Chapitre 310
À vrai dire, après avoir fait ses comptes, Chu Feng comprit que le jour de l’exécution de Qi Fengyang à la Résidence princière du Qilin n’était pas encore arrivé. Même s’il s’y rendait à dos de Petit Blanc, il aurait donc le temps d’arriver.
Si Chu Feng était si pressé, c’était parce que sa destination n’était pas la Résidence princière du Qilin, mais la Vallée des Cent Méandres. Il devait sauver Qi Fengyang, mais n’allait certainement pas foncer tête baissée vers une mort certaine.
Dans une telle situation, la première idée qui lui vint ne fut pas de se jeter seul dans la gueule du loup, lance au poing. Il demanda d’abord de l’aide au vieil ami de Qi Fengyang, cet expert mystérieux qui vivait caché dans la Vallée des Cent Méandres.
« C’est Chu Feng. Senior, il s’est passé quelque chose et je souhaiterais vous rendre visite. J’espère que vous accepterez de me recevoir ! »
« Senior ? Senior ? Êtes-vous là ? J’ai quelque chose à vous demander ! » Chu Feng atteignit le sommet de la montagne, mais ne pénétra pas directement dans la Formation spirituelle. Il se tint au-dessus des vastes nuages blancs et salua très poliment le hall.
À la lumière des événements précédents et de ce que lui avait appris Qi Fengyang, il comprenait un peu mieux la situation. Chu Feng estimait que cet expert mystérieux, retiré dans son refuge, était probablement un homme étrange. Face à quelqu’un comme lui, il fallait respecter l’étiquette. Une simple imprudence risquait fort de le mettre en colère.
Mais après avoir appelé en vain pendant un long moment, Chu Feng n’eut d’autre choix que de pénétrer de force. Il s’inclina d’abord, puis déclara : « Senior, j’ai vraiment besoin de vous demander un service. Veuillez pardonner mon impolitesse. »
Tout en parlant, Chu Feng franchit la Formation spirituelle et arriva devant le hall, au milieu des nuages. Il appela encore quelques fois, mais, faute de réponse, déploya son pouvoir spirituel.
Il découvrit alors avec stupeur qu’une Formation spirituelle extrêmement puissante recouvrait le palais. Elle était si puissante qu’il lui serait difficile de la traverser, et qu’elle pouvait même bloquer le pouvoir spirituel.
« Senior, je ne sais pas si vous êtes là, mais l’Ancien Qi Fengyang est en grand danger. Dans deux jours, il sera exécuté à la Résidence princière du Qilin. Au nom de votre relation, j’espère que vous pourrez lui sauver la vie ! » Comme il lui était impossible d’entrer dans le hall, Chu Feng ne put que crier de toutes ses forces. Mais personne ne lui répondit.
« Chu Feng, laisse tomber. Ne le supplie plus. Qi Fengyang ne t’a-t-il pas dit que cet homme connaissait mieux que quiconque les affaires de la Province d’Azur ? Je suis sûre qu’il sait déjà ce qui lui est arrivé, même sans que tu le lui apprennes.
« Qu’il soit ici ou non, il doit déjà être au courant de ce qui est arrivé à Qi Fengyang. S’il garde le silence, c’est qu’il se soucie peu des liens qui l’unissent aux autres et qu’il ne révélera pas son identité pour sauver Qi Fengyang », conseilla Eggy, la colère contenue dans la voix.
À cet instant, Chu Feng se trouvait dans une situation vraiment délicate. Il comprenait bien la raison, mais voulait tout de même tenter sa chance : cet expert mystérieux était son seul espoir de sauver Qi Fengyang.
Mais après avoir calculé le temps qu’il lui restait, Chu Feng dut quitter les lieux. Avant de partir, incapable de s’avouer vaincu, il laissa une lettre à l’entrée. Il y suppliait lui aussi l’expert d’intervenir pour sauver Qi Fengyang.
Finalement, Chu Feng repartit sans avoir obtenu de réponse et son détour ne lui avait servi à rien. Emportant avec lui sa déception et son impuissance, il se dirigea résolument vers la Résidence princière du Qilin. Il se jura de sauver son frère juré, Qi Fengyang.
Le temps passa et, en un clin d’œil, le jour de l’exécution de Qi Fengyang arriva. Ce jour-là, de grandes figures venues des villes, des factions et des écoles de tous les horizons se rassemblèrent sur le terrain d’exécution, à l’extérieur de la Résidence princière du Qilin.
Presque tous les personnages importants de la Province d’Azur étaient présents. Aucun ne voulait manquer l’exécution de Qi Fengyang, une figure si marquante de la province.
Une foule immense se pressait autour du vaste terrain d’exécution. Qi Fengyang était entravé de chaînes spéciales et sa bouche était même hermétiquement bâillonnée. Couvert de blessures et d’une faiblesse extrême, il gisait sur l’estrade d’exécution, haute de quatorze mètres. Une grande et tranchante lame de guillotine le surplombait. Elle allait le trancher en deux.
« Ah… C’est vraiment dommage qu’un homme si bon meure ainsi. »
« Oui. Un autre expert du Royaume Céleste a enfin émergé dans ma Province d’Azur, et voilà qu’il va mourir de cette façon. »
« Il n’y a pas lieu de le plaindre. Il ne peut échapper aux crimes qu’il a commis. S’il avait réussi à tuer le seigneur de la Résidence, cela aurait été encore plus dommage, non ? Aussi puissant soit Qi Fengyang, il n’est tout de même pas plus fort que le seigneur de la Résidence, si ? »
Certains éprouvaient de la compassion pour Qi Fengyang, tandis que d’autres estimaient qu’il méritait son sort. Pendant que tous se pressaient vers l’estrade d’exécution, Chu Feng se faufila discrètement dans les quartiers intérieurs de la Résidence princière du Qilin.
Le seigneur de la Résidence princière du Qilin appartenait au clan Lin. Il s’appelait Lin Moli, et c’était sans doute précisément pour cette raison qu’il ne pouvait tolérer Qi Fengyang, qui avait lui aussi atteint le Royaume Céleste. En effet, celui-ci menaçait réellement sa position de seigneur de la Résidence.
Mais ce n’était pas là l’essentiel pour Chu Feng. Ce qui comptait, c’était que Lin Moli avait un fils, son unique fils, qu’il chérissait plus que tout.
Malheureusement, son fils était une véritable ordure. Non seulement son talent en cultivation martiale était déplorable, mais il était aussi obsédé par les femmes. C’était le pire déchet de la jeune génération de la Résidence princière du Qilin.
« Ma chérie, tu es d’une beauté incroyable. Tu es la plus belle femme que j’aie jamais vue ! Sois sage et ne gigote pas. Je vais t’épouser et te couvrir de richesses. Je te donnerai des ressources sans fin et je ferai de toi une experte en cultivation martiale. »
« Non ! Seigneur, je vous en prie, laissez-moi partir… Laissez-moi partir ! Je ne veux ni richesse ni ressources sans fin, et je ne veux pas devenir une experte en cultivation martiale. Je veux seulement rentrer chez moi ! »
Dans un palais luxueux, une jeune et belle femme était recroquevillée dans un coin d’un grand lit. Elle tremblait et sanglotait.
De l’autre côté du lit se tenait un gros homme aux vêtements en désordre. Il fixait la femme de ses yeux de prédateur, comme un loup devant un agneau. Il la dévorait du regard et bavait déjà de désir. C’était le fils de Lin Moli, Lin Chong.
« Sale garce. Tu refuses de m’obéir et tu ne sais pas rester à ta place ? Si tu ne fais pas ce que je dis, tu crois que je ne vais pas massacrer toute ta famille, puis te jeter dans le camp militaire pour que mes gardes de la Résidence princière du Qilin te prennent à tour de rôle jusqu’à ce que tu en meures ? » Voyant que la douceur ne marchait pas, Lin Chong changea de visage et passa à la manière forte.
« Non ! Ne faites pas de mal à ma famille ! » En entendant Lin Chong la menacer ainsi, la femme s’agenouilla et le supplia, terrifiée.
« Hmph. Alors sois sage et ne bouge pas. Tu dois coopérer. Je déteste les femmes qui refusent de coopérer. Celles qui ne se sont pas pliées à ma volonté ont toutes fini dans le ventre de mon animal de compagnie. »
En parlant, Lin Chong désigna un coin de la pièce. Une Bête féroce à l’apparence sinistre et aux yeux rouge sang s’y trouvait. Elle était en train de dévorer quelque chose. En y regardant de plus près, on voyait qu’il s’agissait d’une personne.
Lin Chong disait vrai : les femmes qui refusaient de coopérer avec lui finissaient bien dans le ventre de cette Bête féroce. Mais il ne révéla pas à la jeune femme que celles qui coopéraient subissaient le même sort.
« Je vous obéirai, je ferai tout ce que vous voudrez. » La jeune femme était terrorisée. Tout en sanglotant, elle hocha la tête, commença à retirer ses vêtements et se prépara à se soumettre aux désirs de Lin Chong.
« Waa ! »
Mais au moment où Lin Chong s’apprêtait à profiter de la beauté qui se trouvait devant lui, son précieux animal poussa soudain un cri déchirant.
Il se retourna et son visage se décomposa : son précieux animal n’était plus qu’un amas de chair informe. Un jeune homme se tenait à côté de ce tas de viande, un sourire mauvais aux lèvres.
« Insolent ! Qui es-tu ? Comment oses-tu t’en prendre à mon animal ? » Furieux, Lin Chong se leva et s’apprêta à appeler à l’aide.
Fff ! Mais à cet instant, Chu Feng apparut devant Lin Chong comme un fantôme. Il lui plaqua une main sur la bouche, le poussa violemment sur le lit, puis lui adressa un sourire étrange. « Chut, pas un bruit. Je vais t’emmener jouer à quelque chose de bien plus excitant. »