Chapitre 239
La soif de sang de Chu Feng était aussi glaciale qu’un vent mordant et pouvait vous arracher l’âme. Tous ceux qui se trouvaient là, à l’intérieur comme à l’extérieur, en furent pétrifiés jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Ils tremblaient de peur et reculaient sans cesse. Certains avaient même les jambes si faibles qu’ils s’effondrèrent à genoux sous l’effet de cette soif de sang.
« Que se passe-t-il ? Cette aura… Elle est terrifiante… »
« Ce garçon est-il seulement humain ? »
Quelques-uns tremblèrent en prononçant ces mots, que tous les autres reprirent en écho. L’intention meurtrière les terrorisait. Ils étaient véritablement terrifiés. Cette peur venait du plus profond de leur cœur.
« Pourquoi avoir peur ? Ce n’est qu’un bon à rien d’une école de seconde zone. N’importe lequel d’entre nous pourrait le tuer d’un seul doigt ! » rugit soudain l’homme à la barbiche, furieux.
Ses paroles redonnèrent effectivement un peu d’assurance aux sbires derrière lui, car ils n’avaient pas compris que Chu Feng était enveloppé d’une soif de sang.
Ils savaient seulement qu’il ne s’agissait pas d’une pression et qu’ils ne pouvaient donc pas déterminer le niveau de cultivation de Chu Feng. Pourtant, instinctivement, ils pensaient que celui-ci ne devait pas être très élevé. Il n’avait probablement pas encore atteint le Royaume de l’Origine.
Le groupe reprit donc contenance et refoula la peur qui lui tenaillait le cœur. Non seulement ils cessèrent de reculer, mais ils s’avancèrent vers Chu Feng avec des intentions malveillantes. Ils voulaient éliminer celui qui les mettait mal à l’aise.
« Petit frère, je sais que tu peux t’enfuir. Va-t’en ! Laisse-moi et sauve-toi ! Tant que tu vivras, ma famille Chu gardera espoir. Tu ne dois pas mourir ! » En voyant cela, Chu Guyu endura la douleur qui lui déchirait le corps et hurla à Chu Feng.
S’il avait supporté ces humiliations pendant six mois, c’était parce qu’il ne voulait pas qu’il arrive quoi que ce soit à son petit frère, Chu Feng. Mais voilà que celui-ci était venu de son plein gré. Chu Guyu en était fou d’inquiétude. Il pouvait bien être humilié, il pouvait bien perdre sa cultivation, mais il ne pouvait accepter qu’un malheur frappe son petit frère.
« Fuir ? Il n’en aura pas le temps ! » lança soudain l’homme à la barbiche en passant à l’attaque. Le poing chargé de couches successives de puissance de l’Origine fusa vers Chu Feng avec une force redoutable.
À la vue de ce poing, les espoirs de Chu Guyu s’évanouirent. Son petit frère était certainement condamné. Sa famille Chu était définitivement perdue. Pourtant, la seconde suivante, il fut totalement stupéfait.
Chu Feng leva à peine la main et, dans un claquement sec, saisit le poing de l’homme à la barbiche. Puis il le broya complètement. D’un geste du bras, il l’arracha ensuite d’un coup, dans un bruit déchirant.
« Aaaah ! » Le sang et la chair jaillirent de toutes parts, éclaboussant les airs. La scène sanglante horrifia les témoins, mais nul ne fut plus terrifié que l’homme à la barbiche lui-même. Il souffrait atrocement. Ses cris pitoyables évoquaient les hurlements des loups et des fantômes, mêlés aux cris d’un porc qu’on égorgeait.
« T… t… toi… »
À cet instant, tous ceux qui se trouvaient là changèrent d’expression et restèrent bouche bée. L’homme à la barbiche n’était peut-être pas très puissant, mais il avait au moins atteint le Royaume de l’Origine. Comment un disciple d’une école de seconde zone avait-il pu lui arracher le bras de force ?
Mais l’instant d’après, ils découvrirent enfin de quoi Chu Feng était capable. Ce n’était pas sa force qui les terrifiait, mais ses méthodes de torture, qui dépassaient de loin celles de l’homme à la barbiche. Ils comprirent ce qu’était la véritable cruauté.
Chu Feng ramassa la dague que l’homme à la barbiche avait laissée tomber et se mit à lui découper la chair, morceau par morceau. Il n’avait pas terminé que, sous la lame, des os sinistres apparurent : il avait tailladé son corps jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus de chair intacte.
À cet instant, les cris déchirants de l’homme résonnèrent sans relâche dans la taverne. Il hurlait de douleur sous les sévices de Chu Feng. C’était trop effrayant. La pire des morts n’était pas celle qu’on vous infligeait, mais la douleur qu’on ressentait en restant conscient. Et Chu Feng lui faisait subir cela sous leurs yeux.
En voyant l’homme à la barbiche couvert de sang, dont presque chaque partie du corps — à l’exception de la tête — avait été découpée de force jusqu’à l’os, les disciples de l’École Lingyun avaient le visage livide. Ils venaient de découvrir à quoi ressemblait un véritable démon.
« Aaaah ! »
Quelqu’un ne put le supporter davantage et se retourna pour s’enfuir. Mais il ne parvint pas à sortir de la taverne. Ceux qui osèrent s’approcher de l’entrée furent aussitôt réduits en une mare de sang, projeté sur tout le seuil. En un instant, des rivières de sang se formèrent à l’entrée de la taverne.
« Ma… Ma… Maître… »
« Pi… pitié… épargnez-nous. Nous y avons été forcés ! Épargnez-nous la vie ! »
À cet instant, ceux qui étaient encore dans la taverne n’osaient ni avancer ni reculer. Ils s’agenouillèrent tous, au bord de l’effondrement. Mais Chu Feng ne leur prêta aucune attention et continua de s’acharner sur l’homme à la barbiche.
En voyant l’ennemi qu’il avait tant redouté réduit par son petit frère à un état méconnaissable, puis tous ceux qui l’avaient tant de fois maltraité agenouillés devant celui-ci et le suppliant sans relâche, Chu Guyu resta stupéfait.
Il comprit enfin pourquoi son petit frère n’avait pas cherché à battre en retraite. C’était parce qu’il avait grandi. Il pouvait tuer sans peine ceux qui avaient atteint le Royaume de l’Origine et était devenu assez puissant pour protéger son frère aîné.
À cet instant, les larmes emplirent les yeux de Chu Guyu. Il pleura d’émotion. Ce n’était ni la douleur ni le sentiment d’injustice qui le faisait pleurer. C’était l’émotion. Sa famille Chu avait enfin retrouvé l’espoir, celui qu’il avait attendu si longtemps.
« Grand frère, ça suffit. Laisse-les partir. »
Chu Guyu prit soudain la parole. En regardant son petit frère réduire son ennemi juré à cet état, il sentit sa colère s’éteindre et sa haine se dissiper.
Sa bonté l’empêchait de supporter de voir l’homme à la barbiche ainsi torturé. Même s’il l’avait lui-même blessé à ce point, il estimait que les actes de son petit frère constituaient déjà une punition bien assez lourde.
« Grand frère. » À l’appel de Chu Guyu, les yeux injectés de sang de Chu Feng s’illuminèrent soudain. Lui qui avait été submergé par la fureur reprit enfin ses esprits.
En voyant son frère aîné, qui saignait encore et souffrait toujours, Chu Feng ne se soucia plus de l’homme à la barbiche. Il se précipita auprès de lui, sortit une pilule médicinale et la lui fit avaler.
« Me… merci, frère Guyu. Merci, frère Guyu. »
À cette vue, personne ne fut plus heureux que ceux qui étaient encore agenouillés dans la taverne. Ils se prosternèrent d’abord devant Chu Guyu, puis, en titubant, se mirent à courir vers la sortie.
À leurs yeux, cette petite taverne où ils s’étaient si souvent cogné le front contre le sol n’était plus qu’une arène de carnage. Elle était si terrifiante qu’elle avait failli les tuer.
En courant dehors, ils eurent donc l’impression de retrouver le monde des vivants. Quel sentiment de bonheur ! Quel apaisement !
Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! Pourtant, à peine s’étaient-ils crus tirés d’affaire qu’une simple pensée de Chu Feng les fit exploser l’un après l’autre, tels des feux d’artifice écarlates. Ils ne furent bientôt plus que des mares de sang.