Chapitre 17
La Montagne des Plantes spirituelles était une terre interdite. Toute la montagne était protégée par des couches de sceaux.
À moins de savoir voler, on ne pouvait y entrer que par l’une de ses portes.
La Montagne des Plantes spirituelles comptait huit portes, toutes gardées par des Anciens. Elles n’étaient ouvertes que pendant la Chasse aux plantes spirituelles.
À cet instant, les huit portes s’ouvrirent. Les disciples de la cour intérieure munis d’un jeton purent entrer, et près de cent mille disciples affluèrent de toutes parts.
« Cette Montagne des Plantes spirituelles est vraiment un endroit mystérieux. »
Chu Feng déambulait dans la Montagne des Plantes spirituelles. Son regard était attiré par les arbres gigantesques qui masquaient le ciel et par les fourrés touffus.
C’était la première fois qu’il voyait des plantes aussi belles. Même le parfum des fleurs était puissant, et ce paysage irréel le grisait.
« Une Herbe de l’Esprit terrestre ? » Soudain, Chu Feng aperçut une plante étrange.
Elle mesurait cinq pouces, portait quatre feuilles et était entièrement verte, avec une faible lueur à sa surface. C’était une Herbe de l’Esprit terrestre de rang inférieur.
Pouf. Mais avant même qu’il ait pu s’en approcher, l’Herbe de l’Esprit terrestre se contracta, prête à s’enfuir.
Fff.
À cette vue, Chu Feng bondit aussitôt, mais il eut un temps de retard. L’Herbe de l’Esprit terrestre s’était déjà enfouie sous terre quand il arriva.
« Ces choses ont vraiment une nature spirituelle. » Chu Feng eut un rire gêné, mais ne s’impatienta pas. Il balaya les environs du regard.
Il savait que l’Herbe de l’Esprit terrestre pouvait s’enfuir sous terre, mais qu’elle devait remonter à la surface au bout d’une certaine distance. En général, elle filait en ligne droite.
Chu Feng estima donc qu’il lui suffirait de repérer sa trajectoire pour la rattraper sans difficulté grâce à sa vitesse.
Fff.
À cet instant, une lueur jaillit : une Herbe de l’Esprit terrestre surgit du sol. C’était manifestement la même que celle qui venait de s’échapper.
Mais à peine eut-elle reparu qu’elle s’enfouit de nouveau et poursuivit sa fuite.
Chu Feng se réjouit. Il fit quelques pas, puis bondit dans les airs comme un lièvre rusé. Les mains en forme de serres d’aigle, il saisit le vide devant lui.
Fff. Comme Chu Feng l’avait prévu, l’Herbe de l’Esprit terrestre ressortit du sol au moment où il retombait.
Cette fois, cependant, Chu Feng fut plus rapide qu’elle. Il ne lui laissa aucune chance de s’échapper : ses grandes mains se refermèrent sur ses branches et l’arrachèrent à la terre.
Jiji.
Une fois séparée du sol, l’Herbe de l’Esprit terrestre se mit à pousser des cris perçants et à se débattre avec force.
Mais sa lutte ne dura qu’un bref instant, puis s’affaiblit peu à peu. Pour finir, sa lueur vacilla et sa taille diminua. Bientôt, elle n’était presque plus grande qu’un doigt.
« Cette chose est vraiment étrange. »
Lorsqu’une plante spirituelle était arrachée à la terre, elle perdait sa nature spirituelle et son corps devenait minuscule.
Mais ce n’étaient que des rumeurs. En voyant de ses propres yeux une Herbe de l’Esprit terrestre de cinq pouces de long rapetisser jusqu’à mesurer moins d’un demi-pouce, n’importe qui aurait été stupéfait.
Hmm.
Après avoir maîtrisé l’Herbe de l’Esprit terrestre, Chu Feng joignit les mains et forma un sceau. Une puissante force d’aspiration jaillit de son dantian et, en un instant, il raffina entièrement l’Herbe de l’Esprit terrestre dans sa paume.
« Hé hé, ces choses ne suffisent même pas à te caler une dent. »
Chu Feng eut un sourire amer. L’Herbe de l’Esprit terrestre n’était qu’une plante spirituelle de rang inférieur, et l’énergie spirituelle qu’elle contenait était plusieurs fois moindre que celle de l’Herbe de l’Esprit Saint. Il lui en faudrait une quantité effrayante pour nourrir la Foudre divine.
Comme il n’y pouvait rien, Chu Feng reprit sa route et s’enfonça dans la forêt.
La Montagne des Plantes spirituelles était divisée en trois zones : le cercle intérieur, le cercle médian et le cercle extérieur.
Le cercle extérieur abritait les plantes spirituelles de faible qualité, le cercle médian celles de qualité moyenne et le cercle intérieur celles de haute qualité.
Chu Feng connaissait mieux les plantes spirituelles de haute qualité : les Herbes de l’Esprit Saint. Il savait aussi qu’elles n’étaient pas commodes tant qu’elles conservaient leur nature spirituelle.
Non seulement elles s’enfuyaient à la vue des gens, mais elles disposaient aussi d’une puissance d’attaque redoutable. Selon les rumeurs, une seule Herbe de l’Esprit Saint équivalait à une Bête féroce de rang six. Autrement dit, il fallait atteindre le sixième niveau du Royaume de l’Esprit pour pouvoir la vaincre.
C’était pourquoi le cercle intérieur était considéré comme une zone interdite et que très peu osaient s’y aventurer. Chu Feng ne comptait pas non plus s’en prendre à ces créatures terrifiantes : il visait le cercle médian.
La plante spirituelle de qualité moyenne était l’Herbe de l’Esprit céleste. Selon la légende, elle pouvait adhérer au sol et le parcourir à toute vitesse. Elle était même capable de devenir invisible, ce qui la rendait très difficile à attraper. Heureusement, elle ne possédait aucun pouvoir meurtrier.
Son énergie spirituelle était sans commune mesure avec celle de l’Herbe de l’Esprit Saint, mais elle restait largement supérieure à celle de l’Herbe de l’Esprit terrestre. Voilà pourquoi Chu Feng avait décidé d’en faire sa cible pour cette chasse.
Il poursuivit son chemin. Toutes les Herbes de l’Esprit terrestre qu’il croisa en route tombèrent sous ses griffes démoniaques et furent raffinées sur-le-champ.
À midi, il atteignit enfin le cercle médian et repéra rapidement une Herbe de l’Esprit céleste.
Cependant, l’Herbe de l’Esprit céleste était redoutable. Non seulement elle pouvait changer de trajectoire en fuyant, mais elle était bel et bien capable de devenir invisible.
Son invisibilité ne durait qu’un court instant, mais Chu Feng en faisait toujours les frais.
Le soleil commençait à décliner vers l’ouest quand Chu Feng avait déjà repéré au moins une douzaine d’Herbes de l’Esprit céleste sans en attraper une seule.
« Je refuse de croire qu’une plante spirituelle de qualité moyenne puisse me battre. »
Bien qu’il fût encore plein d’énergie après avoir couru toute la journée, son estomac se mit à gargouiller. Impuissant, il dut s’arrêter pour manger.
Tout en avalant ses provisions, il n’oublia pas les moqueries des Herbes de l’Esprit céleste et jura d’en attraper une pour la raffiner.
« Je te l’avais dit : ne viens pas dans le cercle médian. On ne peut pas attraper ces Herbes de l’Esprit céleste. »
« Mademoiselle, inutile de vous presser. J’ai commencé à comprendre leurs habitudes de fuite. Donnez-moi encore un jour et je vous garantis qu’on en attrapera une. »
« Un jour ? En un jour, combien d’Herbes de l’Esprit terrestre pourrions-nous attraper dans le cercle extérieur ? Tu ne fais que nous faire perdre notre temps. »
À cet instant, des bribes de conversation lui parvinrent de la forêt. Chu Feng sentit qu’une dizaine de personnes au moins s’approchaient.
« Hé, on dirait que je ne suis pas le seul à galérer. »
Chu Feng eut un petit rire, sans même lever les yeux. Il engloutit à grandes bouchées les provisions qu’il tenait dans les mains.
« Mademoiselle, regardez, on dirait Chu Feng. » Mais lorsque retentit une voix surprise, empreinte de moquerie, Chu Feng comprit qu’il venait de tomber sur une vieille connaissance qu’il aurait préféré éviter.
Il leva les yeux. Dix silhouettes le dévisageaient, et tous ces visages lui étaient familiers.
La jeune femme qui menait le groupe s’appelait Chu Xue. Elle avait un an de moins que Chu Feng et était sa cousine.
Chu Xue n’était pas aussi douce ni aussi belle que Chu Yue, mais elle avait tout de même du charme. Sa peau blanche comme la neige, surtout, allait bien avec son nom.
[NDT : « Xue » signifie « neige ».]
Mais, comme Chu Cheng et Chu Zhen, elle n’avait jamais aimé Chu Feng, même lorsqu’ils étaient enfants, et faisait partie de ses ennemis.
Derrière Chu Xue se tenaient neuf personnes. Bien qu’elles portent le nom de famille « Chu », elles n’appartenaient pas vraiment à la famille Chu.
C’étaient des serviteurs de la famille Chu. Leurs parents y jouissaient toutefois d’un certain statut, si bien qu’ils étaient entrés à l’École du Dragon Azur en même temps que les membres de la famille. Le plus drôle, c’était qu’eux aussi méprisaient Chu Feng.
« Oh ! C’est toi, Chu Feng. »
La voix déplaisante retentit de nouveau. Celui qui avait parlé était un jeune homme grand et maigre, debout à côté de Chu Xue.
Chu Feng le reconnut également. Il s’appelait Chu Gao et, depuis l’enfance, aimait rester dans les jupons de Chu Xue. C’était son ombre.
Il faut préciser que, bien que Chu Gao fût un serviteur, il ne manquait pas de talent. Il était entré à l’École du Dragon Azur en même temps que Chu Yue et se trouvait lui aussi au quatrième niveau du Royaume de l’Esprit.
Dans le groupe de Chu Xue, Chu Gao était assez fort pour faire figure de pilier. De toute évidence, c’était lui qui en imposait aux autres.
Mais il n’était pas très fiable. À le voir avoir conduit Chu Xue et les autres dans le cercle médian, on comprenait qu’il ne savait pas mesurer ses forces.