Chapitre 24
Quatre petits plats, une cruche de bon vin, les trois trinquèrent en riant et conversant gaiement. Après quelques tournées, Ming Tai évoqua le combat précédent : « Frère Ye, tu es le guerrier le puissant que je connais. Ces hommes n’étaient pas de taille face à toi. Tu es bel et bien un disciple externe du Soleil Rouge, impressionnant ! »
Ye Ming répondit : « Ce n’est pas que je sois fort, mais ces types sont vraiment faibles. »
Ming Zhu dit : « Frère Ye, tu es trop modeste. Ces bandits sont des durs à cuire, ils risquent leur vie à chaque affrontement. Que tu puisses les éliminer d’un coup montre que ta force dépasse largement celle de tes pairs. J’ai le pressentiment que tu deviendras un jour disciple interne du Soleil Rouge, voire un élite. »
Zhang Jun secoua la tête en souriant : « Élite ? C’est encore bien loin. »
Ming Tai répliqua : « À mon avis, le Soleil Rouge ne retiendra pas forcément frère Ye. Après tout, c’est seulement une secte de rang 9. Dans notre pays Yan, il y a des sectes de rang 7. »
« Oh ? Secte de rang 7 ? » Ye Ming fut surpris. Jusqu’ici, il se fixait pour but d’intégrer le Soleil Rouge, or, il songeait maintenant qu’une secte de rang 7 pourrait aussi convenir !
Ming Tai précisa : « La secte de rang 7 de Yan s’appelle ‘Soleil Levant’. Elle abrite des guerriers au niveau de maître martiale, et même le souverain de Yan lui voue un grand respect. »
« Maître martiale ? » pensa Ye Ming, l’esprit en éveil.
Cependant, Ming Zhu exprima un avis différent : « Même si la secte de rang 7 est puissante, est-ce qu’elle surpasse tant que ça une secte de rang 9 ? Yan reste un petit pays, tu sais. Si tu as vraiment du talent, la différence entre rang 9 et 7 est minime. Tu devrais viser une secte de rang 1, ou même d'intégrer une Terre Sainte. »
Ye Ming esquissa un sourire amer. Le dicton disait : « millénaire est la secte, dix-millénaire la Terre Sainte. » Ces grandes institutions accumulaient des millénaires d’expérience, dominaient même les grandes nations voisines. Mais de telles puissances dépassaient largement son humble imagination.
Ming Tai rit alors : « Petite sœur, ton ambition est trop naïve. »
Ming Zhu rit aussi : « Je dis ça tranquillement, frère Ye doit avoir ses propres idées. »
Ye Ming approuva en son for intérieur la première partie du raisonnement de Ming Zhu : à ses yeux, une secte de rang 9 ou 7 ne faisait pas grande différence. Et s’il pouvait briller dans une secte de rang 9, il aurait de toute façon l’opportunité d’aller plus loin.
Beiming intervint : « Vu que vous possédez le voile Divin, cela ne fera aucune différence que vous rejoignez une secte de rang 7 ou la secte du Soleil Rouge de rang 9. »
Bientôt, le bateau atteignit sa destination. Les frères et sœurs Ming l’invitèrent à séjourner quelques jours chez eux ; il déclina poliment et prit la route du Soleil Rouge. Sorti du port, il loua une charrette afin d’avancer encore avant la tombée de la nuit.
Le cocher était peu bavard, Ye Ming pas très causant non plus. Il méditait dans la charrette. Grâce à Beiming, son énergie circulait d'elle-même, débloquant doucement les troisième méridiens. Ceux-ci reliaient de minuscules tissus corporels : en les débloquant tous, son potentiel énergétique serait grandement amélioré.
Au crépuscule, ils trouvèrent une auberge et s’y installèrent sans histoires. Le lendemain aux premières lueurs, ils reprirent la route. Le convoi progressait rapidement et, dans l'après-midi, ils atteignirent la porte montagneuse du Soleil Rouge.
Le Soleil Rouge était construit sur la montagne du même nom, un massif de trois cents lieues, splendide et fertile, un lieu au feng shui remarquable.
Devant la porte haute trônait une arche gravée des mots « Porte de la montagne du Soleil Rouge ». Deux disciples paresseux s’y adossaient, mâchouillant des graines avec indifférence, sans même relever les yeux à la vue de Ye Ming.
Ye Ming salua respectueusement : « Salutations, frères aînés. Je viens m’enregistrer comme disciple externe. » Il exhiba alors sa plaquette de bronze.
L’homme à gauche la jeta un regard distrait, marmonnant : « Encore un nouveau nullos. »
Ye Ming fronça légèrement les sourcils : quelles paroles déplacées !
Le disciple à droite rangea ses graines, prit la plaquette pour inspection et hocha la tête : « Tu peux entrer. Va au bureau d’enregistrement de l’enceinte externe. »
Ye Ming demanda : « Où se trouve cette enceinte externe, frère ? C’est ma première fois ici, je ne connais rien. »
L’autre répondit, agacé : « T’as une bouche non ? Traverse la porte, trouve quelqu'un et demande. »
Pas un humain celui-là ? pensa Ye Ming, mais il se tut et entra vivement.
L’homme de gauche ricana : « Les disciples externes comme lui, qui n'ont pas besoin de passer par l'examen pour nous rejoindre, on pour habitude d'être des abrutis, comme je l'ai dit, un nullos. »
Celui de droite soupira : « Ces nullos ont souvent un appui, parfois important, mais souvent insignifiant. Ils ne sont pas très différents de nous quand on y pense. Ils ne sont rien s'il ne sont pas assez chanceux pour avoir des ressources les supportant. Même les plus doués parmi nous stagnent si les moyens manquent. »
À l’intérieur, Ye Ming vit de magnifiques pavillons et kiosques ; tout avait un style raffiné. Des fleurs et herbes variées ornaient le bord des chemins. Il n’avait pas marché loin quand il vit, assis dans un pavillon, un garçon de 13 ou 14 ans qui le regardait avec insistance. Dès qu’ils se virent, le garçon sauta de son siège et vint à sa rencontre.
Avant qu’il parle, l’adolescent demanda : « Frère aîné, es-tu nouveau ici ? »
Ye Ming acquiesça : « Oui, nouveau disciple externe. »
« Quel est ton nom ? »
Ye Ming trouva la question étrange : qui es-tu pour me poser tant de questions ? mais il répondit. En entendant son nom, l’adolescent sourit : « Alors bienvenue, frère Ye. Suis-moi, je t’emmène au bureau d’enregistrement. »
Il disait exactement au moment où Ye Ming pensait que c'etait la première fois que quelqu'un lui propose de lui même de lui montrer le chemin.
Ils marchèrent côte à côte. L’adolescent déclara : « Je m’appelle Ma Fei. Je suis disciple auxiliaire, souvent chargé de courses pour les externes. Il y a quelques jours, un groupe de disciples Ye, Lin, Zhu et Niu m’a demandé de rester ici à guetter et, dès qu’un nouveau se présente de ces familles, de le conduire à l’enregistrement. »
Ye Ming comprit alors que plusieurs membres de la famille Ye restaient au Soleil Rouge, dont Ye Zhenjiang un disciple interne. Quant aux externes, il y en avait une dizaine environ. Ma Fei était sûrement le guide désigné par les disciples externes de la famille Ye.
« Quelle sera leur réaction en apprenant mon arrivée ? » pensa Ye Ming, n’ayant jamais rencontré ses parents de secte, sans réel sentiment d’appartenance.
Ma Fei le guida pendant un long moment. Lentement, Ye Ming sentit l’ambiance changer, et le chemin devenir de plus en plus désert : une vaste étendue sauvage apparut, sans un bâtiment à l’horizon. N’était-ce pas vers l’enceinte externe qu’il devait aller, avec des bâtiments ?
Il stoppa net, scruta Ma Fei d’un regard méfiant : « Où m’emmènes-tu ? »
Ma Fei se retourna, son sourire disparu, remplacé par un visage froid : « On dirait que tu n'es pas complètement idiot. »
À cet instant, cinq hommes surgirent de tous côtés. Un jeune au visage allongé s’avança et fixa Ye Ming : « Tu es Ye Ming ? »
« Oui, et toi ? » répondit Ye Ming calmement.
« Hmph ! Petit bâtard, écoute-moi bien : je suis Ye Zhenjiang, petit-fils de Ye Wanming ! » annonça Ye Zhenjiang d’un ton froid. « Tu as tué mon grand-père, aujourd’hui je vais te faire vivre un enfer ! »
Ye Ming ricana avec mépris : « Toi ? Et avec quoi vas-tu réussir ce miracle ? »
« Tu cherches la mort ! »
Furieux, Ye Zhenjiang tendit la main en déployant une force qui couvrit plusieurs mètres autour. Mais Ye Ming esquiva d’un mouvement vif, attrapant discrètement un pièce Martiale. Son adversaire étant un guerrier confirmé, il ne pouvait le contrer de front. En cas de danger, il ne dévait pas hésiter à dépenser une pièce martiale pour l'éliminer.
Ye Zhenjiang, surpris — lui qui, étant un Guerrier de rang 9, pouvait aisément tuer un Disciple de rang 8 en moins d’un coup — se demanda comment il avait pu manquer son coup.
Reprenant ses esprits, il fixa Ye Ming en ricanant d’un ton sombre : « Joli mouvement, mais cela ne te sauvera pas. Tu es voué à mourir aujourd'hui, même les dieux ne pourront te sauver ! »
Ye Ming recula lentement de quelques pas, et dis froidement : « Ye Zhenjiang, je te conseille de ne pas trop me provoquer. »
Ye Zhenjiang afficha un rictus cruel : « Te provoquer ? Haha ! Je ne vais pas seulement te provoquer, je vais te laisser connaître ce que l'on ressent quand on préfère mourir que de rester en vie ! »
Avec ses compagnons, ils encerclèrent Ye Ming en éventail, empêchant toute fuite.
Ye Ming plissa les yeux et pensa qu’il ne fallait plus faire de quartier. Il canalisa une bribe d'énergie dans la pièce Martiale. Mais après un long moment, rien ne se produisit, alors il canalisa toute son énergie. Ce n’est qu’après avoir consommé près des trois quarts de son énergie qu’elle s’illumina fortement, une puissance qu’il avait du mal à maîtriser. Saisissant le danger, il lança la pièce vers Ye Zhenjiang.
Une lumière éclatante se déploya en éventail, enveloppant les six hommes.
Selon le souvenir de Ji Tianpeng, la frappe d’une pièce Martiale équivalait à un coup d'un Gourou Martial de rang moyen. Même le chef du Soleil Rouge ne saurait l’encaisser, sans parler de Ye Zhenjiang.
La lumière était si aveuglante que Ye Ming ne vit rien. On entendit des hurlements déchirants. Quand elle s’estompa, il vit six cadavres méconnaissables : peaux éclatées, chairs en décomposition, tendons brisés, os réduits en cendres, un amas de charogne.
Beiming expliqua : « Maître, les pièces martiales sont activées par l'énergie vitale. Avec votre force actuelle, vous pouvez seulement en tirer un dixième de sa puissance. Ce qui est équivalent à un Maître Martial de rang 1. Pour exploiter toute sa puissance, il faudra attendre d'être un Grand Maitre Martial. »
Ye Ming eut un haut-le-cœur : « Un dixième est déjà si puissant ? Cette pièce martiale est complètement démentielle ! Mais elle consomme trop d’énergie, on ne peut l’utiliser qu’une fois en peu de temps. »
Il se couvrit la bouche et tourna les talons.
Peu après le départ de Ye Ming, trois arcs-en-ciel de lumière tombèrent au sol. Un homme d’âge moyen, au visage rond, au front large et à la peau rouge flamboyante, regardant les cadavres, fronça les sourcils :
« Je ressens une fluctuation d'énergie spirituelle, était-ce un Gourou Martial ? Impossible, pourquoi un Gourou Martial viendrait à la secte du Soleil Rouge et tuerait quelques disciples par plaisir. »