Chapitre 18
Comté de Longxing, terrain d’entraînement du bureau du magistrat du comté.
Tôt le matin, Wang Ping revêtit l’uniforme noir et rouge d’un constable, un sabre à queue de bœuf au côté. Après le petit déjeuner, il se rendit à l’entraînement matinal quotidien des constables.
Beaucoup d’autres constables étaient déjà arrivés sur le terrain. Certains travaillaient leurs postures, d’autres brandissaient leur sabre, et quelques-uns discutaient sans but dans un coin.
Wang Ping balaya les lieux du regard, puis rejoignit de son plein gré le groupe qui travaillait ses postures. La veille, il venait tout juste de finir de lire le manuel des Trois Sabres démoniaques de Yama. Il aurait pu s’exercer sans difficulté avec le sabre à queue de bœuf qu’il possédait déjà, mais il savait qu’une haute tour s’élevait depuis le sol. Même au niveau d’initiation d’une même technique de sabre, l’écart de maîtrise pouvait être aussi grand qu’entre les nuages et la boue.
Par prudence, il ne s’était donc pas précipité pour commencer son entraînement la veille.
Je vais d’abord venir sur le terrain et me renseigner. Je devrais demander aux constables chevronnés comment ils travaillent cette technique de sabre. Il sera toujours temps de m’y mettre quand j’y verrai plus clair.
Tandis que Wang Ping était plongé dans ses pensées, une voix retentit soudain derrière lui.
« En rang ! »
Cette voix lui était familière. Wang Ping reconnut presque aussitôt l’homme. C’était celui du temple taoïste de la Secte du Lotus Blanc, celui qui lui avait « ouvert le cœur » d’une seule flèche !
L’instant d’après, les constables éparpillés se rassemblèrent à la hâte. Wang Ping ne perdit pas une seconde : il se mêla à la foule et prit sa place dans les rangs. Le terrain d’entraînement, bruyant jusque-là, se tut tandis que cent paires d’yeux se tournaient vers l’homme au centre, vêtu d’une robe officielle noire et rouge.
Chen Haoyan…
Wang Ping retrouva rapidement des informations sur cet homme dans les souvenirs de son identité actuelle. Il s’agissait de Chen Haoyan, le chef des constables du comté de Longxing, envoyé ici par la Secte des Attrapeurs divins de la Cour impériale. Ses arts martiaux étaient insondables.
« Lin Sheng est en congé. »
À l’avant des rangs, le chef des constables Chen Haoyan parla d’un ton calme. « Pour le remplacer, nous avons recruté un nouveau frère, que vous connaissez tous. »
« Celui dont je prononcerai le nom avancera. »
« Wang Ping. »
À ces mots, Wang Ping sortit rapidement des rangs. Chen Haoyan croisa son regard avec un léger sourire, puis appela un autre nom.
« Liu Ye. »
En voyant le second constable s’avancer, Wang Ping ne put cacher sa surprise. Il ne s’attendait pas à retrouver un autre visage connu.
Maître Liu, du Marché aux Herbes…
Puis Chen Haoyan déclara d’un ton détaché : « Vieux Liu, tu es chargé de patrouiller au Marché aux Herbes. Tu n’as pas beaucoup de travail, tu devrais avoir le temps. Prends Wang Ping sous ton aile. »
« Aide-le à maîtriser les Trois Sabres démoniaques de Yama le plus vite possible. »
« Votre subordonné obéit. »
Liu Ye joignit rapidement le poing et acquiesça. Chen Haoyan hocha la tête, renvoya les deux hommes dans les rangs, puis éleva la voix pour commencer l’entraînement du matin.
« Aujourd’hui, nous nous concentrerons sur les armes. »
« Comme vous le savez tous, nous avons récemment éradiqué la Secte du Lotus Blanc, qui semait le trouble dans les différents comtés. Nous avons également récupéré le Sabre du Lotus au Clair de Lune des mains de Shouchong, le chef de la Secte du Lotus Blanc. »
« Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le Sabre du Lotus au Clair de Lune est un « Trésor célèbre » que ce vieux Shouchong a raffiné au prix de sa propre force vitale. S’il est tombé entre nos mains, c’était probablement intentionnel de sa part. Il voulait lui bâtir une réputation et accumuler de la fortune, dans l’espoir de profiter de celle du bureau du magistrat du comté pour l’élever au rang de véritable « Objet divin ». »
Trésor célèbre ? Objet divin ?
Wang Ping était perplexe, mais heureusement, il n’était pas le seul. Bientôt, un autre constable posa la même question. Chen Haoyan hocha la tête.
« Ceux d’entre vous qui viennent de familles influentes connaissent sans doute déjà ces notions, mais certains les connaissent moins bien. Je vais vous les expliquer brièvement. »
« Il existe cinq rangs d’armes dans ce monde. »
« Armes mortelles, armes affûtées, trésors célèbres, objets divins et créations célestes. Ces cinq rangs correspondent aussi à cinq catégories de pratiquants d’arts martiaux. Plus les arts martiaux sont puissants, plus l’arme l’est aussi. »
Sur ces mots, Chen Haoyan désigna les constables présents.
« Prenez-vous tous en exemple. La grande majorité d’entre vous appartient à la première catégorie de pratiquants d’arts martiaux. Les sabres à queue de bœuf que la Cour impériale vous a remis sont des “armes mortelles”, et vos arts martiaux se limitent à la cultivation externe du corps, par le physique. »
Wang Ping saisit l’occasion de lever la main. « Qu’est-ce que la cultivation externe du corps, par le physique ? »
« Elle comprend naturellement la peau, la chair, les tendons, les os, le sang et la moelle ! »
Chen Haoyan s’expliqua avec patience : « Une peau de bœuf, une chair d’éléphant, des tendons de dragon, des os de tigre, du sang de feu et une moelle de givre. La cultivation externe n’est complète que lorsque ces six éléments sont tous perfectionnés. »
« Les différents arts martiaux mettent aussi l’accent sur des aspects différents. Par exemple, les Trois Sabres démoniaques de Yama font surtout travailler les tendons. Il suffit d’atteindre le niveau d’initiation pour obtenir des “tendons de dragon”. Mais les dragons diffèrent eux aussi par leur taille et leur puissance. Qu’il s’agisse d’un dragon hui, d’un dragon jiao, d’un dragon qiu ou d’un vrai dragon, l’écart de force est immense. »
« Prenons encore les Trois Sabres démoniaques de Yama en exemple. »
Chen Haoyan tira son sabre du fourreau. À cet instant, Wang Ping sentit les tendons puissants de sa main vibrer, produisant un son continu, clair et sonore comme le cri d’un dragon.
« Après avoir maîtrisé les bases des Trois Sabres démoniaques de Yama, la plupart développent des “tendons de dragon hui”. Seul le perfectionnement de la technique de cultivation permet de les faire évoluer en “tendons de dragon jiao”. »
« Cependant, quelques personnes dotées d’aptitudes naturelles supérieures peuvent cultiver des “tendons de dragon jiao” dès le départ. Une fois leur maîtrise portée à la perfection, elles peuvent même atteindre le stade des “tendons de dragon qiu”, bien au-delà des gens ordinaires. »
« Quant aux tendons de vrai dragon, les Trois Sabres démoniaques de Yama ne permettent pas de les obtenir. »
« Mais, au bout du compte, tout cela ne concerne que les “tendons”. »
« Pour achever la cultivation externe, il faut maîtriser cinq autres arts martiaux, correspondant respectivement à la peau, à la chair, aux os, au sang et à la moelle. »
Wang Ping sentit un frisson d’effroi lui parcourir le crâne.
La peau, la chair, les tendons, les os, le sang et la moelle : chacun correspond à un art martial différent. Six arts martiaux, comme six objets divins. Ça veut dire que je dois réunir un ensemble complet de six pièces de qualité divine pour achever ma cultivation externe ?
Un instant, de nombreux constables eurent l’air abattus.
Après tout, trouver six arts martiaux correspondant précisément à la peau, à la chair, aux tendons, aux os, au sang et à la moelle n’avait rien de facile — du moins pour des gens comme eux.
La grande majorité d’entre eux n’était-elle donc pas condamnée à rêver toute sa vie, en vain, d’achever sa cultivation externe ?