Chapitre 44
CLANG ! CLANG !
Deux sabres s’entrechoquèrent. Une nouvelle gerbe de sang jaillit sous la pluie, suivie d’un bras qui, serrant toujours fermement un sabre à queue de bœuf, s’envola dans les airs.
« Tu te surestimes ! »
Le visage de Chen Haoyan était sombre, mais sa main armée restait stable. Le bras qui avait volé dans les airs appartenait à nul autre que Wang Ping, qui s’était rué en avant pour frapper de toutes ses forces.
Un artiste martial externe contre un artiste martial de force intérieure.
L’écart qualitatif entre leurs niveaux était immense. Même dans son état lamentable, Chen Haoyan restait hors de portée de Wang Ping, qui n’avait pas fait le poids lors de leur unique échange !
Cependant… tout cela faisait partie du plan de Wang Ping.
La pluie battante s’interrompit brusquement.
Bien plus encore : le bruit du vent, le grondement du tonnerre, l’éclair et jusqu’à l’expression de Chen Haoyan… tout se figea. Le temps lui-même s’était arrêté.
Le Parchemin des Écritures s’activa : [Périr avec le soleil] !
Wang Ping disparut sur place, son bras tranché avec lui, et pénétra dans l’espace de l’[Écriture de Taiping]. Il s’effondra aussitôt à genoux.
« Hum, hum, hum… »
Son sang, chargé de sa force vitale, s’écoulait rapidement de son corps. Pourtant, comme guidé par une volonté propre, il se dirigea vers le majestueux ouvrage qui se dressait devant lui.
Une blessure au bas-ventre, une autre au cœur, une à chaque main et à chaque pied, ainsi que son bras droit tranché : toutes les blessures que Chen Haoyan lui avait infligées étaient désormais clairement inscrites sur le rouleau de [Périr avec le soleil]. Chaque caractère était saisissant, d’un rouge sinistre.
Elles feraient payer à Chen Haoyan le prix de ses actes.
Quant à Wang Ping…
« Ce ne sont que quelques blessures mortelles. »
La grimace de douleur, il endura l’agonie. Il ramassa son bras, le plaqua contre le moignon et inspira profondément.
Magie : [Restriction du qi] !
Un puissant flot de qi véritable parcourut ses membres et ses méridiens, étanchant le sang, régénérant la chair, ressoudant les os et rattachant les tendons. Quelques souffles plus tard, Wang Ping se releva comme si de rien n’était !
« La cultivation immortelle, c’est vraiment la voie à suivre. »
Il fit jouer son bras rattaché et soupira avec émotion. Pour un cultivateur, une blessure qui aurait été fatale à un artiste martial n’était rien.
Et ce n’était même pas la limite de [Restriction du qi]. Après tout ce long et pénible entraînement, il était à peine parvenu à porter les effets de la magie au deuxième niveau : ressouder les os et rattacher les tendons. S’il pouvait la faire progresser davantage, jusqu’à devenir invulnérable aux lames et aux lances, le dernier coup de Chen Haoyan ne l’aurait même pas égratigné !
« … Voyons donc de quoi ce Parchemin des Écritures est vraiment capable. »
L’instant d’après, la sensation familière d’un monde qui tournait autour de lui l’envahit. Wang Ping rassembla aussitôt ses pensées, raffermit son esprit et, en un clin d’œil, revint dans le monde réel.
En réalité, il ne s’était écoulé qu’un dix-millième de seconde.
Le châtiment de [Périr avec le soleil] ne tardait jamais. Le temps que Wang Ping avait passé à inscrire ses blessures avait été comprimé à l’extrême, réduit à un instant.
BOUM !
Chen Haoyan resta là, hébété. Des blessures apparurent soudain sur son bas-ventre, son cœur, ses mains, ses pieds et son bras, d’où le sang jaillit à flots !
« … Hein ? » Chen Haoyan n’eut même pas le temps de réagir.
« Que s’est-il passé ? »
« Comment ai-je été blessé ? »
Ses pensées se figèrent. La douleur qui irradiait des points vitaux de son corps, et surtout la sensation de sa chair et de ses os qui se déchiraient dans son bras, le laissèrent complètement désemparé.
Mais Wang Ping ne s’arrêta pas.
VROUM !
La lueur froide d’un sabre s’abattit, comme pour dépecer un animal. Cette fois, ce fut le bras de Chen Haoyan qui vola dans les airs. L’éclaboussure de sang le ramena enfin à lui.
« Mon bras… !? »
À cet instant, Chen Haoyan ne sentait même pas la douleur. Mais il comprit clairement une chose : il avait perdu. Il avait perdu dans une confusion totale !
Du début à la fin, son adversaire ne lui avait pas adressé un seul mot. Il n’avait même pas crié « meurs ! » ni proféré la moindre insulte : il n’y avait eu que ce désir de tuer, silencieux et résolu.
« Fallait-il vraiment en arriver là ? »
« Et alors si je t’ai traité comme un pion sacrifiable ? C’était une erreur de ma part, mais tu as survécu, non ? Dans ce cas, qu’est-ce qui nous empêche d’en discuter ? »
« Au pire, je trouverai un moyen de te dédommager ! »
En cet instant, mille choses lui vinrent à l’esprit. Non pas parce qu’il avait compris son erreur, mais parce qu’il sentait la mort se rapprocher.
« Je dois fuir… aussi loin que possible. »
Il ne voulait pas mourir !
Chen Haoyan renonça sans hésiter à sa dignité. Il frappa violemment le sol du pied, cessa d’affronter Wang Ping de front et tenta de prendre ses distances, de s’enfuir dans les rues et les ruelles balayées par la pluie.
Du moment qu’il survivait !
Il avait tant peiné pour en arriver là. Inspecter les terres agricoles, contrôler les foyers, percevoir les impôts d’automne… Il avait accompli tant de prouesses éclatantes.
Maintenant que la mission de son supérieur était terminée, recouvrer sa liberté n’était plus un rêve lointain.
Il pourrait enfin quitter ce minuscule comté de Longxing et mettre tout son savoir au service de l’administration du district, pour protéger la région et ses habitants. Sa vie n’aurait pas été vaine.
Un grand avenir l’attendait.
Comment pouvait-il mourir ici sans raison, de la main d’un vaurien sans famille ni relations ? Ce n’était absolument pas la fin qu’il méritait…
GRRRR— !
Le grondement sourd d’un dragon sans corne étouffa toutes les pensées indignées de Chen Haoyan. Il tourna instinctivement la tête et vit Wang Ping bander un arc, une flèche encochée.
L’[Arc céleste qui fend les nuages et ébranle le ciel], tendu jusqu’à former une pleine lune !
À mesure que la corde se tendait, les deux dragons sans corne enroulés autour de l’arc ouvrirent soudain les yeux. Leurs griffes frémirent, comme s’ils prenaient vie.
« C’est moi qui lui ai donné cet arc… » L’esprit de Chen Haoyan se vida.
Ce fut alors, en regardant de nouveau le visage féroce et impitoyable de Wang Ping, que le brouillard dans ses souvenirs commença enfin à se dissiper, lui permettant de se rappeler.
« … C’est lui ? »
« Bon sang ! Comment ai-je pu ne pas m’en souvenir ? »
Ce n’était pas du tout un constable ! C’était ce péquenaud qu’il avait lui-même envoyé infiltrer la Secte du Lotus Blanc comme taupe, avant de le trahir et de le tuer pour s’attribuer le mérite !
« Il n’est pas mort !? »
À cet instant, d’innombrables questions surgirent dans l’esprit de Chen Haoyan. Mais, aussi nombreuses que fussent les pensées qui s’y bousculaient, elles s’éteignirent toutes l’instant suivant.
Wang Ping tenait l’arc bandé à son maximum, la longue flèche diffusant une faible lueur. Sa pointe visait directement Chen Haoyan. Malgré ses tentatives désespérées pour esquiver, il ne pouvait échapper à la visée de la conscience spirituelle de Wang Ping.
L’instant d’après, Wang Ping lâcha la corde.
BOUM !
La flèche capable de briser la pierre fila et atteignit en un clin d’œil Chen Haoyan, qui tentait encore d’esquiver. Le pouvoir divin sans égal concentré dans la flèche explosa alors, et l’onde de choc éclata dans son corps comme une bombe. Après une détonation assourdissante, il ne resta sur place qu’une fleur de sang.
Huuu !
Wang Ping marcha dans l’eau rouge de sang et poussa un long soupir, mais ne s’attarda pas. Forçant son corps endolori à bouger, il ramassa un paquet et disparut sous la pluie.
Ce ne fut qu’après son départ qu’on entendit des objets lourds tomber au sol.
FLAC. FLAC.
Mains, pieds, torse, organes internes… Les restes du corps, pulvérisé, jonchaient les rues du comté de Longxing, tandis que la pluie battante emportait le sang répandu.
Chen Haoyan, Chef de la police du district de Longxing et artiste martial de force intérieure.
Mort !