Chapitre 433
Chu Feng chevauchait le dragon d’azur que sa technique martiale avait fait apparaître. Serrant contre lui la jolie jeune fille, il fendait les nuages blancs, porté par une brise fraîche. Quel bonheur ! Quelle griserie !
Il ne put s’empêcher de tourner encore quelques fois dans les airs. La sensation de Zi Ling, sa future épouse, blottie contre lui était si agréable qu’il ne pouvait se résoudre à y renoncer.
« Si tu ne m’emmènes pas manger tout de suite, je vais mourir de faim ! » Ce ne fut que lorsque Zi Ling explosa et se mit à hurler que Chu Feng accéléra précipitamment pour rejoindre une zone habitée.
« Bon sang ! Maudit Chu Feng, sale Chu Feng, tu oses te moquer de moi ? Tu m’as dit que tu m’emmènerais manger de bons petits plats, et voilà que tu n’arrêtes pas de voler et de tourner dans les airs ! Le soleil va bientôt se coucher, et tu n’as toujours pas trouvé de ville. Je vais vraiment mourir de faim ! »
Qui était Zi Ling ? Une véritable demoiselle de noble naissance. Il suffisait du moindre désagrément — comme avoir faim — pour que son caractère de « dame » se réveille.
À cet instant, ses mains fines et blanches, qui jusqu’alors enlaçaient docilement Chu Feng, se mirent à le pincer de toutes parts comme deux tenailles, pour passer sa colère sur lui.
« Aïe~~~~ Ma femme, pardonne-moi !! »
« C’est juste que, comme la journée était si belle et le temps si agréable, j’ai eu envie de… »
« Tu continues ? »
« Aïe~~~~ »
« D’accord ! Regarde, il y a un village devant nous ! On pourrait s’y arrêter pour manger ? »
« Comme tu veux. Du moment que je peux manger quelque chose, ça me va. J’ai tellement faim que je n’ai même plus la force de bouger. »
Comme il ne supportait vraiment plus les tortures de Zi Ling, Chu Feng renonça à chercher un bon restaurant en ville.
Justement, un village convenable se trouvait en contrebas. Il n’était pas particulièrement prospère, mais on devait certainement y trouver du poulet, du canard et de l’oie.
Chu Feng fit donc un détour avant d’atterrir à l’extérieur du village. Puis, à l’aide du masque mystérieux, il changea de visage et y entra avec Zi Ling.
« Ouinn~~~ Ouinn~~~~ »
Pourtant, dès qu’ils pénétrèrent dans le village, Chu Feng sentit que quelque chose clochait. Les rues étaient étrangement calmes ; seul un groupe d’enfants jouait dehors.
De temps à autre, ils croisaient quelques vieillards, la tête basse et l’air abattu. Mais surtout, grâce à ses sens aiguisés, Chu Feng entendit des sanglots s’élever de plusieurs maisons. Ils venaient de personnes âgées ou de femmes, et étaient empreints d’une immense douleur.
« Chu Feng, il a dû se passer quelque chose ici », murmura soudain Zi Ling. Dotée d’une puissance spirituelle encore plus aiguisée que la sienne, elle avait clairement remarqué l’anomalie qui régnait dans le village.
« Waouh, grande sœur, tu es si belle ! » À cet instant, les enfants aperçurent Chu Feng et Zi Ling, puis se précipitèrent autour d’eux.
Zi Ling était d’une beauté irréelle, comme si elle n’aurait jamais dû apparaître dans le monde des mortels. Quiconque la voyait ne pouvait s’empêcher d’être captivé par son visage magnifique. Ces enfants, qui n’avaient pas encore appris la méchanceté, ne faisaient pas exception.
« Hé, morveuse, ne la touche pas ! »
Chu Feng vit une fillette dont le visage, les mains et la bouche étaient couverts de morve tendre la main vers la jupe violette de Zi Ling, les doigts dégoulinants.
Cette vue le mit en colère. Lui-même n’osait pas toucher Zi Ling avec une telle impudence, et voilà que cette gamine toute sale se le permettait ! Comment aurait-il pu le supporter ?
« Ah ! C’est effrayant ! » Chu Feng regretta aussitôt d’avoir crié : sa voix avait été si forte qu’elle avait effrayé tous les enfants.
« Ce n’est rien, Chu Feng. Si mes vêtements se salissent, je n’aurai qu’à les laver. Ne fais pas peur aux enfants. » Zi Ling lui adressa un doux sourire, puis prit même la fillette couverte de morve dans ses bras. « Dis-moi, petite, comment tu t’appelles ? »
« Je m’appelle Erya. » Après s’être essuyé le visage, la fillette sourit. Elle avait l’air très heureuse.
« Grande sœur, moi, je m’appelle Gousheng ! » lança alors un petit garçon encore plus sale qu’Erya en accourant. Sans la moindre gêne, il ouvrit les bras pour que Zi Ling le prenne aussi dans ses bras.
« Elle ne t’a même pas demandé ton nom. Pourquoi tu le lui dis ? » Un enfant bien en chair jeta un regard au garçon sale. Même lui, qui était son camarade, ne supportait visiblement pas de le voir se comporter avec tant d’impudence.
« Que tu me le demandes ou non, je m’appelle quand même Gousheng. Grande sœur, moi aussi, je veux un câlin ! » Après avoir lancé un regard furieux au petit grassouillet, le garçon sale se jeta sans vergogne vers Zi Ling.
« Va te faire câliner par un pet ! Rentre chez toi et demande à ta mère de te prendre dans ses bras. » Chu Feng tendit brusquement le pied et donna un coup de botte aux fesses du garçon, le projetant à un mètre de là. Les filles, passe encore, mais ce garçon voulait lui aussi profiter d’elle ? Il n’en était pas question.
« Chu Feng, ces enfants sont vraiment adorables ! » Zi Ling aimait beaucoup ces petits de cinq ou six ans. Elle s’amusait follement avec eux, malgré leur saleté. À la voir, on aurait dit qu’elle avait déjà oublié qu’elle mourait de faim.
« Toi aussi, tu aimes les enfants ? Moi aussi ! » Chu Feng afficha un sourire malicieux, puis demanda à Zi Ling : « Ma femme, quand est-ce qu’on en aura un, nous aussi ? »
« Avec plaisir ! Si tu veux mourir, essaie donc ! » Une lueur violette traversa les yeux de Zi Ling. Chu Feng recula aussitôt d’un pas, effrayé, puis répondit avec un sourire : « Je plaisantais. Mais, ma femme, je trouve que tu as raison. Nous sommes encore jeunes, alors nous avons tout le temps d’avoir des enfants plus tard. »
« Hmph. » Zi Ling fit la moue et renifla froidement. Ces derniers jours, elle s’était peu à peu habituée à l’impudence de Chu Feng.
« Erya, Gousheng, regardez ! Qu’est-ce que c’est ? » Une idée traversa soudain l’esprit de Chu Feng. Il sortit dix perles spirituelles de son Sac cosmique.
À l’époque, il en avait trouvé une quantité innombrable au Lieu de sépulture du Dieu du Feu, dans l’École du Dieu du Feu. Mais elles ne lui servaient à rien : l’énergie spirituelle qu’elles contenaient était trop faible pour lui être utile.
Ces perles n’aidaient guère à la cultivation, mais elles constituaient la monnaie la plus répandue et la plus utilisée. Une seule suffisait à assurer à une famille de gens ordinaires plusieurs générations de vie confortable, sans souci de nourriture ni de vêtements, et même à se régaler de poisson et de viande.
Chu Feng en avait donc ramassé quelques-unes au passage, au cas où il lui manquerait de quoi payer lorsqu’ils mangeaient à l’extérieur.
Après tout, Chu Feng s’était déjà retrouvé dans des situations embarrassantes de ce genre. De plus, les gens du commun ne reconnaissaient pas forcément les perles du Profond ou de l’Origine qu’il aurait pu leur donner. Les perles spirituelles étaient bien plus pratiques.
[NDT : Les enfants parlent d’eux-mêmes à la troisième personne.]
« Waouh, grand frère, tes billes sont si jolies ! Tu peux les donner à Erya ? »
« Moi aussi, j’en veux ! Grand frère, donne-les à Gousheng ! Je te donnerai mes billes en verre en échange ! »
À la vue des perles spirituelles qui rayonnaient de mille feux, les enfants eurent aussitôt des étoiles dans les yeux. Ils avaient pris ces perles pour les petites billes avec lesquelles ils jouaient.
Mais le plus effronté restait le petit garçon sale, Gousheng. Il sortit de ses poches une douzaine de billes ébréchées et mal dégrossies, taillées dans des cailloux, puis voulut échanger ces objets sales, laids et cassés contre les perles spirituelles de Chu Feng.
« Vous n’y connaissez rien, alors laissez-moi vous expliquer. Ce ne sont pas des billes pour jouer, mais des perles spirituelles. Ce sont des trésors qui valent très cher », expliqua Chu Feng.