Chapitre 234
La Vallée des Cent Méandres était une formation terrifiante qui s’étendait du sol jusqu’au ciel. Quiconque se trouvait dans son périmètre était enveloppé d’une pression invisible qui se mettait à l’écraser.
Cette pression effroyable était impossible à contrer, même pour Chu Feng. Pourtant, quelqu’un séjournait dans cet endroit. Et, à cet instant, cette personne se trouvait juste devant ses yeux.
« Hé ! Il y a quelqu’un ? Vous pouvez m’aider ? »
Chu Feng était alors à la frontière entre la vie et la mort, mais il savait que le maître du temple devait connaître un moyen de déchiffrer la formation. Après tout, il s’agissait très probablement d’un Esprit du Monde à la cape bleue, dont la maîtrise des Formations spirituelles dépassait de loin la sienne.
De plus, la fumée lui indiquait qu’il y avait bien quelqu’un là-bas. Et cette personne n’était pas affectée par l’étrange pression ; sinon, comment aurait-elle pu cuisiner tranquillement ?
Chu Feng rassembla donc toutes ses forces pour se précipiter vers le temple. À cet instant, il se moquait bien de savoir qui en était le maître ou si l’endroit était dangereux. Il savait que si le maître acceptait de l’aider, il aurait une chance de survivre. Dans le cas contraire, il mourrait à coup sûr.
Fff. Alors que Chu Feng s’apprêtait à s’approcher, un homme bondit hors du temple et atterrit au sommet de la montagne.
C’était un vieil homme aux cheveux blancs et au visage couvert de rides. Ses yeux, en revanche, étaient vifs et pleins de vie. Mais surtout, il portait une robe dorée ornée d’un Qilin sur la poitrine. Il venait de la Résidence princière du Qilin.
En voyant Chu Feng tenir dans les airs, le vieil homme fronça les sourcils et une lueur de stupeur passa sur son visage. Au bout d’un moment, il reprit son calme et demanda d’un ton indifférent : « Qui êtes-vous ? »
« Senior, je suis un disciple de l’École du Dragon Azur et je suis venu participer à la Chasse héroïque. »
« Mais je n’ai pas pu quitter la Vallée des Cent Méandres à temps et je suis maintenant écrasé par une pression étrange. Je n’arrive plus à respirer. J’espère que vous pourrez me sauver la vie. » Chu Feng alla droit au but, car il n’avait vraiment pas le temps de parler pour ne rien dire.
« Je vous prie de m’excuser. Je ne suis pas le maître des lieux, je ne peux donc pas décider. Voici ce que je vous propose : attendez un peu, je vais aller lui demander. Quant à savoir s’il acceptera de vous aider, cela dépendra de votre chance. » Après ces mots, le vieil homme examina Chu Feng avec surprise, puis bondit et retourna au temple.
À l’intérieur, un vieil homme au visage plein de vie, vêtu d’habits grossièrement cousus dans du tissu, était assis devant un fourneau. Une jambe croisée sur l’autre, il fredonnait un petit air tout en préparant joyeusement une soupe. En voyant revenir le vieil homme aux cheveux blancs, il demanda avec désinvolture : « Fengyang, quel genre d’individu a pénétré sur mon territoire ? »
« Un garçon au premier niveau du Royaume du Profond », répondit le vieil homme aux cheveux blancs.
« Un garçon au premier niveau du Royaume du Profond ? Fengyang, quelle plaisanterie ! Il est clairement venu jusqu’ici en marchant dans les airs. Comment pourrait-il n’être qu’au premier niveau du Royaume du Profond ? Il doit être au Royaume Céleste. » Le vieil homme en vêtements de toile pinça les lèvres d’un air sceptique.
« Tu savais déjà tout ça, et pourtant tu m’as demandé d’aller voir. Maintenant que je te l’explique, tu ne me crois pas. Tu es un Esprit du Monde à la cape bleue ; tu n’as qu’à vérifier pour savoir qui il est, non ? » Le vieil homme aux cheveux blancs lança un regard impuissant à son compagnon.
À cet instant, le vieil homme en vêtements de toile avait déjà fermé les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, une lueur de surprise apparut également dans son regard. « Impressionnant. Il n’est qu’au premier niveau du Royaume du Profond et il a déjà maîtrisé une technique qui lui permet de marcher dans les airs. On dirait qu’il a cultivé une technique martiale corporelle particulière et qu’il est encore jeune. Fengyang, il semblerait que ta Province d’Azur ait trouvé une belle pousse. »
« Mais c’est dommage qu’il ne puisse pas résister à la pression de cette formation. J’ai bien peur que sa petite vie ne soit bientôt perdue. » Le vieil homme en vêtements de toile secoua la tête, puis se remit à fredonner en faisant cuire sa soupe à la viande sur le fourneau.
« Frère Hengyuan, dans ma Province d’Azur, les techniques martiales qui permettent de marcher dans les airs sont rares. Cet homme doit avoir obtenu l’héritage du Sage du Ciel impérial. Il est vraiment rare de voir réapparaître la technique unique du Sage du Ciel impérial, cette marche dans les airs qui avait disparu depuis cent ans. »
« Frère Hengyuan, pourriez-vous me faire cette faveur et lui sauver la vie ? » implora le vieil homme aux cheveux blancs.
« Frère Fengyang, les techniques martiales permettant de marcher dans les airs sont des trésors difficiles à obtenir dans chacune des Neuf Provinces. Mais en quoi cela me concerne-t-il ? »
« Je vis caché ici parce que je ne veux pas qu’on me dérange. Puisqu’il a découvert cet endroit, il lui sera difficile de garder le secret et il finira par le révéler. Même s’il ne meurt pas sous la pression de la formation, je ne le laisserai pas repartir vivant. » Le vieil homme en vêtements de toile esquissa un sourire indifférent.
« Frère Hengyuan, tu refuses vraiment de sauver une vie ? » Le vieil homme aux cheveux blancs fronça légèrement les sourcils.
« Il semblerait que tu ne me connaisses pas assez bien. » Le vieil homme en vêtements de toile sourit sans se laisser émouvoir.
Fff. À cet instant, le vieil homme aux cheveux blancs ne perdit plus son temps en paroles. Il bondit hors du temple et rejoignit de nouveau le sommet de la montagne.
En voyant Chu Feng, qui tenait dans les airs, le visage livide et sur le point de tomber à tout moment, il fronça les sourcils, comme s’il était en proie à un cruel dilemme.
Mais finalement, il serra les dents et sortit de sa poche un insigne semblable à un cristal. Il le lança vers Chu Feng en disant : « Attrapez ! »
Boum ! En le voyant arriver, Chu Feng tendit aussitôt la main pour le saisir. Dès qu’il eut récupéré l’insigne, la pression invisible qui l’enveloppait disparut. L’air et la puissance profonde qui s’étaient évanouis autour de lui revinrent.
À cet instant, Chu Feng fut fou de joie : il était enfin sauvé. Il ferma les yeux et prit plusieurs longues inspirations. Pour la première fois, il trouva que respirer était si agréable.
« Merci, Se… Senior, qu’est-ce qui ne va pas ? »
Chu Feng voulait le remercier, mais il remarqua avec étonnement que le vieil homme aux cheveux blancs était devenu livide et avait l’air mal en point. Il ressemblait à Chu Feng quelques instants plus tôt.
« Je n’ai qu’un seul insigne. Maintenant que je vous l’ai donné, je dois moi aussi subir la pression de la formation. » Le vieil homme aux cheveux blancs sourit calmement.
« Quoi ? Mais… » En entendant ces mots, Chu Feng fut profondément choqué. Jamais il n’aurait imaginé que ce vieil homme, qu’il venait de rencontrer et qui lui était totalement étranger, risquerait sa vie pour le sauver.
Chu Feng se retrouva dans une situation délicate. Il voyait bien que le maître des lieux refusait de le sauver et que le vieil homme avait pris cette décision de son propre chef. Il avait donné à Chu Feng l’objet qui le protégeait, mais s’était ainsi lui-même exposé au danger.
Chu Feng tenait certes à vivre, mais il ne voulait pas qu’un vieil homme qu’il venait tout juste de rencontrer perde la vie pour le sauver.
« Chu Feng, mémorise vite la formation gravée sur cet insigne. Une fois que tu l’auras retenue, je pourrai t’aider à recréer un insigne protecteur semblable. Tu pourras alors repousser la pression de la formation. » À cet instant, la voix mélodieuse d’Eggy résonna dans l’esprit de Chu Feng.
Chu Feng comprit soudain ce qu’il devait faire. Sans hésiter, il imprégna l’insigne de sa puissance spirituelle et étudia la formation qui y était gravée.
Au bout d’un moment, il releva la tête, une lueur de compréhension dans le regard. Le visage du vieil homme aux cheveux blancs était devenu de plus en plus blême. Chu Feng déclara alors : « Senior, je m’appelle Chu Feng. Quel est votre nom ? Je vous rendrai sans faute la faveur que vous m’avez faite en me sauvant la vie. »
« Ho… Jeune ami, tu t’appelles Chu Feng ? C’est un très joli nom. » Qi Fengyang esquissa un sourire forcé, mais ne put dissimuler la peine que lui causait sa respiration difficile.
« Une telle faveur ne se remercie pas en paroles. Je vous la rendrai par mes actes. Senior, j’espère que nous nous reverrons. » Sur ces mots, Chu Feng renvoya l’insigne à Qi Fengyang.
« Chu Feng, tu… » Au moment où Qi Fengyang attrapa l’insigne, il découvrit que Chu Feng s’était déjà retourné et éloigné. Il voulut le poursuivre, mais, incapable de marcher dans les airs, il ne pouvait rien faire.
« Ce garçon a du courage. Mais tant mieux. S’il ne t’avait pas rendu l’insigne protecteur, je l’aurais repris moi-même. Mieux vaut qu’il me le rende de son plein gré plutôt que je sois obligé de le tuer. »
À cet instant, un rire léger retentit. Le vieil homme en vêtements de toile venait d’apparaître sans un bruit aux côtés de Qi Fengyan. Il ne se tenait pourtant pas au sommet de la montagne, mais dans les airs.