Chapitre 1 183
« Yuan Qing, je sais que tu as bon cœur et un tempérament affable. Tu es sans conteste un génie au talent et à la puissance exceptionnels. Pourtant, tu ne cherches ni à étaler ton arrogance ni à te montrer tyrannique, et tu ne veux pas régler les problèmes par la force. Tu es vraiment quelqu’un de rare et de bienveillant. »
À cet instant, l’Ancien Ying, du Département des sanctions, prit la parole. Il s’exprimait sur un ton très affable, mais ses propos étaient empreints de sérieux. Il traitait Yuan Qing avec une grande bienveillance. On voyait qu’il l’appréciait beaucoup.
« Cependant, Yuan Qing, comme le dit le proverbe, les gens bons se font marcher dessus, et les chevaux dociles servent de monture aux autres. Avoir bon cœur n’a rien de mal, mais il faut savoir envers qui l’on se montre bienveillant. Chu Feng est beaucoup trop arrogant : il méprise ses condisciples et va jusqu’à nous regarder de haut, nous les Anciens. »
« Avec quelqu’un comme lui, tu n’as aucune raison de te montrer indulgent. Sinon, il ne ferait que devenir encore plus arrogant. »
« Chu Feng a commis une faute. Naturellement, notre Département des sanctions devrait le punir. Cependant, ses méfaits ne suffisent pas à justifier son expulsion de la Montagne de Cyanwood, pas plus qu’ils ne justifient qu’on le prive de sa cultivation. »
« Mais une occasion se présente à nous : celle de punir Chu Feng. Puisqu’il a tué Lei Yao, toi qui es disciple du Monastère d’Orion nourris désormais une haine profonde envers lui. Tu es donc parfaitement en droit de régler votre différend au cours d’un combat à mort. »
« Alors, Yuan Qing, cesse de te retenir. Il est temps de montrer ta force, l’élégance dont tu as fait preuve en activant l’Aiguille immortelle de l’Ère ancienne, la prestance avec laquelle tu as obtenu le Drapeau du Commandant, et le talent exceptionnel qui est le tien. Va affronter Chu Feng à mort : tu pourras ainsi régler votre différend et venger ton frère aîné Lei Yao. »
« Aujourd’hui, ce vieil homme fera une exception et présidera lui-même ce combat à mort. Ainsi, toi, Yuan Qing, tu pourras venger Lei Yao de tes propres mains et éliminer la honte de notre Montagne de Cyanwood, Chu Feng. »
L’Ancien Ying, du Département des sanctions, prononça ces paroles tonitruantes, le visage plein d’impatience. Il désirait manifestement que Yuan Qing tue Chu Feng. De plus, il était convaincu que Yuan Qing en avait les capacités.
« C’est vrai. Frère cadet Yuan Qing, plus on est fort, plus on a de responsabilités. Parmi nous, les disciples du Monastère d’Orion, tu es le seul capable de tuer Chu Feng et de venger frère aîné Lei Yao. Puisque même l’Ancien du Département des sanctions te le demande, tu ne devrais plus refuser le combat. Va plutôt donner une leçon à Chu Feng ! » En entendant ces paroles, les disciples du Monastère d’Orion recommencèrent à crier pour pousser Yuan Qing à se battre.
Ils craignaient Chu Feng et savaient qu’ils ne faisaient pas le poids face à lui, mais ils pensaient que Yuan Qing saurait les défendre. À leurs yeux, si puissant que fût ce démon, il ne pouvait rivaliser avec Yuan Qing. Après tout, Yuan Qing était lui aussi un génie exceptionnel, un démon qui avait activé l’Aiguille immortelle de l’Ère ancienne. Affronter Chu Feng signifiait à coup sûr sa mort.
« Ancien, je… »
À cet instant, Yuan Qing était complètement abasourdi. Jamais il n’aurait imaginé que même l’Ancien Ying, du Département des sanctions, le pousserait à se battre. C’était comme le condamner à mort !
Yuan Qing se tenait là, le visage blême. Il était incapable de parler, car il ne savait pas quoi répondre pour éviter d’affronter Chu Feng.
À présent, presque toutes les personnes présentes voulaient qu’il se batte contre Chu Feng ; il n’avait aucune échappatoire.
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi le frère cadet Yuan Qing ne répond-il pas ? »
« Regardez vite ! Pourquoi Yuan Qing a-t-il l’air si mal en point ? Hé, on dirait même que ses mains tremblent. »
« Ciel ! Et si Yuan Qing était vraiment comme Chu Feng l’a dit ? Et si toutes ces belles paroles qu’il a prononcées n’étaient que des prétextes, et qu’il refusait de se battre contre Chu Feng parce qu’il en avait peur ? »
« N’importe quoi ! Mon frère cadet Yuan Qing est un génie exceptionnel. Comment pourrait-il avoir peur de Chu Feng ? »
« N’importe quoi, toi-même ! C’est toi qui racontes des conneries. Celui qui n’ose pas se battre, c’est Yuan Qing, du Monastère d’Orion, pas Chu Feng. Si tu en es capable, va donc demander à Yuan Qing de se battre ! »
« C’est vrai. On n’a cessé de vanter Yuan Qing, du Monastère d’Orion, jusqu’à le porter aux nues. N’a-t-il pas prétendu pouvoir rivaliser avec le Seigneur Qingxuantian ? Et voilà ce qu’il est en réalité : rien qu’un lâche. Il peut se vanter autant qu’il veut, mais quand il s’agit de montrer sa vraie force, il est loin d’égaler notre frère cadet Chu Feng, de la Forêt de Cyanwood du Sud. »
« Taisez-vous ! Le frère cadet Yuan Qing n’a aucune raison d’avoir peur de Chu Feng. À ses yeux, Chu Feng n’est qu’un déchet, une mouche qu’il pourrait écraser d’une seule main. »
« Exactement. Le frère cadet Yuan Qing est celui qui a activé l’Aiguille immortelle de l’Ère ancienne. La légende raconte que seul le Seigneur Qingxuantian y était parvenu avant lui. Cela signifie que le frère cadet Yuan Qing est comparable au Seigneur Qingxuantian. Et Chu Feng, qui est-il ? Personne. Il ne mérite même pas qu’on le compare à notre frère cadet Yuan Qing. »
« Frère cadet Yuan Qing, ne te retiens plus ! Va te battre et montre à tous ta force, montre-leur de quoi tu es vraiment capable ! »
L’hésitation et la lâcheté de Yuan Qing provoquèrent un grand tumulte parmi la foule. Beaucoup remarquèrent sa réaction et en conclurent qu’il avait vraiment peur de Chu Feng. Pourtant, les gens du Monastère d’Orion restaient convaincus que Yuan Qing pouvait le vaincre. À mesure que la situation s’envenimait, les deux camps commencèrent à s’affronter et certains se querellèrent. La situation manqua de dégénérer, au point que des gens furent sur le point d’en venir aux mains.
À cet instant, la plupart des regards se tournaient vers Yuan Qing. Tous attendaient sa réponse, qu’il se révèle héros ou lâche. Tout reposait désormais sur lui.
Mais sous les regards de la foule, l’attention venue de toutes parts et le vacarme des disputes, Yuan Qing se couvrit de sueur et sentit ses jambes fléchir. Il ne parvenait vraiment pas à supporter une telle pression.
À cet instant, Yuan Qing regrettait sincèrement. Il regrettait vraiment d’avoir voulu tirer profit de la situation.
S’il avait su que les choses tourneraient ainsi, il n’aurait jamais prétendu à tort que ces honneurs lui revenaient. Lui qui comptait s’en servir pour faire progresser sa cultivation à pas de géant n’aurait jamais cru qu’ils deviendraient les instruments qui le mèneraient aux portes de l’enfer.
« Hahaha, hahaha, hahahahaha… »
À cet instant, un rire soudain et dément brisa le silence pesant.
Aussitôt, tout le monde se tut. Seul ce rire fou continuait de résonner dans les environs.
« C’est Chu Feng. Pourquoi rit-il ? » La foule remarqua que c’était Chu Feng qui riait. Son rire était particulièrement fort et limpide, et même un peu étrange.
De plus, son rire était empreint de moquerie. Il ne semblait pas viser uniquement Yuan Qing : on aurait dit qu’il se moquait de toutes les personnes présentes.
Quoi qu’il en fût, son rire ramena une fois de plus l’attention sur lui, et tous les regards se tournèrent vers Chu Feng.
À cet instant, le contraste entre Yuan Qing et Chu Feng était évident. Le visage de Yuan Qing était blême et son corps ruisselait de sueur. À première vue, il semblait malade.
Chu Feng, au contraire, débordait de vigueur et d’énergie. Cette comparaison donnait l’impression que Yuan Qing n’avait que l’apparence d’un homme impressionnant, mais qu’il ne valait rien, tandis que Chu Feng était celui qui possédait une véritable force.
« Vous vous demandez tous pourquoi Yuan Qing se comporte comme un lâche et n’ose pas m’affronter, n’est-ce pas ? »
« En fait, si vous voulez le savoir, inutile d’aller le lui demander. Vous pouvez plutôt me poser la question : je suis en mesure de vous répondre. » Chu Feng interrompit soudain son rire et plissa les yeux en regardant la foule.[1. Il sourit.]
Il avait minutieusement préparé cet instant, au prix de beaucoup d’efforts.
Il l’attendait depuis très longtemps.
Et aujourd’hui, cet instant était enfin arrivé.
« Chu Feng, ne raconte pas n’importe quoi ! » En voyant cela, les membres du Monastère d’Orion s’empressèrent de lui crier dessus. Ils ne voulaient pas qu’il s’en prenne encore à Yuan Qing.
« Vous, du Monastère d’Orion, taisez-vous et laissez le frère cadet Chu Feng parler. »
« C’est vrai. Frère cadet Chu Feng, raconte-nous ce qui se passe exactement. »
« Vas-y, dis-nous. Que ce soit vrai ou non, raconte-nous ce que tu as à dire. »
À l’exception des membres du Monastère d’Orion, tous les autres disciples présents voulaient que Chu Feng leur explique ce qu’il avait en tête. Leurs cris couvrirent rapidement ceux des gens du Monastère d’Orion. En un instant, on n’entendit plus que des voix réclamant que Chu Feng prenne la parole.