Chapitre 240
« Grand frère, c’est ma faute. Je suis inutile. Si je n’étais pas arrivé en retard, tu n’aurais pas… »
Tout en serrant Chu Guyu contre lui, il contempla les jambes brisées de son frère aîné et son dantian transpercé. Deux traînées de larmes brûlantes coulèrent du coin des yeux de Chu Feng. Il savait à quel point la cultivation comptait pour Chu Guyu, et combien il devait souffrir de l’avoir perdue.
« Ça va, ne t’inquiète pas. Toi seul… représentes l’espoir de notre famille Chu. » Le visage livide, Chu Guyu gardait pourtant un sourire. Après ces mots, il ferma les yeux et s’évanouit.
« Grand frère ! Grand frère ! » Chu Feng était fou d’inquiétude. Il secoua Chu Guyu sans relâche, terrifié à l’idée qu’il ne se réveille jamais et que le membre de sa famille dont il était le plus proche le quitte ainsi.
« Chu Feng, ne panique pas. N’oublie pas que tu es un Esprit du Monde à cape grise. » À cet instant, la voix d’Eggy retentit.
« Eggy, y a-t-il un moyen de sauver mon frère aîné ? Je ne peux pas le laisser devenir infirme. Jamais. » Chu Feng l’interrogea, anxieux. Bien qu’il fût un Esprit du Monde à cape grise, ses connaissances en la matière étaient limitées. Il plaça donc tous ses espoirs en Eggy.
« Il n’a que des os brisés. Avec tes capacités actuelles, les réparer sera très facile. En revanche, lui rendre sa cultivation sera beaucoup plus difficile. Mais ce n’est pas impossible. »
« Toutefois, les chances de réussite sont très faibles. Mais pour l’instant, tu ne peux que tenter le coup », dit Eggy.
« Quelle méthode ? Eggy, dépêche-toi de me le dire ! » Chu Feng s’agita en apprenant qu’il existait une solution. Aussi mince fût l’espoir, il valait toujours mieux que rien.
« Dans le monde Asura, il existe une Formation spirituelle interdite. Elle permet de prendre la cultivation de quelqu’un pour la transférer à une autre personne. Cette Formation spirituelle est si cruelle, et son taux de réussite si faible qu’en cas d’échec, la personne risque même d’y laisser la vie. C’est pourquoi elle est interdite dans mon monde Asura. Les Esprits du Monde n’ont pas le droit de transmettre cette formation aux Esprits du Monde. »
« Pourtant, cette Formation spirituelle interdite est le seul moyen de rendre sa cultivation à ton frère aîné. Heureusement, cet homme, là-bas, n’est pas encore mort ; on peut donc lui prendre sa cultivation. En cas de réussite, ton frère aîné pourra atteindre le Royaume de l’Origine. Mais en cas d’échec, il… » expliqua Eggy.
« Eggy, peut-on tenter cette formation demain ? » demanda Chu Feng.
« Oui, mais en cas d’échec, ton frère aîné y laissera la vie. Es-tu prêt à prendre ce risque ? » lui retourna Eggy.
« Je connais très bien mon frère aîné. Pour lui, la cultivation est extrêmement importante. S’il ne pouvait plus cultiver, vivre serait plus douloureux pour lui que mourir. »
« Je prendrai cette décision à sa place. Puisqu’il faut le faire, autant aller jusqu’au bout. » Le regard de Chu Feng se durcit tandis qu’il observait l’homme à barbiche.
Au début, Eggy ne comprit pas ce que Chu Feng voulait dire. Mais lorsqu’il rapporta les affaires de l’homme à barbiche à l’École Lingyun et qu’un Ancien de la cour intérieure se précipita à l’auberge, elle comprit ses intentions.
« Di’er ! Di’er ! Bon sang, qui t’a fait ça ? Ahhh ! »
Ce vieil homme était un Ancien de la cour intérieure de l’École Lingyun, mais aussi le grand-père de l’homme à barbiche. C’était lui qui avait chassé Chu Guyu de l’École Lingyun.
À ce moment-là, l’homme à barbiche n’était pas encore mort. Il ne pouvait toutefois même plus parler. Son corps n’était plus qu’un squelette, bien que ses organes internes fussent encore intacts. Son apparence était pourtant terrifiante.
En voyant son petit-fils dans un tel état, le vieil homme fut à la fois accablé de chagrin et furieux. Fou de douleur, il entra dans une rage meurtrière. Il jura que si celui qui avait torturé son petit-fils osait se montrer devant lui, il le réduirait en pièces.
« Qui ? Qui a fait ça ?! Montre-toi ! Je vais t’écorcher vif, t’arracher les tendons et découper ton cadavre en dix mille morceaux ! » rugit le vieil homme, fou de rage. L’aura du premier niveau du Royaume du Profond qu’il dégageait fit trembler le sol.
« Comment as-tu su que j’allais t’écorcher vif, t’arracher les tendons et découper ton cadavre en dix mille morceaux ? » À cet instant, Chu Feng apparut devant le vieil homme comme un fantôme. Une puissante pression s’abattit des cieux et le força à s’agenouiller.
« Vous… Vous… Qui êtes-vous ? Ma famille Zhao ne vous a fait ni tort ni mal. Pourquoi avoir traité mon petit-fils de la sorte ? »
Le vieil homme haletait sous la pression de Chu Feng. Son visage, jusque-là empreint de colère, se voila aussitôt de peur et de panique. Il savait que le jeune homme qui se tenait devant lui était puissant, mais ignorait quand il s’était attiré un ennemi aussi redoutable.
Après avoir entendu sa question, Chu Feng se contenta d’un léger sourire. « Je suis le petit frère de Chu Guyu. »
« Quoi ? Toi… » À cet instant, le vieil homme comprit soudain et fut saisi d’une stupeur sans bornes. Il n’aurait jamais imaginé que Chu Guyu, si insignifiant à l’École Lingyun, avait un petit frère aussi puissant. Face à lui, il était totalement impuissant.
À cet instant, le visage du vieil homme était livide. Il renonça à résister : en voyant l’état pitoyable de son petit-fils et les traces de sang tout autour, il comprit qu’il avait provoqué une étoile de la mort. Inutile de supplier. Il ne lui restait qu’à attendre la mort.
Chu Feng s’avança lentement vers le vieil homme, puis jeta un regard à l’homme à barbiche, qui respirait à peine. « Souviens-toi. Dans ta prochaine vie, tâche d’avoir meilleure mémoire. Tu peux t’en prendre à certaines personnes, mais pas à celles de ma famille Chu. » Sur ces mots, une pensée lui suffit pour faire jaillir deux traînées de sang qui éclaboussèrent le sol.
Quelques jours plus tard, un groupe de jeunes gens arriva dans l’une des villes de la Province d’Azur. Il comptait des hommes et des femmes, tous jeunes adultes au plus ; beaucoup étaient encore adolescents.
Ils achetèrent une demeure dans cette ville. Elle était si luxueuse que les familles fortunées des environs ne cessaient de les admirer : même eux, pourtant réputés riches, n’avaient pas les moyens de s’en offrir une pareille.
Chu Guyu était allongé dans une chambre de la demeure. Chu Yue, Chu Xue, Chu Cheng, Chu Zhen, Chu Wei et tous les jeunes de la famille Chu se tenaient près de son lit. Chu Xun et Chu Hongfei étaient là eux aussi. À vrai dire, tous les jeunes de la famille Chu encore en vie s’y trouvaient, à l’exception de Chu Feng.
Ils étaient réunis dans la chambre et veillaient auprès du lit de Chu Guyu. Le visage anxieux, ils le regardaient et attendaient en silence qu’il se réveille.
« Il est réveillé ! Il est réveillé ! » s’écria soudain Chu Xue. Tout le monde s’agita aussitôt. Certains bondirent de joie, tandis que beaucoup s’approchèrent pour appeler Chu Guyu.
« Chu Wei, Chu Yue, Chu Xue, pourquoi… pourquoi êtes-vous ici ? Et… où suis-je ? » En contemplant les visages familiers devant lui, Chu Guyu ne savait plus où donner de la tête.
Chu Yue lui expliqua alors toute l’histoire. Chu Feng avait craint que les jeunes de la famille Chu ne courent davantage de dangers ; il leur avait donc demandé de quitter leurs écoles et de se rassembler ici. Il avait acheté la demeure et leur avait dit de changer de nom pour vivre en ce lieu. Il avait déjà tout organisé. Les jeunes de la famille Chu avaient donc approuvé son idée et accepté de quitter leurs écoles. Ils s’étaient installés dans la région et avaient dissimulé leur identité.