, Chu Feng fit un geste de sa large manche et une couche de Formation spirituelle enveloppa la mère d’Érya. Il saisit aussitôt la Formation spirituelle, employa la Technique du Ciel impérial, s’éleva dans les airs et emmena directement la mère d’Érya au-dessus des nuages blancs.
« Aaaah ! » Chu Feng allait si vite que, lorsque la mère d’Érya reprit ses esprits, elle se trouvait déjà à dix mille mètres d’altitude. En voyant le minuscule village sous les nuages, elle poussa un cri de terreur.
« Ma tante, maintenant, pouvez-vous me dire ce qui s’est réellement passé ? Je pourrai peut-être vous aider. » Chu Feng insista.
La mère d’Érya finit par reprendre ses esprits. Chu Feng pouvait donc marcher dans les airs, et c’était lui qui l’avait emmenée là-haut.
Elle le regarda alors tout autrement. Ses yeux étaient pleins d’admiration.
En tant que personne ordinaire, elle ne comprenait rien au monde de la cultivation martiale. Mais, à ses yeux, les cultivateurs capables de voler dans les airs et de creuser la terre étaient des êtres quasi divins.
Soudain, la mère d’Érya s’agenouilla dans les airs et joignit les mains devant elle avant de se prosterner devant Chu Feng. « Seigneur, je vous en prie, sauvez ma fille ! Sauvez les habitants de mon village ! »
« Ma tante, dites-moi d’abord ce qui s’est passé et relevez-vous. Ne vous ai-je pas dit que je vous aiderais ? Racontez-moi tout en détail. » Chu Feng s’empressa de la relever.
La mère d’Érya lui raconta alors tout ce qui s’était passé.
À trois cents lis du village s’étendait une chaîne de montagnes. Un groupe de cultivateurs s’y était installé et voulait y fonder une école.
Ils devaient défricher les montagnes pour y construire un immense bâtiment. Comme ils manquaient de main-d’œuvre, ils étaient partis partout à la recherche d’hommes robustes.
Tous les hommes robustes du village avaient été emmenés. Il ne restait que des vieillards et des enfants. La grande sœur d’Érya, qui était d’une grande beauté, avait elle aussi été emmenée par ces gens.
Parmi eux se trouvait même un vieil homme capable de se tenir dans les airs et de changer le temps à sa guise. Les habitants le prenaient pour un être divin et n’osaient pas lui résister. Ils n’avaient eu d’autre choix que de les laisser emmener les leurs sans même oser protester.