Chapitre 238
La dague à la main, l’homme à barbiche s’approcha de Chu Guyu, le visage féroce. Il dégageait déjà la pression d’un expert du premier niveau du Royaume de l’Origine.
« À genoux ! » hurla-t-il, et la pression du Royaume de l’Origine se déversa sur Chu Guyu comme une marée.
À cet instant, Chu Guyu voulut résister. Mais comment aurait-il pu, lui qui n’avait atteint que le septième niveau du Royaume de l’Esprit, tenir tête à la pression d’un expert du Royaume de l’Origine ? Dans un bruit sourd, il tomba à genoux.
Bang, bang ! Une fois devant Chu Guyu, l’homme à barbiche écarta les bras et lui asséna deux gifles retentissantes. La violence des coups le projeta au sol et du sang jaillit de sa bouche. Deux grosses bosses lui enflèrent les joues.
« Hé… » Chu Guyu se contenta de rire à la gifle de l’homme à barbiche. Il y était déjà habitué, aux humiliations de toutes sortes que ces gens lui faisaient subir. Pourtant, il ne ripostait jamais.
Ce n’était pas qu’il n’osait pas se défendre, mais qu’il ne le voulait pas. Il savait qu’il avait un jeune frère exceptionnel. Pour peu qu’on lui laisse du temps, celui-ci deviendrait sûrement quelqu’un de remarquable. Alors, il pourrait rendre toutes les humiliations qu’il avait subies, et venger sa famille Chu, massacrée jusqu’au dernier de ses membres.
« Hein ? Tu ris ? Bon sang, tu arrives encore à rire ? »
« Je vais te faire rire, moi ! Je vais te faire rire ! On va voir si tu peux encore rire ! »
Le rire de Chu Guyu mit l’homme à barbiche hors de lui. Il leva la jambe et l’abattit sur l’autre pied de Chu Guyu. Un craquement retentit : l’homme venait de lui briser l’autre jambe, jusque-là intacte.
La douleur de la fracture l’envahit, mais Chu Guyu serra les dents sans un bruit. Il ne supplia pas non plus qu’on lui fasse grâce, car il savait que ses prières ne serviraient à rien face à de pareils individus.
« Ris ! Si tu ris encore, tu ne pourras plus jamais rire de ta vie. » L’homme à barbiche ricana sans s’arrêter et leva la dague qu’il tenait à la main. Pris d’une rage folle, il la planta dans le dantian de Chu Guyu, bien décidé à détruire sa cultivation.
« Non !!! » À cet instant, le visage de Chu Guyu se décomposa. Il ne put s’empêcher de crier. Peu importait la façon dont l’homme à barbiche le traitait, il pouvait l’endurer. Mais il ne pouvait pas supporter qu’on détruise sa cultivation. C’était toute sa vie ! Comment laisser quelqu’un lui arracher ainsi la puissance acquise au cours de huit années de cultivation martiale ?
Pourtant, son cri ne ralentit pas la chute de la dague. Au contraire, il renforça la détermination de l’homme à barbiche à détruire sa cultivation.
Un éclat froid passa, puis le sang gicla du corps de Chu Guyu. La dague s’enfonça profondément dans son dantian.
À cet instant, le visage de Chu Guyu était blanc comme du papier. La douleur fulgurante qui lui déchirait le dantian fit trembler tout son corps, mais il ne gémit pas. Les yeux écarquillés, il fixait son dantian sans détourner le regard. Il vit de ses propres yeux l’énergie spirituelle qu’il avait accumulée pendant huit ans s’échapper rapidement de son corps, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.
« Aaaah… ! »
« Je vais te tuer ! »
Soudain, Chu Guyu poussa un cri et se redressa, fou de rage, tel un tigre déchaîné. Il bondit sur l’homme à barbiche.
Bang ! Mais comment aurait-il pu vaincre l’homme à barbiche, maintenant qu’il avait perdu sa cultivation ? Celui-ci leva nonchalamment le pied et l’envoya valser comme un sac de sable. Chu Guyu heurta violemment le mur de la taverne.
« Ah ! »
À l’atterrissage, Chu Guyu cracha une gorgée de sang. D’innombrables os s’étaient brisés dans sa chute. Malgré tout, il se hissa sur ses pieds de toutes ses forces et lança un regard féroce à l’homme à barbiche, tout près de lui. En vain : il n’avait plus la moindre force. Il ne pouvait même pas se relever. Presque tout son corps était brisé et mutilé.
« À partir de maintenant, tu seras un chien malade. Tu ne pourras plus jamais que ramper devant moi. Hahaha ! » L’homme à barbiche contempla Chu Guyu en riant comme un dément. Son hilarité était particulièrement jubilatoire.
En voyant la scène, les hommes de main derrière lui rirent à leur tour. Pourtant, ils ne purent s’empêcher de trembler : l’homme à barbiche était trop cruel. Mieux valait mourir que tomber entre ses mains.
[NDT : « Hommes de main » : personnes qui aident leur maître à faire le mal.]
Au moment même où l’homme à barbiche s’acharnait sur Chu Guyu, un Aigle à tête blanche descendit du ciel et s’approcha de la petite taverne. Celui qui chevauchait l’oiseau n’était autre que Chu Feng.
Chu Feng avait déjà étendu sa puissance spirituelle au maximum, ce qui avait rendu son ouïe particulièrement fine. Lorsqu’il entendit un cri de douleur, son visage changea brusquement.
Il sauta de l’Aigle à tête blanche et, grâce à la Technique du Ciel impérial, se rua dans la petite taverne. Il avait reconnu la voix de son frère aîné, Chu Guyu.
Boum !
Chu Feng fit irruption dans la taverne comme l’éclair, entraînant avec lui une puissante rafale. Le vent s’engouffra et sema aussitôt le chaos. Les disciples de l’École Lingyun présents dans la taverne roulèrent même à terre, emportés par le souffle.
« Grand frère ! »
Une fois entré, Chu Feng posa aussitôt les yeux sur Chu Guyu. En le voyant étendu au sol, le corps couvert de blessures, il sentit son cœur bondir et se précipita pour le soutenir.
« Petit frère, petit frère ! » Chu Guyu souffrait atrocement depuis qu’il avait perdu sa cultivation, mais la voix de Chu Feng le tira de sa torpeur. Lorsqu’il releva la tête et vit que son jeune frère se tenait devant lui, il fut encore plus stupéfait.
Mais en apercevant l’homme à barbiche et ses hommes de main, qui s’étaient relevés derrière Chu Feng, il repoussa ce dernier et cria : « Fuis ! Petit frère, fuis ! »
« Ton petit frère ? Ce serait pas Chu Feng, cette nullité qui cultive dans une école de seconde zone ? »
Un sourire étrange et mauvais se dessina sur les lèvres de l’homme à barbiche. Ses hommes de main comprirent aussitôt ce qu’il voulait dire et barrèrent l’entrée de la taverne pour empêcher Chu Feng de s’échapper.
« Zhao Di, c’est moi qui t’ai offensé. Si tu as quelque chose à régler, règle-le avec moi. Je t’en prie, je t’en supplie, laisse partir mon petit frère ! »
Voyant l’homme à barbiche lancer un regard féroce à Chu Feng, Chu Guyu comprit que tout allait mal tourner. Appuyé sur Chu Feng, il voulut se remettre à genoux pour supplier Zhao Di.
Boum ! Mais avant qu’il ait pu s’agenouiller, une main puissante le tira vers le haut. C’était Chu Feng.
Tout en soutenant son frère aîné, Chu Feng fixait l’homme à barbiche, qui ricanait. D’un ton glacial, il demanda : « C’est toi qui as fait ça à mon frère ? »
« C’est bien moi. Et alors ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu n’es qu’une nullité d’une école de seconde zone. Qu’est-ce que tu pourrais bien me faire ? » L’homme à barbiche se moqua de lui en riant, d’un rire particulièrement sinistre.
Dès que l’homme à barbiche l’eut reconnu, les yeux de Chu Feng virèrent au rouge sang. L’aura meurtrière glaciale qui l’enveloppait emplit instantanément toute la taverne. Il fixa l’homme à barbiche d’un regard féroce et, les dents serrées, prononça huit mots : « Je vais te faire regretter d’être né. »