Chapitre 41
Cette fois, les quatre jouaient au Pai Gow. Entre les parties, ils discutaient. Le jeune Tu se nommait Tu Shiyu, et le jeune Huang s’appelait Huang Yuankun. Leur maîtrise du jeu était impressionnante, mais ils ne purent résister à la triche de Ye Ming.
Dès le début, Ye Ming remporta trois manches d’affilée ; ses jetons passèrent de 100 à 500. Par la suite, il gagna et perdit à tour de rôle, mais sa règle était simple : Il ne devait pas laisser Tu Shiyu gagner une manche.
Au fil du jeu, Beiming découvrit un secret : Tu Shiyu et Huang Yuankun échangeaient discrètement leurs cartes, une méthode si subtile que même Zhou Hualong ne s’en apercevait pas. Pourtant, rien ne pouvait échapper à la perception de Beiming.
Cependant, ils ne pouvaient tricher à chaque manche. Souvent, c’était Zhou Hualong et Ye Ming qui gagnaient. Au bout de 5, 10, 15 parties, le nombre de jetons de Ye Ming avait grimpé à plus de 2 000, et Zhou Hualong avait lui aussi bien augmenté ses gains.
Tu Shiyu et Huang Yuankun tirèrent une mine sombre, n’ayant jamais imaginé perdre si lourdement. Lors de la vingtième partie, prétextant le manque d’argent, ils s’en allèrent chacun de leur côté. Ye Ming, devant lui, possédait déjà plus de 3 000 jetons, soit un bénéfice d’environ 150 pièces martiale.
Quand la partie prit fin, Zhou Hualong lança à Ye Ming un regard profond : « Ye, ton talent au jeu force l’admiration, c’est comme si les dieux te guidaient. »
Eh oui, effectivement, avec l'Esprit Primordial de Beiming, c’est forcément divin, pensa Ye Ming en souriant, mais il répondit humblement : « Oh, loin de là, frère Zhou, ta maîtrise est encore plus impressionnante, je me sens bien inférieur. »
Avec ses 150 pièces martiale en poche, Ye Ming quitta joyeusement le casino. À peine dehors, Beiming l’avertit : « Maître, les deux hommes se cachent non loin devant. »
Ye Ming rit froidement : « Ils ne supportent pas la défaite, mais ils ont bien perdu plus de 100 pièces chacun, ça fait mal. »
Il ne fit pas demi-tour. Les pouvoirs de Tu Shiyu et Huang Yuankun étaient limités : rang 7 pour un et 8 pour l’autre, ce qui ne représentait aucune menace sérieuse. Mieux encore, Beiming ajouta que les combattants en-dessous du rang 9 ne pouvaient généralement pas manipuler les pièces martiale. Ye Ming ne s’inquiéta donc pas.
Et lorsqu’il tourna dans une ruelle, Tu et Huang surgirent et l’entourèrent, le fixant avec de mauvaises intentions.
« Tiens, frère Tu, frère Huang, vous n’êtes pas encore partis ? » fit mine d’étonnement Ye Ming.
« Petit, arrête tes jeux. Dis-moi, tu es complice de Zhou Hualong pour nous avoir roulés ? » tonna Huang Yuankun.
« Frère Huang, garde ton calme. J’ai juste eu de la chance, je n’ai jamais arnaqué personne ! » s’exclama Ye Ming.
« Frère, n'écoute pas ses balivernes, élimine-le et on s’en va ! » grogna Tu Shiyu.
Une lueur glaciale traversa les yeux de Ye Ming. Ces deux-là étaient vraiment impitoyable, ils tuaient des gens et les volaient. Il montra leur dos du doigt et cria : « Zhou Hualong, viens à mon secours ! »
Surpris, Huang et Tu se retournèrent. En un éclair, Ye Ming activa son pas rapide et se glissa derrière Tu Shiyu. Ce dernier sentit un vent violent au sommet du crâne et bondit en avant. Même s'il était rapide, Ye Ming l'était plus encore — tel la foudre, il lui asséna un coup de poing éclair à l'arrière du crâne.
Un grondement retentit dans la tête de Tu Shiyu, qui s’effondra, inconscient. Ce coup, s’il n’était pas mortel, le rendrait probablement idiot à son réveil. Après avoir extorqué la famille Ming, ce Tu méritait bien qu’on lui rende la pareille sans pitié.
Huang Yuankun réagit enfin, reculant prestement. Étonnamment, au lieu de venger son cousin, il tourna les talons et prit la fuite.
Ye Ming resta interloqué, mais le laissa partir. Ici, à Maple Leaf City, pourchasser la famille Huang serait trop risqué. Il fouilla Tu Shiyu et trouva 15 pièces martiale ainsi qu’une pièce d’argent, une monnaie encore plus raffinée.
« Maître, ceci est une pièce suprême, échangeable contre 15 pièces martiales, » expliqua Beiming. « À l’époque, Ji Tianpeng, second directeur des Terres Sacrées, possédait des millions de pièces suprêmes. »
Ye Ming sourit et retourna vite à la maison Ming, appelant Chen Xing à le suivre. Peu après leur départ, une troupe de guerriers de la famille Huang arriva, mais Ye Ming était déjà loin.
Chez les Ming, il apprit que Ming Tai avait déjà versé une compensation d’un million de taels de pierres spirituelles de premier rang. Ye Ming remit 30 pièces martiales à Ming Tai en précisant : « Ming, ne demande pas d’où viennent ces pièces, et ne dis rien à personne. »
Bien que les Ming ignoraient la provenance des pièces, ils comprirent rapidement le lien avec la famille Tu et furent profondément reconnaissants envers Ye Ming.
À sa sortie, Ye Ming sentit soudain que la graine Haotian en son esprit s’activait, libérant un halo de lumière. Ce dernier se changea en une immense stèle lumineuse, majestueuse, reliée entre ciel et terre. Trois caractères en or brillaient dessus : « Stèle des Mérites » !
« La graine s’est activée ? » s’exclama-t-il, surpris et ravi. La graine Haotian, implantée par Li Xuanji dans son esprit, devait être déclenchée par ses actions vertueuses. Aider la famille Ming avait manifestement éveillé sa vertu.
Une conscience émana de la stèle, révélant à Ye Ming qu’il l’avait activée grâce à sa bonne action.
« Du coup, je suis officiellement un disciple du culte Haotian ? » plaisanta Ye Ming.
« Maître, il faut agir prudemment. Cette identité ne doit pas être révélée à l’extérieur. » prévint Beiming.
« Ne t’inquiète pas, je mesure les enjeux, » assura Ye Ming.
Ayant réglé cette affaire, Ye Ming reprit la route avec Chen Xing en direction de la capitale de l'état de Yan.
La capitale se trouvait au bord de la rivière Li. En remontant le cours d’eau vers le nord, ils pouvaient y parvenir. Ils prirent place sur un grand navire transportant une centaine de passagers. Pour faciliter leur entraînement, ils occupèrent chacun une cabine privée dans ce bateau qui tanguait depuis plusieurs jours.
Ye Ming n’avait aucunement envie de gaspiller ce temps précieux. Hormis de courts moments de repos, il passa la majeure partie du voyage à s’entraîner : le matin à maîtriser les pas rapide, l’après-midi à s’exercer aux 3 mouvements centraux du Poing des Nuages Flottants, et le soir concentré dans la méditation pour affiner la « Technique Tiang Gang Forgeuse d'os ».
Son objectif était clair : parfaire le troisième stade du pas rapide, maîtriser les trois mouvements centraux du Poing des Nuages Flottants, et compléter sa fondation des os. Pour lui, l’essentiel était cette dernière discipline. En effet, dans la phase de disciple martial, la fondation est primordiale : sans bases solides, les accomplissements futurs seraient limités.
Les deux premières techniques ne lui posaient pas de problème. Sa priorité était le travail nocturne.
Ce soir-là, la lune s’était levée depuis peu au-dessus de la rivière Li, qui était calme, reflétant la lueur scintillante. Tous les passagers étaient endormis, mais Ye Ming poursuivait son entraînement de la technique Tiang Gang Forgeuse d'os. Cette discipline différait des deux précédentes, le « Sutra de la cultivation des Neuf Transformations » et la « Technique de remodelage des Tendons ». Ces derniers incluaient plusieurs mouvements, alors que la « Technique Tiang Gang Forgeuse d'os » n’en comportait qu’un, d’une complexité extrême et difficile à maîtriser.
« Beiming, pourquoi cette technique n’a-t-il qu’un seul mouvement ? » demanda-t-il dans une pause.
« Maître, ce n’est pas un héritage de Tongtian, mais une création de l’Empereur Éternel, le fondateur de la Montagne Divine Éternelle, un contemporain de Tongtian. Selon Ji Tianpeng, les meilleurs petites techiques des Terres Sacrées de Tongtian sont les deux premiers, tandis que ceux de la Montagne Éternelle sont celui-ci et le « Technique du Yin-Yang Purifiant la Moelle ». »
Ye Ming hocha la tête : « Je comprends mieux, c’est pour ça que cette technique est si différent de ce que j’ai appris jusqu’à présent. Quant à la « Technique de la viscère des Cinq Éléments », il appartient aux cinq grandes dynasties ? »
« Exactement. Ce dernier n’est pas un héritage de Tongtian, il a été intégré plus tard. Après la chute de la dynastie divine des Cinq Éléments, les cinq grandes dynasties successives n’étaient pas encore établies. Cette période permit aux puissances comme les Terres Sacrées de Tongtian de s’approprier diverses techniques, dont cette technique. Avec le Pas Frappant le Ciel provenant du Temple des Immortels, maître a donc la chance d’étudier plusieurs des meilleurs techniques auxiliaires du monde. »
Ye Ming sourit : « J’ai vraiment de la chance. »
Ayant accès aux meilleurs techniques auxiliaires pour consolider sa fondation, pourquoi ne pas tout donner ? Il recommença sans relâche, testant inlassablement le mouvement unique de la technique Tiang Gang Forgeuse d'os.
Le cinquième soir, alors qu’il utilisait ses mains pour former un sceau, une énergie de rigidité et vigueur extrêmes descendit soudainement du néant dans son corps, durcissant ses os. Cette force, emplie d’une aura tranchante, désordonna son méridien osseux.
Ye Ming poussa un grognement. Toute sa structure osseuse le démangeait intensément, comme si des milliards de fourmis le dévoraient ; son corps se recroquevilla au sol, tremblant convulsivement.
La voix de Beiming retentit : « Le processus d’entraînement est extrêmement douloureux. Maître, ce n’est que le commencement, tenez bon ! » En même temps, elle activait les pouvoirs réparateurs de la pilule de la fondatation du corps pour soigner les dégâts. La lumière divine continuait aussi d’intensifier ses os.
Ye Ming voulait jurer, mais était incapable d’ouvrir la bouche.
Jour après jour, douleur après douleur, il souffrit terriblement, les larmes et le sang coulant. Connaissant ce supplice, il hésiterait désormais à se lancer dans cet entraînement.
Au cinquième jour, la douleur cessa peu à peu. La puissance rigide et vigoureuse faiblit rapidement. La lumière divine durcissante et l’ombre du démon qu’elle renfermait s’estompèrent jusqu’à disparaître.
À midi, Ye Ming sentit soudain ses os s’alourdir. La douleur avait complètement disparu. Intrigué, il demanda : « Beiming, ai-je réussi ? »
« Oui, félicitations. Bien que cette technique soit brutal, elle est extrêment rapide et efficace. Maître, vous avez inconsciemment franchi un seuil clé de l’entraînement osseux. »
« Lequel ? »
« Légèreté extrême. Avez=vous remarqué que votre poids semble avoir décuplé mais que vous ne ressentez pas la charge ? »
« C’est exact, mon corps est beaucoup plus lourd, mais ne me semble nullement pesant. »
« C’est ce qui se passe quand la technique allège la lourdeur issue de la densité de vos os. Vos os sont devenu extrêmement durs, leur densité étant plusieurs fois supérieure à celle d'une personne ordinaire et plus résistante que l'acier. C'est pour cela que vous avez ressenti que votre corps s'est alourdi. »
« Alors pourquoi je bouge sans résistance ? »
« Simple : le sang conduit l’énergie, le squelette aussi. Votre énergie augmente fortement l’efficacité de cette conduction osseuse ; chaque mouvement dépense une fraction de l’énergie habituelle. »
Ye Ming réfléchit : « En somme, les muscles créent la force, les os et le sang la distribuent. »
« Exact. Maintenant que l’entraînement osseux est abouti, débloquer les méridiens de troisième rang est à portée de main. »
Beiming lança alors une grande quantité d’énergie sur son squelette pour ouvrir ses méridiens de troisième rang. En moins d’une demi-heure, tous furent débloqués.
Instamment, Ye Ming se sentit léger comme une plume, ses membres libres, et son esprit plus fort.
Sans relâche, Beiming continua le travail en activant les méridiens dans la moelle osseuse. Cette partie étant liée à l’ensemble du squelette, l’ouverture des méridiens osseux facilita grandement ce travail. Moins d’une demi-heure plus tard, tous les méridiens de deuxième rang dans la moelle furent déverrouillés.
Ainsi, Ye Ming entra officiellement au septième rang de disciple, le stade du raffinement de la moelle !