Chapitre 612
Chen Xiao’er se gratta la tête, incapable de comprendre la façon de penser de Ye Ming. Les autres avaient déjà envoyé quelqu’un pour l’attaquer, et lui ne semblait pas inquiet le moins du monde. Était-il vraiment aussi confiant ?
Après avoir dégusté un festin tel qu’il n’en avait jamais mangé, Chen Xiao’er s’essuya la bouche et demanda d’un ton flatteur : « Saint Ye, souhaitez-vous continuer à vous promener ? »
« Inutile, quelqu’un nous attend. » Sur ces mots, il se leva d’un bond et sortit directement de l’auberge.
Dehors, un grand gaillard au visage sombre, vêtu d’une tunique moulante et portant sur l’épaule un sabre à tête de démon, se tenait fièrement au milieu de la rue. Les passants faisaient un large détour, manifestement terrifiés par sa présence. Il fixait la porte de l’auberge, attendant manifestement quelqu’un.
« Mon dieu, n’est-ce pas Tudi, le sabre à tête de démon, classé quarante-neuvième sur la Liste des Dieux Martiaux ? On dit que chaque fois qu’il apparaît, il tue. Qui veut-il tuer aujourd’hui ? »
« Il paraît que Tudi a un frère nommé Tukou, et que Tukou vient justement de se faire blesser devant l’auberge. Il est sûrement venu venger son frère. » dit un client assis près de la fenêtre d’une auberge d’en face.
Ye Ming sortit de l’auberge. Aussitôt, le sabre de Tudi s’anima, faisant vibrer l’air lui-même. Il lança d’une voix forte : « C’est toi qui as blessé mon frère Tukou ? »
Ye Ming répondit d’un ton indifférent : « Je ne sais pas qui est Tukou, mais tout à l’heure, un homme présomptueux a tenté de m’attaquer et je l’ai envoyé valser. »
« C’était mon frère. Tu as blessé mon frère, tu vas me le payer ! » gronda Tudi, son visage déformé par la colère, une aura meurtrière glaçante se répandant autour de lui et effrayant les passants.
Ye Ming esquissa un sourire froid : « Vous êtes décidément bien organisés. Un échoue, un autre vient me tester ? J’espère seulement que tu n’es pas aussi faible que ton frère, sinon tu finiras comme lui, écrasé au sol. »
« Filet de lames ! »
« Swish ! »
Tudi se démultiplia soudain en trente-six ombres, chacune tranchant l’air d’une dizaine de lames, tissant un véritable filet de lumière qui s’abattit sur Ye Ming, impossible à esquiver.
Ye Ming ne chercha même pas à éviter. Derrière lui, Chen Xiao’er, pétrifié, poussa un « aïe » et se recroquevilla au sol, les bras sur la tête. Mais soudain, deux couches de lumière l’enveloppèrent. Les lames frappèrent la barrière lumineuse et disparurent aussitôt, comme englouties par l’eau.
Surpris par la défense de Ye Ming, Chen Xiao’er s'exclama : « hein ? Que se passe-t-il ? »
Tudi, lui, changea de visage, rappelant précipitamment ses lames, fixant Ye Ming d’un air incrédule. Le Corps Doré de Ye Ming, à la maîtrise totale, renforçait prodigieusement la Cloche Dorée et le Corps de Fer. Même en tant que Dieu martial, Tudi était incapable de briser une telle défense surnaturelle.
« Tu as fini ? À mon tour ! » Sans bouger, Ye Ming pointa l’Épée Brise-Dimension devant lui. Bien qu’ils soient séparés de plusieurs dizaines de pas, la pointe de l’épée se retrouva instantanément sous la gorge de Tudi.
Les poils de Tudi se hérissèrent. Quelle était donc cette technique d'épée ? Il ignorait que l’Épée Brise-Dimension pouvait briser l’espace et ignorer la distance. Pris de panique, il fit pivoter son sabre pour parer. L’épée et le sabre s’entrechoquèrent dans un fracas assourdissant.
« Bang ! »
Le sabre à tête de démon, d’une solidité inouïe, vola en éclats. Il faut dire que l’Épée Brise-Dimension pesait plus de 100 milliards de jin ; sans la maîtrise de Ye Ming, il serait impossible de la manier. Sous la puissance de l’épée et la technique inégalée de Ye Ming, Tudi eut l’impression d’être écrasé par des montagnes. Le sabre fut réduit en miettes, la lame transperça son corps, et une force terrifiante pulvérisa instantanément sa chair et ses os, le réduisant en une bouillie sanglante, chaque os broyé jusqu’à la poussière, chaque muscle réduit en boue. Mort, et bien mort.
En un seul coup, Ye Ming avait tué Tudi. Ce n’était pas que Tudi fût si faible, mais il avait sous-estimé Ye Ming et n’avait pas déployé toute sa puissance dès le départ. En vérité, un Dieu martial fait évoluer son Âme Naissante en Forme Divine, dotée d’une puissance terrifiante. De plus, la Forme Divine d’un Dieu martial diffère de celle d’un Maître du Dharma du Domaine de la Loi Céleste. Le Dieu martial doit sans cesse tempérer sa Forme Divine pour la rendre plus puissante, alors que les Maîtres du Dharma ne s’en servent que comme tremplin sur la voie du Dao des Divinités, sans que cela renforce vraiment leur puissance. Au fil de la cultivation, la Forme Divine se transforme peu à peu en fœtus divin.
Le Dieu martial, lui, privilégie le renforcement de la Forme Divine. Il existe de nombreux moyens pour cela, comme la forge d’un « artefact divin ». Une fois l’artefact forgé, il ne fait plus qu’un avec la Forme Divine : le talent de l’artefact devient celui de la Forme Divine, sa puissance aussi. Par exemple, le Marteau Draconique de Ye Ming est un artefact divin. Malheureusement, il ne l’a pas forgé lui-même, ce qui en fait un objet extérieur. S’il l’avait forgé de ses propres mains, il serait devenu une partie de sa vie.
Outre la forge d’artefacts, la Forme Divine peut se disperser en énergie ou se condenser en forme, se diviser en milliards d’avatars, chaque pensée pouvant devenir un double. Plus la vitalité est forte, plus les avatars sont nombreux et puissants. Une Forme Divine puissante peut même s’emparer du corps d’autrui ou contrôler son esprit.
Plus terrifiant encore, la Forme Divine peut fusionner arts martiaux et pouvoirs surnaturels pour créer des techniques divines. Leur puissance surpasse de loin la somme des arts martiaux et pouvoirs qui les composent, et parfois, des techniques ordinaires fusionnées peuvent donner naissance à des techniques divines effroyables.
En plus des techniques divines, le Dieu martial peut créer des marionnettes martiales. Ces marionnettes peuvent porter la volonté martiale et les techniques divines du Dieu martial. Ainsi, certains Dieux martiaux, même peu puissants, peuvent posséder des centaines ou des milliers de marionnettes martiales, leur conférant une force redoutable.
La mort de Tudi fut donc bien frustrante. S’il avait tout donné, il n’aurait peut-être pas perdu aussi vite, et aurait pu sauver sa vie. Mais Ye Ming ne lui en laissa pas l’occasion, frappant d’emblée avec une puissance écrasante et le tuant sur-le-champ.
Après la mort de Tudi, Chen Xiao’er resta bouche bée devant la mare de chair et d’os, murmurant : « Il est… vraiment mort ? »
« Mort. » répondit Ye Ming d’un ton calme. « Il aurait pu tenir plus longtemps, mais il m’a sous-estimé. »
« Mais c’était un Dieu martial ! » Chen Xiao’er avait l’impression que tout ce qu’il savait était remis en cause. Qu’un Saint Martial batte un Dieu martial, il pouvait encore l’accepter, mais qu’un Saint Martial tue un Dieu martial d’un seul coup, le réduisant en boue sanglante, c’était trop incroyable.
« Les Dieux martiaux ne sont pas des êtres inaccessibles, et les Saints Martiaux ne sont pas aussi faibles que tu l’imagines. » dit Ye Ming calmement. « Rentrons. »
Chen Xiao’er resta interloqué : « Saint Ye, vous ne voulez plus visiter la Vallée ? »
« Les ennuis arrivent, comment pourrais-je me promener l’esprit tranquille ? Si je ne me trompe pas, Qi Ming va passer à la prochaine étape de son plan. Soit il enverra quelqu’un d’encore plus fort, soit il viendra en personne. » répondit Ye Ming, sans s’expliquer davantage, et retourna directement à sa résidence.
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Vallée du Dieu Martial, Résidence Qi.
Qi Ming écoutait le rapport de ses subordonnés. Lorsqu’il apprit que Ye Ming avait tué Tudi d’un seul coup, son visage s’assombrit. L’atmosphère devint pesante, personne n’osant respirer trop fort. Après un long silence, Qi Ming soupira : « Depuis toujours, la nouvelle génération surpasse l’ancienne. On dirait bien que je suis devenu vieux ! »
« Père ! » Un jeune homme s’avança. Il portait une longue épée à la ceinture, vêtu d’une tunique bleue : c’était le fils aîné de Qi Ming, Qi Zhenfei.
Qi Ming jeta un regard à Qi Zhenfei et dit calmement : « Fei’er, je sais ce que tu veux dire. Tudi n’était pas faible. Bien que j'ai un rang plus élevé dans la Liste des Dieux Martiaux, je ne pourrais pas le tuer d’un seul coup. Cela montre que la puissance de Ye Ming n’est pas inférieure à la mienne. »
« Que comptes-tu faire, père ? Abandonner ? » protesta Qi Zhenfei. « Ce n’est qu’un étranger, il suffit de le faire disparaître, pourquoi tant de complications ? »
« Idiot ! » Qi Ming lança un regard déçu à son fils. « Il est peut-être un étranger, mais il est l’héritier du Temple des Immortels, avec la Secte du Dao Céleste derrière lui. Tu crois qu’on peut le tuer si facilement ? Si tu le tues, que feras-tu si le Temple des Immortels et la Secte du Dao Céleste viennent réclamer des comptes ? »
« Et alors ? Qui pourra prouver que c’est nous ? » répliqua Qi Zhenfei, la colère brillant dans ses yeux.
« Hmph ! La Secte du Dao Céleste a-t-elle besoin de preuves pour agir ? Ils ont déjà défié le Grand Empereur des Cinq Éléments, tu crois qu’ils craindraient un simple Dieu martial comme moi ? » répondit Qi Ming.
« Père, tu fais partie du Pavillon des Tueurs, et tu es aussi un homme de la Montagne Divine Éternelle. Tu n’as pas à craindre la Secte du Dao Céleste ! » insista Qi Zhenfei.
« Assez ! Cette affaire ne te regarde pas. Demain, j’irai voir Ye Ming en personne. Peut-être pourrons-nous régler ce conflit. Je ne pense pas que je soit sa cible principal, mais qu'il vise plutôt Han Shan. S’il me bat, il sera onzième, alors que Han Shan n’est que seizième. »
Qi Zhenfei baissa la tête, mais son expression restait insatisfaite. Un sourire froid se dessina sur ses lèvres alors qu’il serrait lentement la poignée de son épée.
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Au milieu de la nuit, Ye Ming méditait, les yeux clos, lorsqu’il entendit soudain des pas dans la cour. Il ouvrit les yeux et lança d’une voix froide : « Qui va là ? »
L’intrus, surpris, s’enfuit comme l’éclair. Ye Ming grogna, se leva d’un bond et se transforma en une brume légère, poursuivant à toute vitesse. En quelques respirations, il rattrapa sa cible.
À ce moment, ils avaient quitté la Vallée du Dieu Martial et se retrouvaient dans la nature sauvage, entre les montagnes désertes du canyon. Ye Ming allait attraper l’intrus quand soudain, il changea de visage, recula précipitamment et s’immobilisa.
Le sol s’illumina brusquement, puis se fendit dans un grondement sourd, révélant une formation mortelle terrifiante.
Ye Ming plissa les yeux, restant immobile. La puissance de cette formation était suffisante pour tuer aisément un expert du neuvième palier du Domaine de la Loi Céleste. Il pouvait la briser, mais au prix d’un risque considérable.
« Hmph ! Voyons maintenant qui tu pourras encore défier ! » railla une voix moqueuse.
Ye Ming tourna la tête vers le locuteur : un homme à la taille ceinte d’une longue épée, l’air hautain. Ce genre de personne, il en avait croisé beaucoup. Autrefois, il les méprisait, mais aujourd’hui, il ne leur accordait plus qu’un regard indifférent.
« Tues-le. » dit Ye Ming d’un ton calme. Un éclat doré jaillit : le Rat Adamantin passa à l’attaque.