Chapitre 78
« Sept jours plus tard. »
Dans la Salle du Vénérable céleste, Wang Ping était assis bien droit devant l’autel, son Sens spirituel poussé à son paroxysme. Son qi et son sang bouillonnaient tandis qu’il fixait intensément la statue du Vénérable céleste, qui ne montrait que son dos.
Pourtant, le résultat était toujours le même.
Sept jours avaient passé. Quoi que fasse Wang Ping, quelle que soit la manière dont il faisait circuler son Sens spirituel ou dont il tentait de percevoir le qi spirituel du Ciel et de la Terre, la statue du Vénérable céleste devant lui refusait obstinément de se retourner.
Cette cultivation immortelle est vraiment nulle !
À cette pensée, Wang Ping baissa les yeux sur le Rouleau de jade qu’il tenait à la main. C’était celui que Daoïste You lui avait donné. Il y plongea son Sens spirituel, et un passage de texte sacré apparut aussitôt dans son esprit :
La Technique céleste de l’accomplissement des six désirs.
« C’est une technique secrète du Pic du Dressage du dragon, l’un des huit pics de la Secte immortelle. C’est une Porte magique qui consiste à élever des bêtes dans son propre corps, à rassembler six sortes de bêtes du désir en une seule, puis à raffiner une Racine spirituelle médiocre. »
« Les cultivateurs dotés d’une Racine spirituelle médiocre ne peuvent certes pas pratiquer le Raffinement du qi et leur voie vers le Grand Dao est sans espoir, mais ils peuvent tout de même cultiver la magie. Dans la Secte immortelle, nombre de généraux du Dao martial possèdent une Racine spirituelle médiocre. Ils n’ont aucun avenir véritable, mais peuvent accomplir les tâches diverses et les corvées des vrais cultivateurs : ce sont les bêtes de somme de la Secte immortelle. »
Wang Ping étudia attentivement le Rouleau de jade.
Contrairement au Livre céleste des cieux du désir et de la transformation, la Technique céleste de l’accomplissement des six désirs s’adressait clairement au grand public, et son contenu était bien plus détaillé.
Il y était notamment question des royaumes de la cultivation immortelle.
« Qu’est-ce que la cultivation immortelle ? »
« En résumé, tout tient en dix mots : Traverser les tribulations, raffiner le qi, cultiver la vérité et s’élever à l’immortalité. »
« On raconte que ces dix mots sont un véritable mantra laissé par le patriarche de la Secte immortelle, le Vénérable céleste en personne. Dans les dernières années de l’ère primordiale, il fut témoin des souffrances de tous les êtres vivants et, ému, créa ce mantra. »
« Les paroles du Vénérable céleste s’accompagnent de la Loi. Par ces dix mots, il établit les lois du monde. Dès lors, tout le système orthodoxe de cultivation de la Voie immortelle s’est articulé autour de cette phrase. »
« Quand les mortels entreprennent la cultivation immortelle, ils doivent d’abord traverser trois tribulations : la tribulation humaine, la tribulation céleste et la tribulation de la vie. »
« Au premier stade de la traversée des tribulations, on affronte la tribulation humaine. »
« La tribulation humaine désigne les calamités qui menacent le corps humain. Dans le monde profane, les armes sont difficiles à parer. Un instant d’inattention suffit à se blesser et à endommager son Corps du Dharma. »
« Pour achever le premier stade de la traversée des tribulations, il faut cultiver quatre qualités : un Sens spirituel aiguisé, un corps sans défaut, la respiration circulatoire et la capacité de manifester la magie à l’aide du qi. Ce n’est qu’après les avoir maîtrisées, puis raffiné un véritable Pouvoir magique, que l’on peut considérer ce stade comme achevé. Et seul le Pouvoir magique permet de cultiver la magie jusqu’à son plus haut degré ; sans lui, tous les efforts sont aussi vains que de vouloir cueillir la lune dans l’eau. »
À cette lecture, le regard de Wang Ping vacilla.
Pas étonnant…
Mon Sceau du qi, même renforcé par mon expérience de guerrier, avait depuis longtemps atteint le stade où je pouvais ressouder des os et rattacher des tendons, et pourtant, je n’avais jamais réussi à progresser davantage.
Je croyais que je manquais simplement de compréhension.
Wang Ping comprit soudain et une grande incertitude qui l’habitait se dissipa :
La raison, c’est que je n’ai raffiné aucun Pouvoir magique. Mon « matériel » n’était pas à la hauteur ; voilà pourquoi je n’ai pas pu atteindre l’état où l’on couvre son corps de vrai qi et où l’on devient invulnérable aux lames et aux lances.
Au deuxième stade de la traversée des tribulations, le cultivateur affrontait la tribulation céleste.
Cette tribulation désignait les trois calamités du vent, du feu et de la foudre.
Après avoir raffiné son Pouvoir magique, le cultivateur pouvait maîtriser la magie. Ensuite, il s’appuyait sur ses techniques pour comprendre les principes, puis sur ces principes pour appréhender le Dao, jusqu’à ce que sa magie subisse une transformation qualitative et se manifeste en Techniques divines.
C’était un processus de raffinage.
Tout le processus ressemblait à la forge d’une arme : le Bifeng éliminait les impuretés de la magie, le feu yin en trempait les fondations et le tonnerre céleste en éprouvait la force.
Une fois la tribulation céleste surmontée, la magie du cultivateur se sublimait en Techniques divines.
Quant à la tribulation de la vie, au troisième stade de la traversée des tribulations, la Technique céleste de l’accomplissement des six désirs n’en disait rien. L’auteur devait estimer que quiconque pratiquait cette technique ne parviendrait de toute façon jamais à ce niveau.
« Ce n’est qu’après avoir traversé les trois tribulations qu’on peut commencer à raffiner le qi. »
Quant au « Raffinement du qi » qui venait après les stades de la traversée des tribulations, la Technique céleste de l’accomplissement des six désirs n’en donnait aucune explication détaillée, seulement un passage d’une profonde obscurité :
« Le corps est la demeure troglodytique de l’esprit et du qi. Quand le qi réside dans le corps, l’esprit repose en paix dans la mer de qi. Ainsi, le qi se relie au domaine de l’esprit. Il faut boire à la Source mystérieuse et frapper le Tambour céleste, le laisser pénétrer par la Porte céleste et imprégner le corps de l’intérieur comme de l’extérieur, se consumer soi-même jusqu’à ce que le corps et le feu ne fassent plus qu’une lumière. Il faut préserver cet état jusqu’à ce que la forme et le qi fusionnent en un, demeurant au sein de sa vraie nature. Alors seulement peut-on atteindre le fruit du Raffinement du qi et de l’entrée dans le Dao des anciens immortels. »
Wang Ping n’y comprenait absolument rien.
La description de la technique de cultivation exaltait le « Raffinement du qi » et appelait ses pratiquants des « Raffineurs de qi ». Cela semblait n’avoir rien à voir avec ce qu’il avait compris jusque-là par « Raffinement du qi ».
Et la voie vers le Grand Dao prétendument « sans espoir » pour ceux qui possédaient une Racine spirituelle médiocre désignait en réalité leur incapacité à pratiquer ce Raffinement du qi.
Toutes ces explications éveillèrent en lui une immense curiosité.
Les Raffineurs de qi… quelle puissance possèdent-ils vraiment ?
Daoïste You… est-elle une Raffineuse de qi ? Ou bien est-elle encore en train de traverser les tribulations ? Dommage que je ne puisse pas voir les Techniques divines d’une Raffineuse de qi. Difficile de se faire une idée précise.
Wang Ping laissa son imagination vagabonder un instant, puis se ressaisit.
Inutile de brûler les étapes. Je ferais mieux de concentrer l’essentiel de mes efforts sur la Technique céleste de l’accomplissement des six désirs. Quoi qu’il arrive, il faut d’abord que je raffine une Racine spirituelle médiocre.
Wang Ping se leva, épousseta sa robe et sortit de la Salle du Vénérable céleste.
Le temple taoïste de Daoïste You était assez vaste, avec ses pavillons et ses tours. Pourtant, elle ne vivait pas dans le temple, mais à l’extérieur.
Étrangement, à l’extérieur du temple taoïste s’en trouvait un autre, encore plus grand. Mais lorsque Wang Ping sortit du temple intérieur et se retourna, il découvrit que l’immense temple intérieur n’était, vu depuis le temple extérieur, qu’une porte peinte sur un mur. Seul un jeton permettait de passer librement entre les temples intérieur et extérieur.
Un monde dans un monde… une grotte céleste.
En voyant la grande porte sur le mur se refermer lentement et redevenir une peinture, Wang Ping ne put s’empêcher de claquer la langue d’admiration devant les merveilleux pouvoirs de la famille immortelle.
Puis, il regarda autour de lui.
Contrairement au temple intérieur, le qi spirituel du Ciel et de la Terre était bien plus ténu dans le temple extérieur, presque identique à celui du monde de la dynastie de Shun. Il lui manquait manifestement une part de cette aura immortelle.
Le temple extérieur était néanmoins assez vaste. Il semblait bâti sur une montagne, et ses bâtiments, très récents, avaient visiblement été construits il y a peu ; on y voyait encore quelques traces de réparations. Hélas, les matériaux semblaient tous ordinaires. Et malgré le grand nombre de pièces, elles étaient toutes vides. À part lui, pas âme qui vive en vue.