Chapitre 3 102
« Ils n’ont rien expliqué. Ils étaient simplement trop tyranniques. Ils ne nous laissaient pas parler. Ils ne voulaient tout bonnement rien discuter avec nous et ne nous considéraient même pas comme des êtres humains. »
« C’est vrai, ils étaient tout simplement trop arrogants », confirmèrent les gens du Royaume des Elfes.
Leurs voix étaient pleines de mécontentement et de reproches.
Il était naturel qu’ils soient mécontents. Le Royaume des Elfes était une noble race qui se tenait au sommet de la Terre sacrée du Martialisme.
Alors qu’ils se tenaient au sommet, d’autres les méprisaient. Naturellement, cela leur déplaisait fortement.
« Cela dit, Chu Feng, tu n’as pas non plus à trop t’inquiéter. À en juger par leur comportement, ils ne semblaient pas avoir emmené Miaomiao pour lui faire du mal. Ils voulaient plutôt la ramener dans leur clan pour la former. »
« En effet, même s’ils se sont montrés très impolis et grossiers avec nous, ils ont été extrêmement courtois envers Miaomiao. »
« Ainsi, si l’on fait abstraction du fait que Miaomiao ne voulait pas rentrer avec eux, son retour était peut-être une bonne chose pour elle. »
« Après tout, aucun de nous ne peut l’aider tant qu’elle reste ici. Nous n’avons tout simplement aucune idée de la manière dont nous pourrions développer son talent », expliqua Xian Lingyue.
« Hum », acquiesça Chu Feng. Pourtant, son regard restait hésitant.
Si le clan de Xian Miaomiao l’avait ramenée pour la former, cela ne pouvait être qu’une bonne chose.
Cependant, Xian Miaomiao ne voulait pas rentrer et on l’y avait ramenée de force. C’était aller à l’encontre de sa volonté. Chu Feng en éprouvait donc un certain mécontentement.
« Aînés, depuis combien de temps ce volcan existe-t-il ? »
Après s’être renseigné sur Xian Miaomiao, Chu Feng se mit à interroger les autres sur le volcan.
Il avait remarqué que tous les cultivateurs présents avaient progressé à des degrés divers.
Et leurs progrès étaient considérables.
Certains avaient même franchi les limites du Royaume de l’Empereur martial pour atteindre celui du Demi-Ancêtre martial.
Un tel changement était stupéfiant. Après tout, dans la Terre sacrée du Martialisme, d’innombrables génies n’atteignaient jamais le niveau de cultivation du Demi-Ancêtre martial, même au cours de toute leur vie.
Chu Feng savait que ces progrès étaient dus au volcan.
En outre, il sentait que les flammes gazeuses qui s’en échappaient n’avaient rien d’ordinaire. Même lui aurait pu s’y entraîner.
Pourtant, Chu Feng n’osait pas y entrer. Ces flammes gazeuses lui inspiraient un profond sentiment de danger.
Il ne s’agissait pas d’un pressentiment lié à une occasion à saisir. C’était un danger pur et simple.
Comme il avait déjà senti que quelque chose clochait, Chu Feng devait naturellement découvrir l’origine du volcan.
Après avoir interrogé la foule, il apprit que le volcan était apparu soudainement, un peu plus d’un an après son départ de la Terre sacrée du Martialisme.
Les gens pouvaient s’entraîner grâce aux flammes gazeuses qui s’en échappaient. Cependant, il ne fallait pas y rester trop longtemps. Sinon, on finissait par se sentir mal à l’aise et irritable. Parfois, on pouvait même perdre le contrôle de soi.
En fait, certains étaient restés si longtemps dans les flammes gazeuses du volcan qu’ils avaient sombré dans la folie et s’étaient mis à tuer.
Une fois dans cet état, aucun traitement ne pouvait les guérir.
Une règle avait donc été établie. Les gens pouvaient s’entraîner grâce au volcan, mais pas plus de vingt heures d’affilée.
Ils devaient en sortir dès que la limite des vingt heures approchait. Ensuite, ils devaient se reposer au moins quarante heures avant de pouvoir s’entraîner de nouveau dans les flammes gazeuses du volcan.
C’était aussi la raison pour laquelle tant de gens se reposaient au lieu de s’entraîner, alors que presque tous les habitants de la Terre sacrée du Martialisme étaient réunis là.
« On dirait que ce volcan est extrêmement dangereux », dit Chu Feng avec un sourire.
Il prononça ces mots pour avertir les personnes présentes.
Chu Feng avait l’intention de détruire le volcan.
Mais il savait ce que ce volcan représentait pour ceux qui, dans la Terre sacrée du Martialisme, avaient un talent limité. Il savait qu’il portait leurs rêves.
Détruire le volcan reviendrait à briser leurs rêves et leur avenir. Ils en souffriraient probablement beaucoup.
Chu Feng devait donc les prévenir de ses intentions.
« Chu Feng, il n’y a plus de problème. Nous avons déjà compris comment nous entraîner grâce au volcan. Tant que nous respectons les règles que nous avons établies, il ne nous fera aucun mal. »
« Petit frère Chu Feng, sois tranquille, ce volcan est vraiment sans danger. »
« Nous l’avons baptisé Montagne sacrée céleste. Pour nous, cette Montagne sacrée est un véritable don du ciel. »
Comme on pouvait s’y attendre, dès que Chu Feng évoqua le danger du volcan, la foule s’empressa de le contredire.
Ces gens le faisaient avec de bonnes intentions, et l’on ne pouvait pas vraiment dire qu’ils le contredisaient. Mais ceux qui s’opposaient à Chu Feng étaient tous ses amis et ses proches les plus chers.
Chu Feng était certain qu’ils étaient devenus extrêmement dépendants du volcan.
Du moins, pour l’instant, ils ne laisseraient personne dire du mal du volcan.
Ils étaient même allés jusqu’à lui donner un nom.
Un don du ciel ?
Chu Feng savait qu’ils se faisaient des idées.
Ce volcan n’était pas un don du ciel. Au contraire, il s’agissait très probablement d’un piège du diable.
« Chu Feng, tu devrais essayer de convaincre tout le monde », lui souffla une voix par transmission.
Chu Feng tourna machinalement les yeux vers Xian Lingyue. C’était elle qui lui avait envoyé ce message.
De plus, dans le regard de Xian Lingyue, Chu Feng vit quelque chose qu’il ne retrouvait pas chez les autres : une supplication.
« Chu Feng, ce volcan n’a rien de bon. Il fait perdre la raison aux gens. »
« Même en respectant les règles d’entraînement, on finit inévitablement par perdre la raison. »
« Dans mon clan, beaucoup ont déjà déclenché de violents affrontements pour des broutilles. »
« Même ceux qui s’entendaient très bien se sont battus pour des motifs insignifiants. »
« Beaucoup de nos frères de clan sont déjà morts. Et la grande majorité ont été tués par leurs propres frères de clan. »
« Les autres puissances, y compris ta Montagne de Cyanwood, ont connu la même chose. »
« Malheureusement, tout le monde dépend déjà énormément du volcan. Personne ne tolérera qu’on en dise du mal. Même si tous ont l’air de bien s’entendre en ce moment, quiconque exprimera le souhait de quitter les environs du volcan se fera aussitôt prendre à partie et insulter. »
« Je crois que tu es le seul à pouvoir les convaincre », expliqua Xian Lingyue à Chu Feng par transmission.
Chu Feng reporta alors son regard sur la foule. Tout le monde paraissait joyeux et allait bien, mais il sentait lui aussi les changements qui s’opéraient en eux.
Quand il avait dit que le volcan était dangereux, il avait aussitôt perçu des auras malveillantes. Elles étaient très faibles, mais son intuition aiguisée lui permit de les sentir malgré tout.
Peut-être était-ce parce que c’était Chu Feng qui avait déclaré le volcan dangereux que la foule avait réprimé avec tant d’efforts le ressentiment qui l’animait.
Chu Feng était convaincu que si quelqu’un d’autre avait prononcé ces mots, la foule l’aurait probablement pris pour cible, comme l’avait dit Xian Liangyue.
En effet, le volcan avait modifié l’état d’esprit de la foule.