Chapitre 114
« Bien sûr que ce n’est pas tricher ! » s’empressa d’expliquer Su Mei.
« Alors, qu’est-ce que c’est ? » Chu Feng était assez curieux.
« Eh bien… c’est juste un petit coup de pouce que je te donne par amitié. » Su Mei lui adressa un doux sourire, puis désigna rapidement un groupe tout proche et reprit à voix basse :
« Mais ne baisse pas ta garde. Ce ne sont pas des disciples de l’École du Dragon Azur. Ils viennent d’écoles de premier ordre et, dans certains domaines, ce qu’ils apprennent est effectivement plus puissant que ce qu’on nous enseigne. »
« Mais j’ai quand même une bonne opinion de toi. Même si, pour l’instant, leur cultivation dépasse la tienne, ils sont aussi plus âgés que toi. Je suis sûre que lorsque tu auras dix-huit ans, tu seras plus fort qu’eux tous. »
Sur ces mots, Su Mei joignit les mains derrière son dos et sautilla jusqu’à Su Rou. Les deux sœurs saluèrent Chu Feng de la main, puis s’en allèrent ensemble.
En les regardant, Chu Feng éprouva des sentiments mitigés. Il avait déjà deviné que Su Rou et Su Mei avaient une identité particulière, mais il n’aurait jamais imaginé qu’elles fussent d’un rang aussi élevé.
À cet instant, Chu Feng se sentit quelque peu perplexe. Il estima que son hypothèse précédente était erronée. Si les deux sœurs étaient venues à l’École du Dragon Azur, ce n’était sûrement pas pour recruter des personnes prometteuses : vu la puissance de leur famille, tant de cultivateurs remarquables auraient accepté de les servir. Alors, pourquoi avaient-elles tant tenu à se rapprocher de lui ?
« Quel intérêt avez-vous toutes les deux à vouloir me rallier ainsi ? »
Chu Feng était très inquiet. Même si Su Rou et Su Mei le traitaient très bien, il n’oubliait pas que les deux sœurs s’étaient rapprochées de lui pour une raison précise.
« La petite Su Mei est probablement amoureuse de toi. Garçon, ne la déçois pas ! » Une voix agréable retentit soudain : Eggy venait de parler depuis son monde spirituel.
« Ah bon ? Comment tu le sais ? » demanda Chu Feng en riant.
« L’intuition féminine. Mais tu ferais mieux de ne pas avoir de mauvaises pensées à son égard. Elle est encore jeune, alors ne lui fais rien de mal. Je te conseille plutôt de commencer par sa grande sœur. »
« Bon sang, à quoi tu penses ? » Chu Feng comprit naturellement ce qu’Eggy sous-entendait, mais il ne se serait jamais attendu à ce qu’elle le dise aussi franchement.
« Ne fais pas semblant d’être un saint. Tu oses prétendre que tu ne veux pas séduire ces deux sœurs ? » lança Eggy avec dédain.
« C’est toi que j’ai le plus envie de séduire, là, tout de suite. » Chu Feng eut un sourire malicieux.
« Tu n’oserais pas ! » Eggy se troubla quelque peu et changea vite de sujet. « Tu as peut-être une chance inouïe, cette fois. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » Chu Feng ne comprit pas.
« Il y a probablement une Tombe ancienne sous le brouillard rouge dont Su Mei a parlé ! »
« Une Tombe ancienne ? Qu’est-ce que c’est ? »
« Tu ne comprendrais pas, même si je te l’expliquais. Quand tu entreras dans la Forêt des Cornes fantômes et que tu iras voir du côté du brouillard rouge, tu comprendras. S’il y a vraiment une Tombe ancienne, tu y trouveras certainement des trésors. »
Eggy avait piqué sa curiosité, mais Chu Feng ne posa pas d’autres questions, car il savait qu’elle ne lui ferait pas de mal. Après tout, ils avaient établi un Contrat de connexion spirituelle. S’il arrivait quoi que ce soit à Chu Feng, son monde spirituel s’effondrerait lui aussi. Avec sa cultivation actuelle, Eggy perdrait probablement la vie et tomberait dans les Sources jaunes.
[NDT : les Sources jaunes désignent l’enfer.]
Le seigneur de la Cité de l’Oiseau Vermillon annonça ensuite les règles de l’Assemblée des Nouveaux Éminents de cette année. Elles correspondaient exactement à ce que Su Mei avait dit : les participants disposeraient d’une journée et seuls les dix qui tueraient le plus de Bêtes à cornes fantômes seraient qualifiés pour la compétition. Le vainqueur final remporterait naturellement l’Assemblée des Nouveaux Éminents.
Su Hen distribua ensuite aux deux cents participants une carte de la Forêt des Cornes fantômes. Certaines zones y étaient marquées en rouge, et il leur précisa clairement qu’ils ne devaient pas s’y aventurer, sous peine d’assumer les conséquences, quelles qu’elles soient.
Su Hen n’en expliqua pas la raison. Il se contenta de dire que ces endroits étaient extrêmement dangereux. De plus, les cartes distribuées ne comportaient que des zones rouges : contrairement à celle que Su Mei lui avait donnée, aucune zone noire n’y figurait.
Après avoir expliqué les règles, Su Hen fit sortir Chu Feng et les autres de la Cité de l’Oiseau Vermillon. Ils pénétrèrent dans la Chaîne de montagnes de l’Oiseau Vermillon et arrivèrent ainsi à la fameuse Forêt des Cornes fantômes.
La forêt noire s’étendait à perte de vue. Le bois ressemblait à du fer et les feuilles, à des aiguilles. Ces végétaux n’avaient même pas l’air d’être des arbres : c’étaient de véritables armes acérées. Mais surtout, aucun bruit d’animal ne se faisait entendre dans la forêt. Ce silence était quelque peu inquiétant.
« Gamin, ne nous ralentis pas, ou tu le regretteras. » Dans la forêt, les membres de la Cité Pourpre et Dorée lancèrent un regard menaçant à Chu Feng avant de s’enfoncer dans les bois.
Chu Feng se contenta de sourire face à leur mépris. Il avait vraiment la flemme de s’occuper de gens comme eux ; s’il les attaquait, il ne ferait que se salir les mains.
Il les regarda s’enfoncer dans la forêt, exécutant toutes sortes de techniques spectaculaires. De son côté, il sortit tranquillement la carte de son Sac cosmique, puis celle que Su Mei lui avait donnée.
Après réflexion, Chu Feng choisit un itinéraire particulier. Il traverserait plusieurs zones où les Bêtes à cornes fantômes étaient les plus nombreuses, puis se dirigerait vers la zone rouge où Su Mei et Su Hen lui avaient formellement interdit d’entrer.
Chu Feng exécuta la Technique du Ciel impérial et se laissa porter par le vent. Il traversa rapidement la forêt et ne tarda pas à trouver les fameuses Bêtes à cornes fantômes.
Elles ressemblaient à des chevaux, mais étaient aussi grandes que des éléphants. Leur corps était d’un noir de jais, comme recouvert d’une armure sombre. Elles étaient féroces et, hormis les créatures de leur espèce, attaquaient violemment tout être vivant qu’elles apercevaient. Elles n’étaient pas différentes des autres bêtes féroces.
Mais, comme toutes les bêtes féroces, elles ne faisaient pas le poids face à Chu Feng. Il leur suffisait d’un coup pour les tuer. Même les Bêtes à cornes fantômes adultes, celles dont les cornes étaient violettes, ne pouvaient rivaliser avec lui.
Chu Feng parcourut les environs sans épargner une seule Bête à cornes fantôme. Après les avoir tuées, il emprunta leur connexion spirituelle pour puiser dans les pouvoirs d’Esprit du Monde d’Eggy et absorber leur énergie Source. Même si l’énergie Source de leur cultivation était très faible et aidait peu Eggy, Chu Feng ne la gaspilla pas.
Après avoir tué deux cents Bêtes à cornes fantômes, il atteignit enfin la zone du fameux brouillard rouge. Pourtant, l’endroit était seulement un peu plus silencieux et il ne vit aucune trace de brouillard rouge.
« Tu es sûre qu’il y a des trésors ici ? » Chu Feng se sentit assez déçu. Il scruta la zone avec son pouvoir spirituel, mais n’y décela rien d’anormal.
« Inutile de te ridiculiser avec ton maigre pouvoir spirituel. Si ton pouvoir spirituel suffisait à percer les secrets de la Tombe ancienne, elle n’aurait rien d’ancienne. »
« Alors, qu’est-ce que je fais ? »
« Sors ta Boussole des Esprits du Monde et utilise-la pour sonder les environs. »
Ce ne fut qu’en entendant Eggy que Chu Feng comprit. Il sortit rapidement la Boussole des Esprits du Monde. Dès qu’il la déploya, une étrange carte d’instructions apparut. Chu Feng ne comprenait pas ce qu’elle indiquait, mais Eggy, elle, le savait.
En suivant les indications d’Eggy, Chu Feng commença à disposer une Formation spirituelle dans une zone particulière. Mais ses gestes manquaient d’habileté et son pouvoir spirituel était insuffisant. Il lui fallut donc beaucoup de temps et ne termina qu’à la nuit tombée.
Quand la Formation spirituelle s’activa, elle disparut. À sa place apparut un trou dont on ne pouvait discerner le fond. Tout était d’un noir d’encre, mais des sons étranges s’élevaient de l’ouverture. En tendant l’oreille, on aurait dit les sanglots d’une femme.