Chapitre 17
« C’est… le comté de Longxing ! »
« Dans ma vie précédente, les constables de l’administration du comté de Longxing m’ont tué. Et dans celle-ci, me voilà devenu constable ? Un tout nouveau constable, en plus ? »
« À ce que je vois, ma famille est constable depuis trois générations. Nous figurons sur les registres de l’administration du district ; on peut dire que nous sommes une famille de constables. Cette fois, c’est parce que mon père est mort héroïquement en service, laissant son poste vacant. C’est ainsi que j’ai été recruté par l’administration du district pour le remplacer. Ma lettre de nomination et tout mon équipement sont déjà prêts. »
À cette pensée, le regard de Wang Ping changea.
Il aperçut alors, sur une table voisine, une lettre de nomination de constable, ainsi qu’un sabre à lame de queue-de-bœuf, un uniforme de constable et un manuel secret d’arts martiaux.
… Attends, un manuel secret d’arts martiaux !?
Wang Ping, qui jusque-là ne s’était guère soucié de rien, se redressa aussitôt. Il s’avança jusqu’à la table et saisit le manuel secret d’arts martiaux.
[Trois Sabres démoniaques de Yama]
« C’est l’art martial des constables du comté de Longxing… Non, c’est l’art martial réglementaire de tous les constables des administrations de la dynastie de Shun. Un art brutal, conçu pour tuer ! »
Wang Ping ouvrit le manuel secret de la technique de cultivation et en lut chaque mot.
Il prit ensuite le sabre à lame de queue-de-bœuf posé sur la table. Dans un CLING ! sonore, la longue lame sortit du fourreau, et un éclat blanc et froid traversa la pièce.
« Cette technique de sabre… a ses avantages et ses inconvénients. »
Wang Ping fronça les sourcils, plongé dans ses pensées, tout en donnant quelques coups de sabre distraits.
Le bon côté, c’était que cette technique de sabre ne comportait que des méthodes d’application et de respiration, sans méthode de forge. La Cour impériale avait déjà fait forger des sabres réglementaires pour tous les constables.
Les constables n’avaient donc nul besoin d’une méthode de forge. Un sabre à lame de queue-de-bœuf en main, il ne leur fallait que du temps pour maîtriser les bases de cette technique. C’était bien plus simple que le Sabre du Lotus au Clair de Lune transmis par ce vieux Shouchong. Pour ce dernier, il fallait une certaine compréhension et dépenser de l’argent pour le faire forger ; tandis que, pour le premier, la Cour impériale avait tout prévu pour les constables.
Mais l’inconvénient sautait tout autant aux yeux.
« Sans méthode de forge, un artiste martial perd ses fondations. Si le sabre à lame de queue-de-bœuf est endommagé ou confisqué, ces arts martiaux ne servent pratiquement plus à rien. »
« La Cour impériale a bien joué ses cartes », marmonna Wang Ping avec une admiration teintée d’ironie.
« Cette méthode lie les constables à l’administration du district, tout en garantissant que, même si le contenu de la technique de cultivation venait à filtrer, personne ne pourrait vraiment la maîtriser. »
Alors que Wang Ping étudiait les arts martiaux avec attention, on frappa soudain à la porte.
« … Qui est là ? »
Wang Ping haussa un sourcil. Sabre en main, il entrouvrit prudemment la porte et découvrit un jeune serviteur qui tenait une boîte à repas.
« Monsieur, je vous apporte votre repas. »
Le serviteur s’inclina avec déférence, lui tendit respectueusement la boîte et ajouta à voix basse : « Je vous en prie, Monsieur, dites-moi si quelque chose ne vous convient pas. »
Ce ne fut qu’alors que Wang Ping se rappela qu’il était désormais constable.
Le repas qu’on lui apportait faisait partie de ses « avantages » de constable : le plus grand restaurant du comté de Longxing, le Pavillon Yuelai, lui fournissait gratuitement trois repas par jour.
On disait que c’était gratuit, mais il s’agissait en réalité d’argent versé pour acheter leur protection.
Après tout, les constables du comté de Longxing avaient un pouvoir considérable ; sans cela, on ne les aurait pas surnommés « Tigres du Marché ». Ce pouvoir pouvait enrichir les commerçants.
Mais aussi les ruiner.
Tout le monde le savait : la collusion entre fonctionnaires et commerçants rapportait davantage que le simple vol. Si le Pavillon Yuelai avait atteint sa taille actuelle, c’était grâce à ces trois repas quotidiens.
Après avoir congédié le jeune serviteur, Wang Ping emporta la boîte dans sa chambre.
Il souleva le couvercle ; un parfum délicieux s’en échappa aussitôt. Les grains de riz, charnus et luisants, côtoyaient des légumes et de la viande de première qualité. Un repas pareil avant l’entraînement lui permettrait sûrement d’obtenir deux fois plus de résultats pour moitié moins d’efforts.
« Ce serait… du riz Wojiao ? »
Wang Ping en resta bouche bée. Il reconnut dans la boîte une variété de riz exotique cultivée grâce à une technique secrète, des milliers de fois plus précieuse que le riz raffiné ordinaire.
De plus, la viande semblait provenir d’une bête démoniaque, et les légumes avaient été spécialement cultivés puis récoltés dans des champs médicinaux. Ils avaient pour effet de nourrir le qi et le sang. Rien qu’en se tenant à proximité et en humant l’odeur, Wang Ping sentait déjà le qi et le sang s’agiter dans son corps et circuler avec une facilité croissante.
« Ces parasites… »
À cette vue, Wang Ping ne put s’empêcher de repenser à sa vie précédente à la campagne. À l’époque, il croyait manger plutôt bien, avec du riz et de la viande.
« Mais comparé à ce que mangeaient les gens du chef-lieu, quelle différence avec de la merde ? »
Et ce n’était que le repas d’un constable au plus bas rang de l’administration du district. Que mangeaient donc les véritables fonctionnaires ? Wang Ping n’osait même pas l’imaginer.
À cet instant, une vague de chagrin le submergea.
Il se souvint qu’autrefois, son plus grand rêve avait été de terminer sa mission d’infiltration, d’entrer dans l’administration du district avec les honneurs et de toucher un salaire du gouvernement, en toute légalité.
Il avait travaillé si dur pour y parvenir, et pourtant on l’avait trahi puis tué sans pitié.
À cette pensée, Wang Ping regarda l’Écriture de Taiping, qui lui avait si facilement permis d’entrer dans l’administration du district comme constable, et poussa un soupir sincère.
« Comme quoi… les efforts personnels comptent, mais au bout du compte, il faut quand même un code de triche ! »
Une colère féroce monta en lui. Wang Ping attrapa sa cuillère, préleva avec rage une grosse portion dans la boîte et se l’enfourna dans la bouche.
HSSS… Putain, que c’est bon !
……
Dans une résidence du quartier est du comté de Longxing, au moment même où Wang Ping renaissait sous sa nouvelle identité, une paire d’yeux jusque-là fermés s’ouvrit brusquement, alarmée.
« Que se passe-t-il… !? »
La voix, chargée de stupeur et de colère, résonna tandis qu’un éclair semblait crépiter dans la pièce. Au fond de ses yeux qui venaient de s’ouvrir, on lisait la confusion et le ressentiment.
Une autre voix se fit aussitôt entendre.
« Maître ? Que s’est-il passé ? »
Si Wang Ping avait été là, il aurait immédiatement reconnu son « cher » grand frère martial, Xie Shi.
Quant à celui qui était en proie à la stupeur et à la colère, c’était bien sûr le chef de la Secte du Lotus Blanc, le vieux taoïste Shouchong.
À cet instant, la paupière de Shouchong tressaillait sans contrôle. Son teint autrefois vermeil avait viré au rouge profond, et sa mâchoire serrée tremblait légèrement.
La seconde suivante,
PFFT !
Il renversa la tête et cracha une gorgée de sang chaud. Son visage rouge vira aussitôt au blanc, prenant la pâleur légère et mortelle d’un cadavre.
Puis une voix rauque, pareille au hululement d’un hibou, résonna lugubrement dans la pièce :
« Ma fortune… a disparu. »
« La fortune de ma Secte du Lotus Blanc… La réputation et la fortune que j’ai bâties en parcourant le pays et en livrant trois batailles sanglantes contre les soldats du gouvernement… près de la moitié vient de disparaître d’un seul coup ! »
À cette pensée, Shouchong eut l’impression que son cœur saignait.
Après tout, sa fortune envolée, il allait devoir revoir entièrement ses plans. Cela introduirait également bien des incertitudes, et ses chances de faire progresser ses arts martiaux s’étaient amenuisées.
« Qui est-ce ? Qui complote contre moi ? »
BOUM !
Un roulement de tonnerre retentit dans la pièce, mais aucun son ne s’échappa à l’extérieur. Cela témoignait de sa puissance profonde, mais prouvait aussi que Shouchong n’avait pas complètement perdu la tête.
Longtemps après, la voix de Shouchong retentit de nouveau :
« Quelqu’un a dû trafiquer le Sabre du Lotus. C’est la seule explication. Je dois le récupérer. Je ne peux pas le laisser plus longtemps entre les mains de l’administration du district. »
En entendant cela, Xie Shi, qui se tenait à côté de lui, prit aussitôt un air inquiet.
« Maître, l’administration du district est un bastion de la Cour impériale, gardé par ces hommes en noir de la Secte des Captureurs divins. C’est bien trop dangereux. Au moindre faux pas, tout peut mal tourner. »
À ces mots, Shouchong se tourna vers Xie Shi et pencha la tête.
« Je comprends bien ce raisonnement… Mon bon disciple, rassure-toi. J’ai depuis longtemps préparé un plan infaillible. Une simple administration du district ne peut pas me retenir. »
Le visage de Xie Shi s’emplit d’admiration. « Maître, vous allez prendre l’administration du district d’assaut ? »
« Non. C’est toi qui vas prendre l’administration du district d’assaut. »
Xie Shi : « … ??? »