Chapitre 311
Sur le terrain d’exécution, à l’extérieur de la Résidence princière du Qilin, la foule ne cessait de grossir. Tout en fixant Qi Fengyang, qui se tenait sur l’estrade, les gens jetaient aussi des regards aux deux hommes postés devant celle-ci.
L’un portait une robe, l’autre une armure dorée. Tous deux dégageaient une aura hors du commun et cultivaient dans le Royaume Céleste.
Il s’agissait respectivement de Yan Yangtian, chef de l’École Lingyun, et de Lin Moli, seigneur de la Résidence princière du Qilin.
Ces deux hommes étaient les plus puissants de la Province d’Azur. Les voir réunis était si rare que la foule ne pouvait qu’en être exaltée. Hélas, personne ne pouvait entendre leurs murmures.
« À mon avis, nous devrions tuer Qi Fengyang au plus vite. Plus nous tarderons, plus nous risquerons de nous attirer des ennuis. » Lin Moli regarda Qi Fengyang, les yeux remplis d’inquiétude.
« Seigneur de la Résidence, vous ignorez à quel point Chu Feng est monstrueux. Il faut éliminer cet enfant. Sinon, avec les moyens dont il dispose, il nous surpassera tous les deux en moins de trois ans. Et alors, nous serons dans de beaux draps », expliqua Yan Yangtian.
« Même si les choses tournent mal, ce sera pour vous. Chu Feng a un contentieux avec votre École Lingyun, pas avec ma Résidence princière du Qilin. »
Lin Moli renifla froidement. Même face à Yan Yangtian, il ne perdait rien de sa fierté. Après tout, indépendamment de leur puissance, c’était lui, en matière de statut, le véritable souverain de la Province d’Azur.
« Ho… Seigneur de la Résidence, ne le prenez pas comme ça ! Autrefois, Chu Feng n’avait effectivement aucun différend avec votre Résidence princière du Qilin. Au contraire, vos relations étaient plutôt amicales. »
« Mais les choses ont changé. Vous allez tuer le frère juré de Chu Feng. Vu son caractère, s’il cherche à se venger, votre Résidence princière du Qilin connaîtra un sort bien plus misérable que mon École Lingyun », ricana Yan Yangtian.
« Vous ! Pas étonnant que vous ayez tout fait pour me pousser à éliminer Qi Fengyang. Vous cherchiez donc à m’entraîner dans votre chute. » Lin Moli sentit la colère monter en lui.
« Allons, Seigneur de la Résidence, ne dites pas ça. N’est-ce pas pour vous que j’agis ainsi ? Qi Fengyang est le chef du clan Qi, et vous appartenez au clan Lin. Ne craignez-vous pas qu’il vous ravisse votre place un jour ? » Yan Yangtian sourit en se justifiant.
« Êtes-vous certain que Chu Feng viendra sauver Qi Fengyang ? Serait-il vraiment assez stupide pour venir se jeter dans la gueule du loup ? » Lin Moli semblait hésiter.
« D’après ce que j’ai découvert en enquêtant sur Chu Feng, c’est bien son genre. Mais ne le prenez pas pour un idiot : ce petit démon a plus d’un tour dans son sac. Même si nous gardons les lieux tous les deux, nous ne pouvons pas baisser notre garde », répondit Yan Yangtian avec un sourire.
« Seigneur, c’est terrible ! » À cet instant, un garde de la Résidence princière accourut, le visage affolé.
« Qu’y a-t-il ? » Lin Moli fronça légèrement les sourcils.
« Le seigneur Lin Chong a disparu, et quelqu’un a tué la bête féroce qu’il élevait », répondit nerveusement le garde.
« Bande de bons à rien ! Vous n’êtes même pas capables de surveiller un homme ; à quoi vous servez ? » Le visage de Lin Moli se décomposa. Il s’apprêtait à partir.
« Où allez-vous ? » Yan Yangtian lui barra aussitôt la route.
« Chercher Chong’er, évidemment. C’est mon fils unique, je ne peux pas le laisser lui arriver quoi que ce soit », répondit Lin Moli.
« Vous ne pouvez pas partir maintenant. Comment pourriez-vous quitter les lieux à cet instant ? Chu Feng cherche peut-être à détourner notre attention. »
Ces paroles ne firent qu’accroître l’inquiétude de Lin Moli. Il s’emporta : « Alors je dois d’autant plus partir le chercher ! Si quelque chose arrive à mon Chong’er, en assumerez-vous la responsabilité ? »
« Si Chu Feng sauve Qi Fengyang et que tous deux reviennent des années plus tard, votre Chong’er ne sera pas le seul à mourir. Toute votre Résidence princière du Qilin et toute mon École Lingyun seront anéanties. »
« De plus, Chu Feng n’a peut-être pas enlevé votre Chong’er. Seigneur de la Résidence, je vous en prie, regardez la situation en face. » Le visage grave, Yan Yangtian pesa chacun de ses mots pour faire entendre raison à Lin Moli.
Lin Moli vacilla. En souverain de la Province d’Azur, il savait parfaitement ce qui comptait le plus. Il ravala finalement son inquiétude et resta sur place, attendant en silence l’arrivée de midi. Attendant en silence l’apparition de Chu Feng.
Pourtant, le temps s’écoula peu à peu et Chu Feng ne se montra jamais. Lin Moli et Yan Yangtian en furent profondément troublés, car rien ne les effrayait davantage que son absence. S’il apparaissait, ils estimaient avoir 90 % de chances de le tuer et d’éliminer cette menace latente.
Mais s’il ne venait pas, à partir de ce jour, ils vivraient chaque heure, chaque jour, dans l’angoisse. Ils ignoreraient quand ce génie qui avait bouleversé l’ordre établi, ce terrifiant dieu du massacre, reviendrait les décimer sans pitié jusqu’au dernier.
« Il est midi ! » Enfin, un cri retentit. À cet instant, le cœur de tous se noua : l’heure de l’exécution de Qi Fengyang était arrivée. L’expert du Royaume Céleste allait être tué.
Yan Yangtian et Lin Moli étaient alors extrêmement inquiets, car Chu Feng n’avait pas paru. Cela signifiait qu’il avait renoncé à sauver Qi Fengyang et qu’ils vivraient désormais dans l’angoisse, jour et nuit.
Quant à Qi Fengyang, il ferma lentement les yeux. Il avait déjà accepté l’issue. C’était même celle qu’il espérait le plus : au moins, il n’entraînerait personne d’autre dans sa chute.
La foule, qui ignorait tout de l’affaire, éprouvait des sentiments mitigés tandis qu’elle fixait la grande guillotine. Tous attendaient qu’elle s’abatte et que Qi Fengyang soit coupé en deux.
« Seigneur de la Résidence. » À cet instant, le bourreau se tourna vers Lin Moli.
Celui-ci jeta d’abord un regard à Qi Fengyang, puis répondit, le visage plein d’impuissance : « Tuez-le ! »
Fff ! Mais à peine Lin Moli eut-il parlé qu’une lueur froide fusa dans les airs, rapide et puissante. Elle transperça le crâne du garde ; le bourreau s’écroula, mort sur le coup !
« Qui est là ? »
Tout le monde fut stupéfait. Les regards se tournèrent vers la direction d’où venait la lueur froide et, à cet instant, tous distinguèrent nettement la silhouette d’un jeune homme qui flottait dans les airs, debout.
C’était Chu Feng. Il était suspendu dans les airs, sa longue robe de l’École du Dragon Azur flottant au vent. Un énorme sac de toile reposait sur son épaule. Avec un sourire malicieux, il balaya la foule du regard et lança : « Excusez-moi, tout le monde. Moi, Chu Feng, je suis arrivé en retard ! »
« Chu Feng ! C’est vraiment Chu Feng ! »
« Comment ose-t-il venir ici ? Et comment peut-il marcher dans les airs ? »
« Ciel ! Chu Feng aurait-il lui aussi atteint le Royaume Céleste ? Non, ce n’est pas possible. Son aura est toujours clairement celle du troisième niveau du Royaume du Profond, comme lors de son combat contre Dugu Aoyun. »
L’apparition de Chu Feng arracha des cris de surprise à la foule. Qu’ils le reconnaissent ou non, tous restèrent bouche bée, les yeux emplis d’incrédulité.
« Chu Feng, tu ne manques pas de culot ! Tu oses te montrer devant moi ! »
Mais, contrairement aux autres, Yan Yangtian fut ravi. Sans perdre un instant, il s’envola et se plaça derrière Chu Feng pour lui barrer la fuite.
« Libérez mon frère Qi Fengyang et je ne vous tiendrai pas rigueur de ce qui s’est passé aujourd’hui. » Chu Feng parla d’un ton calme, sans la moindre peur.
« Ha ! Tu ne manques pas d’audace, Chu Feng. De quel droit me parles-tu ainsi ? » Lin Moli afficha un sourire arrogant. En voyant Chu Feng, il sentit enfin la tension retomber.
« Grâce à lui ! » Chu Feng eut un sourire froid et jeta soudain le sac de toile qu’il portait sur l’épaule. Un corps apparut alors sous les yeux de tous.
C’était un gros homme. Il était entièrement nu, sans le moindre vêtement. Une grande pancarte pendait à sa taille, dissimulant juste son entrejambe.
Mais le plus important, c’était les quatre grands mots inscrits dessus, en lettres rouge sang : « Je suis un pervers ! » En levant les yeux vers son visage, on reconnut Lin Chong, le fils de Lin Moli !